CHAPITRE IV
De la raison générale , et du commun conseiitemeiif du genre hutnain.
La certitude et l'évidence renversées dans chacune de leurs bases , quel rôle la raison est-elle appelée a jouer dans le domaine de l'intelligence ? Elle n'est plus pour l'homme qu'un instrument perfide , qu'un stérile présent où la sagesse duXréateur est en défaut, qu'une lueur intidèle qui ne brille à ses yeux que pour l'égarer , triste jouet de ses illusions, a qui, comme dit M. de La Mennais, il
ne reste de ressource que de douter de to\U, à qui sa propre existence elle-même est un problème , par-là dégradée au-dessous même de l'animal, qui du moins a son instinct pour l'éclairer et le diriger. Peu satisfait des reproches que le scepticisme ancien ou moderne accumula contre elle , on enchérit sur les vieilles accusations par les termes les plus dégoûtans ; c'est a qui tentera le trait le plus acéré. Viendront de nouveaux assaillans qui, non contens de la dépouiller de sa plus riche parure , la châtient des honneurs qu'elle usurpa en la traînant dans la fange, et lui marquant le front du sceau de l'infamie. Entendez un d'entr'eux exhalant son courroux contre les adversaires de la doctrine de son maître : ff Voila donc (( encore une fois la raison placée sur Tautel! « Non, ce n'est pas la raison, mais une prosft tituée que l'on y a placée contre toute « raison, et h l'éternel opprobre de Vlncrc- K dulité. »
' L'incrédulité a changé de bannière. Ce que l'on appelait jusqu'ici les Incrédules, c'étaient ces soi-disant Esprits forts qui faisant irruption dans le sanctuaire de la Religion, arrachaient violemment le double flambeau de la raison et de la foi qui en éclairait les avenues, aspiraient à ne laissera l'entour que des débris. Aujourd'hui c'est être incrédule que d'en révérer les oracles , que de s'en tenir à la tradition de nos pères, et de repousser les nouveautés profanes.
Elle est , poursuit-on , la prostituée des siècles, celle qui « a enfanté, dans son com- « merce adultère avec l'esprit d'erreur , « toutes les doctrines bâtardes^ hideuse pro- « géniture du mensonge qui a infecté Tes- (f prit humain au moment funeste de sa « séduction et de sa dégradation (1). »
Le Régénérateur des intelligences n'abat le vieil édifice de la certitude que pour le
(1) Del' E nseignemeiit de la Philosophie en France, par M. labbé Bantain , p. o1 .
rebâtir sur une plus vaste échelle. Voyons s'il sera aussi heureux à édifier qu'à détruire; voyons si la main de l'homme sera aussi habile à remplacer l'œuvre de Dieu , que la main du Tout-Puissant l'a été à le créer. Cette raison , propre h chacun de nous , que l'Auteur de notre être y a déposée comme principe de certitude , lumière naturelle que nous tenons de Dieu , k laquelle nous devons la connaissance certaine des principes nécessaires à la conduite de la vie, et d'où naît la certitude de la science , comme parle saint Thomas (1), M. de La Mennais et son école ont déclaré solennellement n'en plus vouloir j ils renvoient a Dieu son présent , pour lui substituer un nouveau principe de certitude qu'ils vont chercher hors de l'homme , hors de Dieu lui-même , si toutefois il en peut exister dans quelque
(i) A solo Deo qui nohis lucem rationis indidit, ppr qiiod principia cognoscimiis , ex qnihits oritiir scienticB ccrtitiido. (S. Thomas.)
*i72 HISÏOIHE
système quelconqire (1). Doute exprimé en termes précis par l'un des adeptes de l'école Lamennaisienne ; et le maîlre lui-même ne nous laissera pas long-temps dans le doute de savoir si l'intervention de Dieu est aussi nécessaire qu'on l'avait pu croire jusqu'ici.
C'est donc hors de l'homme qu'il faut chercher exclusivement le fondement de la certitude , k la société qu'il faut le demander, du seul genre humain qu'on peut l'obtenir. A la place de la raison particulière , la raison générale; et c'est là enhn le critérium , la marque , le caractère distinctif de la vérité , le tribunal infaillible de nos jugemens, le seul guide capable de régler la
(1) '< Dans aucun système quelconque, l'homme ne « peut se démontrer la certitude. » M. Gerbet, Doctrines philosophiques , p. 90. Et M. de La Mennais: « L'homme ne peut posséder la certitude qu'autant « qu'on connaît avec certitude la raison générale ou « le sens commun : or, il ne peut la connaître que « parle moyen de la raison individuelle, faillible, et '< par conséquent sans certitude. >■
DE LA XOLVELLK I!l':ni':SIE. 275
marche de notre raison individuelle , et de nous garantir de ses continuelles méprises. Les autres motifs de certitude , M. de La Mennais ne les réprouve pas tout-a-fait , mais il ne les admet qu'en partie, et pour les subordonner a son principe absolu de raison générale. Elle est pour lui la première des autorités, l'autorité essentielle, celle de qui toutes les autres relèvent , comme n'en étant que la conséquence et la manifestation (1). Ptappelons ses paroles : « Le Chris- « tianisme , avant Jésus-Christ , était la rai- « son générale manifestée parle témoignage « du genre humain ; le Christianisme , de- « puis Jésus-Christ , développement naturel « de l'intelligence, est la raison générale ma- « nifestée parle témoignage de l'Eglise (2). » Qu'est-ce donc que la raison générale , ou raison humaine proprement dite, tantôt en harmonie avecla raison particulière, tantôt,
(1) M. Lacoi'daire, CoitsUl.,]). lo3.
