CHAPITRE I
Pour peu que l'on réfléchisse sur la nature de l'homme, sur ses devoirs, et ses intérêts véritables, on découvre aisément les rapports intimes qui lient la Pveligion à ses premiershesoins, et l'appUcation des idées reli-
12 msToifiï
gieuses au maintien de l'ordre et de la subordination. Quelle étude en eflfet plus digne d'occuper les méditations de tout esprit raisonnable, que celle de ces véritis sublimes qui reculent les bornes de notre être , préservent l'imagination de l'efirayant spectacle d'une existence sans origine, d'une action sans liberté . et d'un avenir sans espérance; et qui, en nous détachant delà poussière de la terre , semblent unir notre âme à la souveraine Intelligence de qui dépendent nos destinées pour la vie présente comme pour la vie a venir. Leur influence sur la société tout entière ne fut jamais problématique j des milliers d'écrits en avaient démontré la nécessité, et les sévères leçons de l'expérience avaient appris k quels terribles mécomptes s'exposaient ceux qui avaient eu le malheur de les méconnaître ou de les dédaigner. Que si le sentiment n'en était pas encore aussi général ni aussi profond qu'on aurait pu le soiJiaiter, il
n'y avait que des éloges à donner au prêtre, au citoyen qui se dévouait à la noble mission de rattacher les devoirs des hommes aux principes qui en sont les appuis naturels j et plus d'un écrivain de nos jours l'avait tenté avec succès.
Telle était la promesse que donnait l'annonce à&\ Essai sur l'indifférence en matière de religion. On regretta qu'un ouvrage ovl Ton s'attendait à ne voir qu'un traité dogmatique, aboutît a un système incohérent, soutenu par le sophisme et le paradoxe. Mais la nouveauté et la hardiesse des opinions, plus encore, l'éclat du talent et de l'imagination, prévalurent dans la plupart des esprits sur la rectitude desjugemens, et firent oublier le défaut de méthode , l'exagération habituelle du langage , et le danger des doctrines.
Précédé par la brillante réputation de l'auteur, un nouvel ouvrage, quel qu'il fut , ne pouvait manquer de fixer les regards.
-4 nîSTOTRE
Les journaux du parti annoncèrent a l'avance v\n chef-d'œiii^re de i^lus. Celui-ci parut sous le titre : La Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre civil et politique ^ et parvint bientôt à sa troisième édition (1). Isolé du livre, ce titre suppose des réflexions plus ou moins approfondies sur l'origine des sociétés humaines, sur les lois et les institutions qui les régissent et les modifient , sur l'accord de la Religion avec la politique , l'importance , la nécessité des idées religieuses , leur influence sur l'harmonie , et la félicité générale sur le bonheur des particuliers : sujet toujours neuf et des plus intéressans que le génie des Bacon, des Leibnitz, des Monstesquieu, des Bossuet , des Fénelon, des Bonnet n'a point épuisé. Il avait fourni a M. deLaMennislui-même les plus beaux chapitres de son Essai sur Vijidiffé' /•e«ce. Les objections de l'incrédulité contre la foi de nos pères, les coupables tentatives
(1) '1 vol. in-8», Paris, lS-20.
PE LA NOUVELLE IIÉUÉSlE. ^
de nos modernes Enceladespour substituer à l'enseignement évangélique les vaines abstractions d'une philosophie politique , intervenaient naturellement dans ce riche cadre, sans qu'il fut nécessaire de compromettre une si noble cause par l'exaspération; bien moins encore, d'y mêler|les digressions étrangères , les spéculations hasardées , de bouleverserla Constitution donnée par Jésus- Christ à son Eglise , d'interroger avec amertume les décrets de la Providence , d'affaiblir le respect dû aux puissances de la terre, et d'ébranler par les sophismes de la révolte les fondemens sacrés sur lesquels repose l'ordre social. Or, voila évidemment le dessein de cette production nouvelle, où l'écrivain n'a fait que se copier lui-même , et poursuivre la conjuration de l'hérésie contre la vérité catholique.
Donnons un exposé sommaire de l'ouvrage; il se compose de dix chapitres.
