‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 23 sur 51 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

G HISTOIRE

Dieu lui a données qu'elle a pu s'élancer dans les cieux, parcourir le monde d'une extrémité à l'autre, plonger jusque dans ses abîmes? Prométhée, enchaîné sur le Caucase , n'en est pas moins le Prométhée qui avait su dérober le feu du ciel. Ma citation est profane ; corrigeons cette faute par la pensée d'un saint Docteur : « La sagesse ou la science, n'importe (ces mots sont toujours synonymes sous la plume de saint Augustin), consistant dans l'union avec Dieu, et Dieu étant la raison, la vérité souveraine, à l'homme l'ignorance et la folie, a Dieu la sagesse; mais la raison tient le milieu enlre la folie de l'homme et la sagesse et la vérité de Dieu (1). »

(1) Cum enim sapiens sit Deo ita mente conjunctus ut nihil interponatur quod separet ; Dcus enim est Veritas , nec ullo pacto sapiens quisqiiani est si non veritatem mente conjungat , negare non possumus inter stuUitiam hominis et sinccrissimam Dei veritatem médium quiddam interpositam esse hominis sapientiam. S. A.ng., De ntilit. credendi , cap. xv,

Heureusement la religion ne nous adresse pas d'aussi désespérantes paroles.

Dieu, en châtiant l'homme coupable, ne l'a point tout-a-fait abandonné. Il l'a chassé du jardin de délices, mais il ne l'a point déshérité de son paternel amour. Au sein de sa disgrâce, l'homme conserve d'assez beaux restes de ce qu'il fut autrefois, et laisse reconnaître en lui à quelle image il fut créé et pour quelles destinées. L'empreinte de sa sublime ressemblance avec son auteur est dégradée , sans doute , les marques de cette dégradation se montrent partout; mais le trait caractéristique de ressemblance n'en existe pas moins ; il est dans l'intelli-

t. VÏII Bénéd., p. 8, 67. « Les Ecritures appellent « Dieu la raison , non-seulement parce qu'il est la « source de toute raison , de toute intelligence et « de toute sagesse , mais principalement parce que n la raison de Dieu est simple comme son essence. » Saint Denys Faréop., dans Biblioth. choisie des Pères, t. XIX, p. 483. Et qu'est-ce que la raison humaine, sinon une émanation de cette raison divine? (Ihid.)

gence. Roi détrôné, qui porte encore sur le front l'empreinte ineffaçable de sa grandeur passée, il promène fièrement, à travers les ravages de sa nature , et le souvenir de sa gloire déchue, et le pressentiment de sa future réparation. Dieu n'en a point agi avec lui comme avec l'ange rebelle , qu'il a précipité dans les enfers en l'y enchaînant a la nécessité du mal :^Le malheureux^ il n'aime pas. Dans sa terre d'exil, l'homme pense a Dieu sans le maudire. Seul de tous les animaux a qui nos modernes sophistes aiment tant a le comparer quand ils ne vont pas jusqu'à le ravaler au-dessous d'eux, seul il connaît son Créateur, et lui rend un culte; seul il a la perception de son être et l'intelligence de sa pensée; seul il possède le sentiment, le désir et le besoin de la vérité; il l'aime et dans lui et dans les autres ; il la cherche , il l'embrasse avec joie quand elle se présente à lui ; il la poursuit jusque dans son ombre ; il comprend sa voix, dit

saint Augustin, quand elle parle intérieurement h son âme (i). Il n'est donc pas obligé d'aller la chercher au dehors, ni de la faire venir de la société ^ ni d'interroger le genre humain , qu'il trouverait muet et sourd à sa voix.

(1) l'héritas sine sono intus mentibus loquitur. (S. Aug., t. II Bénéd., p. 652.) Habet in se ipso Vorum unde non dubitat. (^Ibid. )

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