(2) Défense (h l'Essai, prî-faco , p. \oiv.
et le plus souvent , en opposition directe ; i'àïïlot fondement ç.i règle de celle-ci^ tantôt son ennemie la plus déclarée (1 ) ? De quel nom l'appellerez-vous? Nommez-la raison de civilisation , la civilisation elle-même, la métliode d'autorité , l'autorité essentielle j raison universelle , consentement général , sens commun: toutes ces qualifications di- A-^erses lui conviennent j car l'uniformité des perceptions et l'accord des jugemens constitue nt ce que iious appelons raison générale ou l'autorité (2). « La raison générale, la « raison du genre humain et de toutes les tf intelligences , n'est originairement qu'une ff participation de la raison de Dieu ia plus ff générale qu'on puisse concevoir , puisi< qu'elle est infinie comme la vérité , ou « comme Dieu même (3). Elle est le Chris- « tianisme même , l'Eglise n'en est que l'in-
(1) T. II, p. 102, 140.
(2) Défense,^. 233.
(3) Fri'face, passim. Essai, ii. 125.
DE LA IVOirVELLE HÉRÉSIE. 27*5
<f terprète et l'organe (1). Depuis même V l'institution de l'Eglise , la foi divine se- If rait impossible sans cette autorité infail- « lible, distincte de l'Eglise (2). »
Ainsi l'école de M. deLaMennais n'hésitera pas a dire après lui que le principe de la foi réside dans l'autorité de la raison générale (5). Son maître le lui avait appris, que le genre humain, comme l'enfant, a sa foi , qui est toute sa raison (4) ; car il doit exister « un moyen perpétuel et universel pour ac- « quérir la foi des vérités nécessaires j il a dû « exister antérieurement au Christianisme. » Or ce moyen n'est évidemment dans ses principes que la raison générale (5). Donc l'autorité de la raison générale du genre humain est, dans la doctrine nouvelle, le principe de certitude fondamental , exclusif, imiversel.
(1) T. II, Pr-'Y. ,p. m.
(2) Voyez^l. Rozaven, £.rawe/i , p. 131.
(3) M. Gerbet, Des Certit. philos., p. 3G.
(4) Essai, p. 122.
(5) M. Gerbet, Des Certit. philnsoph., p. 36.
â76 HISTOIRE
Ce n'est poiiît assez : Elle est aussi îe principe de la foi : (f Point de foi . aux termes « de M. de La Mennais , qui ne nous vienne M du delioçs; l'homme ne conçoit rien que (c par la parole (1). Nous ne connaissons « Dieu lui-même que par sa parole ou par « son Verbe (2) jetje doute qu'aucun homme K crût fermement en Dieu, si le témoignage « de sa raison n'était confirmé par l'autorité « du genre humain (5). Le genre humain, K conduit par sa foi , s'éleva a la certitude « du témoignage de Dieu (4). Unie intime- V mentauVerbe divinj elle fut, dans tous les « temps , la raison, la parole de Dieu même, (f l'expression de savérité, manifestée par lui « au premier homme, transmise de siècle en
(i) Essai, p. 'i80, rm.
■ (2) Ibid.
(3) Ibid., p. 180, et dans la lettre à M. rArchevêque de Paris : « La vraie l'aison n'est que l'esprit « humain actuellement uni au Verbe ou à Tintelli- « geiice de la vérité. » (P, 29. )
(4) Essai, t. II, p. 122.
DE LA ^OLiVELLL IIÉUL-Slt:. Ii77
«f siècle , comme un patrimoine impérissa- « ble 5 Eglise enseignante et infaillible qui « s'est conservée d'âge en âge h travers les « traditions de tous les peuples; Océan de « lumière dont nous sommes pénétrés de « toutes parts (1). La société est en quelque « sorte le bassin dont les écoulemens arri- K venta cliacun de nous par le langage, par « l'éducation, etc. »
Tel est le pompeux écbaffaudage dont s'étaie le nouvel édifice que l'on a décoré du nom de philosophie du bon sens. Désormais toute la certitude du Christianisme repose sur l'infaillibité du genre humain.
Combien, au simple aperçu, d'hypothèses de pure imagination dont on a demandé à l'auteur et à ses disciples la solution , sans que pas un d'eux ait pu la donner !