Le premier est un tableau de la société
actuelle en France et clans l'Europe. Ici reviennent les accusations de V Essai contre la prétendue Réforme du seizième siècle : « Partout où elle s'établit, on vit naître aus- « sitôt ou le despotisme ou l'anarchie (1), » ou plutôt l'un et l'autre; tous deux ont en-^ fanté l'athéisme, aujourd'hui dominant en Evirope. Ce que l'auteur appelle despotisme, c'est le pouvoir; anarchie, c'est la démocratie, dont toutes nos Constitutions modernes sont pénétï'ées depuis trois siècles, et qui par* tout, ébranlant le système politique de l'Europe, ontprofondément corrompu la société. M. de La Mennais paraît réduire toute l'histoire moderne à deux faits : la reforme de Henri VIII et notre révolution de 1795 (2). Nul intermédiaire ; nuUe exception , pas même pour cerègne sireligieux de LouisXIV, que Voltaire admira, a qui il pardonnait ses grands hommes. Bien éloigné de l'esprit
(1) Page 19.
(2) Page 20, 48.
d'une servile adulation, qui mit aux pieds du monarque sa cour , ses parlemens , son sacerdoce, ses contemporains et la postérité elle-même, M. de La Mennais ne verra dans tout son règne qu'un seul acte , la déclaration de 1682, sceau du despotisme et de Tanarcliie, sceau de l'athéisme même qui a prévalu dans l'Eglise catholique. Tout le livre de V Essai avait eu pour but de combattre l'athéisme, déguisé sous le nom d'indifférence : aujourd'hui , père ou produit de l'indifférence (n'importe la filiation), l'athéisme s'est élancé du plus profond de Vahînie, niant Dieu, détruisant tout, les lois, la société, l'homme même (1). Sous Bonaparte , restaurateur du culte chrétien , pacificateur de l'Eglise , et pendant tout son règne , l'état n'en demeura pas moins athée, et depuis (sous la Restauration), rien n'a été changé a ce qui existait sous ce rap-
(1) Essai sur l'Indifférence , p. 23, 24,25.
port (1). Ce qui le prouve , pour la France en particulier, c'est la liberté des cultes assurée a toutes les opinions religieuses : « L'Etat qui accorde une protection égale (( aux cultes les plus opposés, n'a évidemr ment aucun culte ; l'Etat qui paie des « ministres pour enseigner des doctrines « contradictoires, n'a évidemment aucune « foi j l'Etat qui n'a aucune foi, aucun culte, « est évidemment athée (2). De la société «■ politique et civile, l'athéisme a passé dans H la société domestique. Maître aujourd'hui K de la société qu'il a conquise , l'athéisme « attaque , avec toutes les forces qu'elle lui « prête , la Religion , défendue seulement « par des individus isolés (5). »
Et quels ont été, quels sont encore parmi nous les effets de cette déplorable guerre ?
« Préparée par la Ptéforme protestante, la
(1) La Religion considérée j etc., p. ^02.
(2) Page 51.
(3) Page 81 , tout le chap. m.
« Philosophie du dernier siècle , en se ré- « pandant , a introduit peu à peu un maté- (( rialisme abject dans les esprits et dans les « mœurs, d'où il a passé dans les lois, l'ad- «( ministration et le gouvernement (i). »
En rendant compte du premier ouvrage de l'illustre écrivain, nous l'avons vu tracer dans les mêmes termes le tableau de la société (2). C'est l'âcreté de Juvénal et sa mordante hyperbole. Ici, il donne à ses portraits une teinte encore plus sombre et plus désespérante : « Que dire de ces hommes « qui , possédés de je ne sais quel esprit de « vertige, jettent les peuples dans cet abîme, « et de ceux plus coupables encore qui, par « faiblesse ou par intérêt, se rendent les apo- « logistes, les soutiens, les agens d'un si exéf< crable désordre ? R.acc d'hommes nouw velle, race détestable et maudite à jamais (f par tout ce qui appartient à l'humanité ;
(1) Tom. I, p. 3 et 4, 25.
(2) La, Religion , p. 33.
« hommes de fange , les plus vils des hom- « mes, après ceux qui les paient j hommes « qui n'ont une raison que pour la prosti- *< tuer aux intérêts dont ils dépendent, une « conscience , que pour la violer, une âme , •f que pour la vendre ; hommes au-dessous K de tout ce qu'on peut en dire, et qui, après « avoirfatigué l'indignation, fatiguentlemé- « pris même (i). Qu'attendre de la généra- « tion qui prend racine dans cette fange? »
Terminons ce tableau lugubre par un trait caractéristique :
«A la place de la monarchie chrétienne, V dont la révolution qui travaille l'Europe a « fait disparaître jusqu'aux dernières traces, ♦f nous avons un gouvernement démocrati- K que par essence, mais qui tient de son ori- « gine et des circonstnces de sa formation un tt caractère particulier. La démocratie de no- « tre temps repose sur le dogme athée de la « souveraineté primitive et absolue du peu-
(1) La Religion , etc. , p. 83, 139 et suir.
