‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 3 sur 44 · X DISCOURS · texte numérisé non relu

X DISCOURS

De tout temps, les Prophètes de l'ancienne et de l;i nouvelle Eglise, nos saints Docteurs et les Prédicateurs de communions diverses ont tonné contre les désordres publics et privés, répandus au seia de la société; leur zèle n'épargna jiunais la tiédeur et l'indolence da,ns le service de la religion. S'exprimaient-ils avec cet emportement, et portaient-ils si loin l'es conséquences du mal qu'ils déploraient, eût-il été mieux prouvé?

Quoi qu'il en soit , l'œuvre de la Pvestauralion n'était rien moins que complète; a peine étail-elle ébaucliée. Ai^milieu du léthargique engourdisscme:'.t où l'Europe entière était plongée, on venait lui apprendre que la régénération du Catholicisme était nécessaire ; qu'elle était invoquée par tous les vœux comme par tous les besoins; qu'une sainte ligue s'était organisée depuis quinze ans pour lui rendre, sous une forme nouvelle et avec des progrès nouveaux, la force et la vie qui l'avaient abandonné, et rame-

PUÉLÏMINAIRE. XI

ncr enfin parmi nous , après une longue éclipse de quatre siècles, la vérité parlent méconnue ou négligée ; que la civilisation eurooéenne, l'œuvre du Chrislianisme et de ses Pontifes, enlravée conslamment parle despolisine des princes et rabjeclc servilité des peuples, devait être ramenée h ses antiques élemcns, à savoir : l'unité absolue dans l'ordre religieux et politique; que le Christianisme, qui avait rallié tous les peuples sons la bannière de la liber! é, « après avoir w long-temps conservé la souverainelc, avait « cédé à la lin a l'opinion qu'il était possi- « ble d'en conserver les bienlaits en cessant « d'être chrétien; d'où l'on avait pris ccca- «f sien de nier même ces bienfaits, et d'ac- « cuser le Sauveur des hommes de tous « les maux de l'humanité; qu'à ce moment « Dieu s'clail Iroiivc connue cinhnrrassc^ et « que, pour châtier ces générations superbes, « il s'était retiré du milieu d'elles, et les « avait laissées s'égarer dans leur nér.nt,

su DISCOURS

« lorsque, contraint de respecter sa parole , « Dieu prit un autre moyen de s'absenter, « autant qu'il était possible, d'une société V qui le méconnaissait, en accordant à ses « ennemis de prévaloir eux et leurs princi- « pes dans le gouvernement des afifaires liu- « maines (i). « De là ces doctrines bâtardes qui ont dominé et dominent encore dans le sanctuaire, oii elles entretiennent les poisons du scbisme et de l'athéisme; de là, sous le nom de protection donnée a l'Eglise, la persécution hypocrite , la plus dangereuse de toutes, sous laquelle l'Eglise gémissait et géniira toujours , jusqu'à ce qu'elle soit affranchie par une séparation totale avec l'état. Heureux jour, s'écrie dans un ouvrage tout récent un de nos modernes Réformateurs, heureux jour où les peuples et les rois, reconnaissant leurs erreurs, rebâti-

(1) M. Lacordalre, Considérations srir le Syst. de M. delà, Mennais, p. 11-16. (1 vol. in-8«, 'J834. )

PRÉLniIXAIÏlE. XIi

ront ensemble Jérusalem démolie (1) ! » En même lemps que les \ruis principes de la hiérarchie et de la discipline de l'Eglise étaient universellement méconnus, ceux de laThéoîo^ie et de laPhilosophie catholique n'étaient pas plus respectés; c'est ce qu'affirment de concert tous les adeptes de la nouvelle école : aussi se croit-elle destinée à recréer l'inlelligence humaine. Selon elle, il n'existait point encore pour l'Eglise de philosophie catliolique; ses Docteurs, réputés jusqu'ici les oracles de la Théologie, en avaient tous profondément altéré l'enseignement : « Les preuves employées d'ordinaire par les « Apologistes de la Pxeligion chrétienne pour « établir l'existence de Dieu et la vérité du « Christianisme sont incomplètes par faute « du premier principe auquel elles s'at- « tachent; elles portent sur une suppôsi- « tion très- fausse et destructive de toute « vérité; avec elles, on est conduit pas

(1) M, Lacordaire . Consid'rnt., p. 23.

