‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 22 sur 44 · II. XXIV, XXV · texte numérisé non relu

II. XXIV, XXV

(*2) Ibid., a. xxui , t. ili, p. 7.3, cdit. in-''l".

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le seiilimcnl commun , des singularités où il s'étudie eu toutes choses à prendre le contre-pied de l'Eglise (1), et, avec cela, la protestation que personne n'est plus docile à sa doctrine , plus soumis k ses décisions(2). Que le Souverain Pontife, ému des clameurs qu'excitait déjà la nouveauté de ses svstèmes, en prenne connaissance : c'est alors qu'il se montre le plus respectueux. Il lui écrit : Donnez la vie ou la mort , appelez ou rappelez ^ approuvez ou réprouvez j, comme il vous plaira , j'écouterai votre voix comme celle de Jésus-Christ même (3). « S'il avait « pris la plume , ce n'était pas , à Dieu ne « plaise, que cefùtdansaucune vue humaine. « Homme timide et retiré, il Vivait été traîné

(1) P.ossuet, Hist. des VaricitioriS , u. \xiii, t. III, 1*. 72, cdit. in-4°.

(2) Hist. de la Kéformation , par de Sekendorf , t. I, p. 53. M. de La Mennais, Essai sur l'Indiff. , t. I, p. 178.

(3) Bossuet, snpr., p. v3. Lullicri opéra, t. I,

fol. jyo.

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« par foi'ce daas le public, et jeté dans ces « troubles plutôt par hasard que de dessein. «c Ilsavaitbienque Jésus-Christ n'avaitbesoin <( ni de son travail ni de ses services (i ), » Cependant, ajoute Bossuet, on ressentait dans ses écrits je ne sais quoi de lier et d'emporté (2) ; à travers cette feinte modération, perçait l'orgueil du sectaire; il se faisait reconnaître aux menaces adressées h ses contradicteurs. Lui parlait-on de rétracter ou d'expliquer dans un sens plus exact certaines opinions énoncées témérairement? Engagé comme il l'était, son honneur ne lui permettait pas de reculer (5). A mesure que le parti grossissait , il le prenait d'uii ton encore plus haut. Ce n'était plus un harangueur qui se laissât emporter U des propos insensés dans la chaleur du discours , c'était un docteur qui dog-

(i) De Sekendorl", Hist. de la Réforvi., t. 1, p. 46.

(2) Bossuet , supr., p. 74.

(3) lA/th., Epist.ad Léon. X. Bossuet , p. 7.j.

malisail de sang-froid , et qui mettait en thèse toutes ses fureurs (1). Ses expressions il l'égard du pape ont bien changé . « Je ne (c m'arrête pas, dit-il, hce qui plaît ou déplaît i< a l'évêque de Rome; il est homme comme (( les autres hommes. J'écoute le pape en sa « qualité de pape (2). » Dans d'autre temps il , aurait dit : Comme pape, oui; comme prince, non (5). L'électeur Frédéric de Saxe , son protecteur le plus déclaré , convenait luimême qu'il allait trop loin; tout ce qu'il aurait voulu , c'était qu'il eiit agi atec plus de douceur et de circonspection (4). Erasme etMélanchton lui faisaient les mêmes reproches. De leur aveu, on voyait dans tout son discours les deux marques d'un orgueil outré, la moquerie et la violence. Les fièvres les plus

(i) Bos8uet, p. 70.

(2) Hist. delà Ré foi m., partie Sekendorf , p. 60.

(3) Distinction de M. de La Mennais dans sa correspondance avec Mgr. révêque de Rennes.

(4) De Sekendorf, p. Ml>.