« pie. Considérées en elles-mêmes, nos instit< tutions ne sont évidemment que les consét< quences de ce dogme absurde. Il règne « dans les esprits ; il est l'âme de la société « et le fond réel quoique inaperçu des opi- « nions les plus divergentes. Combiné avec « les idées étroites et matérielles de la polii< tique moderne et la corruption morale « qu'elles engendrent, il produit, et dans les cf lois une anarchie hideuse, et dans l'admi- K nîstration un despotisme tel qu'il n'en exista « jamais de si funeste et de si dégradant (1 ). « Cet acte d'accusation embrasse les premiers chapitres du livre De la Religion considérée dans ses rapports ai^ec l'ordre cii^il et politigiie. Parce qu'il s'étend a toutes les contrées de l'Europe, il fournit à l'auteur l'occasion de signaler particulièrement l'Angleterre, de disserter sur sa législation, dont il fait la plus amère censure, pour la mettre en parallèle avec la nôtre j bien entendu
(1) Ibid.,\^. 311et9G.
12 niSTOmc
que, dans le parallèle entre l'une et l'autre, l'avantage doit rester h la première (i). Le jugement qu'il en porte n'est pas flatteur : est-il vrai ? « Qu'est-ce que les Chambres? » se demande le moderne Blakstone ; et il répond : « Les Chambres , assemblée « démocratique , divisée en deux sections , « oii réside avec la souveraineté toute la i< puissance du gouvernement. ;> Le Ministère? «( C'est l'action publique des Chambres, « servile instrument de toutes les ambitions « et de toutes les cupidités , faisant réagir « sur les autres le despotisme dont il est « lui-mcme opprimé. » L'Administration ? « Un chaos de maximes et de lègles em- « pruntées a tous les régimes , modifiées i( selon les caprices du moment, appliquées « selon les intérêts , violées selon les pasce sions , et qui , sous quelque point de vue « qu'on les considère , ne présentent rien « de fixe et d'immuable que Yoppression. »
(1) Page 2-G et siiiv.
Que l'on n'oublie pas que ces dures qualifications ne tombent plus sur les anciens codes décrétés par les assemblées législatives, ni sur le régime impérial, mais sur la Charte promulguée par Louis XVllI, infectée comme les précédentes d'un athéisme légal, universel. Pourquoi n'en pas faire retomber le reproche sur les antiques Constitutions et sur les Capitulaires de Charlemagne , dont celle-ci se rapproche si fort par les formes administratives ? « Qu'est-ce enfin que le « Roi? Le Roi, ou dans le langage des fictions « politiques et des déceptions modernes , « l'homme qu'on appelle roi (i), c'est Tin- « scription d'un temple ancien placée sur le «fronton d'un autre édificetoutmoderne(2).» Que si vous avez peine à comprendre cette définition, qui certes ne pouvait contenter Charles X, voilà qu'un des disciples de M. de La Mennais s'est chargé d'expli-
('J)Pr,ge 102^09,300.
(2) Thvl.
t4 HISTOIRE
qiier l'hiéroglyphe : «Un roi, c'est un homme
« gardé dans un palais par des soldats , un
« chef d'esclaves , soutenu par le bras des
« uns contre la haine des autres, le premier
« ressort d'une mécanique, appelée par des
V hommes contens de leur ouvrage, une
« société (1). » Telles sont les images sous
lesquelles un Sacerdoce héritier des Ter-
tuUien, des Ambroise , des Bossuet, se plaît
à présenter à ses lecteurs l'idée de cette
royale majesté, que la sagesse antique nous
apprenait a révérer comme étant égale à
celle de Dieu même (2). Ainsi se décelait
cette haine du pouvoir , que nos pacifiques
réformateurs vont exhalant dans tous leurs
écrits par les outrages et les sarcasmes. Quel
publiciste parla jamais en termes aussi mé-
prisans des lois et des institutions de son
pays , même en signalant leurs imperfec-
(1) M. l'abbé Laoordaire , Co7isidérations sur le syst. de M. de La Mennais, chap. ï, p. 9,
(2) Voyez Bossuet, Polit, sacrée, t. VII, in-4°, p. 430.
