‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 2)Chapitre 44 sur 51 · S&O HISTOIRE · texte numérisé non relu

S&O HISTOIRE

il avance que les objections du Ministre , déductions rigoureuses de la doctrine cartésienne, étaient, par conséquent, insolubles pour Bossuet cartésien , et que ce prélat n'a dû qu'à la maladresse de Claude son triomphe et la réputation dont il a joui, d'avoir victorieusement combattu son antagoniste (1) Il juge avec la même sévérité M. l'évêque du Puy (Lefranc de Pompignan), à l'occasion d'une controverse à peu près semblable avec un ministre de Genève (2).

M. l'abbé Lacordaire lui accorde son suflfrage sans nulle restriction (5). M. Rozaven lui reproche d'être le plus souvent hors de la question, d'ignorer ou de mal traduire les textes de nos saints Docteurs qui combattent ses doctrines, et de tomber dans de perpétuelles contradictions.

(1) Qu'on en lise l'histoire dans M. tie Eeausset , t. II , p. 19 et suiv.

(2) T oyez-enle détail dans M. Kozaven. Examen, p. 390.

(3) Considôrat.,^. 9^i.

M. Bautain. m. l'cvêque de Strasbourg avait confié à cet ecclésiastique la direction de l'un de ses séminaires. Prévenu que l'enseignement que Ton y donnait n'était pas celui de l'Eglise , le prélat en témoigna ses inquiétudes par de charitables avertissemens, restés sans succès- ce qui le détermina à engager avec le Directeur une sorte de Conférence , sur le modèle de celle de saint Augustin avec Pétilien, et rendue publique (i). Elle porte sur les questions controversées par M. de La Mennais. A la première : Si le raisonnement suffit pour prouver avec certitude l'existence du Créateur et l'infinité de ses perfections, M. Bautain répond que la l'ciison seulcj par le seul raisonnement, ne suffit pasj parce qu'étant trop bornée pour comprendre une immensité sans bornes, il lui est également impossible de la comprendre et de la connaître autre-

(1) Par une lettre pastorale de M. révéque de Strasbourg, 1 vol. in-S", Strasbourg, 1834.

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nient que parla foi. C'est, dit-il, anéantir la

foi que d'exalter, comme on le fait, la force

de la raison , soit en philosophie , soit en

théologie.

« La Révélation mosaïque se prouve-t-elle avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synanogue et du Christianisme?

<f La preuve qui se tire des miracles de Jésus-Christ et de la tradition, en faveur de la Révélation chrétienne, sensihle et frappante pour les témoins oculaii'es , a-t-elle conservé la même autorité auprès des générations subséquentes ?

« La résurrection du Sauveur se prouvet-elle avec certitude par le raisonnement?

A ces questions , M. Bautain répond négativement, et conclut que la foi doit nonseulement précéder, mais exclure tout exercice de la raison.

A la première assertion du Professeur, on répond par un fait décisif, que confirme l'autorité de saint Paul, k savoir : que la

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connaissance de Dieu a été obtenue par un grand nombre de païens , au milieu de la nuit épaisse du paganisme, par la seule raison humaine, convaincue de cette vérité, par le seul aspect des merveilles de la création (1). Non, vous n'avez pas besoin d'un principe plus grand que l'infini pour acquérir l'idée de l'infini. « Il est vrai , avait répondu Fénelon, que je ne saurais épuiser l'infini , ni le comprendre , c'est-à-dire le connaître autant qu'il est intelligible. Je ne dois pas m'en étonner; car j'ai déjà reconnu que mon inintelligence est finie ; par conséquent, elle ne saurait égaler ce qui est infiniment intelligible. Il est néanmoins constant que j'ai une idée précise de l'infini- je discerne très-nettement ce qui lui convient et ce qui ne lui convient pas. Non-seulement j'ai l'idée de l'infini, mais encore j'ai celle d'une perfection infinie. Il est donc vrai, et je ne me trompe pas en le disant ,

{]) Voyez plus haut, p. 228 et s^iv.

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que je porte toujours au-dedans de moi , quoique je sois fini, une idée qui me représente une chose infinie (1). »

Sur la seconde question : Si la Révélation mosaïque ne se prouve pas avec certitude par la tradition orale et écrite de la Synagogue et du Christianisme ; le Professeur distingue dans la Révélation mosaïque les vérités de fait et les vérités divines, ou la divinité de cette Révélation. La raison suffit, suivant • lui, pour constater les premières, et nullement pour constater les secondes. Contradiction frappante , lui répond M. l'évêque de Strasbourg : « On convient que la tradition orale et écrite prouve l'authenticité des Livres de Moïse , et la vérité des faits historiques qui s'y lisent j par conséquent celle des plaies d'Egypte , du passage de la mer Rouge, delà source d'eau jaillissante du rocher, etc.; car ce sont la des faits historiques. Que faut-il de plus pour

(1) Traité de l'cxist, de Bien, 2'^ part., cliap. U, p. 29a.