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violentes ne causent pas de pareils transports. Et voila ce qu'on appelaitdans le parti hauteur décourage. On lui pardonnait tout, parce qu'il avait parlé avec un ij;rand éclat de belles paroles et une heureuse élégance de la langue maternelle. Ce qui fuit dire k Bossuet , après qu'il a rapporté ces contradictions : « Quand je considèi'e tant d'em- ^ « portement après tart de soumission , je f( suis en peine d'oii pouvait venir cette hu- « milité apparente à un homme de ce na- « turel. Etait-ce dissimulation et artifice? « ou bien est-ce que l'orgueil ne se connaît <f pas lui-même dans ses commencemens , et K que , timide d'abord , il se cache sous son <- contraire, jusqvi'à ce qu'il ait trouvé l'occa- « sion de se déclarer avec avantage (1) ? »

Que si nous comparons le fond de la doctrine •• la ressemblance n'est pas moins frappante , a la seule différence près des matières quel'espritdu siècle imposait a ses écrivains.

(1) J'ariuL, liv. i, u. xxvi, p. 77.

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Luther, au dix-neuvième siècle, auraitparlé tle tout autre chose que des indulgences, de la justification et du libre arbitre. Transporté parmi nous h une époque d'anarchie ôii rien n'est défendu par personne (i) , il eût cojumencé a sonder la plaie vive , profonde , qui ronge la société ; il eût fait tomber de sa plume éloquente une philosophie nouvelle, hardie, régéi^.ératrice , destinée , selon son opinion , a sceller dans leurs fondemens même l'alliance de la foi et de la raison (2) , sans trop s'embarrasser si par le fait il ne renversait pas l'une et l'autre , mais toujours protestant que quiconque touche a la foi touche, a la prunelle de notre œil (3); et, sur les ruines de tous les anciens systèmes philosophiques et théologiques , il eût élevé ce guelque chose qui ,

(1) M. Lacordaire , p. 200. M. de La Mennais , Introd. à l'Essai sur Vlndiffêr.

(2) M. Lacoi'daire , Considérât., p. 30.

(3) /AtV/.,p. 36, 93,371.

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comme parle M. Lacordaire , a l'air de vivre et de s'entendre , bien qu'on ne cesse de nous crier ^e. personne n'j a rien compris (1). Luther, au dix-neuvième siècle, serait ce qu'est M. de La Mennais ; soii premier ouvrage eût été V Essai sur l'Indicé ren ce.

Cependant il était impossible qu'il ne s'élevât des doutes, des réclamations. — Le novateur de Wirtemberg ne permet pas qu'on l'attaque. « Si on m'attaque, puisque j'ai t< Jésus-Christ pour maître , je ne demeu- « rerai pas sans réplique. Pour ce qui est de <f chanter la palinodie, que personne ne s'y « attende (2) -, » et il tient parole par la publication de sa Défense . sm\ïeh\eni6t d'une nuée d'écrits apologétiques, JRéJlexions , Mélanges , Lettres , où il développe de plus en plus le mystère de vérité auquel il se prétend appelé. Dans celle qu'il adresse auxévê-

(j) M.Lacordaire, p. 180 et 200.

(2) DeSekendorf, p. 98, 130, 170.

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({lies , il leur déelare , afin qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance , que sa vocation spéciale est de publier les oracles de la vérité, de les annoncer avec un mépris ma gni- Jique d'eux et de Satan ; et que si on lui demande les titres de sa mission, il n'a d'autre chose à répondre , sinon qu'il Va reçue non des hommes ni par l'homme , mais par le don de Dieu et par la révélation de Jésus-Christ. Sur quoi Bossuet : (f Le voilà donc appelé à » même titre que saint Paul , aussi immé- « diatement, extraordinairement (i ). «Pleins du même esprit que leur maître, les disciples de M. de La Mennais répondront à leur tour a la même question : » Notre mission, K elle nous vient de notre conscience , de la K foi catholique , des lois de l'Eglise , des K conciles , de la tradition chrétienne (2) ! » Qui oserait combattre le nouvel Ecclésiaste

(j) Hist.'des Variât., liv. i, n. xxxvn. (^) Avenir, n. 50.