Pour la nouvelle école , la raison générale est tout : certitude, évidence, autorité, Eglise.
(1) Essai., t. II, p. 15, 120, 129, 205.
Nous avons déjà, eu l'occasion d'apprécier en passant cette grande idole de M. de La Mennais; et le peu qui en a été dit dans cet ouvrage suffirait peut-être pour en découvrir la vanité. Dans d'autres temps cette extravagante conception n'aurait excité que le mépris ; mais la brillante enluminure dont le talent du philosophe l'a revêtue en a fait un système que l'on s'est cru obligé de combattre. Les extravagances des Gnostiques et des Valentiniens ont autrefois obtenu le même honneur.
Reprenons chacune des parties du fantastisque édifice. D'abord la raison, dans son acception la plus étendue, il la définit : « La « double faculté de connaître et de raison- K ner. :» Est-ce que la faculté qui connaît est différente de la faculté qui raisonne ?
La raison individuelle , à la fois identique et contraire à la raison générale ; identique en tant qu'elle est la raison de la société ^ Vunifojinité des perceptions ^ l'accord des ju-
DE LA ^OLiVELLl:; IlÉKLSli:. 279
gemens du qenre humain , la participa lion à la raison commune à tous les hommes (i ); c'est l'aveu que font, en vingt eiicli'olts, le maître et les disciples. (( Contraire et dans « une perpétuelle opposition » : telle est îa doctrine fondamentale de l'école entière. Celle-ci est le critérium de la vérité , l'aulre en €St l'antipode. Qu'est-ce que ce langage? sinon le froid et le chaud , se contredire , se réfuter soi-même , montrer a la fois et que l'on n'a pointde principe assuré , et que le principe est sans fondement. « Témé- « raires architectes , s'écriait saint Hikire , « qui bâtissent sur un sable mouvant , et « tombent en s'engioutissant dans ses rui- « nés l » ■
Ils nous disent que « l'homme ne peut « posséder la cej'titude qu'autant quoncoji-
(1) « Comiaieiit peut-il se faire que de.s jug-emeiis « individuels soient tout à la fois des effets de la « raison et des causes productives de la raison ? » M. Boyer, Examen , p. ^i9.
280 lUSTOiiVE
« niih a\ec certitude la raison générale ou K le sens commun ; or il ne peut la connaî- « tre que par le moyen de la raison indi- « \'idueUe , faillible en tout et par consé- (( quent sans certitude. » Comment donc , avec ce seul moyen d'une raison faillible , d'une raison enveloppée de ténèbres, d'une raison impuissante, jusqu'à ne pouvoir affirmer sa propre existence ; comment , dis-je , arriver a la possession d'une certitude quelconque , a commencer par celle du genre humain? Ce qui est le plus près d'elle, n'est pour elle qu'un écueil, qu'un abîme ou un fantôme : et elle prétendrait posséder enfin la certitude et la vérité par la seule notion qu'il existe un genre humain et un sens commun ! Plongée qu'elle est dans son ignorance, comment soupçonner qu'il faille aller a la découverte de ce monde inconnu , comment s'assurer qu'elle y est parvenue ? « Cette rai- (f son générale, ou en fait un Dieu, puisqu'on « lui attribue Tiiifaillibilité, qui est une des
DE LA ^ôLVELL^; iiiiuiisit. 281
« perfections de la Divinité ; perfection in- « communicable comme la Divinité elle- «f même; mais e'est un Dieu qni ne peut « faire entendre sa voix immédiatement à K ma raison ; il ne parle qu'à mes sens , de K manière que ses leçons infaillibles me sont « transmises par des sens trompeurs (1 ) ! »
Mais n'importe ; le voila infaillible , le voila Dieu. Tout Dieu qu'il est, a-t-il cbangé de nature? le tout est-il devenu soudainement si différent de ses parties? En est-il du genre humain comme du vaste Océan, réceptacle de toutes les eaux ou tombées du ciel ou apportées par les courans partiels , et qui , en se confondant avec lui , contractent une nouvelle saveur, bien que ce soient toujours des eaux ? Ainsi, le genre humain ne sera-t-il constamment que la vaste agrégation des générations passées ou présentes ; et sa raison générale n'est toujours que la raison
(!) M. Rozavcn , Examen , p. 249.
mdwidualisée ; elle reste donc toujours la même. La raison de chacun des hommes en particulier, étant faillible, ne peut donner ce qu'elle n'a pas ; comment peut-elle changer la nature de chacun de ces hommes en particulier, qui composent le genre humain ? Le chêne qui orne les forêts, n'est pas d'une autre espèce qu€ le chêne isolé dans la prairie , ni ce dernier différent de celui qui croît solitaire. Quoi! cette raison individuelle ne qmlitity dans chaque particulier, que pour le doute et V erreur ; la voilà, devenue tout à coup infaillible ! Frappée de mort a sa racine , comment imprime-t-elle h l'arhre entier un principe de vie et de fécondité qu'elle n'a pas. L'élément et le germe sont vidés : ce qui leur ressembla peut-il ne l'être pas : S'est-eile mëtamorpho.vée de la sorte par sa propre vertu ? Elle n'en a que pour succomber sous le poids de son impuissance naturelle. Par l'agrégation des parties? Mais, chacune d'elles étant finie,
Dt LA iNOLVELLE lIÉllÉSli:. %jô
bornée, esseiitiellement faillible, le tout ne peut être que fini, borné, essentiellement faillible.