DE LA NOOHetie nÉRÉSIE. A&
tions? Il est sans doute permis au prêtre, aussi bien qu'à tout citoyen, d'intervenir dans ces discussions , et d'apporter son tribut a des débats qui intéressent Thumanité tout entière :
Homo sum , humani nihil a me alîenum puto .
Qui pourrait les blâmer, après les exemples que nous en ont laissés les Charron, les Mably, les Besplas, les Duguet, les Fénelon? On pardonne a l'abbé de Saint-Pierre ses paradoxes, parce qu'ils furent les rêves d'un homme de bien. Mais changer la plume de l'observateur dans le stylet du satyrique ! Ce qui est indigne du simple chrétien peutil devenir légitime dans la bouche du ministre de Jésus-Christ ? C'est la pourtant le langage de ces quatre premiers chapitres, et tout l'esprit du livre. C'est par-là que le téméraire écrivain préludait aux violentes déclamations de son Ai'enir et des Paroles d'un Crojaiit,
La doctrine s'en résume par cette pro-
pliétie désespérante : « Qu'est-ce que la « Pieligion pour le gouvernement? Une in- - t( stitution fondamentalement opposée aux « siennes. Entre elle et l'Etat une guerre « continuelle , mais qui ne saurait durer « toujours. Il faudra nécessairement ou que K l'Etat redevienne chrétien , ou qu'il abolisse t( le Clu'istianisme ; projet insensé autant (( qu'exécrable. Et déjà elle chancelé de « toutes parts j déjà elle s'affaiblit manifesta tement , a mesure qu'elle se sépare da- (c vantage de la Religion; et cette effrayante c( séparation s'accroît d'année en année (1 ). »
Heureusement, ce que nous avons sous les yeux nous donne la preuve de la vérité de ces prédictions.
Quelle est donc celle que M. de La Mennais nous fournit de ses sinistres pronostics ? C'est là, à partir du cinquième chapitre, l'objet de tout le reste de l'ouvrage.
« Les gouvernemens engagés dans un sys-
(1) La Religion , etc., p. 98.
DE lA NOUVELLE HÉRÉSIE. 17
« tème d'athéisme légal , favorable a la fols « et par les mêmes raisons au despotisme « et à la démocratie , regardent avec dé- « fiance la seule vraie Religion , qui tend « par son essence à régler et a modérer « Texercice du pouvoir qu'elle affermit jet, « ne se croyant jamais assez en sûreté contre « elle, ou ils la persécutent ouvertement, « ou ils essaient de l'affaiblir par une t( guerre sourde , non moins dangereuse « peut-être (1). »
De la solennelle reconnaissance de la catholicité de notre Eglise, l'auteur passe a l'autorité épiscopalej principes sacrés qu'il ne professera pas toujours; et prend occasion d'inviter fortement les évêques de France à se réunir en concile , sans attendre ni demander l'agrément de la puissance sécuUère, qu'il ne reconnaît pas. « 11 suffit « qu'ils le veuillent , pour rentrer en pos- « session de ce droit , ou plutôt pour rem-
(1) La Religion, etc., p. 109.
(f plir ce devoir, que les décrets de l'Eglise (f leur imposent (1). » Il les engage a s'emparer exclusivement de l'éducation publique et particulière , comme d'un droit inhérent au saint ministère , et qui n^admet aucune des modifications commandées , ce semble , par les circonstances nouvelles. Il réclame en leur nom l'afFranchissement de l'Eglise , la liberté indéfinie de la presse j questions qu'il reproduira dans son Avenir avec l'accent du Tribun qui ne demande pas , mais qui exige ; et fait retentir les premiers sons du tocsin contre les libertés gallicanes , devenues , dit-il , le cri de guerre de tous les hommes à qui Dieu pèse, et déclarées par M. de La Mennais absurdes , éversives de l'Eglise et de l'Etat (2). Ce n^est là que le moindre des outrages dont il se propose de les charger parla suite. Et aussitôt, se jetant dans l'arène , il présente le combat aux
(1) Page 115.
(2) Tout le cliap. v, p. M9 et suiv. ; p. 132-135.
défenseurs de nos traditions , à qui il faut apprendre enfin ce que c'est que le pouvoir souverain dans la société spirituelle.