( nom que Luther se doîine k lui-même eii tête de ses ouvrages ), et ces apôtres h qui le ciel a commandé de régénérer le Catholicisme déchu y d'y ranimer li tout prix la force et la 2)ie qui depuis long-temps l'avaient abandojine'PTeWe est la mission qu'ils avaient h remplir; et c'est à cette régénération que lui et les siçns n'ont pas cessé de travailler depuis quinze ans. Luther non plus ne cessa jamais de tenir ce langage; il ne voulait que ramener le Christianisme à sa simplicité primitive , en le présentant aux intelligences tel qu'il le concevait en lui-même , et non tel que les doctrines surannées de la scolastique et les superstitions des siècles précédens l'avaient défiguré (1). Pour cela, il fallait décrier et les scolastiques et les théologiens des siècles précédens , sans faire grâce k au-

(1) Villers, Essai sur l'Esprit de la réformat, de Luther, p. 54. Ponce, Essai histor. sur le même sujet, p. 47. Malle-ille, 1' Disc, sur le Luthéran., p. 150 et suiv.

cun. Tout ce que l'épiscopat et le sacerdoce catholique comptait de plus vénérable par l'éminence des talens et des vertus , chargé des plus odieuses imputations , n'échappait au reproche d'ignorance que pour tomber sous celui de la plus abjecte servilité (1). La Sorbonne , entre autres , dont l'autorité s'était fait remarquer avec tant d'éclat aux conciles de Constance et de Baie , devint par là même , après qu'elle eut osé censurer sa doctrine, le point de mire de ses plus véhémentes agressions. Les plus grossières injures lui étaient prodiguées ; et rien n'est comparable k l'acharnement avec lequel ces soidisant apôtres de la charité évangélique s'exprimaient sur cette école fameuse dans tout le monde chrétien. Toutefois je ne sache pas que Luther , ni aucun de ses dis-

(1) M. Lacoidaire convient ([ue la nouvelle philosophie fut repoussée par le corps épiscopal et par les docteurs , ce qui n'empêcha pas les sectaires de passer outre. {Consith'r., p. 30. )

ciples, ait poussé la démence jusqu'à l'accuser d'athéisme.

Oserai-je le dire? car, même en exprimant ici ma pensée avec toute la réserve que m'imposent la rigueur des principes et le respect des convenances, je tremble encore que des lecteurs médiocrement versés dans l'histoire de ce déplorable schisme et des causes qui l'amenèrent , ne s'en prévalent pour autoriser la révolte par laquelle Luther remplaça la réformation. La face de l'Eglise était alors si étrangement défigurée , la discipline tout entière si méconnue , l'étude des sciences ecclésiastiques si fort négligée par ceux-là même qui se vantaient le plus haut de leur érudition (i), les distinctions sur ces matières étaient si subtiles et si embarrassées , qu'il était bien difficile de se tenir ferme sur le terrain glissant oii l'on s'était engagé. Un zèle mal éclairé pouvait s'y

(1) Voyez Mgr. l'évèque de Strasbourg, Biscuss. amicale ^ t. I, p. 69, 8o; et t. II, p. 354 et suiv.

méprendre : je ne parle que des commcncemens. Or, il est prouvé que ceux de Luther n'excédaient pas les bornes oii s'arrêtèrent les Erasme , les Gerson , les Pierre d'Ailly, A leur exemple , les esprits pacifiques, vrais enfans de l'Eglise, sollicitaient avec énergie, mais sans aigreur , sans emportement , la réforme devenue nécessaire tant dans le chef que dans les membres j dût le médecin plonger le fer au fond de la blessure pour en extirper un mal profond et invétéré (i). C'étaient là, comme parle Bossuet, les forts de l'Eglise, dont nulle tentation ne pouvait ébranler la foi ni les arracher de l'unité (2); mais le nombre en était petit et l'autorité impuissante. Luther s'était d'abord rangé de ce parti. S'il accusait, c'étaient

(1) Voyez les témoig-aagies de Gill. de Vilerbe , dans VHUt. des Conc. Riclier,liv. iv, part, ii, p. 8 ; du card. Julien , Epistoîa I ad Eagcii. IV, inter opéra jEn. Silv., p. 67 et seq. Bérault-Bcrcastel , Hist de l'Egl.,t. XI, p. 95. (Besançon.)