Le Créateur de l'univers a fait , de 7-1671 j, le ciel et la terre; il n'a pas produit d'un seul jet le genre humain tout entier, mais l'a fait naître , par la succession des temps, d'un premier homme. Ce premier homme, bien que pétri du limon de la terre, il étale sur son front le signe que Dieu lui a donné de sa prop7'e Iu77iiè7-e (i) ; et moi, obscur descendant du père de la race humaine, moi aussi , je ne saurais méconnaître en moi le rayon de cette divine lumière qui m'est attestée par tous ses oracles , par mon sens intime. Fils d'Adam , je fais partie du genre humain, je ne l'appellerai pas mon père. Que je dise à lapoudie^ tu es manière : j'entends sous cette poudre une Toix qui me crie que je suis fils de Dieu , qui m a pétri tout C7itie7- de ses dis^i7ics 77iai7iSj comme parle
(1) Psalm.w,!.
Job (1 ). Mais le genre huniam , mais l'univers ont-ils une voix pour me répondre ? L'humanité tout entière repose obscure , silencieuse dans le passé etravenir(2). Le genre humain ne me montre que ses sépulclires : qu'il me montre son berceau. Son berceau? C'est Adam , l'homme individuel ^ créé à la ressemblance de Dieu- par-delà son berceau , le néant , rien , ex nihilo. Je voudrais bien savoir ce que le genre humain a de plus que moi , soit dans ses destinées futures , soit dans ses annales antiques. Moi , du moins , je montre avec orgueil l'Evangile et la Piévélation. Le genre humain! qu'il voile sa face , et qu'il demande grâce pour quatre mille ans de l'ignorance et de la corruption la plus dépravée.
M. de La Mennais, personnifiant le genre humain , retrace à ma pensée la fiction si véritablement épique du cardinal de Bernis
(1) Joh, XVII, 14. — X, 8.
(2) M. Lacordaire, Consid.l\>. 169;
DE I,\ NOî VEÎLE HJ'RKSIE, 28i»
dans son poème cle la Fœlioio/i vejigécy où il décrit dans le style d'Homère le Dieu de Spinosa :
Je vis sortir alors des débris de la terre
Un énorme géant; que dis-je? lui monde entier,
Un colosse infini , mais pourtant régulier, etc.
Le monstre déclare qui il est, et termine son discours par ces mots :
De cet être ignoré , de cet être puissant Admire, reconnais le principe agissant.
L'union des esprits forme mon âme entière (1).
Ainsi M. l'abbé Lacordaire définit- il le système de l'école Lamennaisienne : l'union 'des esprits dans les diverses œuvres de la pensée (2).
Et de fait, avancer que la raison de l'individu n'est qu'une partie de la raison humaine , et c'est là l'opinion d'un autre des
(1) Chant V, p. 82 et 83, édit. 1793.
(2) ConsiicT., p. 14G, et «L'autorité des faits, dans « l'ordre jtUysique , engendre l'union des esprits, M qu'on appelle la science.» Ihid., p. l/jo. M. Boycr^ E.rnmen, p. /iS.
disciples (1), n'est pas moins absurde que de dire que l'âme de chaque individu n'est qu'une partie de l'âme humaine , que sa volonté n'est qu'une partie de la volonté humaine. Autant vaut-il ajouter que chaque corps n'est qu'une portion du corps humain. Ce qn'était le genre humain d'autrefois, le genre humain d'aujourd'hui n'a pas cessé de l'être. « Piéunissez , dirons-nous avec (c celui des Modernes cjui ait le plus puis- « samment combattu le système de M. de « La Mennais, tous les aveugles des Quinzet< Vingts , et tous les fous de Charenton : K VOUS n'en verrez jamais sortir ni un voyant (( ni un sage • d'où il suit qu'espérer la cer-; « titude d'une collection de raisons indivi- « duelles , faillibles en tout , c'est attendre « un effet dont les élémens ne sont nulle « part; c'est-a-dire, un effet sans cause. « Piassemblez le genre humain , réunissez « tout ce qu'il y aura jamais de générations;
(1) M. Gerbet, des Doct. philos., p. 129.
« VOUS n'aurez que des individus faisant por- « tien du tout qu'ils composent. Feriez-vous w un édifice avec des grains de sable (1)? » Et, par une conséquence ultérieure , on est contraint logiquement de conclure que le genre humain n'est qu'un être de raison , qu'une dénomination sans réalité.
