‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 30 sur 44 · III-^TOir^E DE LA NOUVELLE nÉRîîSIE · texte numérisé non relu

III-^TOir^E DE LA NOUVELLE nÉRîîSIE

coups ont été dirigés contre la raison individuelle; il n'épargnera pas davantage l'évidence , autre fondement de certitude. La raison universelle du genre humain est le levier qu'il met en action contre le témoignage de la raison individuelle ; c'est le même qu'il emploie contre le témoignage de l'évidence. Pour en établir le souverain empire , il ne craindra pas d'en substituer l'autorité à celle de l'Eglise catholique ; il enlève à celle-ci sa base tombée du ciel , édifiée par les mains de son divin auteur, ce qui nous la rend sacrée , à savoir, la certi- ^ tude résultant de l'enchaînement de merveilles dont se compose son histoire (1).

En effet , ce qui nous garantit la certitude de la vérité du Christianisme et de notre Eglise, c'est l'évidence des preuves dont la raison et l'autorité environnent le sanctuaire

(1) << La Révélation est un fait; elle peut, par

« conséquent , et doit être pi'ouvée comme les au-

« très foits , et nous pouvons en acquérir la ccrti-

« tude de la même manière.» (M. Rozaven, p. MO.)

(le la Révélation. S'il n'y avait point d'évidefice , bien moins encore y aurait-il de certitude. On ne croirait pas, sion ne voyait pas ce que l'on doit croire. Delà l'essentielle différence entre la foi et la science : la première , assentiment ferme aux vérités qui nous ont été révélées , que nous croyons sur la parole de Dieu , oracle infaillible de la vérité, mais que nous ne voyons pas, et qui ne seront vues que dans le séjour des Bienheureux. La science , nous l'acquérons par les principes connus par eux-mêmes , vus intellectuellement, ce que nous appelons la vue intellectuelle. D'où les théologiens concluent que le principe de la certitude que donne la science n'est autre que l'intuition (le la 7)érité , et que , par une conséquence ultérieure , nous possédons une infaillible certitude de la vérité , commencée par la foi , perfectionnée parla science , pour être enrtn un jour consommée par la claire vue de Dieu et de ses mystères. INous sommes

donc fondés à parler d'évidence et a croire a son infaillibilité (1). M. de La Mennais aura beau entasser les nuages, il ne persuadera à personne que la certitude et les motifs qui la fondent soient illusoires.

Elle repose sur quatre colonnes solides , inébranlables : l'évidence , le sens intime ou la conscience , les sens, le témoignage des hommes limité aux restrictions que la vérité réclame. De la force et surtout de l'association de ces motifs, résulte un faisceau de lumière inébranlable au doute , qui détermine les jugemens de la raison , constate la certitude, assure invinciblement le triomphe de la vérité.

Les théologiens de la nouvelle école se .sont plus h brouiller ici toutes les idées. Les appuis que l'évidence , le sens intime , la relation des sens prêtent h la certitude , iis

(]) Certitudo quœ est in scientio et in intellectu est ex ipsa cvidentia eorum quœ certa esse dicuntin . [S. Thomas, 3, d. q. 2, art. 2, q. 3. )

2iâ HISTOIRE

s'efforcent k les renverser. Cette théorie , si bien démontrée par saint Augustin et saint Thomas, approuvée par les Docteurs catholiques , consacrée par l'Eglise , ne fiit , comme l'autorité de la raison individuelle , que le rêve de Descartes , l'œuvre d'une philosophie niaise , absurde , menant au ^cep^/m/we. Jusqu'à M. deLa Mennais, nous dit l'écrivain qui se donne pour acteur principal dans tout ce qui s'est passé (1 ), on avait cru que , dans l'ordre philosophique et religieux, l'évidence se prononçait hardiment en faveur de l'Eglise catholique, comme preuve de son infaillibilité. «M. deLaMen- « nais a cru découvrir dans cette doctrine un « venin funeste et caché; il a ditque ce n'était « pas a l'évidence, mais au genre humain de « juger la question (2). ^> Ecoutons l'oracle : Qu'il y ait un moyen d'arriver à la certitude, ce n'est ni la raison, ni la nature ou l'évi-

(1) M. Lacordaire, Considérai.^ p. 34.

(2) Le même , p. 152.

dence de la chose qui le fournit ; la raison me commande de douter , la nature me le défend ; ni l'une ni l'autre ne démontrent rien. Jeté par une fluctuation éternelle entre le scepticisme et l'erreur , l'homme est dans l'impuissance naturelle de démontrer aucune vérité , et d'admettre certaines vérités. « Une chose qui peut être vraie ou «< fausse, répète avec lui son école entière(i), « n*est pas certaine. Tout ce qu'affirme « comme vrai une raison qui peut se trom- « per peut être faux; tout ce qu'elle affirme «r comme faux peut être vrai. Dieu et son w existence , l'immensité et l'harmonie de ses ff perfections, l'âme humaine et ses facultés, « autant d'énigmes où la foi toute seule pou- « vait nous apporter la solution ; et la foi <f elle-même deviendra a son tour un fonde-

(1) M. Gerbct, p. 67, et son livre entier intitule : Dos Doctrines philosoph . sur la Certitude. M. Bautain , dans V Avertisse m. pastoral de M. l'cvèque de Strasbourg- , p. 0.