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« à pas jusqu'au scepticisme imhersel (1). » N'y aura-t-îl pas du moins f|uelqiie exception en faveur de saint Thomas d'Aquin, par exemple, à qui l'assentiment de tous les siècles chrétiens a décerné le surnom d'Ange > de l'école, et qwe ses immenses travaux sur toutes les parties de la science théologique recommandent si éminemment a la vénération publique ? N'y en aura-t-il pas pour cet cvcque d'IIippone, regardé comme le représentant de lEglise uiiiverselle, et pour Bossuct, coniplc de son \ivant au rang des Pères de l'EglJseVNon. Le premier n'a laissé sur l'essence de la foi, sur son principe, son objet et ses caraclèrcs, sur la ccrtilade qu'une théorie vague, obscure, inintelligible ; le second, ils le citent, mais en le dénaturant, soit par des traductions iniidèîes, soit par des inductions arbitraires, contraires à sa doctrine (?-)j le troisième, ils l'im-

(1) Défense de l'Essai sur rindijjér., p. 139.

(2) Voyez los preuves qu'en donnent MM. Roza-

l'IlELlMliXAïRE. \V

molent au mitiistre Claïuîe; et l'un d'eux regreite mocleslcmenl âc n'avoir pu dicler au grand évoque de Meaux les l'éponses qu'il avait à opposer aux diffifultcs de son adversaire, dans sa famcu-e Conférence avec lui(i). EgalemeFit présomptsieux, et lorsqu'ils détruisent, et lorsqu'ils édifient, ils rejettent renseignement unanime des siècles pour courir au hasard après des fantômes qu'ils se sont fails. Pour bâtir leur système de Tliéologie cl de Fîiilosophie , ils brouillent ou amalgament indiiTéremment les questions cpii sont du ressort de l'une et de l'autre, confondent la foi divine et la fui humaine, i'incertilude avec l'infaillibililé , le principe de la foi avec sa règle, l'acte de l'entendement avec l'acte de la volonté, ils s'inscriront en faux contre l'évidence, nieront

vcn et Eoyer, le premier, p. iOO, :!0o, iJl, 1J2, 16Ô, 188, etc.; le second, ch. vin, p. lUG et suiv.

(i) M. Rozoven , Examen, clion. mu. p. 428 et aulv., et 4o'4.

Xvl DiSCOtJRS

les droits de la raison, et les remplacent par leur chimère de Raison générale ou commun consentement, a qui ils prêtent une aulorité égale h celle de l'église catholique. Ils proclam en t4iifaillihle le genre humain, et fondant toute la défense du Christianisme sur cette prétendue itifaillibilité , ils se vanteront d'avoir trouvé enfin le levier seul capable d'arracher TEglise h ses ruines , et la société a sa mortelle indifférence (i).

Quelle puissante voix appellera la lumière au sein du chaos où toutes les intelligences restent ensevelies? Ce profond assoupissement oii dort l'Europe entière , qui l'en tirera ? Qui soufflera sur ces ossemens arides pour les ranimer ('2) ?

Un homme s'est rencontré d'un rare talent fécondé par la leclure du philosophe de Genève et de noire grand évêque de Meaux, quelquefois comparable a l'un par

(1) M. Lacordaire , Consiclêr.it., p. i'ô.

(2) Ess'jisur î'indiifér., inlroâ.. /p. L

PRÉLIMINArP.E. XVll

son insidieuse logique, h l'autre, par sa nerveuse éloquence; novateur hardi, écrivain disert , élégant si l'on veut , mais bien loin de ses modèles; plus jaloux de célébrité que de solide gloire ; maniant avec une égale souplesse le sarcasme et l'argumentation ; outrant tous les principes; indifférent sur les conséquences ; se jouant des traditions les plus révérées et des renommées les plus imposantes.

Les premiers écrits de M. l'abbé de La Mennais avaient fixé sur sa personne les regards publics. Brillant météore, il s'élevait du sein de nos tempêtes politiques , et la religion conçut quelques espérances. Il avait cru découvrir dans les ravas:es de la pliilosopliie moderne unie au protestantisme , les causes de l'indifférence répandue dans toutes les classes de la société : elle devenait dans ses principes le châtiment de cette intempérance de liberté dont les novateurs du xv^ siècle avaient fait leur évan- T. I. h

XVin DISCOURS

gile. Aujourd'hui, cbangeant de langage, dévoué désormais à la défense de cette même liberté, non-seulement il pardonne a ses écarts , il les provoque , il les canonise , en irrite les emportemens. L'ardeur de son zèle n'a pas assez des flots de sang qui inondent les plaines de la Belgique et de la Pologne (1); c'est le monde tout entier qu'il demande pour holocauste, heureux d'acheter h ce prix les triomphes qu'il promet a sa nouvelle divinité. Chaque jour, se confondant avec la dernière lie des folliculaires du moment, s'affdiant avec tous les entrepreneurs de secte et d'utopie dans son journal de VA venir y il agite le tocsin de la révolte , verse le mensonge et l'outrage sur nos institutions les plus chères ; arme ses Séïdes des poignards de la ligue , insulte a

(1) Ce portrait du célèbre écrivain fut composé en 1831 , peu après la publication des premiers numéros de son journal l'Avenir. Voyez la note de la page XXIII ci-après.

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