Mais non , la raison individuelle ne donne pas ; oUe reçoit. De qui? du genre tiumain ? Vous supposez toujours son infaillibilité , supposition chimérique , combattue par toutes les autorités et par tous les raisonnemens. Principe absurde établi par l'école Lamer.naisienne, avec la précaution de dire çu^'il n'a pas besoin d'être prouvé , parce qu'elle n'a d'autre appui a lui prctcr que le caprice de son auteur.
Appeler la raison générale la raison de Dieiiy V expression de sa parole (2), n'est-ce pas un blasphème autant qu'une absurdité?
(1) M. Boyer, Examen , p. 48.
(2) Essai, \^. 221.
28P> niSTOîr.E
La raison cie Dieu , sa parole , c'est son infaillibilité. Glorieux privilège dont il est jaloux (1) , et qu'il n'a voulu partager avec personne ; car son Eglise elle-même n'est infaillible que parce qu'elle estl'Esprit même de Dieu , parlant par son organe, enseignant par sa parole (2). Donner a la raison générale cette attribution, c'est l'enlever k Dieu ; c'est oublier qu'il y a éternellement entre Dieu et l'homme tout l'abîme de l'infini. Dans la nuit sombre du paganisme , cette vérité s'était fait jour auprès de quelques Sages a qui leur raison l'avait apprise. Mettez
(1) Gloriam meani alteri non dabo..., Ego soins , et non est alius prœter me.
(2) « Je crois toutes les vérités révélées , et parmi « elles, l'autorité de FEglise; parce que Dieu , au- « teur de la Révélation , est la vérité , et ne peut pas M plus nous tromper que se tromper lui-même. Cette « vérité essentielle de la parole divine fait la certi- « tude de ma foi. Je ne crois lautorité de l'Eglise « que sur ce principe; car je ne crois l'Eglise infail' a lible , que parce que Dieu a révélé son infaillibi- « lité. w (M. Rozaven , Eivamen , p. 2] 2. )
DE LA NOîiVELLE IIÉilsiKÎE'. 209
d'un côté tous les hommes ensemble; de l'autre , Dieu seul 3 et demandez à Homère , demandez à tous nos prophètes éclairés par une sagesse bien supérieure, où penchera la balance, et qui l'emportera ? Quelle pitié qu'il faille rappeler à des prêtres ce que la sagesse humaine n'ignore point : qu'il n'y eut jamais de comparaison légitime entre la raison de l'homme et la raison de Dieu.
Telle est pourtant l'ambiguité de leur langage , qu'à les entendre on serait en droit de soupçonner qu'il affectent, par une singulière contradiction , de confondre l'essence incommunicable avec la raison du genre humain , l'autorité des hommes avec, l'autorité de Dieu. Cette observation n'a point échappé a la sagacité du profond théologien qui les a combattus avec tant de vigueur : « La raison générale, dit M. Boyer, le té- « moignage universel, le consentement com- (f mun, voilà le premier critérium de la '( vérité ; ce mot est tomme une sorte de rc-
« frain dans les écrits de M. de La Mennais. ^« D'autre part , il ne cesse de nous dire que If Dieu est la première vérité et la première te raison des choses, et que s'enquérir avant « lui de quelque vérité, c'est chercher un « effet sans cause , une conséquence sans ic principes. Y a-t-il donc deux premiers « principes de la vérité ? Dieu et le genre (c humain , Dieu et sa parole , le genre hutc main et la raison générale (i ) ? »
M. de La Meunais essaie de jeter un pont sur l'abîme qu'il s'est creusé à lui-même.
Encore un pas , et le système s'éclaircit , et la pensée de M. de La Meunais enfante •une révélation de plus. Quelle révélation , gTand Dieu! « Le seul système social aut< jourd'hui possible est celui qui ne serait V fondé que sur la raison humaine, sans nul (f RAPPORT avec Dicu(^). » Et voilà la régénération promise au monde par la nouvelle
■(?.) Avenir, 29 novembre J83Ô.
ccole ! que^l'on nous dise si l'école philosophique du xvm^ siècle porta jamais le délire de ses criminelles espérances jusqu'à prétendre ôter Dieu de la société humaine!
