‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 3)Chapitre 38 sur 44 · I1IST0IR · texte numérisé non relu

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commentaire, en lem' donnant plus de jour, mettait à nu le dessein de l'auteur. La doctrine occulte, qui ne s'était montrée d'abord qu'enveloppée de nuages, commençait à se manifester avec plus de clarté , mais par de plus alarmantes révélations. Cette raison générale identifiée avec la raison de Dieu ; le genre humain, quoique souillé de tous les crimes de l'idolâtrie , conservant néanmoins la parole de Dieu, élevé au privilège de l'infaillibilité; l'autorité d'un consentement général imaginaire, associée a l'autorité de l'Eglise; le Verbe de Dieu servant d'organe a la philosophie du matérialisme', de la licence et de l'impiété ; les haillons du paganisme transformés dans la robe de Jésus-Christ , et le genre humain porté sur le même trône que l'Epouse du divin Rédempteur! un spinosisme réel introduit dans la théologie par l'affinité de cette raison générale, n'étant que l'esprit humain actuellement uni au Verbe, avec l'àme universelle du philosophe d'Am-

slerdam : de telles images s'étaient- elles jamais offertes aux chrétiens, même du temps où la plus violente effervescence des esprits fut excitée par la Réforme contre notre église catholique. 11 fallait, pour rencontrer rien de semblable dans l'histoire de l'Hérésie, remonter jusqu'aux rêveries extravagantes des Montan , des Valentiniens et des Guostiques. Prétendre encore que toutes les preuves données jusqu'ici de la vérité chrétienne étaient incomplètes , insuffisantes , quel triomphe n'était-ce pas donner à la moderne incrédulité? Qui donc, si ce n'étaient les Spinosa, les Bayle, les Collins et les Tindal, avait jeté des doutes sur la force des preuves du Christianisme , en les déclarant insuffisantes , incomplètes? L'Apôtre des nations était donc dans l'erreur, quand il confondait les Juifs par le seul argument des prophéties(l)? Et Jésus-Christ lui-même prêtaitil le liane aux contradictions des Pharisiens, (1) IIPotr.,1, 19.

quand il leur opposait ses miracles comme témoignage invincible de sa divine toutepuissance (1)? Au lieu d'invoquer en sa faveur le témoignage de Moïse et des Prophètes, que n'en appelait-il k l'autorité du genre humain , s'il était vrai que le genre humain, initié tout entier dans la connaissance de la Rédemption future , eût été par cela seul l'oracle infaillible de la véritable Religion? Que s'il était vrai que la philosophie humaine eiit été dépositaire des traditions primitives maintenant enseignées par elle avec autorité, reposant sur des faits, disant les mêmes choses que l'Eglise catholique, pourquoi saint Paul l'avait-il réprouvée en la flétrissant du nom de Jolie et d'impiété (2)? Poussons plus loin : A quoi bon ce Calvaire avec ses opprobres et ses tortures? a quoi bon tout le mystère de la Piédemption sanglante du Fils de l'homme, si la raison géné-

(1) .Toann.; \, 38.

il) I Cor., I. 19 et sc(i.

raie suffisait aux croyances du genre humain? Si la foi universelle, permanente, aux traditions générales est le sceau de la vérité et conséquemment la voie du salut: ce qu'il en faudra conclure , c'est que , depuis comme avant Jésus-Christ, la plus grande partie du genre humain sera infailliblement sauvée sans avoir connu Jésus-Christ; ce qui est une hérésie formelle, contraire a ce double dogme de notre foi catholique : que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu y parce qu' aucun aulre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes , par lequel nous devions être sauvés; et que personne^ à nioins qiCil ne renaisse de l'eau et du Saint-Esprit ^ ne peut entrer dans le jojaume de Dieu (1). Mais non : tout cela, doclrine surannée qu'il fallait abandonner a la poussière des écoles. Tout l'édifice de l'ancienne philosophie devait être renversé de fond en comble. Il avait fallu, selon M. de La Mennais, refaire

(1) Hebr., xr. — Art., iv, 12. — Joan., iir, 3.