(2) Hist. des Variât. ,\\\. i.n. 5, t. III in^o.p, Oo.

des abus notoires , crians , avoués par les pontifes et par les conciles, auxquels on refusait opiniâtrement d'apporter remède (1). Il écrivait à l'archevêque de Mayence pour lui exposer ses doutes et s'éclairer de ses lumières (2) ; il se soumettait à l'avance aujugementdupapeetde l'Eglise, a la décision de ses docteurs, consultés par lui , disait-il , avec la simplicité d'un enfant. Nul esprit de système; rien qui ressentît la prétention d'innover. Il condamne sévèrement le zèle indiscret de ses premiers disciples qui avaient pris sa défense , par d'injurieuses représailles , contre le bouillant Tzetzès (3) , et se plaint que la violence de ses ennemis , portée (Bossuet en convient) (4)

(1) MaÛTib., Hist. du Luthcran. , t. I, in-/i° , p. 8, 10. Bossuet, llv. V, p. 100.

(2) Sleidan, Comment., liv. i, p. 2. De Sckend., Hist. de la Ré for m., t. I, p. %'i.

(.3) De Sekend., Hist. de la Réform.,]). M. (4) Bossuet, Farint. ,\iy. v, t. III, p. 190.

DÇ 1.A i\OU\ELLE IlÉIlÉSIE. 21

jusqu'à l'aigreur el l'emportement (1), et la nécessité de se défendre , ra\ aient entraîné par-delà les bornes de la modération. Mais combien les choses étaient différentes ! M. de La Mennais n'avait pas sous les yeux ces scandaleux désordres dont l'Eglise était alors déshonorée. La foi de notre Eglise catholique était intacte ; sa discipline , sa constitution sainte étaient sorties victorieuses des combats que lui avaientportésle schisme et l'hérésie. Plus de controverse dans le sanctuaire j ses ruines se relevaient paisiblement sous l'autorité paternelle de ses évêques , et rien ne retardait le travail réparateur confié aux mains de la sagesse et de l'expérience. Que s'il laissait quelque chose encore a désh'er du côté de la science, non moins nécessaire en effet au sacerdoce que la piété elle-même , le champ de la science ecclésiastique avait-il été épuisé ? ne

(1) Liitlicr, t. V, in cap. i ad Galat. Ibid.. foU 19. Erasme , Epist. ad card. Sadolet.

s'ouvrait-il pas , riche de trésors , h la noble émulation d'une jeunesse studieuse? manquait-on de guides sûrs , d'oracles éprouvés? Entre les plus illustres Eglises du monde chrétien , se présentait a tous les regards notre Eglise de France , brillante de génie et de vertu , forte comme cette tour de David dont parle l'Écriture (1), investie de toutes parts des mille boucliers que nos pontifes ont suspendus à ses murailles. Pourquoi n'y pas apporter son propre trophée? Pourcjuoi, au contraire, lancer contre elle les traits du Philistin? Le livre de M. de La Mennais était , nous dit-on , une résurrection admirable des raisonnemens anciens et éternels qui prouvent aux hommes la nécessité de la foi. Je veux le croire j mais ces raisonnemens, nous dit M. Lacordaire, étaient rendus nouveaux par leur application a des erreurs plus vastes qu'elles n'avaient été dans

(1) Cant. IV ,''4.

les siècles antérieurs. Pourquoi ne pas s'en tenir la? Quel intérêt et quel besoin la vérité chrétienne avait-elle que M. de La Mennais ajoutât de nouvelles preuves à sa démonstration? Les anciennes étaient, nous dit-on, incomplètes ^ insuffisantes , plus préjudiciables a la religion qu'elles ne peuvent lui être utiles. Mais ces preuves, si dédaignées par la moderne école, c'étaient pourtant les mêmes qui avaient triomphé de l'orgueilleuse incrédulité et des sophismes de l'hérésie. C'étaient les seules qui avaient servi a saint Augustin pour confondre h la fois les Ariens, les Donatistes et les Manichéens; à Bossuet, pour réduire au silence Claude et tout son parti. Depuis ces grands hommes, il avait été fait des objections nouvelles , et les erreurs^ devenues plus vastes qu'elles n avaient jamais été dans les siècles antérieurs (1), appelaient une polémique plus

(l) M. Lacwdaire , Consi(l.,cic.. p. 30.

