‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 30 sur 51 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du témoignage des hommes.

Ce raisonnement s'applique au témoignage des hommes, pour en garantir la certitude morale et infaillible. Tout est fondé dans le monde sur cette certitude. Si nous ne savions pas nous en contenter dans les choses qui nous importent le plus , notre vie serait malheureuse. C'est la réflexion cf'un sage de nos jours , que l'école de M. de La Me n nais regarde comme l'un de ses

ÏIISTOIRE DE LA .\OLVELLE IIÉUÉSIE. 23î)

oracles. « Non-seulement l'histoire , les « sermens, les attestations, les contrats, « les titres deviendraient inutiles et sans ce force , mais nous ne pourrions en rien «c nous confier à personne. Sachant a quel « point les hommes diffèrent par l'humeur , « par le caractère , par les passions et les '< vices , par les préjugés et la tournure de « leur esprit, je vois qu'ils ne peuvent avoir « tous dans le même moment la volonté de « former le même complot pour me tromper « de la /néme manière, par les mêmes « moyens et sur le mê/iie objet. Pour cela, c< il faudrait qu'ils eussent tous ce qu'ils i< n'ont jamais, les ?jiêmes idées, les mêmes « motifs, le même intérêt, les mêmes vues « et le même génie ; ce qu'il est impossible <f de supposer. C'est de ce principe que tire « sa force un témoignage venu d'un nombre tf d'hommes considérable; tels sont les té- <f moignages qui m'assurent de l'existence t^ de la ville de Constantinople , etc. Quand

« je n'ai pas la lièvre , il m'est impossible « de former des doutes sérieux sur ces « objets (i). »

La Théologie puise dans le témoignage des hommes une de ses preuves les plus concluantes pour la divinité du Christianisme. Tous nos Apologistes fondent sur cet argument la certitude invincible des faits racontés par l'Ancien et le Nouveau Testament. Ce sont des faits publics, importans, extraordinaires , vraiment surnaturels , opérés pour la plupart non dans les ténèbres, mais au grand jour, trop sensibles pour avoir été crus s'ils avaient été faux, attestés par des témoins nombreux, les plus dignes de foi, incapables de vouloir tromper, non moins incapables de se tromper sur les choses qu'ils ont vues de leurs yeux, entendues de leurs oreilles, touchées de chacun de leurs sens, qui consentent à souf-

(1) M. le comte de Maistre , Considèr. philos, sur le Christian., ahRi». xiir, p. SJ . •

DK LA NOUVELLE IIÉKÉSIE. Ii6î

frir la mort en témoignage de leur foi j laits opérés souvent en présence de peuples entiers , soumis à l'examen le plus sévère , aux enquêtes des ennemis les plus intéressés a les contredire, et qui en ont triomphé. 11 n'en est pas des faits comme d'une opinion : les préjugés l'établissent , l'ignorance l'adopte , l'entêtement la maintient; mais des faits énoncés comme récens, notoires , palpables, éclatans, racontés comme connus dans toutes les circonstances , ne s'accréditent pas ainsi , a moins d'être vrais , surtout quand ils devaient rencontrer des obstacles insurmontables , changer la foi des peuples, et faire révolution dans le monde entier. Les actes qui les rapportent sont eux-mêmes revêtus des mêmes caractères de vérité que leurs auteurs et leurs héros. Ils excluent absolument et à la rigueur toute possibilité de douter pour quiconque ne veut être ni sottement crédule , ni sceptique jusqu'h l'absurdité. « C'est l'é-

^t>ii I1I8TOIUE

« vidence seule qui force la conviction (i).« Les uns et les autres , événemens , écrivains, acteurs, se lient entre eux par une chaîne indissoluble qui remonte sans nulle interruption jusqu'à la plus haute antiquité , traverse les siècles et les domine ; témoignage perpétué d'âge en âge par une tradition constante et toujours uniforme. S'il y eut jamais quelque chose de prouvé dans le monde , c'est la vérité des faits déposés dans les livres que nous appelons l'Ancien et le Nouveau Testament, et l'authenticité de ces mêmes livres; donc, par une conséquence invincible , la divinité de la Révélation qui s'y trouve manifestée .

Les adversaires que nous avons a combattre ne sont pas de ceux qui nous contestent la vérité des faits sur lesquels s'appuie la divinité du Christianisme. M. de La Mennais et son école font la profession de

(1) M. Gerbet, Dos Doct. philosoph. sur In Certitude , p. 1)0

DE LA NOUVELLE HÉKESiE. 265

croire à la Révélation, tant a celle de Moïse qu'à celle de Jésus-Christ. Comment se fait-il qu'ils en ruinent le fondement?