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tout le système des connaissances humaines, régénérer l'intelligence , renouveler tout l'enseignement de la Philosophie et de la Théologie,vicié, corrompujusqu'à nos jours, soit par des omissions coupables, faute de s'entendre sur les vrais caractères delà certitude , soit par des doctrines infidèles absurdes et niaises , voisines du schisme et de l'hérésie , tendantes au scepticisme et k l'athéisme même. Tout le mal venait de l'influence que Descartes et Bossuet avaient prise dans nos écoles.

Le premier, après avoir examiné, dans ses profondes méditations , sur quoi repose la certitude de nos connaissances , en avait découvert le fondement dans l'évidence (1), conséquemment dans la raison, flambeau alhimé a la lumière de Dieu, donnée à l'homme

(1) Principes de Philosophie , préface. Ce bel ouvrage , l'abrégé de toute sa doctrine , finit , comme il avait commencé, par un appel à la raison , tant de l'auteur que des autres à qui il soumet son livre.

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comme l'apanage spécial de sa nature, noble privilège qui le distingue des animaux et en fait le chef-d'œuvre de la création , le rayon delà divine intelligence imprimé sur chacun de nous par les mains du sage auteur de notre être. Ainsi avait parlé en vingt endroits ce grand homme, le premier des géomètres qui fut jamais. Mais s'il a rendu les plus éclatans hommages aux prérogatives de la raison , en méconnaissait-il les imperfections? D'abord il ne reconnaissait qu'une seule autorité infaillible. «Je ne mets point, « dit-il, ici en rang la Révélation divine , pour »c ce qu'elle ne nous conduit pas par degrés, « mais nous élève tout d'un coup à une créance infaillible (1). » Mais, après avoir posé la borne où s'arrête la raison humaine, il proclame que , s'il nous arrive souvent

(1 ) Lettre à Voëce. Traduction servant de préface an livre des Principes do Philosophie. Et ailleurs : (Jvnmris forte lumen rationis quam maxime clarum et erirleiis aliiid quid nohis suggerere riâeretur , soli

d'être égarés par la faiblesse de notre \iie et par la précipitation de notre jugement, il. n'en existe pas moins des principes clairs , distincts, supérieurs au doute, dont l'évidence nous est démontrée par la lumière de la raison (1).

Bossuet, dans chacun de ses admirables ouvrages, établit que Jésus-Christ a fondé dans son Eglise une avitorité visible, permanente , infaillible , juge souverain dans tout ce qui regarde la foi , la discipline et les mœurs, comme étant perpétuellement dirigé par l'Esprit saint qui lui en a donné l'infaillible promesse; que l'Eglise professe qu'elle ne dit rien d'elle-même , et qu'elle n'invente rien de nouveau dans la doctrine , ne faisant en cela que suivre et déclarer la Révélation

tanien auctorituti divinœ potiùs quant proprio nostrojudicio fidem esse adhibendam, prceter caetera, memoriœ nostrœ pro summd régula est infigeiidttrn. (Pars prima, n. Lxxvi,t. I, p. 2i), Oper. philos., Amsterd., 1664. )

(1) Ihid.,n. XXX, p. 7.

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divine (i). De plus, il établit, surtout dans sa Défense de la Déclaration du clergé de France sur les quatre articles de 1681 , que le souverain Législateur , en instituant le collège apostolique, a placé h la tête de toutes les églises du monde chrétien un Chef investi par lui de la plénitude de juridiction, centre de l'unité catholique, a qui tous doivent obéissance comme a Jésus-Christ luimême, dont il tient la place sur la terre. Qu'importe que son autorité soit supérieure à celle des Conciles généraux ou qu'elle leur soit subordonnée ? « Hypothèse en efl'et plus K idéale que réelle, plus chimérique que possible (2). Ces choses dont on dispute dans les écoles , il n'est pas, poursuit le grand évêque, nécessaire d'en parler, puisqu'elles

(1) Eipos. de la cloct. do' l'Eglisa cath.,n. xix, édit. Paris, 1730; el Défense, etc., \w- mii, oh. xiir, p. 46o, traduc. franc.

