DISCOURS
monarclne et de son sacerdoce , lorsque , contre toute espérance, un homme puissant en œuvres reçut du ciel la mission de relever son Irone el ses autels, de rétablir l'harmonie entre tous les principes qui gouvernent les hommes , el de replacer la société sjir ses bases naturelles. Après avoir mis fin a la révolution de 1790, enchaîné la république et l'anarchie , conquis le trône par son génie et ses victoires , cicatrisé les plaies de l'état, créé une législation, reculé et affermi les limites de l'Empire , et commande] à l'Europe entière en Souverain , Napoléon voulut joindre à tous ses titres de gloire celui de pacificateur de l'Eglise , en rendant à la France sa religion, son épiscopat et son sacerdoce. Son génie ferme , élevé , accoutumé a triompher de toutes les résistances , avait reconnu qu'il y avait un empire supérieur h celui qu'il venait de fonder par les plus étonnantes victoires. Le Concordat de 1801 fit rentrer
FRÉLlîïîi\AIRE. m
au sein de la pairie et rendit aux fonctions du saint minislère les prêtres que la tempête avait dispersés. La paix fut donnée a l'Eglise ; roiiclion sacrée , imprimée par les mains du Souverain Pontife sur la tête de Napoléon , on fut le sceau. Le schisme qu'avait enfanté la constitution civile du clergé n'inquiéta plus les consciences j toutes les dissidences religieuses s'anéantirent dans la reconnaissance universelle de l'autorité du Siège apostolique. En même temps, toutes les ruines se remuaient k la fois ; l'antique édifice se relevait ; la religion ou'avaient ilîusirée les Denis , les lîilaire de Poitiers, les Germain d'Auxerre et de Paris, les liennuycr et les Belzunce , les Fénelon, les Bossuet et les Lali'.zernc , ne comptait plus, a dit un des orateurs de l'époque , d'ennemis parmi les bons et les sages (i). Elle
(J) Discours sur le Concordat , prononcé dans rassemblée des sections du tv.bnnat , le lo {^formlnal an X, par ?.J. Carlon de Ny.«as, p. ."ivS.
I\' DISCOÎRS
fut proclamée la religion de la majorité du peuple français; c'était la simple énoncialion d'un fait public^ incontestable, audevant duquel s'arrêtaient d'elles-mêmes toutes les inductions de l'esprit de parti. La reconnaissance, l'admiration, mieux encore , la conscience du devoir, unissaient tous les esprits et toutes les âmes dans un commun sentiment d'amour de la paix, d'oubli du passé. jMais les jours de l'Empire avaient été comptés. L'instrument dont la Providence s'élait servi pour opérer tant de merveilles fut brisé par elle seule. La journée de Waterloo expia l'abus que Napoléon avait fiit de sa puissance , et ne laissa au possesseur de tant de royaumes que son rocber de Sainte-Hélène et la mémoire impérissable de ses grandes actions. Louis X\III , ramené sur le trône de ses pères par une main invisible, fut enlevé trop tôt h la Restauration. j\e jugeons point celui qui lui succéda. Pour nous , le malheur
PRÉLIML\'AiaE. V
est sacré. Sous ce règne , que la tempête de 1850 a emporté en un moment , il n'y a qu'un événement en effet mémorable : c'est la prodigieuse accélération du mouvement religieux dans toutes les classes de la société. Le feu rallumé par les mains de ISapoléon avait pris les plus heureux accroissemens , et partout le zèle des ministres du sanctuaire était puissamment seconde par la ferveur des peuples et les eflorts des gens de bien. Celait là un phénomène bien digne de fixer l'attention de l'homme d'état et du législateur; il n'échappa point a la sagacité de l'un de nos publicisles les plus profonds. M. le vicomte de Ronald, d.uis une opinion prononcée h la Chambre des Pairs, et rendue publique en i82.S, en faisait l'authentique déclaration. Une année ne s'était pas écoulée , qu'un écrivain dcjli célèbre protestait solennellement contre cette assertion, et donnait aux espérances du noble | air le démenti le plus explicite par ces paroles :