Que M. de La Mennais , après avoir jeté dans le public son programme de la raison générale , se fut borné a des rêveries philosophiques où il est permis à chacun d'errer^ il n'avait d'autre risque a courir que d'être un mauvais logicien. Dans l'impuissance de bien saisir les caractères de quelque chose qui n'exisle pas , et n'est qu'une abstraction sans réalité , il pouvait impunément multiplier les définitions, comme l'aveugle qui tâtonne dans les ténèbres. On lui pardonnait de nommer cette raison générale , raison de la société, raison de la civilisation, la civilisation elle-même j mais qu'était-elle avant qu'il y eût des sociétés? qu'était-elle dans les sociétés même où il n'y avait pas de civilisation? Ouvrez Polybe , Thucydide , Platon; interrogez et les historiens et les
SDH HISTOIRE
philosophes anciens et modernes. Tous s'accordent a dire que les premières sociétés ne furent que de sauvages agrégations, comme les voyageurs en ont découvert dans le Nouveau-Monde, puisqu'on nomme ceux qui en furent les législateurs. Qu'il se replie sur les mots de commun consentement, de sens commun , par lesquels il essaie de déterminer enfin la notion de la raison du genre humain ; nouvelles énigmes. On ne cessera de lui demander quelle affinité existe entre les. mots raison et consentement, entre ce dernier et ce que l'on appelle sens commun 5 le mot consentement indiquant une adhésion h des idées étrangères que l'on ne peut pas avoir soi-même j celui de sens commun supposant nécessairement la perception intime, uniforr/ , . invariable, de notions que l'on ne se donne pas , et avixquelles on ne peut se refuser , qui s'offrent d'elles-mêmes a tous les esprits, même les plus grossiers, et que chaque homme pos-
DE Iv/V NOUVELLE II liuÉSlE. 205
scdc , comme chaque animal possède son instinct j toulci'ois avec cette différence si bien sentie par Buffon , qu'il y a plus loin de l'instinct du plus subtil des animaux U la raison de l'homme le plus grossier, que de celle-ci au génie des Archimède et des Newton. On sera en droit de lui demander encore si le commun consentement, identique au sens commun , est le sceau de la vérité j pourquoi, dans les sociétés humaines, tant de manières différentes de voir et de sentir j autant de vérités différentes et opposées qu'il y a de communs consentemens? Était-il possible à ]M. de La Mennais de se le dissimuler? Non; il en convient. La religion seule n'est-elle pas la matière des controverses les plus disparates? La diversité des cultes prouve, selon M. de La Mennais , la nécessité de l'examen ( donc l'exercice de la raison individuelle ) , pour s'assurer laquelle est la véritable. En supposant que Ton veuille ou que Ton puisse
294 IIISTOIKL
se livrer a cet çxamen , passer en revue les religions diverses dans lesquelles se partagent les nombreuses populations de l'Europe , de l'Asie , de l'Afrique et du Nouveau- Monde , quel en sera le résultat unique ? L'indispensable nécessité de conclure qu'il y a autant de communs consentemens qu'il y a de sectes et de religions, de nations et de peuplades disséminées sur la vaste surface du globe j autant de communs consentemens qui se heurtent, se combattent et se réprouvent mutuellement.
Mais l'auteur nous a fi\it bientôt sortir du cercle des questions de la philosophie, pour nous transporter dans la région de*la théologie. Nous l'avons entendu mêler à la masse confuse , indigeste de ses définitions arbitraires celle qui fait de le raison générale la raison de Dieu : k La raison générale K n'est que la ruisoji de Dieu même. » Nbùs avons dû commencer par l'examen de cette étrange proposition j les suivantes n'e^i sont
DL LA NOLVELLt HLUtSiL. *2i)6
que les corollaires, «c La raison générale (f n'e^t que l'expression du Verbe de Dieu, (( unie "a l'intelligence , a l'esprit, a la vérité, « déposée au sein de la société humaine , « conservée à travers les âges, soutenue par « une tradition constante , perpétuelle. » Eclairé par sa lumière , le genre humain fut une Eglise visible, enseignante , a pour- « vue » , nous dit toute l'école Lamennaisienne , « des caractères d'unité , de perpé- <f tuité , d'universalité que nous assignons a « notre Eglise catholique, en un mot, in- « faillible comme elle, n C'est la ce qu'ils appelleront la doctrine, d'auioritc résidente dans le genre humain.
Tel est l'excès oii les a portés leur système de dépréciation de raison humaine.
' Sur le simple énoncé de ces propositions , on se demande li quelle Pveligion appartiennent ceux qui les professent. Recherchons
avec eux sur quel fondement ils les appuient.
CUAPÏTEE V.
Suite du jirccédent .
Descartes et ceux des tliéologiens catholiques qui ont admis sa méthode , soutiennent que c'est par la raison donnée a chacun de nous que l'on acquiert la connaissance de la Ptévélation et de l'autorité de l'Ej^lise, comme en étant l'interprète infaillible.
