‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 22 sur 51 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Reproches faits à la raison htimaine.

Que si M. de La Mennais diffère tant de l'évêque d'Avranches dans les conséquences du système qui semble leur être commun à l'un et à l'autre , combien il s'en éloigne plus encore par son langage ! Jamais le dogmatisme ne prit un ton aussi tranchant que le fait la critique du nouveau Pyrrhon. « Rien (f de ce qu'affirme ime raison qui peut se tf tromper ou une raison faillible n'est cer- « tain (i ) , » avait-il dit dès V avertissement

(1) Essai, p. 48G-59d. Avertiss, du t. II, p. vu.

de son ouvrage ; concluant du particulier au général : parce qu'elle se trompe quelquefois , nécessairement elle se trompe toujours. «Entendez, poursuit-il dans tout le cours du livre , chaque homme parler de la raison telle qu'il l'aperçoit en lui-même ; il en vante les lumières , il en proclame l'infaillible certitude. De bonne foi , quelle confiance mérite-t-elle, cette raison si fière avec si peu de motifs pour l'être ? Misérable héritière du péché d'Adam , enveloppée des ténèbres de son ignorance et de sa corruption , esclave de ses sens et de ses préjugés , éternellement dupe de ses illusions , elle ne marche qu'au sein de la plus profonde obscurité , et ne saurait faire un pas sans donner dans un écueil. Aussi , que de mécomptes , que de honteux égaremens , et sans que l'expérience lui profite ! Son histoire , qu'estelle , que l'humiliant tableau de ses chutes et de ses erreurs ?Pûen de fixe ni d'uniforme dans ses jugemens : chaque individu Tinter-

prête comme il l'entend, et personne qui l'entende delà même manière. Elle approuve et condamne , elle loue et censure au hasard. Point de croyance, quelque absurde qu'on la suppose , a qui elle ne fournisse tout l'arsenal de ses captieuses subtilités. Elle dit à l'athée qu'il n'y pas de Dieu , au déiste que tout est problème dans la religion , au philosophe qu'il s'abrutit à croire ce qu'il ne comprend pas. Pauvre raison humaine, qui se croit suffire k elle-même et se fait sa propre règle , souveraine , indépendante ! Elle prétend diriger l'homme : il faudrait qu'elle commençât par être sûre qu'il existe ; sa pensée est pour elle-même une énigme. Le peu qu'elle sait lui vient de source étrangère. Qui cherche la vérité par sa raison individuelle , n'embrasse que la nue j pour être conséquent, il faut douter de tout (1). »

(1) Essai sur l'Indifférence, t. I, p. 3, 27. Défense, passim. Ainsi dira-t-il dans son Avenir:

Tel que le vainqueur, de son char de victoire il chante l'hymne du triomphe , en s'admirant lui-même et insultant aux ruines qu'il a faites. « Il fallait, poursuit-il, humilier pro- « fondement cette ©rgueilleuse , la pénétrer « davantage de l'obligation étroite oii elle est « de captiver son intelligence sous le joug « de la foi; il fallait pousser l'homme jusqu'au « néant , l'épouvanter de lui-même , déses- « pérer toutes ses croyances , même les plus « invincibles. ;>

Est-ce là un vœu , une imprécation ?

La rigueur de cet arrêt, comme on le voit , n'excepte rien , pas même les crojances les plus invincibles / ni les œuvres de cette raison si ignorante j si dépravée , qui par l'organe des Législateurs rassemblait les multitudes éparses pour les domp-

« Les vérités crues avec l'aveuglement le plus su- « perstitieux par tel parti , ne sont pas plus vraies « que celles que cherche à proposer le parti con- « traire. » N. 254.

ter par le frein de la civilisation ; ni les admirables découvertes de la science et du génie, lesquelles, bien que mêlées à des erreurs, n'en ont pas moins répandu la lumière sur leurs traces : astres brillans jetés par la divine Providence à travers la nuit épaisse qui les environnait; ni les utiles travaux de ces hommes , la plupart inconnus de leur siècle , qui, les uns par leurs doctes veilles , ont reculé le cercle des connaissances humaines et l'ont étendu aussi loin que Dieu l'a permis, les autres, par leurs sublimes institutions, ont entretenu ou vivifié les semences de vertu , de justice , d'honnêteté , quand elles périssaient parmi le genre humain. Qui est-ce qui a fait tout cela , si ce n'est la raison ? Vous nous parlez de ses écarts ; vous oubliez ses bienfaits. Quoi donc ! la bouche de Balaam ne s'ouvre-t-elle que pour maudire? Vous comptez les liens dont elle est garrottée. Ouvrez les yeux ! N'est - ce point par le secours des ailes que

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