Îii4 uisToiiii;

« ment ruineux pour lequel il faudra encore « un nouveau point d'appui. Pour qu'ilyeiît « certitude , il faudrait qu'il y eût infaillibi- <( lité ; car il existe une liaison nécessaire « entre l'une et l'autre. » Donc, dansl'impos- « sibilitéoii est tout homme de rien affirmer, « il doit , pour être conséauent , douter de « tout. Point de certitude là où. il n'y a point <( de jugement infaillible ; et peut - il en ' exister de la part d'une raison toujours (( bornée et faillible? »

îl est clair que ce sophisme , qui ébranle la certitude du témoignage de la raison , n'attaque pas moins la certitude du témoignage de l'évidence. Nous y avons répondu pour ce qui concerne la raison ('l). il n'a pas plus de force contre l'évidence , à qui il porte une égale atteinte ; car s'il faut douter de tout , puisqu'il est impossible de rien affirmer , il faut conclure qu'il n'y a rien de certain rien d'évident. Mais le

(1) Liv. I, chap. VII, p. 15*2 et suiv.

DE L.V .\Ut \KI.I.K HÛRÉSIE. 21ç>

moyen de rester suspendu sur cet abîme du doute? M. de La Mennais nous ofiVc un point d'appui unique , universel , à savoir, l'infaillibilité du genre humain. « J'ouvre « les yeux , je vois que dans l'appréciation «( du vrai, partout les hommes se détermi- « nent par le consentement des hommes.

« Point de témoignage certain, s'il n'est con « firme par l'autorité du genre humain (i ). »

Voilk donc "a la fin le tribunal de l'infaillible certitude ! voilà l'évidence pour M. de La jMennais !

Puisque M. de La Mennais invoque avec tant d'assiuMnce le témoignage universel, il nous sera bien permis de le consulter U notre tour, et de lui demander ii lui-même les titres qui fondent le privilège de l'infaillibilité en faveur du genre humain , comme nous sommes toujours empressé de pro-

(1) Essai, p. 180, 225, \96; t. Il, p. 41, 43, 143 pt suiv. Défense , p. 03, 9^i. M. Lacordairc, Consid., j). lo4.

duire en faveur de noire Eglise les preuves qui lui en assurent la possession.

L'évidence , nous répond le genre humain par la voix des Sages qui , de tout temps, en furent les organes et les plus dignes représentans, consiste a apercevoir clairement et distinctement la convenance ou la répugnance existant entre deux idées. Je vois , par exemple, que deux et deux font quatre , parce qu'il y a une convenance évidente , sensible à tous les yeux, un rapport manifeste d'identité avec les termes que je compare, et qu'en ajoutant un chiffre de plus , je n'ai plus le même nombre. Je vois avec évidence que le tout est plus grand que^tiJa partie , parce que j'aperçois clairement la vérité du rapport que j'établis entre ces deux objets. Or, il m'est impossible d'apercevoir clairement , distinctement, delà convenance entre deux idées , s'il n'y en avait point réellement , puisqu'on ne peut concevoir ce qui n'est

point. Les perceptions claires de mon esprit supposent donc nécessairement la réalité de ce qui en est l'objet. Ces principes tiennent à la nature , donc à Dieu qui en est l'auteur. Le sauvage sous sa hutte les croit comme le savant qui pâlit sur ses livres, parce que l'un et l'autre ont des yeux pour le voir. Cette foi invincible est un fait incontestable, universel, dont l'infaillible certitude est attestée par un sentiment intime et par une expérience continuelle. De là vient que l'évidence est la dernière raison que Ton apporte en faveur de la vérité , cl la règle infaillible a laquelle on reconnaît qu'on ne s'égare point. Elle est le fondement nécessaire et universel sur lequel reposent toutes nos croyances; et l'homme ne peut admettre aucune vérité sans apercevoir eV/V/emme/ïf ouïe rapport immédiat des i dées, ou l'existence et l'infaillibilité du motif quel qu'il soit qui le force d'y adhérer (i).

(1) Voy. M. Receveur, Recherches philos . , p. 82.

Eli ! n'est-ce pas Ik ce t|ii'exprime le seul mot d'évidence? Claire vue de l'âme, parce que notre âme est douée de la faculté de voir comme notre corps; ou plutôt notre âme voit par les yeux de l'entendement comme par ceux du corps. Toutes les fois donc que l'esprit voit quelque chose clairement et nettement , ce qu'il voit n'est pas l'erreur, c'est la vérité. L'évidence est le caractère qui distingue le vrai du faux('l).

Interrogé dans chacun des individus dont se compose l'universalité du genre humain, le genre humain n'a point d'autre langage. Vous l'avez dit , M. de La Mennais : « Plus « l'accord est général, plus la confiance est « grande ; et la certitude est aussi complète

(i) Le chancelier d'Àguesseau , Méditât, iv. Buffier, Traité des premières Vérités ^ chap. r. Mallebranche, Recherche de la Vérité, t. I, p. 22. M. de Cardaillac , Elém. de Philos., t. I, p. 306. M. Lacordaire, Considér., p. 10. Dans le système de M. de La Mennais lui-même , comme dans la doctrine ordinaire , révidence est la dernière raison des choses. {Ibid., p. 153.)

