‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 24 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des Fomlcmens de la Certitude, et premièrement de la Raison.

Pour arriver a ce qu'il appelle le critérium de la vérité, qu'il fera consister exclusivement dans la raisongénérale,rauteur a commencé par établir son opinion sur la raison individuelle : opiniondontilfaitundogme capital , le pivot de son système , la pierre fondamentale sur laquelle reposent en même temps et la foi catholique et la société humaine. La

HISTOIRE DE LA NOUVELLE lIÉUÉSIi:. lOS

raison est la faculté de percevoir la vérité , qui nous est démontrée par les moyens divers que nous avons de connaître. Cesmoyens sont dans nous et hors de nous ; à savoir ; l'évidence , les sens , le sentiment , le raisonnementselonlui , autant de sources d'erreur. Ainsi rien, absolument rien de ce qui porte surcesdiversraoyens,pas même, affirme-t-il, notre propre existence, ne peut être légitimement admis comme ayant un véritable caractère de certitude : d'où il conclut que toute philosophie qui recherche le fondement de la certitude dans la raison individuelle , conduit nécessairement au pyrrhonisme absolu. Quoi donc! n'yaura-t-il point pour l'homme de fondement de certitude?

11 en existe un autre, solide, inébranlable au doute, dans la raison universelle, qu'il nomme l'autorité du témoignage ou le sens commun. M. de La Mennais ne s'embarrasse pas de prouver la sohdité de ce fondement j il le suppose comme un fait incontestable , inhé-

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rent à la nature de l'homme , attesté par la manière habituelle dont les hommes se conduisent. Telle est l'analyse que lui-même expose de son système , réduit à ces quatre propositions :

1° La philosophie qui place le principe de la certitude dans l'homme individuel, ne peut parvenir a trouver une vérité certaine d'où il déduise toutes les autres, y compris l'existence de Dieu ;

2" Cette philosophie ne donne pas à l'homme individuel uiïe règle infaillible de jugement;

5" Pour éviter le scepticisme où conduit la philosophie de l'homme isolé , au lieu de chercher en soi le principe de la certitude rationnelle d'une première vérité, il faut partir d'un fait qui est cette foi insurmontable , inhérente à notre nature , et admettre comme vrai ce que tous les hommes croient invinciblement j 4" L'autorité ou la raison générale, le

consentement commun, est la règle des jugemens de l'homme individuel. Le Christianisme , avant Jésus-Christ , était la raison générale manifestée par le témoignage du genre humain ; le Christianisme , depuis Jésus-Christ, développement naturel de l'intelligence , est la raison générale manifestée par le témoignage de l'Eglise.

Une remarque qui n'a échappé à aucun des adversaires de M. de La Mennais , c'est que partout dans cet ouvrage , et dans le vocabulaire de la nouvelle école, les mots sont détournés de leur véritable sensj on les transporte a d'autres idées que celles où les enfermait le commun usage. On les métamorphose par des alliances étrangères et des significations nouvelles qui les dénaturent. M. de La Mennais affecte de se créer une langue comme un système, où il est difficile de le suivre j et les définitions, non -seulement manquent de clarté pour la plupart, mais lui échappent, et le

jettent lui et son école dans de perpétuelles contradictions (1).

Prenons pour exemple la théorie qu'elle nous donne de la certitude par rapport a la foi. « Cette question fojidamejitale de la théologie, (qu'est-ce que croire? dépend, nous dit-elle , de cette question fondamentale de la philosophie j, qu'est-ce que la certitude (^. » M. de La Mennais en fait une question simplement théologique , et la place tout entière dans la foi. « La certitude n'est qu'une foi pleine dans une autorité infaillible. Rien, poursuit-il, de ce qu'affirme une raison qui peut se tromper, ou une raison

(1) On peut en voir l'exposé dans les réfutations qu'en ont publiées M. Boyer , Examen , p. 36 ; M. Rozaven, Examen, etc., p. 112 et 178.

(2) « Je pense que la première de ces questions a est tout aussi philosophique que la seconde , et « qu'elle ne dépend pas plus de la seconde que la « seconde ne dépend de la première. » M. Rozaveii, Examen, ■p. 9o. Toujours est-il que pour ces messieurs la question est autant du ressort de la théologie que de la philosophie.

faillible, n'est certain : donc chercher la certitude, c'est chercher une raison infaillible ('!). .)

Le mot certitude devient donc synonyme de celui d^ infaillibilité?

