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CHAPITRE II

HEXACORDES ET MUANCES.

Bien que la théorie des hexacordes et des muances ne lasse pas partie intégrante de la notation musicale, ce système de solmisation s'y rattache par trop de points pour que nous puissions l'omettre dans ce travail.

Lorsqu'il proposait au moine Michel l'hymne à saint Jean comme moyen mnémonique d'intonation, Guido d'Arezzo n'avait en vue ni de substituer les syllabes initiales des vers de celte hymne aux lettres romaines, ni de les affecter à l'appellation des notes de l'échelle. Si telle avait été son intention, à lui qui n'admettait que la théorie de l'octave, assurément il aurait trouvé une septième syllabe pour compléter la série des caractères du monocorde (gamme). Quoi qu'il en soit, l'idée de dénommer par des monosyllabes les notes de la gamme était si heureuse, si riche d'avenir, que les successeurs du célèbre moine s'empressèrent de la pratiquer et la firent presque généralement adopter. Malheureusement, ces didacticiens n'avaient ni la perspicacité, ni l'esprit lucide, ni surtout le génie du bénédictin de Pompose, et, dominés aussi par le préjugé qui rejetait le triton, ils n'osèrent pas compléter l'octave au moyen d'une septième syllabe caractéristique du B, qu'ils laissèrent innommé.

On a la preuve de l'acceptation presque universelle des six syllabes dans ces mots de Jean Cotton : ce Nous avons adopté, pour l'usage de la musique, six syllabes différentes ; les Anglais, les Français et les Allemands se servent (Yul, ré, mi, fa, sol, la, mais les Italiens en ont d'autres l, r> etc. Chose étrange, c'est en Italie, dans la patrie même de Guido, que l'admission des six syllabes à lui attribuées rencontra le plus d'opposition. Elles devaient néanmoins l'emporter avec l'intronisation de l'hexacorde.

Si Guido n'est pas l'inventeur de ce système ni de celui des muances, ce que nous croyons avoir démontré, sur qui faut-il rejeter la conception de ces énormités? Ici encore la recherche de la paternité est impossible. Cependant l'auteur le plus ancien qui en fasse mention est Jean Cotton, que Gerbert2 croit être identique avec Jean Scolaslicus, moine de l'abbaye de Saint-Matthias, à Trêves (io5o). Son traité de musique, dédié à Fulgence, évêque anglais, porte ce titre : Epistola Johannis ad Fulgenlium, et contient vingt-sept chapitres et un prologue. On trouve dans cet ouvrage la première indication connue du

1 rrScx sunt syllabe quas ad opus musicae assumimus divers* quidem apud diversos; veriim Angli, Francigenaa, Allemani utiintur ut, ré, mi, fa, sol, h; Itali autem alias habent, quas qui nosse desiderant slipulentur ab ipsis.»

8 Scriptores, elc. , t. II, p. 23o.

système de solmisation par l'hexacorde avec les notes ut, ré, mi, fa, sol, la, et la première aussi de la main harmonique.

Dans le chapitre xm, Jean Gotton explique comment il faut s'y prendre pour appliquer les noms grecs de proslambanomène, nète, mèse, etc., aux sons représentés par les lettres A, B, G, etc.; mais ces noms grecs ne recommençant pas leur série d'octave en octave, comme les lettres, il donne le moyen de compter sur les doigts les sons des octaves pour retrouver les lettres qui les représentent sous les noms grecs. C'est là, incontestablement, l'origine de la main musicale ou harmonique, appelée à tort main guidonienne, dont nous avons déjà parlé, et dont voici la reproduction:

Le chapitre xiv est consacré par Jean Gotton à une méthode pour changer les noms des notes quand, dans le cours du chant, d'autres notes que les finales prennent la place de ces dernières, par suite de la transposition de leurs noms dans les octaves. «Les suites de notes, dit-il, peuvent se produire sous trois aspects, qu'on désigne par les noms de protus (premier), deuterus (second) et trilus (troisième). Pour savoir si le nom de protus doit être remplacé par ceux du deuterus ou du trilus, et réciproquement, il faut examiner si le chant conduit jusqu'au demi-ton représenté par le B dur (t|); en ce cas, on change le nom de ce dernier en E. D'autres changements ont lieu pour que les finales restent invariables, -n Evidemment, ce sont bien les principes des trois hexacordes et de leurs muances. Jean Gotton les a-t-il inventés ou n'a-t-il fait que transcrire des règles admises de son temps? C'est ce qu'il est impossible de savoir.

Il n en est pas moins réel que, malgré ses grands défauts, malgré les

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