Le fondement du Christianisme , c'est la Révélation qui en fut faite au peuple visiblement fait exprès pour servir de témoin au Messie (i ) , comme le Messie se choisit ses Apôtres pour être ses témoins dans Jérusalem , dans la Samarie , et dans toutes les contrées du monde où son Evangile devait être prêché (2). Outre les prophéties prédites par la première Révélation , accomplies par l'autre, nous avons, comme preuves des plus authentiques , les miracles consignés dans l'une et dans l'autre. Comment M. de La Mennais et ses disciples en parlent-ils? Comment se fait-il qu'ils parlent le même langage que nos antagonistes les plus déclarés? (f Quelles preuves, demandent-ils, « avons-nous a en donner aux mécréans^ ^

(1) Pascal, Pensées, p. 79.

(2) Matth. xxrv, 14. Act. \, 8.

^i lUSTOIRE

« aux déistes? quelle garantie leur fourni- « rons-nous de leur vérité? Le récit de l'E- (f vangile et le témoignage des Apôtres, qui « n'étaient ni trompeurs ni trompés? Ne K seront-ils pas en droit de vous dire tout (( d'abord que vous faites une pétition de « principes; que vous tournez dans un cer- « cle ? La vérité de la Révélation évangé- « gélique qui annonce les miracles ne pou- <( vant pas être prouvée rationnellement par K les miracles , et en outre , en établissant « que les Apôtres, qui étaient hommes, n'ont « pu errer ni tromper, vous m'opposez un (( fait aussi extraordinaire que les miracles (( mêmes qu'ils racontent. »

Cet argument , dont les libres penseurs de l'Angleterre, tels que Collins, Mandeville, Tindall et autres ennemis du Christianisme ne manquaient pas de s'armer , et qu'ils ont transmis à Fréret , a Diderot et à l'école philosopliique du xvni^ siècle , devait-il se produire sous des phnnes calho-

UL LA XOLVKLLli HÉKKSIE. îiCi»

liques? Il va droit à l'anéantissement de toute la foi clirétienne sur la divinité de Jésus-Christ. Nous croyons Jésus-Ciirist Dieu et homme ; non pas seulement parce qu'il l'a dit , mais parce qu'il l'a prouvé. Homme, il a dit : je mourrai; Dieu : je ressusciterai. Ressuscité en effet , il dira k l'incrédule Thomas : 3Iets ta main dans ma plaie^ et assure-toi que je suis un homme. Conversant avec ses disciples , il leur disait : Je suis maître de quitter la vie et de la reprendre. «N'est-ce pas évidemment une pétition de principes , s'écrie le déiste , de prouver la résurrection de Jésus-Christ par sa divinité , et sa divinité par sa résurrection?^» Mauvais logicien! Jésus-Christ ne dit pas : je suis Dieu parce quâ je me déclare tel , mais je le déclare parce que je le suis. Il ne dit pas : je suis Dieu et homme parce que je ressuscite , mais je ressuscite parce que je suis Dieu et homme , et que je le prouve en ressuscitant les morts et me ressuscitant moi-même. De

même des Apôtres. Nous ne disons pas: les Fidèles ont cru sur leur parole qu'ils n'étaient ni trompeurs ni trompés , mais ils les ont réputés tels , parce qu'ils avaient , et que nous avons comme eux , dans leur témoignage , les preuves certaines qu'ils ne pouvaient ni se tromper ni être trompés. Ce n'est point parce qu'on a cru aux miracles que les miracles sont vrais ; on ne les a crus que parce qu'il a été impossible de ne pas y croire. Et cette foi , fondée a son tour sur l'infaillible certitude des preuves fondées sur la raison et sur l'évidence, est devenue la foi de l'univers. « Où donc est cette ter- « rible pétition de principes, si ce n'est dans « l'imagination de nos adversaires? La cer- V titude des miracles a été dans le temps , « est encore et sera toujours dans l'aveu des « témoins oculaires, de leurs contemporains, »' dontaucun,mcmeparmiles incrédules, n'a « nié leur existence; dans le témoignage uni- « forme de toutes les communions chré-

K tiennes qui les croient aujourd'hui comme <f ayant toujours été crus, de générations en (f générations ascendantes jusqu'à celle qui K a vu Jésus-Christ et ses Apôtres (i). »

(1) M. révêque de Strasb. , Avertissent, en réponse à M. Bautain , p. 23, 24.

Page 1