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LITURGIE SYRIAQUE

Il y a deux liturgies orientales dont nous n'avons rien dit dans notre travail, parce qu'elles n'ont point de notation musicale : ce sont les liturgies syriaque et copte. Il est bon cependant que nous en disions quelques mots, qui ne seront pas déplacés ici.

La liturgie syriaque passe pour avoir été à peu près définitivement organisée par saint Ephrem, lequel vécut et mourut dans le ive siècle (378) de l'ère chrétienne; cependant la liturgie syriaque existait bien avant, dans une forme moins complète, sans doute, mais dans une forme quelconque. Cette liturgie contenait des hymnes qui se chantaient dans un mètre et sur un ton particuliers. Bardesane, le célèbre auteur gnostique du 11e siècle1, paraît y avoir travaillé beaucoup, car ses mètres et ses tons sont demeurés célèbres. Saint Ephrem déclare avoir composé plusieurs de ses cantiques (au moins soixante et dix) dans les modes de Bardesane, c'est-à-dire dans ses mètres et dans ses tons, ou airs.

Les ressources manquent pour connaître la musique religieuse des peuples de la Syrie; il n'en existe aucun livre noté, et le chant se transmet de génération en génération, oralement et vocalement. «Pas un livre de musique en langue syriaque, dit Fétis2, ne paraît avoir été écrit, même au temps des Séleucides, où les deux littératures grecque et syrienne étaient cultivées. »

Les églises de Syrie se partagent en quatre rites différents : le rite nestorien, le rite jacobite ou monophysite , le rite maronite et le rite melchite. Nous ne parlons ni du rite syrien-catholique, qui est la variété orthodoxe du rite jacobite-monophysite , ni du rite chaldéo-nestorien, qui représente la variété orthodoxe du rite nestorien proprement dit.

Pour ce qui regarde la poésie, étroitement unie à la musique dans les liturgies d'Orient comme dans les liturgies d'Occident, les quatre rites dont nous venons de parler possèdent une grande variété de mètres, dont trois portent des noms particuliers, sans doute par cette simple raison qu'ils ont été plus spécialement cultivés par leurs auteurs. Le vers de sept syllabes porte le nom de M'choîitto d' Ephrem, parce qu'il a été cultivé par saint Ephrem au ive siècle; le vers de quatre syllabes porte le nom de M'choutto de Balai, parce qu'il a été mis en honneur par Mar Balai un peu plus tard: enfin le vers de douze syllabes, ou le tètrasyllahe quatre fois répété, a pris le nom de M'choutto de Jacques, parce que Jacques de Saroug ( 45 i-5q 1) l'a employé dans presque toutes ses compositions.

: Cf. Ernest Renan, Marc-Aurèle, in-8°, p. 44a et hhZ. Paris, 1882. 2 Histoire générale de la musique, t. IV, p. Go.

Il y aurait ici une question à poser: à savoir si ces trois mètres dont on connaît les noms ne se distinguaient pas aussi par une musique particulière inventée par saint Ephrem, Mar Balai, Jacques de Saroug; mais on ne peut faire là-dessus que de pures conjectures. Il est cependant probable que ces trois mètres : Yéphremoïto, le balàitto et le jacoboïto, se distinguaient par la musique, et que c'est pour cette raison qu'on leur a donné des noms particuliers. Allons plus loin, et passons à ce que nous savons de la musique syriaque.

Nous ne parlerons pas de la musique dans le rite melchite, qui est une fusion de la musique grecque et jacobite. Nous nous contenterons de faire observer que la musique grecque a pénétré aussi chez les Jacobites avec Yonrori^os, mais cette importation n'a pas été universellement reçue. Là où elle a été reçue, on peut dire que le chant a huit modes pour base. Ces huit modes sont dans le registre de la voix de ténor, les voix de basse étant presque inconnues dans ces régions à température élevée. La mélodie est renfermée dans un petit nombre de notes, c'est-à-dire une quarte, une quinte, ou une sixte au plus.

Pour les dimanches et fêtes on élève le diapason des modes; on l'abaisse pour les simples jours fériés.

Les manuscrits syriaques de liturgie n'ayant pas de notation de musique, et aucun musicien érudit n'ayant recueilli dans le pays le chant des offices appartenant aux églises des diverses sectes, on ne sait pas toujours quelles sont les parties de ces offices destinées à être simplement récitées ou chantées, et l'on ignore complètement sur quel ton il faut les chanter. Les paroles d'une même antienne se chantent sur une mélodie différente dans les huit tons, suivant le degré de solennité des fêtes et des époques de l'année.

Espérant en apprendre davantage sur la musique syriaque, nous avons fait prier M. l'abbé Martin, orientaliste en renom, pour lequel les textes syriaques sont d'une lecture courante, de bien vouloir nous communiquer ce qu'il sait à ce sujet. Dans sa lettre du 19 décembre 1881, le savant abbé confirme ce que nous venons d'exposer sur l'absence de toute notation chez ce peuple, et il dit :

«Un air est attaché à une chanson, un poème, une hymne, et désormais cette hymne, ce poème, celte chanson serviront à désigner à la fois le mètre et l'air. C'est à peu près le rôle de Yelpixos en grec, de Varia en italien et de Y air en français; nous disons dans le même sens : sur l'air de

«La seule notation musicale que j'aie trouvée chez les Syriens ne porte que sur la dernière syllabe, et encore n'ai-je remarqué cette notation que chez les Nesloriens et les Chaldéo-Nestoriens. Dans les manuscrits liturgiques de cette fraction de la race syrienne, on remarque assez souvent des lignes écrites à l'encre rouge, et placées isolément, ou par deux, par trois, par quatre sur la dernière syllabe du mot, de la manière suivante: (0*^7 "c*^5 '{L%, etc. Ces traits indiquent une ritournelle qui, dans le chant, se fait sur cette note, quelque chose d'analogue au neume du plain-chant des Latins.

«Les Nestoriens et les Chaldéo-Nestoriens ont fréquemment de ces ritournelles, un peu nasillardes, ne dépassant pas un intervalle de deux ou trois notes comme étendue, et qui cependant ne sont pas dépourvues d'une certaine grâce. 55

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