‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 21 sur 44 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Rapprochemens de la nouvelle hércsie avec celle des prétendus Réformés du xvi' siècle.

Depuis que nous avions vu la Philosophie se déclarer hautement l'ennemie de la Re-

ligion , les emportemens auxquels la première s'était livrée, l'indifférence presque générale où l'autre était tombée , avalent t'ait perdre l'espérance qu'il put s'établir entre les deux rivales aucun rapprochement.

M. l'abbé de La Mennais entreprit, nous dit -on , de les réconcilier, et de reconstituer la société par l'union des intelligences. 11 rassembla toutes les forces dé son esprit et de son caractère , pour fonder sur une é(^olc philosophique la paix du monde et le salut de l'as^-enir. Son Kssai sur V Indifférence ^ publié a une époque où la Philosophie , Hère de ses triomphes , méditait de nouveaux chants de joie sur les dernières ruines du Christianisme , proclama l'alliance de la foi et de la raison. Un des disciples les plus renommés de son école nous déclare en ces termes la pensée de l'illustre auteur : « Ce t( sont ces deux puissances jalouses que M. de «f La Mennais , par un hardi dessein , a tenté

t de réduire h une seule , non pas en dé- « truisant Tune ou l'autre, mais en les con- '» traignant de partir du même point , de t( suivre une même voie , quoique sans se « confondre , et de se rejoindre enfin dans (r un foyer commun , comme deux branches « d'une ellipse (1 ). j' Si le dessein était hardiy était-il aussi nouveau , aussi original qu'on a l'air de nous le faire croire? Combien d'ouvrages publiés chez tous les peuples savans , dans la vue de faire reconnaître l'accord de la foi avec la raison ! Saint Augustin ne laissait aucun doute à cet égard. « L'Eglise , avait dit le saint docteur, s'atta- « che à mettre bien avant dans l'esprit des « hommes cette maxime certaine qu'elle fait «f profession de croire , et qui est le fonde- K ment de leur salut , que la philosophie et « lavraiereligion ne sont point choses diflfé-

(1) M. 1 abbé Lacordaire , Consid. sur le Système philosoph. de M. de La Mennais, p. 41. (l vol. inS. Paris, 18.H4. )/Ai(^.,p. 140.

^ HISTOrRE

« rentes (1). » Quoi qu'il en soit de cette opinion , que nous nous proposons de discirter ailleurs, était-ce là l'unique but de l'écrivain? et les suites n'ont-elles pas révélé un dessein plus étendu , conçu avec profondeur, poursuivi avec non moins d'audace que de persévérance , exécuté avec plus de succès peut-être qu'il n'eût osé l'espérer ? M. l'abbé de La Mennais ne l'a pas désavoué. Depuis quinze ans , dit son journal de Vy4uenir.j il n'a pas cessé .de travailler a régénérer le Catholicisme ; à lui rendre , sous une J'arme nouvelle et ai'ec des progrès nouveaux y la force et la vie cjuiV avaient abandonné(^. Lui et ses confédérés déclarent a la face de l'univers leur ferme résolution de se dévouer au triomphe de cette nohle cause , et de poursuivre , en dépit de toutes les ré-

(1) Traité delà vraie Religion, t. I, Bénéd. , p. 751 . Dans Bibliothèque choisie des Pères, tom. XXI, p. 128.

(2) Avenir, supplém. du 2 fevr., n<»109.

DE LA ^«UVELLE. lIEUESIli:. â

sistances , leur grand œuvre de la régénération religieuse^ dont le travail fut médité pendant quinze ans (1).

Pour cela , il ne faut rien moins qu'abattre tout ce qui existe (2) , reporter sur de nouvelles bases l'éditice entier de l'intelligence, en renversant les doctrines qu'une pliilosophie niaise et absurde avait accréditées; persuader k la génération présente que les preuves adoptées jusqu'ici sans trop d'examen pour établir la vérité cbrétienne , étaient insufiisantes , incomplètes , équivoques , absurdes même j et qu'enfin, après tant de siècles illustrés par le génie des Augustin, des Thomas d'Aquin,des Descartes,

des Bossuet, la lumière allait sortir du chaos.

(i) Avenir, \i° 39a.

(2) « Renverser de fond en comble 1 antique or- « ganisation de la vérité, s il est permis de parler « ainsi. » Tel a été, suivant M. Lacordaire, l'œuvre de son maître. {Considérât, sur le Système, etc. . p. 147.

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La nouvelle croisade qui devait émanciper le genre humain fut proclamée dans le premier volume de V Essai sur l'iiidijférence.

Toute entreprise humaine a ses commencemens, son progrès et son dénoùment. Ce n'est point au premier jour que les projets se manifestent. Il faut graduer sa marche pour la mieux assurer. Le volcan prépare son éruption avant qu'elle n'éclate.

Que M. de La Mennals eiit débuté par ses Paroles d'un Croyant , l'indignation publique eût marqué cette production du même sceau dont elle a flétri les furibondes orgies de 93 et le délire des clubs républicains. Ces rugissemens de la fureur , ces cris forcenés de haine et de vengeance contre toute autorité civile et religieuse , cette Apocalypse de Satan , comme on l'a désignée , eût affligé sans doute tous les cœurs honnêtes; elle eût bien moins étonné dans un siècle accoutumé aux violentes dé-

DE LA \OLVELLK HiiuÉblE. 7

claiiialioiis des Diderot , des Marat cl des Babeuf. Mais un prêlre sigiialé parmi !cs défenseurs du Chrislianisme, porté, par la complaisante admiration de ses disciples , il la suite des Pères de l'Eglise ^ offrir tout à coup us: contraste si révoltant , il y avait là de quoi surprendre et déconcerter les panégyristes et quiconque n'avait point porté sur ses compositions antérieures «n coup d'œil assez réfléchi pour en saisir les intermédiaires , et attacher les conséquences aux principes.

Qu'on lise dans l'histoire de la Réforme telle que la racontent, je ne dis pas seulemesit nos écrivains catholiques , mais les Protestans eux-mêmes et ses apologistes , qu'on y lise le récit des cmportemens de Luther, après sa condamnation, en 1520, exhalant sans pudeur les plus brutales imprécations contre ce qu'il y avait ah>rs de plus révéré sous le ciel; empruntant les paroles du prophète et les acceiis do l'inspi-

a HISTOIRE

ration pour dévouer ses adversaires au carnage, à l'extermination (1); de pareils excès furent-ils l'explosion subite d'un cœur exaspéré par la contradiction? On ne laisse échapper de sa plume de semblables paroles que quand elles ont long-temps fermenté. Le livre delà Liberté chrétienne , plein, dit Bossuet , de paradoxes dont l'Europe ne tarda pas U voir les funestes effets (2) , et pourtant si modéré auprès de l'écrit récent de M. de La Mennais , avait eu déjà bien des avant-coureurs qui préparaient a sa doctrine. De l'époque oii le livre parut, remontez à l'année 15i 7, qui fiit le point de départ du fougueux hérésiarque, comme trois siècles après , à une pareille année 1817 , devait éclore le premier écrit du nouveau rélormateur : suivez ses pas dans la carrière. D'abord, des propositions hasardées contre

(J) Voyez Bossuet, Hht. des J ariat., liv. x,

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