LIVRE VII. — CHAPITRE V
Le premier en date est celui du P. Souhaitty1, franciscain de Paris, qui le fit connaître en 1677. Mais ce religieux n'avait en vue que le plain-chant, et même il avoue qu'il n'était ce qu'un médiocre musicien n. Il représentait les sons de la gamme, ut, ré, mi, fa, sol, la, si, par les chiffres i, a, 3, A, 5, 6, 7. Pour lui, l'étendue des voix et des instruments ne dépassait pas quatre octaves. Il exprimait la première par des chiffres suivis d'une virgule, la deuxième par des chiffres simples, la troisième par des chiffres suivis d'un point, et la quatrième par les mêmes chiffres suivis d'un point et virgule. Comme il ne s'intéressait qu'au plain-chant, il ne se préoccupa ni des dièses ni des bémols accidentels; pour exprimer la valeur des notes, il plaça sous les chiffres les lettres a, b, e, d, e, f, g, h. Quant aux décompositions de mesures, il nen parla pas.
Au siècle dernier, J.-J. Rousseau reprit le système du P. Souhaitty, qu'il développa dans sa Dissertation sur la musique moderne, publiée à Paris en 17/10. Il proposait aussi de substituer aux noms des sept notes de la gamine les chiffres 1, 2, 3, k, 5, 6, 7; mais, par la nécessité où il était de les modifier pour distinguer les octaves, il se produisait une telle multiplicité de dièses, de bémols accidentels, de changements dans les durées, etc., qu'il était forcé d'employer un plus grand nombre de signes que dans la notation ordinaire. Du reste, Rousseau finit par reconnaître les défauts de son système après avoir discuté avec Rameau. Il l'avoue dans ses Confessions: cr J'eus lieu, dit-il, de remarquer en cette occasion combien, même avec un esprit borné, la connaissance unique mais profonde de la chose est préférable, pour en bien juger, à toutes les lumières que donne la culture des sciences, lorsqu'on n'y a pas joint l'étude particulière de celle dont il s'agit. u II n'est pas un réformateur qui, pour appuyer ses critiques, n'ait eu recours à J.-J. Rousseau. Ils citent, de son Dictionnaire de musique, les articles sur les clefs, modes, tonalités, etc., mais pas un n'a fait mention de ce passage des Confessions, qui culbute de fond en comble tout ce qu'il avait avancé.
En 1792, Rohleder, prédicateur à Friedland (Poméranie), écrivit un ouvrage2 dans lequel il présentait une nouvelle disposition pour le clavier du piano, où les touches blanches et noires étaient rangées alternativement sur un même niveau, dans toute son étendue. Il proposait également une nou-
1 D'après M. Douen (Clément Marot et le Psautier huguenot, t. II, p. 366 et 367), le P. Souhaitty ne serait pas le premier qui ait pensé à substituer des chiffres aux notes de musique. M. Douen affirme que celte notation fut réalisée d'abord dans les premiers recueils de chants protestants, rr Celte découverte, dit-il, applicable seulement à la musique vocale, est due à un savant grammairien français, mort en i56i, Pierre Davantès, ou Antesignanus , ami intime de Calvin. Le P. Souhailty, J.-J. Rousseau et Pierre Galin n'ont fait que reprendre, peut-être sans le savoir, un système pratiqué dans l'église réformée depuis i56o.»
2 Erkichlerung des Klavierspielen vermoge einer neuen Einrichttmg der Klmiatur und eines neueu Notcnsy stems. Kœnigsberg, 1792.
velle notation appropriée à ce clavier. Cette idée, qui fit un certain bruit au moment où son auteur la lança dans le public, fut reprise trente-sept ans plus tard par Charles Lemme, facteur de pianos à Paris. Mais, comme le dit fort justement Fétis1, cet innovateur ne s'était pas aperçu de l'inconvénient qui résulte pour l'œil de celte régularité de disposition, qui empêche l'exécutant de discerner les notes au milieu de toutes ces touches qui ne sont point distinguées par groupes, ce qui change complètement le doigté du piano ordinaire. Cette nouvelle disposition du clavier obligea Lemme à modifier considérablement le système de la musique destinée au piano. Il y conservait la différence des rondes, blanches, noires, etc., pour les valeurs des sons; mais ayant supprimé les dièses, bémols et bécarres, il ne voulut indiquer les notes que par les touches blanches et noires. H se servit pour cela de blanches un peu plus grosses que les blanches ordinaires, et de noires également plus fortes que les autres noires; en sorte que telle note dont la valeur ne devait être que celle d'une noire était souvent représentée par une blanche, distinguée seulement par la dimension, tandis qu'une blanche Tétait par une noire. Nous n'avons pas besoin de dire que ce système n'avait aucune chance d'être adopté; il le fut si peu, que son insuccès causa la ruine et la mort de son auteur. Malgré son excentricité, qui saute aux yeux, ce système a été repris de nos jours en Allemagne par des musiciens qui s'intitulent néodaviaturistes. Toutefois il n'a pas encore assez d'importance pour que nous fassions plus que de le signaler.
Dans les premières années du xvmc siècle, l'abbé Demotz de la Salle proposa de supprimer la portée et de ne faire usage que d'un seul caractère de notes, qui, par sa position verticale, horizontale, ou inclinée en divers sens, indiquait le degré d'élévation du son2. Un peu plus tard, un autre ecclésiastique, l'abbé Lacassagne, voulut réduire3 toutes les clefs à une seule, c'est-àdire à la clef de sol deuxième ligne. A la même époque aussi, Delusse, professeur de flûte à Paris, fit paraître une lettre4 dans laquelle il proposait de substituer aux syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la, si, les voyelles a, e, i, o, u, ou, eu, et d'employer ces voyelles au lieu des notes ordinaires pour écrire le chant. Aucune de ces innovations ne fut adoptée.
En 18 1 3 , Natorp, docteur en théologie à Essen (Westphalie), publia un écrit5 dans lequel il réduisait la notation actuelle à l'emploi de chiffres pour la désignation des degrés de la gamme, en les disposant sur une ligne, en dessus ou en dessous, et les diversifiant d'une certaine manière par des gran-
1 Biographie universelle des musiciens, 2e. édit., t. V.
Bemarques sur la manière d'écrire la musique. Paris, 1726. 3 Traité général des éléments du chant. Paris, 1766. 1 Lettre sur une nouvelle dénomination des sept degrés de la gamme. Paris, 1766.
Anleilung zur Unterweisung im Singenfùr Lehrer der Volksschulen. Potsdam, 181 3.