DE LA ^OLVELLE HÉRÉSIE. Sîl9

<f qu'elle puisse l'être, quand l'accord est f unanime (1). »

Que si l'on nous demande les preuves de cette assertion , nous répondons qu'elle est à elle-même sa démonstration , « que c'est « la , » comme s'exprime un philosophe moderne , vrai théologien , << la belle préroga- « tive de l'évidence , son honneur, sa gloire, « d'être dans le monde intellectuel ce beau « soleil qui se manifeste par lui-même, et « qui n'emprunte pas d'une lumière étran- « gère la clarté dont il brille , et que c'est « par Ta qu'elle mérite d'être appelée le « premier principe (2). »

Mais notre philosophe s'embarrasse peu de se contredire lui-même.

« Quelle foi, demande-t-il, pouvons-nous ajouter a l'évidence ? Elle ne fait que des dupes. Qui est-ce qui oserait affirmer que telle chose qui lui semble vraie ne soit pas

(1) Essai sur l'Indiffér., t. Il, p. 143.

(2) M. Boyer, Examen , p. 210.

220 niSTOîrvK

fausse, et réciproquement? Est-il une question sur laquelle les hommes ne se soient partaG;és , et qui ne présente des motifs également plausibles d'admettre ou de rejeter telle opinion? N'est-ce pas au nom de l'évidence que chacun se dit en droit de défendre la sienne? Athées, déistes, calvinistes, sociniens , tous crient à l'évidence. Ce qui est évident pour l'un, un autre le juge obscur, incertain. De quel droit prétendezvous que votre évidence doive céder h la sienne ? Le oui et le non ne se rencontrent-ils pas tour a tour dans un même esprit avec une égale certitude ? Ce que l'on affirmait hier sera demain rendu problématique. Tous les jours je suis le jouet de mille illusions, et je me vois a tout moment forcé de revenir sur mes pas, après avoir cru qu'il m'était impossible de m'égarer dans mon jugement. Partout apparences trompeuses, nulle certitude ; pas une évidence qui ne soit démentie par une évidence contraire. »

DE LA NOLVELLE HÉIIÉ.SIC. 221

Ne dirait-on pas, a entendre M. de La Mennais, que nous \ivons dans un monde enchanté , peuplé d'êtres chimériques , et sans autre réahté que celle dont l'imagination les revêt , jetés on ne sait comment à travers des ombres mobiles et changeantes? La société tout entière ne serait qu'une scène continuelle d'illusions et d'impostures , où les objets ne se présentent aux regards que sous de fausses couleurs, pareils a ces repas fantastiques que le caprice de nos romanciers fait éclt)re. Car la conséquence immédiate du scepticisme de M. de La Mennais aboutit à ce dilemme : Ou ce que nous voyons existe réellement, puisque nous le voyons, et l'évidence n'a plus pour nous rien d'équivoque ; ou rien n'existe réellement, et la nature entière n'est plus à nos yeux qu'une vaste fantasmagorie. « Peut-être que ma vie « et tout mon être ne sont autre chose qu'un (c songe et un rêve de la nuit.» Que je prenne en main \ Iliade ou \ Esprit des Lois , que

222 HisTomE

mes yeux contemplent avec admiration la coupole de Saint-Pierre ou la colonnade du Louvre , je demanderai s'il exista un Homère , un Michel-Ange , un émule heureux du Bernin, — Quelle preuve en avez-vous ? me dira M. deLaMennais. — La preuve, c'est que je les ai dans les mains, sous les yeux, que je les vois, que le seul aspect de ces chefs-d'œuvre enflamme mes sens et les ravit, et que je ne verrais, que je ne sentirais rien de tout cela, s'ils n'existaient pas. Demandez-moi la preuve de la lumière du soleil : Milton aveugle ne la voit plus, mais il la sent. Ni moi non plus je n'ai pas vu la statue de Pierre-le-Grand a Saint-Pétersbourg pour savoir indubitablement qu'elle existe, .quand des milliers de témoins attestent que la capitale de l'empire russe possède ce hardi monument, comme nous avons a Paris les statues de Henri IV et de Louis XIV. Avec les principes de M. de La Mennais , l'hérétique Marcion n'avaitpas tort

DE LA NOUVELLE lîÉïlÉSIE. 225

de nier que Jésus-Christ eut conversé avec les hommes clans une chair véritable , qu'il eût été réellement attaché à la croix, réellement déposé dans le tombeau; il avait raison de chercher à expliquer les mystères de l'incarnation et de la rédemption, en les anéantissant par ces subtilités impies : « C'était « bien une chair et non une chair, un «( homme et non pas un homme , un Dieu « et non pas un Dieu. » Car enfin, dans ce temps-là, ce n'était pas le témoignage du genre humain qui pût encore réfuter le blasphémateur; les seuls témoins capables de constater l'humanité du Verbe, ce n'étaient quedesdépositionspartielles, que l'évidence résultant du témoignage de ceux qui l'avaient vu de leurs yeux, qui avaient mangé avec lui après sa résurrection , avaient introduitleurs mains dans ses blessures; et cependant l'éloquent Tertullien n'en disait pas moins avec une invincible assurance : « Si Jésus-Christ (f n'est pas véritablement mort, sa naissance