(2) M. lioyer , Examen do la doctrine de M. de La Me V nais , p. 6;).

ne sontpas de la foi catholique (i). L'Eglise n'a point prononcé Ik-dessus de jugement définitif, et permet de discuter librement le pour et le contre. Et pas un de ses enfans qui, à la suite de ce débat de famille, qu'elle qu'ait pu être son opinion, ne s'écrie avec l'immortel évêque : k O sainte Eglise! mère <c des églises etmèrede tous les fidèles, église K choisie de Dieu pour unir ses enfans dans la (f même foi et dans la même charité, nous « tiendrons toujours a toi par le fond de nos « entrailles (2). «Voila le Cartésianisme, voilà le Gallicanisme dont M. de La Mennais et son école ne cessent de nous épouvanter. Descartes et Bossuet, ont ouvert les voies au scepticisme , la mortelle maladie du dixhuitième siècle ! Leur doctrine à l'un et k l'autre n'a pas échappé à la censure de Rome (5).

(1) Bossuet, suprh,'n. xxii, p. 263.

(2) Bossuet ,^erni. siir l'Unité.

(3) M. i'abbé Rohrbaclier, Lettres d'un anglican, cité par M. de Madrol, p. 83. Hist. secrète dit parti de M, de La Mennais ^ i vol. in-8% 1834.

Le philosophe a fourni des armes au inatériahsme de Spinosa ; le théologien qui fit tomber aux pieds de la vérité catholique Turenne et la maréchale de Duras, l'auteur des F'aj'iations y chef-d'œuvre conçu par le génie , exécuté par tous les talens , Bossuel^ proclamé dès son vivant un PiiRE de l'Eglise, n'eut que des sophismes a opposer au ministreClaude, dans cette fameuse Conférence où il rappelait saint Augustin aux prises avec les Donatistes. Viendra un autre adepte de la nouvelle école, qui osera dire que Bossuet, à la cour de Louis XIV, défenseur du Gallicanisme , retraçait Cranmer livrant l'église anglicane aux ordonnances impies de Henri VIII. Entraînés par l'autorité de ces deux hommes , tout ce qu'il y a eu de pieux et de savans théologiens , tant d'illustres Docteurs, si clairvoyans à discerner l'erreur de la vérité, si zélés a poursuivre l'une, il propager l'autre, n'auraient pas même soupçonné le venin d'une doc-

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trine qui récelait dans son sein l'athéisme ! il y a plus : Tous en auraient été les complices ! Car, assure M. de La Mennais, et le reproche s'étend sur tous les défenseurs du Christianisme : Avant Descartes et Bossuet comme après , les preuves qu'ils en ont données, appuyées sur un principe faux, portent sûr inie supposition destructive de toute vérité; elles mènent dirait au scepticisme ; elles contiennent tout le fonds de la philosophie cartésienne, absurde, niaise, et qui retombe de tout son poids dans l'athéisme (1 ). C'était au dix-neuvième siècle qu'était réservé l'honneur de nous révéler les solides preuves de l'existence de Dieu et de la vérité catholique si fort obscurcies parles ténèbres que les doctrines de Descartes et de Bossuet avaient répandues sur toute la surface de l'Europe. La vérité chrétienne avait donc attendu tant de siècles , que M. de La Mennais et ses disciples vinssent la dégager

(]) Défeîisc de l'Essoisur l'Indiffêr., p. 163.

delanuitprofonde où elle était ensevelie (1)! Peuples chrétiens! venez, venez vous ranger autour de la chaire des nouveaux Evangélistes. Que vont-ils nous apprendre? La Défense va peut-être lever tous les voiles jetés avec ou sans dessein dans les premiers volumes, éclaircir toutes les difficultés, lever tous les équivoques de langage , remplacer les hypothèses par des démonstrations. Du moins l'auteur appuiera sur quelques preuves son système nouveau.

Non. Il répondra fièrement qu'il n'a pas besoin d'en fournir ; et il s'est retranché opiniâtrement dans les dénégations. Il fallait , selon lui , admettre sans preuves l'autorité du genre humain (2). M. Lacordaire, citant ses propres paroles , ne peut s'empêcher de trouver étrange cette logique qui veut être crue sur parole , quand elle a

(1) Aliquos Marcionitas et T alentinianos lihe- ' randa Veritas cxspectabat. (Tertullien , Prœscript.,

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