savante , de plus profonds théologiens , des pliilosoplies mieux exercés. M. de La Mennais s'est présenté dans l'arène, pour y remplacer les Augustin , les Thomas d'Aquin , les Bossuet , et les faire oublier ! Et ce sont des prêtres catholiques qui nous tiennent un pareil langage ! Quel triomphe pour les ennemis du nom chrétien ! Ces orgueilleux détracteurs de nos vérités, a qui nous opposions , dans la simplicité de notre foi , les savantes apologies des TertuUien et des Origène , comme les ayant terrassés a l'avance , ils auront raison désormais de nous répondre que , de l'aveu de l'un de nos défenseurs , ces preuves étaient incomplètes , insuffisantes. Gloire a M. de La Mennais , qui en a créé de nouvelles, inconnues à l'antiquité ! Quoi ! le livre de la Cité de Dieu , les chefs-d'œuvre des Vives , des Grotius , des Abbadie et des Arnaud , avaient laissé en arrière des raisonnemens oubliés contre les erreurs et les sophismes de l'impiété ?

Quoi ! il fallait des preuves nouvelles conlrc cette philosophie de nosjours que l'immortel Pie VI , qui en fut le contemporain , appelle une hérésie universelle (1)? Et \e Jlambeau de la vérité s'était arrêté sur le seuil de l'abîme , attendant que M. de La Mennais vint le porter jusqu au fond ? Telles sont pourtant les prétentions de M. de La Mennais. Je le demande encore une fois : rencontrezvous rien de pareil chez Luther à ses commencemens ?

Quel est donc l'ordre d'argumens qui avaient échappé durant tant de siècles à tous les amis comme a tous les ennemis du nom chrétien? C'est la philosophie humaine , la raison générale du genre humain qui les fournit a l'apôtre du xix^ siècle, v De même « que la religion est née de la parole divine, « qu'elle repose sur des faits , qu'elle est « une autorité , qu'elle a une Eglise ensei-

(]) Bref du 10 mars 1791 , dans notre Collcct. des Brefs du pape Fie VI, t. I, p. 94.

26 niSTOiRE

t( gnante et infaillible , M. de La Mennais a « voulu que la philosophie naquît de la pa- « rôle divine , reposât sur des faits, fût une « autorité, eût une Eglise enseignante et « infaillible; il a voulu que ces deux orga- « nés infaillibles de la vérité, disant au « monde les mêmes choses, eussent été « réunis par le Christ dans une indissoluble « ût éternelle unité (i). »

Tel est , au rapport de l'un de ses disciples, de son plus fervent propagateur , le système philosophico-théologique de M. de La Mennais. (f II manquait a l'Eglise une <f philosophie catholique ; il n'en existait « pas, et n'en pouvait pas même exister. Il « fallait bien recourir aux étrangers, et cette « nécessité même était heureuse. » ha. raison qu'il en donne ne sera que le développement du principe posé par son maître : que la foi vient du dehors , et que le genre

(1) M. Lacordaire , Comidémt., etc., p. 41.

liiimaiii en avait éto l'organe infaillible; « car , ajoute-t-il , la pliilosopliie ne pouvant « être dans l'Eglise qu'une préparation a «^ la foi , une confirmation et une expli- « cation de la for, il valait mieux s'appuyer « au dehors qu'au dedans (i). »

Voilà donc les philosophes de l'anliquité païenne transformés en Docteurs de l'Eglise ! ils furent ou les patriarches ou les interprètes de nos dogmes sacrés ! Avant le christianisme, c'était la philosophie qui préparait à la foi; depuis le christianisme, c'est elle encore qui confirme la foi , et qui en explique les saintes obscurités; elle qui suppléait la tradition , constituait l'Eglise de Jésus -Christ, formait le critérium de la vérité , le tribunal suprême et unique de la foi , l'oracle universel du genre humain ! Les caractères que nous assignons à notre Eglise catholique comme marques

(1) M. Lacordaire , Consid.^\i. iOG.