« ne fut également qu'imaginaire^ tous les té- « moignages qui en constatent le fait, autant « de mensonges; sa vie entière, une illusion (f perpétuelle. Plus d'Emmanuel, plus de K Christ , plus de Dieu avec les hommes ; « l'histoire tout entière n'est plus qu'un « problème (i). »

M. de La Mennais ne craint pas de donner le démenti a TertuUien. Ptespectera-t-il davantage l'autorité de saint Paul? L'Apôtre des nations reproche aux philosophes du paganisme leur ignorance et leur corruption vraiment inexcusables d'avoir retenu captive la lumière de la vérité, quand ses rayons perçaient de toutes parts. Où va-t-il chercher son argument? il prend l'évidence à témoin de leur impiété. Saint Paul savait bien assurément quelle était la vertu de la foi et sa nécessité , puisqu' avant d'intenter son acte d'accusation contre ces Sages or-

(1) Traité de la chair de J.-C, p. 484, édit. de Rig. Bihlioth. choisie j t. II, p. 508.

IIISTOmE DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 22i>

gueilleux qui prenaient leur raison seule pour guide de leurs jugemens , il avait commencé par déclarer que la justice vient de la foi, qu'elle se perfectionne dans la foi, selon qu'il est écrit : le Juste vit de la foi(\). Méconnaîtra-t-il pour cela les droits de la raison humaine ? Tant s'en faut , car le grand crime qu'il reproche a ces Philosophes , c'est de n'avoir pas fait usage de leur raison , même comme suffisante toute seule pour éclairer leur intelligence etles amener, par la seule lumière de l'évidence , a la connaissance de Dieu et de ses infinies perfections. Car, poursuit-il, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité , sont devenues visibles depuis la création du monde, parla connaissance que ses créatures nous en donnent (2). Ce n'est donc ni le témoignage du genre humain et de sa prétendue raison générale , ni même

(1) Ro7n.,i, 17.

(2) Ibid. 18-22.

29fi HISTOTOE

l'autorité de la foi, qu'invoque le grand Apôtre. Rien que leurs yeux suffisaient pour les initier dans cette première de toutes les vérités, lis ont eu des yeux pour ne pas voir ; et la justice divine a châtié l'aveuglement de leur cœur par l'aveuglement de leur esprit.

Le même Apôtre , se rencontrant dans l'Aréopage pour y prêcher l'Evangile de Jésus-Christ , disàit-il a ces mêmes Philosophes rassemblés autour de lui : « Ayez la foi; commencez par croire comme de simples en fans ; imposez un silence absolu h votre raison. >> C'est au contraire par leur propre raison qu'il les veut ramener au Dieu qu'ils adorent sans le connaître , en promenant leurs regards sur le spectacle de la création (1). Mais Dieu ne les aveuglait que parce que les premiers ils avaient fermé les yeux a la lumière de l'évidence, dédaignant de chercher celui qu'ils

(i) Jet., xvir, Vi, 27.

DE LA NOirVELlE HÉRÉSIE. 227

auraient trouvé comme auec la main et à tâtons ^ quoiqu'il ne soit pas loin de chacun de nous.

Dire, avec l'école de M. de La Mennais , que Dieu est trop grand pour être compris par des intelligences aussi bornées que les nôtres 5 qu'à moins d'avoir la plénitude de la science de Dieu , nous n'en possédons aucune notion ; que c'est un Dieu caché ; que le spectacle de l'univers ne nous ofifre que des effets , que des résultats , ce que l'on nomme des causes secondes , mais que de là on ne saurait s'élever jusqu'à l'existence du premier principe, parce que la distance entre le fini et l'infini est impossible à franchir ; que les cieux racontent vainement la gloire de l'Eternel, parce qu'ils sont muets pour ceux qui se ferment les oreilles pour ne pas écouter la voi.^ de l'Eternel : langage impie ! des prêtres de Jésus - Christ , répéter les blasphèmes du déiste et de l'athée ! Saint Paul

se trompait donc en affirmant ce qui vient d'être lu? Il affirme que l'immensité de Dieu ne l'éloigné pas de nous , puisqu'il est proche de chacun de nous ; que la Philosophie humaine aurait pu connaître ce qui peut se découvrir de Dieu , mais qu'elle fut criminelle et inexcusable de ne l'avoir pas voulu. De ce c^we. Dieu est caché ^ on tire, comme le païen de l'Aréopage , la conclusion qu'il est inconnu. Les vrais interprètes de saint Paul, un Fénelon , un Pascal, répondront par l'hymne de la foi chrétienne : << O mon K Dieu ! je passe ma vie a contempler votre « infini , je le vois , et ne saurais en douter j K mais , dès que je veux le comprendre , il (f m'échappe j ce n'est plus lui j je retombe « dans le fini : j'en vois assez pour me contre- « dire et pour me reprendre toutes les fois « que j'ai conçu ce qui est moins que vous- « même. Ainsi, c'est un mélange perpétuel « de ce que vous êtes et de ce que je suisj « je ne puis ni me tromper entièrement , ni

« posséder d'une manière fixe votre vérité .

