CHAPITRE [II
devant une note métriquement ou rylhmiquement forte. Nous ne nous occuperons que des groupes en usage aujourd'hui, des causes psychiques qui en légitiment l'existence, et de la raison qui incite les compositeurs à s'en servir. Nous n'insisterons pas sur les noms qu'on leur a donnés. Pour faciliter notre travail, nous diviserons ces groupes en trois catégories : i° le mordant sous ses divers aspects, par degrés conjoints ou disjoints, ascendants ou descendants; 2° Yappoggiatwe, ou acciaccatura , simple, double ou harmonique1, et 3° le trille. Constatons seulement que tous les compositeurs les emploient dans les mêmes cas, c'est-à-dire devant ou derrière les notes de même nature.
Voici les sept cas où ces signes sont utilisés :
i° Devant la note voisine aiguë. Tout le monde sait qu'on appelle voisine aiguë, par exemple, un ré entre deux ut; un mi précédé et suivi d'un ré, etc., comme :
Be
EETHOVEN.
Op. 2.
Gounod. Faust (air des Bijoux).
C'est la
fil
le d'
un
roi.
Chopin. Nocturne, op. 55.
1 Nous appelons appoggialure harmonique des accords ou des fragments d'accords brisés, et représentés par des petites notes. Exemple : (ftj ' n ;+^| . En réalité, X appoggialure n'existe plus aujourd'hui, ou plutôt ne s'emploie plus. Les petites notes auxquelles on donne ce nom ne sont autre chose que des acciaccaturas , des mordants, etc. Remarquons aussi que l'origine de X appoggialure est essentiellement rythmique. On faisait précéder d'une petite note la note finale d'un rythme féminin, quand il correspondait à un rythme masculin. Cette appoggialure , retardant la note finale, était évidemment forte.
Dès les premières années du xviie siècle, Cavalieri, Caccini, Péri et autres compositeurs italiens se servaient de cette petite note (voir les Gloires de l'Italie, par Gevaert et Wilder). Ce fait est analogue à ce qui se pratique encore aujourd'hui quand il y a un petit changement dans un vers offrant une syllabe de plus; on le marque alors par une petite note correspondant à cette syllabe.
Ce qui constitue la différence entre X appoggialure et X acciaccatura , c'est que la première est forte aux dépens de la note qui la suit, et que la seconde, au contraire, renforce cette note. Voyez le Traité d'harmonie de H. Reber, chapitre v.
2" Devant la note qui précède la voisine grave. On nomme ainsi, par exemple, un ut entre deux ré, un sol précédé et suivi d'un la, etc., comme :
Beethoven. Op. Aq.
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ir f
Le même. Op. 8i, n° 3.
El p > -çj i; >"y^
Gounod. Mélodie,
Le so - leil rit
aa ga - zon vert.
Chopin. Nocturne, op. 37, n° 1.
Le même. Op. 9, n° 2.
Wekerlin. Sérénade.
Faisons observer aussi que l'on rencontre l'emploi de Yacciaccatura même dans les passages en octaves: ainsi, dans Yandante en fa de Beethoven; dans la Marche du Tannhaûser de R. Wagner, etc.
3° Devant la répétition ou rebattue expressive1. On nomme répétition la première note d'une mesure, d'un temps ou d'une fraction de temps, si elle est la même que celle qui termine la mesure, le temps ou la fraction de temps précédents. Exemples :
Beethoven. Sonate pathétique.