PRÉLIMINAIRE. XVII
son insidieuse logique, k l'autre, par sa nerveuse éloquence ; novateur hardi , écrivain disert, élégant si l'on veut, mais bien loin de ses modèles j plus jaloux de célébrité que de solide gloire j maniant avec^une égale souplesse le sarcasme et l'argumentation 5 outrant tous les principes; indifférent sur les conséquences ; se jouant des traditions les plus révérées et des renommées les plus imposantes.
Les premiers écrits de M. l'abbé de La Mennais avaient fixé sur sa personne les regards publics. Brillant météore, il s'élevait du sein de nos tempêtes politiques , et la religion conçut quelques espérances. Il avait cru découvrir dans les ravages de la philosopliie moderne unie au protestantisme , les causes de l'indifférence répandue dans toutes les classes de la société : elle devenait dans ses. principes le châtiment de cette intempérance de liberté dont les no
valeurs du xv^ siècle avaient fait leur évan T. I. h
XVin DISCOURS
gile. Aujourd'hui, changeant de langage, dévoué désormais a la défense de celte même liberté, non-seulement il pardonne a ses écarts , il les provoque , il les canonise , en irrite les emportemens. L'ardeur de son zèle n'a pas assez des flots de sang qui inondent les plaines de la Belgique et de la Pologne (1); c'est le monde tout entier qu'il demande pour holocauste, heureux d'acheter à ce prix les triomphes qu'il promet à sa nouvelle divinité. Chaque jour, se confondant avec la dernièfe lie des folliculaires du moment, s'affiliant avec tous les entrepreneurs de secte et d'utopie dans son journal de V Avenir' y il agite le tocsin de la révolte , verse le mensonge et l'outrage sur nos institutions les plus chères j arme ses Séides des poignards de la ligue , insulte à
(1) Ce portrait du célèbre écrivain fut composé en 1831 , peu après la publication des premiers numéros de son journal l'Avenir. Voyez la note de la page xxm ci-après.
PRELIMINAraE. XIX
r^piscopat, et traîne notre Eglise de France aux Gémonies.
Peu lui importe de contredire et l'Evangile et l'histoire et les monumens. Aspirant à se faire chef de secte, il n'y a que trop bien réussi. A Dieu seul appartient de juger quelles intentions ont dirigé sa plume : le siècle présent est témoin des résultats qu'il a déjà obtenus. Une jeunesse ardente et toute novice dans la science de la Pteligion, s'est précipitée sous la bannière du nouveau prophète , se croyant tout savoir, quand elle avait peine k le comprendre (1). Entraînée par lui des mystères de la métaphysique dans les champs de la polémique , «lie a juré sur la foi du maître et formé autour de lui une phalange redoutable. L'ad-
(1) « Je crus comprendre sa philosophie , quoi- « que je ne la comprisse pas du tout , comme je m'en « suis aperçu un peu plus tard. » M. l'abbé Lacordaire , Considéi". sur le Syst. de M. de La Mennais , p. 160. (Paris, 1S34.) M. de La Mennais s'est toujours plaint qu'on ne l'avait pas compris.