« Bien loin de vous méconnaître dans cet

« infini, je vous reconnais à ce caractère né-

« cessaire de l'infini qui ne serait plus l'in-

« fini si le fini pouvait y atteindre (i). »

Pascal , a son tour , renfermant la preuve

de l'existence de Dieu dans le langage de

la seule philosophie : « On peut bien, dit-il,

i( connaître qu'il y a un Dieu, sans savoir ce

« qu'il est. Pour vous en convaincre , je ne

t( me serviraipasde la foi, par laquelle nous

'« la connaissons certainement; je ne veux

t< agir avec vous que par vosprincipesmêmes.

(( Qui ne fait ainsi n'entend pas la force de

« la raison (2). «

Saint Paul et tous ceux qui l'ont suivi étaient donc fondés h croire que l'évidence des merveilles de la nature ou des merveilles du Christianisme pouvait , soutenue

(1) Traité de l'exist. de Dieii, , 2"^ part., chap. v, p. 367, 368, édit. Paris , J8J 1.

(2) Pensées, \i. ^^, 50, cdit. Paris, 1714.

250 HisTomE

par la grâce divine , amener a la foi Deiiys l'aréopagite , et tant d'autres jusque-là opiniâtres dans l'erreur (i).

Ceise, l'implacable ennemi des Chrétiens, dirigeait dans un autre sens ses attaques contre l'Ealise naissante . « Cette soumission aveugle qui vous enchaîne kla parole du maître , leur disait-il , n'est que petitesse et travers d'esprit , un outrage à la raison. »• A quoi Origène répondait: «Cette foi, tout aveugle qu'elle est, n'empêche nullement que ceux qui ne se contentent pas de croire , mais qui veulent aussi faire usage de leur raison , n'établissent solidement leur croyance par les preuves convaincantes qui se présentent d'elles-mêmes à leur esprit , ou que leur fournit une étude plus approfondie (2). »

Entre la foi qui croit sans examen et la raison qui ne se rend qu'a l'évidence , M. de La Mennais pose le néant de son doute uni-

(1) Act. xvir. 34.

(2) Advei'8. Gels., Bihlioth. choisie, t. II, p. 32.

versel, jusqu'à mettre eu problème sa propre existence. « Nul doute , lui objecte un savant <f théoîogien,que le sceptique Lamennaisien, « qui doute de sa propre existence avant d'a- K voir consulté le genre humain , n'arrive « à cette conséquence, quele néant peut pen- « ser , douter s'il pense ou douter s'il rêve; « et, dans tous les cas, c'est le néant qui « doute , qui rêve , qui voit tout ce qui n'est <f pas , et qui est quelque chose (1).

Le L'xand argument de l'école Lamennaisienne est que, la raison humaine étant trop bornée pour embrasser l'essence des choses, nous manquons ,de preuves pour en connaître l'existence. De même pour l'évidence; elle ne se découvre qu'en partie, donc elle nous échappe en Lotaiilé , et il faut recourir a la foi pour obleriir quelque certitude. C'est le raisonnement de liobbcs et de Fécolc de Spinosa, dont le sceptique anglais avait été le précepteur.

(1) M. Boycr, Examen, p. 77.

Il est vrai , l'essence de Dieu est en ellemême incompréhensible , parce qu'il ne nous est pas possible d'avoir une connaissance parfaite de ses attributs; mais son existence, nous étant annoncée par le spectacle de la nature, par l'idée que nous avons d'une première cause dont dépendent toutes les causes secondaires, et par une foule d'autres preuves également sensibles, ne saurait être incompréhensible. Certes, nous ne comprenons ni toute l'économie de notre corps, ni son union avec l'âme, ni la manière dont les objets extérieurs agissent sur nos sens ; faudra-t-il nier pour cela que nous ayons un Corps , une âme et des sens? 11 n'y a presque aucune chose dans la nature qui, sous un certain point de vue, ne soit incompréhensible , et dont , sous ce rapport, on ne pût contester l'existence; « et cependant, dit Clarke , il n'y a pas ce d'homme qui , faisant usage de la raison , « ne puisse s'assurer plus facilement de

« l'existence d'une cause suprême et indé- « pendante que de l'existence d'aucune au- « tre que ce soit(i). »

Hobbes, matérialiste, a trouvé des apologistes : faut-il s'étonner que M. de La Mennais ait trouvé des défenseurs pour les opinions qui se rapprochent de celles du philosophe anglais?