Cette doctrine , que nous avons vu être celle de saint Thomas, de saint Augustin, de toute l'Eglise catholique, les ilcfonnateurs
lIlSTOlIVÏi DE LA NOUVELLE HÉRÉSIE. ii97
la condamnent ; elle n'est pour la nouvelle école qu'un système absurde, niais, qui recèle le veniîijïuieste du scepticisme. On aura tout dit , quand on aura répondu a la doctrine adverse : « C'est du cartésianisme. La « raison de l'homme ne lui apprend rien. K Nulle connaissance qui ne lui vienne du de- «f hors; tout chez lui est d'emprunt. Ce qu'il « sait, il le reçoit de la société par le lan- (f gage, par l'éducation. L'homme ne coni< naît rien que par la communication avec K les autres, rien que par la parole. Piei( portons-nous a l'origine des choses et sui- « vons la série des siècles. L'ordre primitif V et général fut que les pères instruisissent K leurs enfans , et que la foi fût conservée « pai'une tradition générale. Une révélation « .priiiiitive fut donnée a notre premier Père, « ejîéel dans la plénitude de l'âge avec la « connaissance de la science et de la parole, (f Cet ordre élabli de Dieu pour conserver « lu vraie Religion étant indépendant de la
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« volonté des hommes, a dû toujours sub- « sister, et n'a pu cesser jamais d'être obli* « gatoire pour tous. En effet, cette parole, tr déposée au sein de la société, transmise « axîx familles patriarcales par le père du « genre humain, portée dans toutes les par- « ties du monde par les fondateurs des na- « tions, conservée d'âge en âge dans les « traditions de tous les peuples, a été comme « un océan de lumière répandu dans la (f société. C'est la un fait attesté par tous les « historiens, il fallait bien qu'il existât Un K moyen constant, universel, d'acquérir la « foi qui se doit a tous , aux peuples comme K au plus simple enfant. Aussi le voyons- « nous maintenu invariablement par une « tradition uniforme, perpétuelle. Si l'ordre « de tradition , reconnu obligijtoire pour K tous, eût cessé de fait dans le genre hu- « main, cette unique voie de connaître la « Religion eût été a la fois nécessaire et << impossible. Avant Jésus-Christ , il y avait
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t< donc un Christianisme, c'était la raison K générale manifestée par le témoignage du « genre humain. Depuis Jésus-Christ, le « Christianisme , développement naturel de (( l'intelligence , est la raison générale , ma- « nifestée par le témoignage de l'Eglise. Le « témoignage du genre humain était avant (( Jésus-Christ ce qu'est l'Eglise depuis Jé- « sus-Christ. L'Eglise a donc présenté dans « tous les temps les caractères de la plus « haute autorité visible. Concluons que la « Révélation primitive a été pour le genre « humain le principe de la foi; que , d'après « l'ordre établi de Dieu, cette Révélation « devait être connue de siècle en siècle par «■ voie de tradition; que l'Eglise univer- << selle se composait d'hommes qui confor- «r maient leurs croyances a l'enseignement « de la tradition des vérités primitivement « révélées. Le Christianisme trouva toutes « les vérités établies; il ne naissait pas y il « croissait. La logique des nations étant
(f aussi rigoureuse que la vérité même de «Dieu, point d'autre certitude que celle t< qui se recueille du témoignage universel. « Le commun consentement est pour nous K le sceau de la vérité , et il n'y en a point <( d'autres; donc le genre humain est un i( tribunal infaillible. »
A ce petit nombre de textes, transcrits scrupuleusement, se réduisent les cinq volumes de l'jE^^az; et de sa Défense y des écrits sur la même matière , publiés par ses disciples les plus célèbres, MM. Gerbet, Beaulin, La Cordaire '.
Les voici ramenés a quelques axiomes capitaux proclamés par eux-mêmes. La foi vient du dehors ; la raison génér?de est infaillible; le témoignage du genre humain est le fondement de la Pteligion; axiomes par
(1) M. de La Mennais, Essai, p. 39, 480,490; t.îï, Pn-f., p. xciv. Défense, p. 8, 29, 71, 189. M. Gerbet, Doctr. j^hilos., p. 90, 135. Couj) d'œil sur la Controv. chrci., p. GO et suiv. M. Lacordairc, Considér. , p. 41, 53.
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lesquels ils expliqiicntccs paroles, que la raison générale est l'expression de la société communiquée par la parole ; qu'elle est la civilisation , la parole de Dieu , la parole du Verbe , de tout temps manifestée dans l'univers.
« La foi vient du deîiors , et nous est com- « muniquée par la société. »
Nous avions toujours cru qu'elle était un don de Dieu; avions-nous besoin de nouvelles théories de la foi pour savoir ce que le plus simple catéchiste en apprend , que la foi est une lumière que Dieu répand dans l'esprit pour lui faire connaître les vérités qu'il nous a révélées, et nous y faire croire fermement avec une pleine assurajice , même à celles que nous ne saurions comprendre , lesquelles nous sont enseignées par le ministère de son Eglise, seule dépositaire infaillible de sa parole ; et l'ange de l'école S. Thomas, nous avait appris que, si la foi n'admet pas un examen par lequel noire raison bor-
née démontre ce que l'on croit j elle admet l'examen des motifs qui portent a croire , par exemple, la révélation divine confirniée par les miracles.