(f Que fait -on, demande M. de La « Mennais , quand on cherche la certi- « tude?On cherche une raison qui ne puisse f< pas se tromper dans ses jugemens , une « raison infaillible en tout et toujours : au- « trement elle ne serait iamais assurée de « l'être. » Ainsi, tout ce qu'affirme une (c raison faillible peut être faux , et tout « ce qu'elle nie peut être vrai (2). » Donc toute intelligence nécessairement finie et faillible ne peut être assurée de rien. Et pour elle il n'y a point de certitude , même sur les choses de la foi. Parce qu'elle peut

(']) Essai , t. II. Avertissem.,-^. vu et p. H3.

(2) Ihid., « Si vous pouvez dire j'existe , il n'y a « pas de raison pour que vous ne soyez aussi infail- « lible que Dieu et ses auges. » M. de La Mennais dans M. Boyer. p. fiO.

se tromper quelquefois , elle n'a jamais la certitude qu'elle ne se trompe pas actuellement. Mais parce que toutes les vérités ne nous sont pas connues , est-ce à dire que nous n'en connaissions aucunes et que je doive errer en tout parce qu'il m'arrive d'errer quelquefois ? S'il en est ainsi , la certitude n'est qu'un mot vide de sens ; car je reste toujours incertain si je ne me trompe pas , incertain s'il existe une autorité k laquelle je doive croire , incertain si je crois en effet , pourquoi et comment. Donc plus ombre de certitude , profonde obscurité , tout l'abîme du scepticisme. Que devient , dans cette hypothèse , la définition vulgaire du mot certitude ? qu'elle est , dans le sens strict et rigoureux, l'assentiment ferme et inébranlable de l'esprit k une vérité connue j qu'elle est , selon le langage des phisophes tant anciens que modernes , une assurance ferme qui tranquillise pleinement la raison ; qu'elle suppose dans l'intelli-

gence une sécurité entière et une conviction parfaite que la vérité est telle qu'on la conçoit (1). Est-ce qu'il n'y a pas , hors de la foi , des vérités tellement claires et icontestables qu'elles excluent toute espèce de doute et d'hésitation ? Non. Ma raison , essentiellement et toujours faible, ne m'éclaire en rien, l'évidence n'est qu'une lueur infidèle , mon sens intime qu'un guide trompeur. 'Le moyen de marcher dans la nuit, quand tous les flambeaux sont éteints? Point de certitude, point de foi , tout l'édifice religieux reste sans fondement. La main qui me l'enlève est-elle une main catholique?

Tandis que toute l'école se travaille k nous rendre intelligible la doctrine de son maître , voilà que l'on jette dans l'arène une nouvelle définition de la certitude ! Elle

(1) Buffier, Des prcm. vérités, chap. I. D'Aguesseau, Médit., 3, 4. M. Boyer, Examen, p. 59. M. Receveur, p. 45, etc.

est (f l'union des esprits clans les divers <■< ordres de la pensée ^ sous les lois de diverses i( autorités légitimes et évidentes (I). » Nouveau dédale où ma raison n'entrevoit aucune issue.

Tout ce que ces prétendus philosophes théologiens nous disent de la foi , de l'autorité , de l'évidence , du témoignage , de la raison individuelle ou générale , n'est ni plus légitime ni pliis évident.

Au simple énoncé de cette théorie , il eût suffi, pour la hattre en ruines , de répondre par ces paroles de saint Augustin dans son plus savant ouvrage : « La Cité de Dieu déif teste une telle manière de douter comme « une extravagance, ayant, par les choses t< qu'elle comprend, par l'entendement et (f PAR LA RAISON , une sciencc , petite h la vé- K rite, à cause du corps qui appesantit F âme, « parce que, comme dit l'Apôtre, nous s a- « vons en partie , mais néanmoins très-cer-

(1) M. de Lacordaire , Cçusidêrat., p. M8.

«taine; et elle ajoute foi aux sens dans K l'Évidence de chaque cîiose desquels l'en- K tendement se sert par le corps; parce que <f ceux qui ne croient pas qu'il faille jamais « se fier à eux, se trompent d'une manière « bien plus digne de compassion (1). »

Ceux dont le saint Docteur combat ici la pitojahle philosophie , c'étaient les Manichéens.

(1) Cité de Dieu, liv. xix, chap. xvin, traduit par Huet, Faihl. de l'Esprit hu}ti.,\i. 240. Il ajoute uii passage deV Enchiridion, ou Manuel du même samt Docteur, dans le même sen.s.

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