Cependant, malgré cette propension a douter de tout, l'école Lamennaisienne convient qu'il y a une évidence qu'il faut croire. Il est, de son aveu, des principes universels, inaccessibles au doute; les détruire, ce serait détruire l'intelligence ellemême. Ils sont certains, ils le sont d'une évidence intrinsèque. Notre raison les saisit au premier coup d'œil; elle les affirme d'une manière absolue , et ne peut guère s'abstenir de les affirmer et de les croire. C'est un fait, et la vérité des faits ne se prouve pas;

(1) Demonstr. ofthc Beingh., etc., propos. 3. Tabaraud , /Ttsf. du Philos; Angl., t. I, p. 194.

elle se constate par la simple observation. Point de doute parce qu'il y a certitude : ce sont la toutes expressions de M. de La Mennais. Ce n'est pas tout. Les motifs de certitude admis universellement par la philosophie et par l'expérience comme irréfragables, on ne les réprouve pas. Permis de les invoquer dans la recherche de la vérité, mais sous condition. M. de La Mennais ne veut pas qu'on juge sur leur simple rapport , sans qu'au préalable on ait confronté leur témoignage avec celui de la raison générale, et que l'on ait reçu d'elle une sanction indispensable. C'est alors seulement que l'autorité de l'évidence est légitime. Bien qu'elle ne donne encore pas une certitude absolue jlnenqu'eMe ne soit pas rationnelle, elle n'en est pas moins réelle^ inébranlable au doute; elle n'est ni démontrée, ni susceptible de l'clre^ on l'appelle le fait de la certitude. «La condition de l'homme, nous (f dit le moderne hyérophante , est de flotter

DE LA ^O^JVELLE HÉRÉSIE. 23o

« entre les deux extrémités de l'être et du <f néant, de la certitude absolue que la rai- « son nous refuse, et d'un doute également « absolu contre lequel notre nature se ré- « volte (1). » 11 faut revenir aux principes. Ce que les philosophes disent de la raison, nous l'appliquons également ii l'évidence. Autant la raison droite est certaine, infaillible dans ses vues claires et distinctes, autant elle peut-être fausse, erronée dans ses jugemens et ses raisonnemens. L'erreur, quand elle se rencontre, n'est pas dans l'idée, mais dans le jugement. M. de La Mennais confond l'évidence qui est dans les choses avec la certitude qui est dans l'esprit de l'homme. L'une est immuable , l'autre variable et faillible; et ce ne serait, dit un métaphysicien de nos jours , que par un abus manifeste du mot qu'on appellerait certain ce qui est incertain ou faux. « Il suit <c de la , ajoute-t-il , que la certitude d'une

(1) Essai, t. II, p. 37.

(f vérité n'exclut pas le doute ou l'erreur en « général , mais le doute et l'erreur sur telle « et telle vérité connue avec certitude. La « certitude est donc une infaillibilité parce tielle et bornée à cette vérité actuellement « vue et aperçue par l'esprit, non cette «f clarté qui exclut le doute 5 et en cela elle « diffère de l'infaillibilité absolue , qui est « l'impuissance totale d'errer ou même de «^ douter {^)- »

Cette confusion de langage , générale k tous les écrivains du parti , qui les jette dans une obscure et contradictoire métaphysique, tient a l'une des erreurs capitales du système , savoir qu'il y a connexion nécessaire entre la certitude et l'infaillibilité ; comme s'il y avait parité entre l'essence de Dieu et la nature de l'homme, toujours séparées l'une de l'autre par tout l'abîme de l'infini , malgré les communications que la première ait daigné faire a l'autre de ses

(1) M. Boyer, Examen , p. 60.

DE LA NOLVELIE HÉRÉSIE. Ii57

adorables perfections. Il y a donc pour nous certitude^rt^e y mais en conclure qu'ilpuisse y avoir une fausse évidence est un paralogisme absurde; il n'y a pas plus de fausse évidence que de fausse vérité. L'Esprit saint l'a dit par la bouche de son Apôtre ; Quelle union y a-t-il entre la lumière et les ténèbres (1)? Elles peuvent se mclerj dira-t-on qu'elles soient identique^? La lumière luii^ dans les ténèbres j et nous avons tous reçu de sa plénitude. « Quoique les ténèbres ne « Valent point comprise , comme parle le « saint Evangéliste , et qu'un trop grand « nombre d'hommes s'obstinent à marcher K dans les ténèbres y s'ensuit - il qu'il n'y ait « point de lumière , ou que celui-là qui s'est « appelé lui-même la lumière du monde, la « vraie lumière , ne soit qu'une lumière w fausse , infidèle ou erronée (2) ? » Qu'ily ait erreur dans nos jugemens ,1a chose

(1) II Cor. VI, 14.