de son infaillible vérité, à savoir, son imité, son antiquité, sa perpétuité, ils se trouvaient avant elle dans l'autorité de la tradition du genre humain ! A quoi bon Jésus-Christ était-il venu sur la terre pour apporter au monde la lumière , quand elle existait chez les étrangers ! A quoi bon promettre à son Eglise sa continuelle assistance , et qu'avait-on besoin de son divin Esprit? Nos saints Pères furent platoniciens ; l'école de Socrate et de ses disciples confirmait^ explicjuait suffisamment la foi k laquelle ils avaient prcparé\\xx\Ysçx?s\ L'éclectisme prévalut dans la société chrétienne ! Pour peu qu'on aitétudié nos saintsPères, un simple coup d'œil suffit pour apercevoir le faux et les dangereuses conséquences de ce système. Il est réfuté invinciblement par les doctes ouvrages publiés sur celte matière, et mieux encore par tous les écrits des temps apostoliques. Une pareille opinion ne pouvait sourire qu'a l'hérésie , qui

s'en est emparée avidement. S'il en était ainsi, la jeunesse philosophique de nos écoles aurait eu raison de ne voir dans l'établissement du Christianisme qu'une œuvre humaine où la main de Dieu disparaît. 11 se réduit à n'être qu'une secte plus heureuse que les autres , laquelle s'est avancée a travers des ruines qu'elle n'avait pas faites. Ne vous y trompez pas : les Docteurs, les conquérans du monde, ne furent ni les apôtres ni les confesseurs de la foi chrétienne, et Jésus -Christ ne joue dans le drame de la conversion de l'univers qu'un rôle subalterne !

Je le confesse , j'ai lu dans le temps avec quelque attention les livres de Luther; étude indispensable au dessein exécuté par l'ouvrage du Parallèle des révolutions , publié en i 791 (1), duquel résultent , ainsi qu'on peut le voir, la confrontation la plus rigou-

(1) \ vol. iii-S", par M. -N. -S. Gnillon.

reuse et la ressemblance la plus fidèle entre lés décrets de l'Assemblée constituante et l'acte de constitution civile du clergé, avec les sentimens et les expressions de Luther sur les matières alors controversées. J'affirme n'avoir rien lu dans tout l'œuvre de Luther qui se rapproche de cette opinion deM. deLaMennais, « que, comme la religion , la philosophie eût eu une autorité, et qu'elle fût une Eglise enseignante et infaillible 5 que jusqu'à l'avènement de Jésus- Christ parmi les hommes , elles aient tenu le même langage, appris les mêmesvérités. » Doctrine aussi dangereuse dans ses conséquences qu'elle est fausse et absurde dans son principe. Luther ne la soupçonna jamais 3 il l'a combattue et foudroyée h l'avance. Quelque erronée que fût sa doctrine sur l'Eglise , il se gardait bien de la confondre avec celle qu'il reconnaissait toujours être la colonne de la vérité et l'unique fondement du salut. Il disait, et toute la Ré-

l'orme le répétait avec lui : Nous n'avons pas rêvé que l'Eglise soit la cité de Platon (1). Jésus-Christ était pour lui ce qu'il était dans le dogme chrétien aux termes de saint Paul, Vapotrey le pontife de la confession chrétienne non révélée avant lui, l'auteur et /e consommateur de notre foi; principe unique de la justification, ^ qui devait , a la vérité, « venir de Dieu , mais qui enfin devait être (f en nous , parce que , pour être justifié , « c'est-à-dire , de pécheur être fait juste et « agréable a Dieu, il fallait avoir en soi la « justice , comme pour être savant et ver- (f tueux, il faut avoir en soi la science et <c la vertu (2). ^) Ce que Luther ne comprenait pas; et bien moins encore les Sages du paganisme, ensevelis ^ comme tout le genre humain, dans l'omhre de la mort, c'est-àdire, de leur ignorance et de leur corruption

(1) Apolog. de la confess. d' Augshourcj, t. II; de l'Eglise, p. 148.

(2) Bossuet, Variât., \\\. v, n. 1 , p. 0().

naturelles. Quelle honte pour un prêtre catholique de n'avoir pour précurseur dans ses paradoxes que les Socin, les Jurieu, les Bayle et les d'Holbach !

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