‹ Histoire de la notation musicaleChapitre 9 sur 147 · Lin-tchoung Ut · texte numérisé non relu

Lin-tchoung Ut

1 o. Nan-lu Ré.

1 2. Yng-tchoung Mi.

Le plus grave des lu, comme on vient de le voir, est le hoang-tchoung a cloche jaune n. C'est le générateur des autres sons, et il répond à la onzième lune, qui commence au solstice d'hiver. Le second degré, ta-lu cr grand coopérateum, répond à la douzième lune, et agit avec le précédent sur la germination et sur le développement des productions de la nature. Chaque degré de cette échelle marque ainsi un moment de ce développement, et le douzième, yng-tchoung cr cloche d'attente r>, répond à la dixième lune.

Cependant (inconséquence la plus choquante qui se puisse imaginer), il n'existe, dans la musique chinoise, rien qui ressemble, même de loin, à l'emploi des intervalles chromatiques; on n'y rencontre jamais ni le demi-ton accidentel, ni les demi-tons naturels de la gamme diatonique. Dans aucun air, dans aucune phrase mélodique chinoise n'apparaissent les deux demi-tons de la gamme européenne : mi-fa, si-ut. Les théoriciens chinois ont dit1 que le si (pien-tché) et le mi (pien-koung) «sont aussi inutiles dans la musique que le serait un doigt de plus à chaque mainn. Ces deux sons n'existant pas dans leur gamme, elle n'est composée que de cinq notes, dans cet ordre : fa, sol, la, ut, ré, correspondant aux cinq touches noires de notre piano.

Dans le second système, ils réunissent deux lu pour en former un ton; seulement on n"a jamais su de quelle manière ces tons se succèdent, car ils ne forment pas une série d'intervalles consécutifs. Les théoriciens ont fini par s'arrêter au système de cinq tons et de deux demi-tons, mais en éliminant ces deux derniers de la gamme. Voici les noms de ces tons et demi-tons, accompagnés de ceux de notre échelle qui leur correspondent :

Koung. Chang. Kio. Pien-tché. Tché. Yu. Pien-Koung. Fa. Sol. La. Si. Ut. Ré. Mi.

Les demi-tons, qui existent seulement en théorie, mais que l'on proscrit dans la pratique, tirent leurs noms de ceux des tons supérieurs voisins, auxquels on ajoute le mot pien, signifiant «qui devient, qui se résout sur -n. Ainsi, pien-tché veut dire « qui se résout sur le tchén, et pien-koung , ce qui se résout sur le koung n.

Le système modal des Chinois a donc pour type le mode de fa, lequel serait

Le P. Amiot, Mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts, les mœurs et les usages des Chinois, par les missionnaires de Pékin, t. VI. Paris, 1776.

défectueux chez nous en raison du triton, mais qui, pour eux, n'a pas le même inconvénient, puisque, par la suppression des demi-tons, ils évitent les trois secondes majeures consécutives. Cela ne veut pas dire pourtant que leur gamme soit satisfaisante pour des oreilles européennes \

Pour compléter la singularité de ce système musical, dont nous n'avons pas besoin de faire ressortir la bizarrerie, les didacticiens chinois ont donné aux sons de leur échelle pentatonale d'autres noms qu'à ceux de l'échelle chromatique, et les ont appliqués aux deux octaves de la flûte nommée ty, et à la voix de soprano, toujours en commençant par le grave. Voici ces noms, avec leur signification européenne :

Ho. Sée. Chang. Tché. Koung. Lieou. Ou. Chang. Tché. Ré. Mi. Sol. La. Si. Ré. Mi. Sol. La.

Leur écriture comprend sept caractères, et se trace de haut en bas et de gauche à droite. Ces sept caractères représentent l'échelle modale de fa, et, pour indiquer les octaves, ils les font précéder du signe jin y^. Les deux premières notes graves, ho (ré) et sée (mi), ont seules des caractères particuliers, sans doute parce qu'elles sont rarement employées. Le tableau suivant représente ces signes chinois, avec leur traduction dans notre notation. Il donne la preuve que, théoriquement, les deux demi-tons étaient maintenus.

Ho.

Sée.

Chang.

Tché.

Koung.

Ré.

Mi.

Fa.

Sol.

La.

St.

it

Fau.

Lieou.

Ou.

Y-jin.

Chang-jin.

Tché-jin

Ut.

Ré.

Mi.

Fa.

Sol.

La.

Les signes d'intonation sont accompagnés des modificatifs suivants, qui se placent au-dessus du signe correspondant :

y Doubler la durée de la note.

^ Répéter la note.

^ Jouer trois fois la note.

^. Jouer quatre fois la note.

L Tenir la note en trémolo.

'— Repos ou fin.

Une autre série de signes, à l'usage des tambours et des castagnettes, se place au côté droit des notes correspondantes.

\ Frapper un côté du tambour.

O Frapper au milieu du tambour.

^^ Tambour et castagnettes ensemble.

1 Ambros, Geschichte der Musik, i. I. Leipzig, 1871-1875.

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