‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 26 sur 147 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

crovons-nous, de faire remarquer le vice radical de cette méthode, que l'on croirait imaginée par les théoriciens grecs pour apporter le plus d'obstacles possible aux progrès de la musique.

M. Gevaert1 croit que la notation instrumentale a précédé la notation vocale, et qu'elle lut de beaucoup la plus ancienne. Il nous est impossible de partager cette manière de voir, par la raison que la séméiographie vocale est représentée par les lettres droites et régulières de l'alphabet, tandis que l'instrumentale l'est par les lettres retournées, couchées ou tronquées. Or nous ne pensons pas qu'il soit logique d'admettre que l'on se servit de ces dernières avant d'avoir d'abord employé les caractères de l'alphabet régulier.

Westphal2 a cru que le système de la notation instrumentale fut introduit 660 ans avant J. -G. par Polymnaste de Colophon ; mais cette assertion est très discutable, car Polymnaste était aulète, c'est-à-dire joueur de flûte, et il est manifeste que cette notation a été faite pour les instruments à cordes. En outre, Aristoxène affirme que les intervalles impairs étaient connus avant Polymnaste, et la notation de ces intervalles n'est devenue possible qu'après l'admission des lettres couchées et tronquées.

Perne, qui a consacré une partie de sa vie à élucider le système musical des anciens Grecs, a prétendu (loc. cit.) qu'il est d'une extrême simplicité. Nous ne pouvons être de cet avis, car cette étude est, et a toujours été, très aride ; nous en avons pour garant Platon lui-même, qui veut rrque les jeunes gens consacrent deux ou trois années à la musique, rien que pour en apprendre les rudiments*. Perne, dans son engouement pour tout ce qui touche à l'antiquité grecque, est, comme Burette, tombé dans l'excès, mais en sens contraire : il réduit à quatre-vingt-dix le nombre des caractères que Burette avait porté à seize cent vingt. Nous avons établi qu'en réalité ce nombre était de cent trentehuit.

Nous pourrions étendre bien davantage ce chapitre, en détaillant les signes de notation des quinze modes dans tous les genres; mais, outre que ce travail serait fastidieux pour le lecteur, il allongerait démesurément ce livre, sans utilité pour personne, puisque ce sont toujours les mêmes caractères alphabétiques, droits, couchés, retournés et tronqués, qui sont employés, et dont la signification ne diffère que par la disposition du trope.

Nous allons faire connaître maintenant le genre de notation du temps musical et de ses divisions.

Les Hellènes eurent diverses figures pour marquer le rythme, ainsi que les valeurs de silence.

Leur unité rythmique, sur laquelle se mesuraient toutes les durées, s'ap-

Cf. Gevaert, ottvr. cité, t. I, p. knk. 2 Cf. Plutarque, De Mus. (Westphal, § XVII).

pelait temps premier, et correspondait à notre croche. Les durées plus grandes

s'appelaient longues, et étaient de quatre espèces :

,° La longue ordinaire, ou de deux temps, équivalant à notre

noire (J), rendue par ce signe ■ • •

2° La longue de trois temps, équivalant à la noire pointée (J.)- i

3° La longue de quatre temps, équivalant à la blanche (d) . .

h° La longue de cinq temps, équivalant à J- J u-i-j

Les parties de la mesure non remplies par des sons s'appelaient temps vides. Le silence le plus petit était le limma, ou silence bref. Il y en avait de cinq sortes, savoir :

i° Le temps vide bref, ou silence d'un temps, équivalant à notre

demi-soupir (1), ainsi marqué A

2° Le temps vide long, ou silence de deux temps, équivalant au

soupir (f ) 7\

3° Le silence long de trois temps, équivalant à fi *K

k° Le silence long de quatre temps , équivalant à la demi-pause (■). X

5° Le silence long de cinq temps, équivalant à f fi "A"

Lorsqu'une interruption un peu prolongée séparait deux parties d'un morceau de musique, on l'appelait diastole, et on la représentait par deux points (:), ou encore par :||: . Nous ne devons pas oublier non plus de mentionner, parmi les signes de notation, h point, qui servait à indiquer le temps fort ou frappé, appelé thésis, pour le distinguer de l'are, temps faible ou levé. La thésis se marquait en ponctuant ainsi la note (i) ; quant à Yarsis, elle demeurait dépourvue de tout signe.

SOLMISATION.

Notre étude sur la notation hellénique serait incomplète si nous ne traitions aussi de la solmisation des anciens Grecs, laquelle était étroitement liée à leur notation. Pour solfier, ils n'auraient pu faire usage des dénominations de leur échelle tétracordale , ni des noms de leurs caractères alphabétiques, ce qui eût été aussi peu rationnel que peu praticable. Ils songèrent donc à se servir de quatre voyelles pour correspondre à la quarte composant leurs tétracordes, et choisirent l'alpha (a), ïêta (y), X epsilon (s) et l'oméga («), ainsi disposés:

PS

ppp^

êEÉEâ

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