CHAPITRE XII
Jugement de V èpiscopat français et du saint Siège Apostolique.
Ces Juges en Israël , sentinelles vigilantes préposées par Jésus-Christ même a la garde de son Eglise, ne manquèrent pas à leur devoir. Sous le masque de spéculations philosophiques et (T opinions dibi^es, indifférentes à la foi, ils surent bien démêler les erreurs graves qui rejaillissaient jusque sur la foi, attaquaient dans leurs bases les fondemens de l'Eglise, provoquaient le schisme, en introduisant une puissance doctrinale étran-
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gère à celle dont Jésus-Christ les a constitués dépositaires et juges , troublaient l'unité sacerdotale , en causant des dissensions violentes dans le clergé Ci). A la tête de ces vigilantes sentinelles , citons en première ligne le savant évêque de Gap, qui, dans ses lettres pastorales , s'empressa de dénoncer aux Fidèles de son diocèse l'Essai sw l'Indifférence, comme conduisant droit au schisme et k l'hérésie, rompant la chaîne de la tradition catholique , introduisant des nouveautés dangereuses, détruisant la nécessité de l'autorité de l'Eglise. Depuis l'année "1827, M. l'évêque de Saint-Brieuc s'était porté sur la brèche, défendant, comme un autre saint Hilaire de Poitiers, le patrimoine de renseignement épiscopal, dénonçant a son Clercé les dangereuses nouveautés dont on avait réussi à le surprendre, réfutant les erreurs; et ses efforts
(1) Toutes expressions de M. Lacordaire. Consl' iîérat.,l^. 30,31.
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n'avaient pas été infructueux, bien que plusieurs de ses mandemens n eussent pas été lus y ainsi qu'il s'en plaint , d'après les préçeniîons de certains prêtres y qui en dérobaient la connaissance au public. La vérité avait fini par se faire jour j et le digne évêque eut la consolation de voir la majeure partie du Sacerdoce de son diocèse abjurer l'erreur par une déclaration solennelle de soumission pleine et entière a l'Encyclique du pape(1). A leur exemple, d'autres se montrèrent aussi habiles à le réfuter comme théologiens, qu'à le condamner comme pasteurs. Distinguons MM. les évêques de Chartres et d'Annecy. Dans le mandement que M. l'archevêque de Paris publia à l'occasion de la mort du pape Léon XII , de qui le sentiment sur M. de La Mennais s'était manifesté avec éclat , le prélat accuse cet écrivain (f d'ériger en dogmes ses pro- (c près opinions , de proclamer sans autorité
(4)^Voyez l'Ami de la Religion du 20 août 1834,
«^ comme sans mission au nom du ciel , des K doctrines subversives de l'ordre que Jé- « sus-Christ a établi, et d'ébranler la société « tout entière dans ses fondemens. » On sait dans quels termes M. de La Mennais répliqua a son Supérieur ecclésiastique j en termes que J.-J. Rousseau, écrivant a M. de Beaumont, eût rougi de laisser échapper de sa plume. Le détracteur de la raison individuelle, qui ne cesse de la poursuivre comme faillible en tout, sait bien faire exception a la sienne , et veut qu'on la regarde comme infaillible, v On en croit à peine ses « yeux, quand on songe que cet amas d'in- « jures , plus dignes d'une rixe de halle i< que d'une controverse théologique, est t( tombé sur tous les évêques dp France, « d'Irlande, d'Italie, et en général sur tant c< de théologiens de divers pays et surtout c< de notre France (1). »
11 était temps de sortir de cette loi du
(1) M. Boyei', Examen ^ etc. {Préface ^i). xxvi).
silence que la sagesse commande en certaines occasions, mais qu'elle sait rompre quand il le faut. Nos évêques du midi , réunis au nombre de quatorze, sous la direction de M. l'archevêque de Toulouse , rédigèrent une Censure doctrinale des nouveautés profanes de l'école Lamennaisienne , analysées en quarante -huit propositions, et flétries par eux des notes ai erreur, àihérésie, de témérité et de scandale. Plus tard , trentesept y ont adhéré purement et simplement; dix autres, en improuvant, défèrent la cause au saint Siège ; quatorze , sans donner leur adhésion pure et simple , manifestent leur improbation pour les nouvelles doctrines. L'administration des sièges vacans, au nombre de si^, adhère ou improuve. Jamais tant d'unanimité dans l'épiscopat. La nouvelle ne tarda pas à s"en répandre dans la Capitale du monde chrétien, et le Souverain Pontife, informé delà demande qui lui était faite de son approbation, n'hésita point à
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la donner. Sa Sainteté adressa a M. l'archevêque de Toulouse un. bref du 8 mai "1833, où il lui témoigne sa gratitude du zèle qu'il apporte au bien de l'Eglise , et U l'examen des doctrines eu question^ déclarées hérétiques^ erronées y scandaleuses y téméraires. Déjîi son vénérable Prédécesseur, Léon XII , avait déclaré son sentiment sur la doctrine politique delà nouvelle école (1 ); mais ce n'était encore qu'une décision privée, oii certes il avait, comme Souverain, sa part d'intérêt personnel dans une cause qui s'étend à la société tout entière. L'Europe chrétienne attendait le jugement doctrinal du chef de l'Eglise. Nos évêques de France , conformément à l'usage de nos pères, l'avaient sollicité 3 et la voix de Pierre avait déjà répondu à leur vœu par l'Ency-
(J) « Dès 1826 , Léon XII dit , à propo8 de l'ou- « vrag-e où M. de La Mennais le faisait roi des rois : « Qui lui a donné cette mission? Cerles , ce n'est pas « moi. Lettre de M. Glausel, dans la Quotidienne du. « 23 août. » M. de Madrol. Hist. secrète, p. 73, note.
