‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 128 sur 147 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'homme d'autres sensations que sur l'animal. C'est le rythme qui est le véhicule dans lequel vient s'incorporer l'inspiration, cette maîtresse faculté du génie, sans laquelle toute œuvre est mort-née. De là, une foule de compositions, non sans valeur harmonique, qui passent inaperçues et n'ont qu'une existence éphémère, parce que notre jeune école s'occupe trop du melos et pas assez du rylhmos, comme Aristoxène le disait déjà de son temps. Rien ne devrait donc être négligé pour mettre les différents groupes rythmiques dans le concept de celui qui exécute, aussi bien que dans le concept de celui qui écoute. Or notre notation n'a point de signe spécial pour indiquer les différentes parties rythmiques d'une phrase; la liaison, le coulé, dont on se sert pour cet usage, sont insuffisants. Ils sont trop vagues, trop équivoques. On s'en sert aussi bien pour marquer le jeu lié, legato, la syncope, la prolongation, etc.; aussi a-t-on essayé d'employer d'autres signes, sans résoudre complètement le problème. Mattheson (1787), dans l'analyse d'un menuet, se servait des signes de ponctuation grammaticale; Panseron, dans ses différents solfèges, a fait de même pour désigner les endroits où l'on devait respirer; il est imité aujourd'hui par presque tous les auteurs didactiques. Westphal, réalisant l'idée émise par M. Matins Lussy dans son Traité de l'expression musicale, emploie une barre verticale posée au-dessus de la portée, pour marquer la fin de chaque rythme, et par une double barre pour marquer la fin d'une phrase. Tous ces signes ne nous paraissent pas satisfaisants, et il serait à désirer qu'on en trouvât un frappant, clair, qui délimite les fragments rythmiques selon l'importance de chacun.

Il est encore un autre signe que nous voudrions voir conserver dans la musique moderne : c'est celui inventé par Couperin pour exprimer la suspension, le retard d'une note. Couperin le représentait ainsi : /*\ , et l'effet à produire était le suivant :

Suspension.

Effet.

Il est patent pour nous qu'à mesure que les signes d'agrément ont disparu, les signes d'exécution ont augmenté. Nous estimons qu'il en sera de ceux-ci comme de ceux-là, c'est-à-dire qu'on reviendra purement et simplement aux sept signes que nous donnons.

Page 1