LES PRÉCURSEURS DE GUIDO D'AREZZO
Avant de nous occuper du célèbre moine de Pompose, dont la renommée a traversé plus de huit siècles sans s'amoindrir, nous ne devons pas oublier plusieurs éminents didacticiens qui se firent connaître avant lui, et dont les divers systèmes de notation méritent d'être relatés: Aurélien de Réomé, Réginon de Prum, Rémi d'Auxerre, Hucbald de Saint-Amand, Odon de Cluny, et quelques anonymes. Mais nous serons brefs à leur sujet, d'abord parce que notre tâche n'est pas de tracer des notices biographiques, ensuite parce que les renseignements que nous possédons sur eux sont loin d'être abondants et ne brillent pas positivement par la précision.
Aurélien, moine de Réomé, ou Moutiers-Saint-Jean (diocèse de Langres), vers le milieu du ixc siècle, est l'auteur d'un traité de musique intitulé: Musica disciplina, que Gerbert a inséré dans ses Scriytores1 . Ce traité, consacré aux huit tons ecclésiastiques, dont il parle comme d'une invention récente et qui n'était pas encore généralement adoptée, est d'un médiocre intérêt pour l'histoire de la notation. L'auteur ne se sert que des neumes primitifs, sur lesquels il ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà.
Rémi d'Auxerre, du nom de la ville où il naquit vers 85o, fut appelé à Reims avec Hucbald, en 893, pour y enseigner les lettres, les sciences et la musique; puis il alla professer à Paris, au commencement du xc siècle. On a de lui un manuscrit sur la musique, également reproduit par Gerbert2, dans lequel il traite de cet art suivant la doctrine des Grecs et d'après les théories de Roèce. Ce livre, pas plus que le précédent, ne fournit de renseignements bien précieux pour l'objet de notre travail.
Ce ne fut pas avant le xe siècle que les lettres latines commencèrent à être usitées généralement pour l'écriture musicale. La plus ancienne notation de ce genre se trouve dans un traité de musique anonyme, intitulé : De harmonica inslitutione. Elle est basée sur la division de l'échelle par octaves, et n'emploie que les sept premières lettres de l'alphabet, exprimant les tons de notre échelle majeure3:
ABGDEFG ARCDEF etc.
Scriptores ecclesiastici de musica sacra potissimum , etc. Saint-Biaise, 1786. 3 vol., t. I, p. a8-63.
Ib'uL, t. I, p. 63-o,/i.
Gevaert, oiior. cité, t. I, p. 43g.
là
Gerbert, ainsi que INotker Labeo1 et d'autres musicographes, a attribué ce traité à Hucbald, mais nous doutons très fort de l'exactitude de cette assertion, car Hucbald est l'auteur d'une autre notation que nous allons exposer. JNous serions plutôt tentés de croire que le De harmonica instilutione est l'œuvre de Réginon, abbé de Prum au diocèse de Trêves, lequel Réginon, né vers 85 o , mourut en o,£5, abbé de Saint-Maximin de Trêves.
Hucbald ou Hucbaud, moine de Saint-Amand au diocèse de Tournai, naquit vers 8A5 et mourut en 0,32. Nous savons que ce savant homme fut contemporain et collègue de Rémi d'Auxerre, avec lequel il professa à Reims. Le plus important de ses ouvrages sur la musique est intitulé : Enchiridion musicœ, auctore Uchubaldo Francigena2. C'est un traité élémentaire conçu d'après les principes des Grecs; il est divisé en dix-neuf chapitres, dans le premier desquels l'auteur expose un système de notation dont il est l'inventeur. Hermann, surnommé Contract (contractas) parce qu'il avait les membres paralysés, bénédictin de l'abbaye de Reichenau, mort vers io55, donne un exemple de cette notation dans un ouvrage sur la musique qu'il a intitulé : Opuscula de musica3. Hucbald divise l'échelle musicale en quatre tétracordes commençant par le gamma (l~), ou sol grave. Il les qualifie de graves , finales , superiores et excellentes. Aux seize sons de cette échelle il ajoute deux sons aigus, qu'il nomme rémanentes, ce qui en porte le nombre à dix-huit. La division par octaves est abandonnée et cède la place au système tétracordal.
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