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attester l'inspiration de Moïse ? C'est sur ces faits palpables et merveilleux que les Hébreux et les premiers Chrétiens ont reconnu l'authenticité du Peritateuque , et l'ont proclamée d'une génération k l'autre.

On lui demande si la preuve tirée des miracles pour établir la divinité de Jésus-Christ, a perdu sa force avec le temps , et si la tradition orale et écrite de tous les Chrétiens ne suffit pas pour rendre cette preuve solide , contre ceux qui nient la Révélation chrétienne? U répond : Suffisante peut-être pour les fidèles, elle ne l'est pas pour les savans, pour les déistes, et les incrédules; que s'en servir pour démontrer l'inspiration de l'Evangile, c'est faire une pétition de principes.

Qu'on lise ce qu'un de nos premiers écrivains contemporains, des mieux accrédités dans le parti, a écrit sur la certitude du témoignage, précisément dans la question actuelle (i).

(1) M. de Maisire, Considérât, philosoph. sur ïe Christianisme , cliap. xiri, p. 83.

Avec non moins de lucidité , M. l'évcque de Strasbourg; interpelle le moderne Sceptique pour lui demander où nous enserions aujourd'hui, si la tradition orale ou écrite avait subi quelque altération; si elle n'avait eu pour canaux que les simples fidèles ; et si elle n'eût pas été a l'épreuve des discussions de la science et de la critique. Dans l'éloignement où nous en sommes , il ne nous resterait qu'une probabilité faible et surannée sur les miracles de l'Evangile, sur l'authenticité des Livres s^nts et leur inspiration , et par conséquent , sur la promesse d'assistance permanente donnée aux Apôtres et à leurs successeurs (i).

Quant à la pétition de principes reprochée a notre argument, M. Bautain a tort de s'en alarmer; elle n'existe que dans son imagination. « Dire que l'Eglise enseignante

(1) Arertissem. de M. l'évêque de Strasbourg-, en Réponse à M, Bautain , }). 4G. J oyez plus liaut , p. 26f) et suiv.

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garantit et sanctionne la tradition sur les miracles , c'est intervertir l'ordre des idées. Les miracles établissent la divinité de notre Sauveur et l'inspiration de ses Apôtres. Leur prédication verbale et écrite a proclamé dans l'univers que Jésus-Christ avait donné la promesse d'une assistance permanente a ses Apôtres et k leurs successeurs; voilà l'origine de l'autorité spirituelle. L'invoquer ici pour prouver ce qui la prouve elle-même, c'est la la pétition de principes, le plus éclatant des cercles vicieux qui heurte le bon sens , et trahit un défaut de notions justes sur les fondemens du Christianisme (1). »

Pressé enfin sur la question : Si la raison ne précède point la foi , et si ce n'est point à elle qu'il appartient de nous conduire a la foi, M. Bautain échappe par la négative, et s'esquive dans une obscurité où il est difficile de le suivre ; ressource familière au parti, pour avoir le droit de dire qu'on ne

(1) Le même, ihid., p. 25.

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les comprend pas. Un seul mot de saint Paul tranche la difficulté : (f Je sais , dit le grand Apôtre, a qui j'ai donné foi j scio cui credidi(A). )> Il avait donc la connaissance, la science certaine des raisons qui l'avaient porté à croire. Chez lui la raison avait évidemment précédé la foi. Où en serions-nous si , comme parle saint Augustin , Vévidence n'avait contraint l'univers à emhrasser la foi chrétienne? Jésus-Christ avait dit : Si vojis ne croyez pas à mes paroles y du moms croyez à mes œuvres (2). Croyez à mes paroles, pourquoi? Parce que mes oeuvres, qui sont celles duTout-Puissant, attestent que mes paroles sont celles du Dieu qui est la vérité. Il n'était pas difficile de reconnaître dans la doctrine de M. Bautain sa généalogie directe avec celle de M. de La Mennais. Le progrès y était sensible. Elle tend à ruiner tous les fondemens du Christianisme , en

(1) I Tim. I, 12.

(2) Joann., x, 38.