\I DISCODUS
« Après trois siècles d'hérésie et près d'un « siècle d'incrédulité , la société changea ff de nalure,el cela nécessairement... Qu'est- *' elle aujourd'hui en France? quel genre de '< gouvernement a remolacé la monarchie « chrétienne? La prétendue Réforme du sei- « zième siècle avait ébranlé le système poff litique : partout où elle s'établit, on vit «f naître aussitôt le despotisme ou l'anar-
K cliie La révolution française (de irSO)
tf n'avait été qu'une application rigoureuse* « ment exacte des dernières conséquences « du Protestantisme qui enfanta la philoso- (f phie du dix-huit.ème siècle. Chacun dès- (f lors ne dépendant plus que de soi-même, '( dut jouir d'une pleine souveraineté , dut (c être son maître , son roi , son dieu. Tous « les liens qui unissent les hommes entre « eux et avec leur auteur éîant ainsi brisés, i( il ne resta p!us | our rel ;; on que l'a- « théisme, et que l'anarchie pour société. c< Les affreuses proscriptions qui ensanglan-
PUÉLlAilAAlUE. VU
tf tèrent la France à celte époque de crime, « révélèrent tout ce qu'il y avait au fond <f ^es doctrines pliilosopîiiques. Le nicurtre «f s'arrêta ; mais les doctrines restèrent , elles « n'ont pas un moment cessé de régner 3 « elles deviennent cliaque joar une espèce « de symbole nalianal, consacré parles insti- « tutions ^mbîiqiies , et révéré de ceux « mêmes qui l'avalent comballu (1). »
Une accusation aussi grave, qui frappait non-seulement l'époque qu'elle signale, mais embrassait tonte la période qui l'a suivie , méritait, certes, dit l'auteur, d'être examinée de près , et devait servir a résoudre bien des questions (2). Elle avait de quoi étonner au moins par la singularité du contraste avec tout ce qui se passait alors autour de nous. l^a France, rentrée paisiblement en pos-
(i) La, K^ligion consih'rcc d'.ns S"s rapports aveu l'ordre civil et politique, 1 vol. iu S". Paris. 182G, p. id, 48,49.
(2) Jbid.,it. 10,
\m DISCOt'RS
sesision de savloi antique , sous les trois règnes que noiis avons vus , sa vieille constitution rajj^miie par le bienfait d'une liberté légale;
sai'Vreligion , naguère poursuivie de cachots en cachots , retrempée dans le sang de ses martyrs , se produisant au grand jouy pour bé^:^'et pardonner ; son Eglise remplaçant par (jfes vertus dignes des temps apostoliques , des prérogatives mondaines qui ne furent jamais sa véritable richesse , et faisant retentir incessamment sous les voûtes de nos temples l'hymne de l'unité catholique : qu'y avait-il la qui ressemblât au schisme et a l'athéisme?
Pour motiver de pareilles accusations , il fallait insinuer d'abord , puis déclarer ouvertement que la plaie dont la société chrétienne était travaillée , toujours également vive et profonde , ne cessait de dévorer lentement ses entrailles , et la menait à une dissolution iné vitale et prochaine ; « qu'à tf l'à^ilation, à la- fièvre dont le siècle pré-
PUÉLlMINAIRt. IX
« cèdent avait été travaillé , succédait une « léthargique indifférence. Plus de contentf tions , plus de querelles : on dirait une « parfaite paix : paix lugubre , paix déso- « lantc , paix mille fois plus destructive que « la guerre qui l'a précédée : c'était le calme « et le silence de la morl('l). »
Le reproche ne s'adresse pas seulement à la Réforme protestante , ni à l'incrédulité philosophique, qui, du moins alors, n'avaient rien de redoutable; il s'étend à toutes les classes de la société, sans excepter même le sanctuaire ddgdndré, corrompu ( ne cesserat-on de nous dire) par les doctrines du schisme et de l'athéisme, à la suite desquels marcha toujours l'indifférence, lèpre contagieuse, sommeil volontaire de l'âme, engourdissement universel de& facultés morales, privation absolue d'idées sur ce qu'il importe le plirs a Ihomme de connaître.
(1) Essai sur î'Indiff., ialro€i , p. 2î, T6.