(2) Joann. i, 5-16. — vni, 12.

est possible ; le cercle de nos facultés est si étroit, l'horizon de notre intelligence bordé de tant de nuages, comme l'abus de la raison si ordinaire aux hommes même les plus raisonnables! Les préjugés, le défaut d'attention ou de justesse d'esprit, la passion, agissent avec tant d'empire sur nos décisions ! Chacun se fait de soi-même son oracle et son dieu : Sua cuiqucf deus fit dira libido. La certitude s'acquiert, mais avec divers degrés de confiance proportionnés aux divers degrés de probabilité que les objets divers nous présentent. Parmi les connaissances que l'homme doit a l'étude, à la méditation, k la conscience , au raisonnement, il n'en est qu'une partie k laquelle appartienne ce caractère si précieux de certitude absolue^ les aiitresne jouissent que d'un degré deprobabililé plus ou moins élevé ; et, comme l'observe un moderne métaphysicien, entre la plus légère probabilité et la certitude se trouve un nombre infini de degrés distingués par

des nuances imperceptibles, surtout lorsque la ligne qui sépare la plus grande probabilité qui n'est encore que probabilité , de la certitude réelle, est fort difficile à déterminer d'une manière exacte, précise et rigoureuse ; mais il est un grand nombre de Yérités, et les plus importantes surtout, qui sont si fort au-dessus de cette ligne , que ce défaut de détermination n'altère en rien la certitude entière et absolue dont elles jouissent (i). Dans ces cas litigieux, permis à M. de La Mennais de faire le procès a la raison individuelle , de s'inscrire en faux centre l'évidence elle-même. Une voix bien plus forte que la sienne invoque un autre tribunal , en faveur de qui elle exige une pleine soumission. Que cette voix tombée du ciel accuse la raison en lui prouvant que, conduite par l'orgueil d'une fausse sagesse, elle ne fut cjue folie; qu'elle trace avec les

(1) M. de Carduillac, EUm. de Philosophie , t. I, p. 341,

plus vives coiiieurs le hideux tableau de ses ignorances et de ses déportemens , comme l'a fait saint Paul; qu'elle humilie profondément cette superbe, qu'elle enchaîne la rebelle sous le joug de la foi : nous remercierons, avec saint Augustin et tous les Sages, la bonté divine de nous avoir donné un supplément à sa lumière par l'autorité, non pas de celle-là que nous prêche l'auteur de l'Essai sur l'Iiidiffcrencey vain simulacre, idole de Dagon , portée par ses mains sur l'autel du Dieu vivant , mais de celle-là que tous les siècles chrétiens ont seule connue , qui nous vient de Dieu et non pas des hommes, seule infaillible en matière de doctrine. Or, c'est ici surtout que prévaut la maxime de saint Augustin, que dans les choses de pure spéculation, libre U chacun de penser comme il veut,et que dans les choses de la Religion, lafoi àfautorité doitavoirle passurlaraison. Qu'après cela il y ait des alliées ^ des déistes^ des calviîiisteSy des sociniens^ une foule in-

nombrable de sectes pullulant au sein de la société , de même que Tivraie sera toujours mêlée au bon grain j qu'elles s'arment également du nom de l'évidence pour combattre notre évidence catholique ; qu'en un mot il soit nécessaire y selon l'expression de saint Paul, qu'il y ait des hérésies, et il y en aura jusqu'à la consommation des siècles: loin que l'on puisse s'en prévaloir contre les titres légitimes de la raison et de l'évidence; l'autorité emprunte de la raison elle-même une égide sûre contre leurs sopliismes, et devient l'infaillible régulatrice de nos jngemens. «La confiance dans l'autorité, comme « la confiance dans nos facultés intellectuel- « les , est une suite de la raison approuvée (f par la raison , et par conséquent raison- V nables l'une et l'autre , » a dit le même philosophe que nous citions tout-a-l'heure. Au reste, la dissidence des opinions ne porte pas sur les premières vér^^ tés; elles se présentent à tous les esprits avec une clarté qui ne permet

242 BISTOIRË

a personne de les méconnaître. Que s'il est des esprits de travers qui les mettent en question , affirmons, pour l'honneur de l'humanité, que ce n'est pas le plus grand nombre : les oiseaux de nuit ne sont pas les plus communs dans la nature. On n'a jamais ouï dire que les hommes aient été jamais divisés d'opinion et de sentiment sur la vérité des premier* axiomes de la morale , de la métaphysique, de la physique, de la géométrie (1 ). La controverse, soit théologique, soit philosophique , a pour objet les questions embarrassées oii l'intelligence, mue par les différentes causes dont nous avons parlé, prend une direction diverse, trop souvent fausse. Alors l'évidence immédiate et d'intuition, pour parler le langage de l'école , se confond avec l'évidence médiate ou de déduction et de raisonnement. C'est par rapporta cellesci qu'ont lieu ces déplorables divergences oii

(1) M. Boyer, Examen, p. 2il6. Voyez le chap. \x du premier livi*! , pag. 130 etsuiv.

t>E LA NOtVELLE lîÉIlÉSIE. 1J45

les deux parties , d'accord entre elles sur le principe de la certitude dp l'évidence , ne disputent que sur le fait de savoir a qui elle appartient. A peu près indijSerente sur les matières puremcment pLilosophiques , littéraires ou politiques, la division qui existe dans les esprits prend un caractère plus sérieux dans les matières oii la religion et \m conscience se trouvent intéressées. Et comniei^t les résoudre , si ce n'est par voie d'autorité ? Où en serait-on si chacun se croyait permis de décider d'après son sens privé ? L'expérience ne l'a que trop fait voir. Or, quelle autorité plus recevahle que celle de Dieu lui-même ? Que l'autorité prononce , ce n'est plus une parole humaine, mais la parole de Dieu ; elle est donc infaillible. La difficulté sera de constater aveccertitude l'authenticité du témoignage qui la fonde et la transmet ; et c'est Ih-dessus que la raison exercesouverainement scrn empire , qu'elle juge- les titres de la croyance,

que le raisonnement les appelle a la discussion , et les résout par ce qui lui paraît être l'évidence. Dans tous les systèmes , comme dans la doctrine ordinaire , l'évidence est la dernière raison des choses (1).