Mais cette doctrine était bonne pour les temps d'autrefois 5 aujourd'hui c'est la raison générale exprimée par la société, qui est indifféremment principe ou canal de la foi. Pourremonler a Adam, premier anneau de la chaîne sociale , créé dans la plénitude de l'intelligence et de la raison , dircz-vous qu'iljouit dans le paradis- du privilège de l'infaiilibilité ? non • pas plus que les Anges dans le ciel j leur chiite l'a bien fait voir. Libres de faillir, ils n'étaient donc pas infaillibles? Tant que la première famille fut a elle seule tout le genre humain , les Patriarches du genre humain instruisaient avec soin la jeune postérité croissante autour d'eux , des faits et des dogmes recueillis de la bouche du chef de la race humaine j en quoi ils suivaient l'ordre établi de Dieu ; et la foi de-
venait l'héritage commun 5 mais y fut-elle long-temps conservée? est-ce que Dieu, en établissant cet ordre , s'était obligé à le maintenir inviolable clans la société humaine ? Hélas ! l'arbre de la science du bien et du mal , si fatal à nos premiers parens , était passé du jardin d'Eden dans la terre de l'exil, où il porta toujours ses fruits empoisonnés, grâce a l'abus de la liberté dans l'usage que les hommes en ont fait. Que devient la raison humaine dans une société bientôt entraînée , par les passions des hommes , dans la plus brutale corruption? Abandonnée aux pères deiamiile, cette prétendue raison générale, émancipée des langes de la raison individuelle , se précipita dans tous les excès. L'oracle de l'Esprit saint fut vérifié h la lettre , que le nomhre des insensés l'emporta toujours sur celui des sages ('î ) ; il arriva ce qui était l'inévitable conséquence de l'arrêt
(1) SttfJforujii infiuitva ost ntnnenis,YjVç]\., i, 15.
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terrible prononcé contre l'homme prévaricateur. « Il était comme impossible que les « traditions primitives ne se perdissent pas K ou qu'elles ne s'altérassent pas essentielle- « mentj d'autant plus que les pères de fa- « mille n'avaient aucune promesse divine, ni « d'assistance particulière pour ne point se (( tromper, ni de fidélité pour s'acquitter de « ce devoir (i). »
Ce qui venait du dehors , dans cette période de corruption, était-ce la foi. après que le genre îmmain tout entier fut tombé dans un état de barbarie et dans une ignorance aussi profonde que si jamais Dieu n'eût rien enseigné aux hommes (2)? Ce qui réclamait hautement contre celte violation universelle de toute loi, que l'Apôtre reproche si énergiqucment ala gentilité tout entière, et qui rendait inexcusable l'opiniâtreté dans lé mal, c'était
(1) M. Rozaven , -£,Va?ne« ^ p. 273.
(2) Laclance, Turrelin , Bergier, Bossuet , Disc, sur l'Hist, univers.^ p. SôSctsuiv., in-4°.
en dedans qu'il agissait, c'était par l'impression ineffaçable de cette lumière véritable qui éclaire tout liomme venant au monde; flambeau toujours allumé au milieu des nations dispersées, comme parle saint Augustin.
K Non , poursuivait le grand éveque d'Hip- <c pone, empruntant le langage de nos Livres (( saints , ce n'est pas au deliors qu'il faut al- «< 1er cliercber la vérité : NoU foras ire. Re- (f pliez-vous sur vous-mêmes j c'est dans l'in- « térieur de votre âme , non dans le témoi- « gnage des hommes du dehors , que se fait « entendre l'accent de la vérité (1). ^» Le Maître de tous les Docteurs le lui avait appris, que le royaume de Dieu et de sa vérité n'est pas au dehors, jnais au dedans de nous (2) ; que c'est la qu'il faut le chercher,
(1) {De Magistro) In te ipsum redi; in interiore homine hahitat Veritas , t. I. Bencd.,p. 773.
(2) Regniim Deiintrh tws est, Luc, vvu, '2 1 . C cstti dire que chacun porte au dedans de soi le flambeau de la raison qui réclaire, le tribunal de la conscience qui le .ju.oe.
et non dans la multitude , téméraire , emportée et poussant a tout vent de doctrine. Moins mobiles et inconstantes sont les \agues de l'Océan : l'expérience de tous les siècles ne l'a que trop confirmé. Par-dessus ces flots incessamment agités , s'élève l'autorité , phare lumineux posé par la main de Jésus-Christ, pour éclairer les nations et les diriger vers le port de la vérité ; phare accessible a tous les regards , que nulles ténèbres ne sauraient obscurcir, contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront jamais.
Mais de qui cela a-t-il été dit , par l'oracle même de la vérité? a qui ces magnifiques promesses ont-elles été faites? est-ce au genre humain? Le genre humain, l'univers, le monde , ces mots sont synonymes dans nos saintes Ecritures, et ne rappellent que les anatiièmes lancés contre ses scandales (1 ). Ses annales et ses écrivains ne nous disent
(1) Vœ Mundo h scanclalis. Matth., xviir, 7.
mille part que le genre humain ait été chargé d'enseigner la vérité , et ne nous parlent que des hommes chargés d'en être les précepteurs. Or les philosophes , qui se vantaient de l'être, que lui avaient-ils appris?