clique du 15 août 1852, adressé a tout l'univers catholiqvie , où Grégoire XVI rappelle les principes de la subordination aux puissances, proscrit toutes nouveautés dangereuses y et, par une condamnation aunioins indirecte , fait retomber sur le moderne novateur tout le poids de la censure épiscopale dont il se trouvait frappé (i ) ; seulement, par une condescendance toute paternelle , le saint Père s'abstient de nommer explicitement les coupables. Bien qu'il dût les croire suffisamment avertis , il daigne
(i) Voij. , à ce sujet, les sages réflexions deM. l'abbé Bojer, préface de son Examen, p. xxvii. M. Rozaven , témoin oculaire , puisqu'il était sur les lieux , affirme que rEncyclique fut pub'.iée avec les solennités accoutumées, le jour de l'Assomption de la très-sainte Vierge. L'Avenir et ses rédacteurs n'y sont point nommés; mais leurs erreurs sont expressément réprouvées. Et, afin que les rédacteurs ne pussent pas prétendre ig-norance, ou se méprendre sur les intentions du saint Père, ]e cardinal-doyen du sacré Collég-e fut charg-é par Sa Sainteté d'envoyer un exemplaire de l'Encvlique à M. de La MennaiSj et de l'accompagner d'une lettre dans la-
faire parvenir directement à M. de La Mennais la déclaration de sessentimens sur l'ensemble de ses doctrines et leurs funestes conséquences. Sa Sainteté avait droit de compter sur ces protestations d'obéissance sans bornes , tant de fois répétées en faveur de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les Eglises, de respect filial envers les évêques, pasteurs et gardiens de la foi. Qui le croirait? On dispute , on chicane sur le sens et les expressions de la Censure pontificale , de l'Encyclique; on s'enveloppe de reserves et de distinctions; on fait répandre dans ses
quelle il lui exposerait eu détail quels étaient les princijtes de V Avenir que le saint Siège réprouvait.* Le cardinal-doyen s'acqullla de cette commission. [Examen, p. 72.) Or, condamner /'yi^reîîir, c'était condamner les erreurs professées dans les écrits précédons , puisque ce sont identiquement les mêmes qu'ils expriment dans la déclaration de leurs doctrines , au n. 53 . dans la déclaration du 2 février 1831 , adressée au saint Siège [ibid., n. 113), et dans leurs adieux à leurs souscripteurs, du 16 novembre (iôi:?., 395).
journaux , par ses adeptes en Belgique , en France, par des écrits ex-professo, que l'Encyclique n'est pas un jugement doctrinal , mais simplement mi protocole pour retarder, s'il se peut, de quelques moments^ la chute des institutions de la vieille Europe. Pour consoler leur maître de la blessure que lui a faite l'Encyclique, et se venger eux-mêmes de l'adhésion qu'ils lui ont promise , les disciples redoublent de zèle et d'efforts en faveur de la raisongénérale. Les écrits se multiplient , les émissaires sont mis en campagne , les journaux s'aiguisent de sarcasmes et d'impostures. C'est postérieurement à l'Encyclique du pape qu'ont été publiés la plupart des écrits en faveur de ce système du sens commun et de VinfailUhilité de la raison générale , que le Souverain Pontife déclare un système trompeur., et digne de toute improbation. Alors même que Rome les condamne , ils osent se vanter que Rome est pour eux , avec la même arro-
gance que Luther, condamné par le saint Siège, l'écrivait à Staupitz. On répond : K N'en doutez pas que je ne veuille mainte- « nir la liberté avec laquelle j'ai fondé et i( expliqué l'Ecriture sainte ; l'Encyclique du « pape et toutes les menaces que l'on me fait « ne m'épouvantent point du tout (1). » Observez encore qu'a cette époque Luther n'avait point passé le Rubicon.
(d) De Sekcndorf. Au lifu du mot Encyclique , Luther parle de la bulle de Léon X.