Qu'il y ait donc des croyances vraies et des croyances fausses , des croyances certaines et des croyances incertaines, une foi di- Tine et une foi humaine , on ne saurait le contester. Faute de discerner les unes d'avec les autres , on se laisse aller à l'erreur ; on prend le masque de la vérité pour la vérité elle-même, l'ange de ténèbres pour l'ange de lumière ; on se sépare, on secoue le joug de l'autorité ; une vaine et présomptueuse complaisance pour ses propres idées va jusqu'à

(1 ) « Au-delà de raiitorité on conçoit toujours cette <i question : Pourquoi telle autorité plutôt que telle » autre? tandis qu'au-delà de révidence on ne con- <i coit que le scepticisme , ou bien cette question ri- « ridicule : Pourquoi telle évidence plutôt que telle «autre? c'est-à-dire, pourcpioi la lumière plutôt » que la lumière?» M. Lacordaire, Considérations ^ p. 153.

DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 24o

s'emporter contre Dieu même, en l'insultant dans l'autorité qui le représente (1). Chacun tourne a sa fantaisie la doctrine qu'on lui a enseignée , comme celui de qui il l'a reçue l'avait inventée a sa fantaisie (2) , sans qu'il soit possible de prévoir un terme k cette malheureuse fécondité. Et par-là s'accomplit le terrible oracle, qu'il est nécessaire qu'il y ait des hérésies. Au lieu de voir dans cette diversité d'opinions un argument contre la certitude chrétienne , Origène y découvrait pour elle un nouveau triomphe : « C'est, dit- V. il, le sort de toutes les bonnes et utiles insti- « tutions,d'être soumises a des discussions qui « amènent partage dans les sentimens (5). » Saint Augustin achève la pensée en disant « qu'elles ont au moins cette utilité d'ajouter « a l'étude et au développement delà doctrine

(1) Saint Cyprieu, Epiât. l\iv, lxvui.

(2) TertuU. , Prescrip., c. xli. Biblioth . choisie rfc.v Pères, t. m, p. 22(i.

(3) Advers. Ccls., t. H. Biblioth. choisie, p. US.

« uit nouveau degré de clarté et de préci- « sion(1). » Qu'est-ce que cela fait à la Vérité V^eritas Dom in i manetin cetern luv (2) . Q n'estce que cela fait a la certitude elle-nl^me que nous en avons ? Les saints oracles nous répondent qu'elle repose sur des fondemens immuables : laissez tomber ce limon impur qui trouble l'eau , et l'image s'y retracera fidèlement.

Toute science a donc son évidence ; car , dit saint Thomas , toute science s'acquiert en vertu de quelques principes connus par eux-mêmes, et par conséquent 7^î«5/ c'est pourquoi il faut que tout ce que l'on saiï soit vu en quelque manière. Douter des vérités évidentes , a dit l'archevêque de Cambray d'après saint Thomas , devient une erreur aussi grande que de croire légèrement

(J) De verâ Relig., ibid., t. XXI, p. 132.

(2) Ps. cxvi, 2. « La vérité prouvée réfute toutes ùîies erreurs qui lui sont opposées, quelque forme n qu'elles revêtent , quelque développement qu'elleâ « reçoivent. » M. Rozaven . p. 38^.

tilî XA NOUVELLE HÉRÉSIE. 247

lés vérités qui ne sont pas évidentes (i). Et Fénelon concluait, comme saint Augustin, qu'il y a un seul et même principe de certitude pour la science et pour la foi. L'école de M. de La Mennais a clierclié a brouiller ici toutes les idées par des distiriclions captieuses et des subterfuges sans fin. Signalons à l'estime et a la reconnaissance publique Vcxamen qu'en a fait un théologien moderne, M. Rozaven (2). Sa réfutalion , dirigée en particulier contre M. Gerbet, frappe également M. de La Mennais, et les laisse l'un et l'autre écrasés sous le poids de sa puissante dialectique. 11 poursuit pied a pied le disciple dans chacune des routes du labyrinthe où il s'est engagé, démasque ses sophismes , ses ignorances , ses contradictions , venge l'autorité de nos saints

(1) Traité de l'Ewist. de Dieu , deuxième partie , chap. I , pag-. 283 , édit. Paris , 1811.

(2) Examen d'un ouvrage intitule : Des Doctrines philosophiques sur la Certitude , par M. l'abbc Gerbet , p. 101 et suiv. (1 vol. iii-S". Avignon , 18.33. '

248 HISTOIRE DE LA .\OLVELtE H£Il£SI&.

Docteurs contre la téméraire arrogance de ces théologiens d'hier qui osent les accuser d^ avoir altéré profondément V enseignement de la théologie y et démontre combien ces théories nouvelles sont contraires a la doctrine catholique.

Page 1