‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 142 sur 147 · LIVRE VII. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE VI

postérieur dans la filiation, faisant intervalle avec une note antérieure à l'état naturel, produit un intervalle chromati<|ue. Il en est de même pour le bécarre annulant le bémol: un mi\> et un si\\, un la\> et un stlj, etc., impliquent un intervalle chromatique.

Le second défaut de notre système, c'est qu'il conserve encore trop d'organes rudimentaires qui ont été nécessaires dans les différentes phases de son développement, et qui, aujourd'hui, sont des superfétations obscurcissant sa clarté. Telles sont les nombreuses formules de mesures, lesquelles, ainsi que nous l'avons vu, répondaient, à une certaine époque, au mouvement du morceau, mais que, grâce au métronome, on peut réduire à sept au plus1; les signes d'ornement ou notes d'agrément, la profusion des dièses, bémols et bécarres, que l'on rencontre dans bien des pages et que l'on pourrait aisément supprimer si l'armature était exactement formulée à chaque période musicale, ainsi que le fractionnement rationnel des barres de temps et de leurs subdivisions; les indications et les termes de mouvement n'ayant rien de précis, tels que andanle, allegro, presto, etc. Mais ce qui serait à désirer avant tout, c'est qu'on soit plus réfléchi dans l'emploi des signes d'exécution. Une foule de compositeurs, et des plus éminents, se servent des virgules, des points, des barres, des liaisons, etc., inconsciemment, et sans y attacher de signification absolue; ils ne semblent même pas se douter de l'embarras dans lequel ils jettent l'exécutant sérieux, réfléchi, qui ne livre rien au hasard. INous pourrions citer des éditions allemandes, anglaises, françaises des œuvres de Beethoven, de Mozart, de Chopin et autres, qui, si l'on suivait strictement les signes y adaptés, ne feraient que produire des monstruosités. Nous l'avons dit plus haut : un point au lieu d'une virgule, une virgule au lieu d'un point, dénaturent complètement la pensée de l'auteur, dénaturent complètement les sentiments que le passage est apte à exprimer et doit rendre; car chaque signe, chaque procédé d'exécution répond à une émotion, à un sentiment qui ne peuvent être rendus que par tel ou tel procédé.

Voilà les réformes à faire! il n'est besoin que de rejeter ce qui est vague, équivoque, ce qui ne porte pas en soi un cachet d'interprétation facile, claire, partout et toujours; en un mot, faire ce qu'a fait Rossini pour les notes d'agrément, c'est-à-dire les écrire en notes réelles, afin d'obliger le chanteur à se soumettre aux intentions du maître et à ne pas se livrer aux caprices de sa virtuosité. Aujourd'hui, les compositeurs peuvent écrire leurs pensées avec

1 Nous ferons remarquer qu'une coïncidence vraiment singulière a produit ce qu'on pourrait appeler Yheptarchie de la notation. Ainsi, nous trouvons 7 notes, 7 dièses, 7 bémols, 7 bécarres. 7 figures de notes, 7 figures de silences, 7 clefs, 7 mesures, 7 procédés d'exécution, 7 genres de notes d'agrément, 7 octaves formant le diapason usité. Ne fût-ce qu'à titre de curiosité, nous devions faire mention de ce phénomène.

une précision presque mathématique. Toute composition bien écrite a les plus grandes chances d'être exactement rendue.

Peut-on considérer toutefois notre système comme définitif, immuable? Sa diffusion chez tous les peuples civilisés pourrait faire croire à sa fixité et à sa durée. Mais rien n'est immobile sur cette terre ! tout change, tout se transforme, tout évolue, et chaque être poursuit la forme dans laquelle il pourra se développer dans la plénitude de sa virtualité. Or la musique change à vue d'œil; la transformation qu'elle subit sous nos yeux est un indice certain qu'elle en subira encore de plus grandes. Des œuvres qui, il y a vingt ans, passaient pour le dernier mot de l'art, n'ont plus aujourd'hui qu'une valeur archéologique. A de nouveaux besoins il faut de nouveaux éléments. Si la musique entre dans une voie nouvelle; si elle abandonne les trois bases sur lesquelles elle repose actuellement: tonalité en double mode, mesure et rythme, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que le système de notation subît une transformation correspondant à cette évolution. Mais nous ne croyons pas à une révolution radicale qui équivaudrait à celle de la portée reuiplaçant les neumes. Que des besoins nouveaux entraînent des signes nouveaux en telle quantité que l'on voudra, leur accumulation pourra changer l'aspect de la notation actuelle; jamais elle ne la détruira. Car cette notation est la personnification, l'incarnation même de la musique, dessinant merveilleusement la fluidité ascendante et descendante des sons. Nous croirions plutôt à l'écroulement entier du système actuel de musique qu'à la disparition de celui de la notation.

Pas plus que nos ancêtres n'ont prévu les formes actuelles de la notation, nous ne pouvons prédire celles qu'elle revêtira dans l'avenir. Ce qu'il nous est permis d'affirmer, c'est que ce qui viendra sortira de ce qui est, comme ce qui existe est sorti de ce qui a été.

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