ébranlant ceux de la tradition, la certitude des miracles , l'autorité de l'Eglise < Ilemême. Dans son système, il devenait impossible de prouver la divinité de la Pveligion, puisque la raison n'a pas assez de force ni assez de clarté pour nous guider avec certitude à la Révélation faite aux Juifs par Moïse , aux Chrétiens par notre adorable homme-Dieu. Oii est l'hérésie , si elle n'est pas dans les propositions avouées, proclamées par M. Bautain : que toutes les preuves déduites du témoignage des Apôtres et de l'Eglise ne sornt, pour la raison incréduhî , que des témoignages humains, que des discours humains, n'ayant ni la vertu, ni l'autorité nécessaires pour imposer la foi ; qu'il serait téméraire d'entreprendre de prouver rationnellement a un déiste la vérité de la résurrection de Jésus-Christ j que des témoins auriculaires ne peuvent obtenir qu'une probabilité plus ou moins haute , et que , comme cette probabilité va sans cesse s'af-

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faiblissant, de main en main, cl'ime génération a l'autre , on pourrait soumettre au calcul cette décroissance graduelle, et déterminer d'avance l'époque oii la probabilité doit dépérir et s'éteindre ; qu'a moins de pouvoir bien expliquer ce que c'est que la nature, il est impossible de juger si les faits extraordinaires que nous désignons par le nom de miracles répugnent à l'ordre général, ou s'ils n'en sont pas peut-être des manifestations plus éclatantes, des développemens plus énergiques. Celse , Porphyre , Jtdien, dans l'impuissance dé nier les miracles de Jésus-Christ et de ses Apôtres, les attribuaient de même a des causes naturelles et aux secrets de la magie Et ces erreurs ont trouvé des apologistes; on les soutient, onlespropage contre l'autorité du Supérieur ecclésiastique ; on se révolte à la fois contre ses paternels avertissemens, et contre l'évidence de ses démonstrations ; on s'opiniâtre à charger d'outrages et la raison et ses or-

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ganes, la science et ses plus respectables dépositaires. On donne le signal aux plus monstrueuses erreurs. On viendra nous dire que l'Eglise n'est invariable que « clans l'idée de « Dieu, éternelle et immuable, du moment K que la Révélation l'a fixée dans le cœur w de l'homme; mais qu'il n'en est pas de « même de sa discipline , laquelle varie , «f se modifie, selon les besoins des temps. » Ainsi, à l'exception d'un seul dogme , de ce qui tient essentiellement à la nature ou à l'idée de Dieu, tout dans, la Religion peut varier et se modifier selon les besoins des temps. Les dogmes de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme , du péché originel , de l'éternité des peines et des récompenses, les préceptes et les conseils de l'Evangile , toutes choses qui ne tiennent pas essentiellement a l'idée éternelle et immuable de Dieu, peuvent varier et se modifier selon les circonstances !,Pe ces modifications progressives dépend la régénération du monde ;

car c'est là, nous dit-on, l'enseignement qui assure au clergé catholique les moyens les plus ejjicaces pour seconder le mouvement des intelligences I

Quelque égard que nous devions a la personne de Bl. Bautain et de M. de La Mennais, pouvons-nous ne pas appliquer à l'un et a l'autre le jugement que le grand saint Augustin a porté de l'hérétique en général, et de celui qui s'est laissé surprendre par ses artifices? ce L'hérétique est, dit-il, l'homme « qui s'engage dans des opinions nouvelles (f et erronées, par quelque intérêt humain , « par des vues d'ambition et de gloire ; i'au- « tre est celui qui s'attache au parti de l'iié- « résie, séduit par une fausse apparence de « véî'ité ou de piété (1). »

M. Bautain diffère de M. de La Mennais en ce qu'il va plus loin encore. Ce dernier admet , comme preuve unique de la certitude, le témoignage des homn^es, qu'il con-

(1) Dixns Bihlioth. chois, des Pères, t. XXIjp. 112.

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fond avec celui de Dieu , et veut que sa règle du sens commun soit la même que celle de l'Eglise catholique. JjC professeur de Strasbourg ne voit de certitude que dans la foi wvine. S'il y avait des degrés dans l'absurdité, nous dirions que celle du Professeur alsacien surpasse celle que nous trouvons dans le système du Pbilosoplie breton. Tous deux ont voulu humilier et abaisser la raison humaine ; et , au lieu de l'abaisser, ils l'ont anéantie (1).

(j) Réflex. de M. Clavè , en réponse , de, p. 24. Strasbourg , 1834.

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