Chapitre six. Il l'intitule : Du Souverain Powif/è.crLa philosophie des derniers temps, fille de l'hérésie , et aveugle comme elle, n'a jamais rien pu comprendre ni a la religion ni à la société. Impuissante a créer aucun système, tout hébétée de matérialisme, elle n'a pas même conçu les doctrines qu'elle attaquait. La nature de l'Eglise , sa constitution , ses lois , l'influence même temporelle qu'il était de sa mission d'exercer pour le salut des peuples et le perfectionnement de la société, tous ces grands objets ont échappé à ses profondes méditations. Il était plus aisé de verser a pleines mains la calomnie et l'outrage sur Rome et les Papes. Mais lorsque , dégagé de ces idiotes préventions, on considère attentivement l'histoire de l'Europe depuis l'établissement du Christianisme, il est impossible, en vovant les
20 iiîSTOir.p.
Papes dirii^er sans interruplion ce grantl mouvement spirituel, et constamment a la tête de la société, dès qu'il exista une société chrétienne, on ne soit pas frappé de cette double prééminence, ainsi que du sentiment universel qui en attestait la légitimité (i).
« Le but du Christianisme était de réunir tous les peuples sous la bannière du Père commun, pour les garantir également du despotisme et de l'anarchie. Considérée particulièrement sous le point de vue politique, son aclion, qui n'était que le développement du principe même de son existence , tendait a tout ramener a l'unilé , à coordonner les nations dans un système de fraternité universelle par l'obéissance au Souverain Pontife, et d'élablirla prééminence du droit sur les intérêts, en substituant partout la justice à la force (2). Ce fut lui qui créa la véritable
(1) Page 136 et sniv.
(2) Page l'jO.
DE LA ^OtIVELLE HÉllÉSlE. *ll
monarchie jusqiie-ra inconnue (1). Avant Jésus-Christ, la société politique, imparfaite et à peine naissante ( bien qu'existante depuis quatre mille ans ) , ne pouvait se développer ou se perfectionner, parce tjue la société religieuse n'était ni développée ni constituée publiquement (2). Avec lui , toutes les grandes questions de justice sociale , tous les doutes sur la loi divine , sur la souveraineté et ses devoirs , autrefois décidés par le peuple , durent l'être par l'Eglise chrétienne (5). Sans cesse il perfectionnait les mœurs, les lois, les institutions. La régénération universelle était certainement dans les vues de son divin Instituteur, et tous les monumens attestent la bienfaisante révolution qu'il opéra dans le monde. Ses plus fougueux détracteurs n'ont pu lui refuser cet aveu j et les plus sages Proteslans
(1) Page 35.
(2) Page 352.
(3) Page 210.
s'accordent sur ce point avec les catholiques. M. de La Mennais en fait honneur au génie des Papes, heureux instrumens de la divine Providence , qui voulait sauver le monde par l'influence pontificale (1). Rome chrétienne a été pour le monde moderne ce que Rome païenne fut pour le monde antique, le lien univei-sel. Secondés par les vœux, j'ai presque dit, par l'instinct des peuples, et par l'esprit de la société chrétienne , les Papes en effet, avec un courage et une persévérance dont le principe était au-dessus de l'humanité , parvinrent a fixer le droit public , et à tirer de la force l'aveu qu'elle était soumise a une loi de justice (2). La civilisation européenne fut leur ouvrage. Grâce à ce pouvoir, un et universel comme la rieligion qu'il devait perpétuer, le Christianisme , universel par ses dogmes , par son culte , par ses préceptes , c'est-à-dire comme
(1) Ibid., p. 140.
(2) Ihid., p. 146.
loi d'ordre et de vérité , fut aussi , par la constitution divine de l'Eglise, l'institution sociale universelle (1).
«Ce vaste et généreux projet , si vraiment utile à riiumanilé , fut plus d'une fois au moment d'être exécuté. Et quand on pense qu'on a pu espérer de le voir atteint, on est peu disposé de juger avec rigueur ce que les hommes peut-être ont mêlé de faiblesse et de torts personnels a l'exécution d'un si magnifique dessein (2). Il le fut en grande partie sous les pontificats de saint Grégoire VII et de Boniface VIIÏ. Dans leurs mains , l'unité du pouvoir politique s'identifiait avec l'unité du pouvoir religieux : c'était la le droit public de l'Europe j c'est ainsi que la Constitution de l'Eglise a été conçue depuis dix-huit siècles. Les peuples vivaient heureux au sein de leur paisible obéissance; et la constante félicité des temps dont se
(1 ) P . 297 . Yo) . l'Essai sur l'IncUf. . 1. 1 , p . 4-2 , 07 . (2) Page 140-141.
2i HISTOIRE
compose l'histoire du moyen-âge ne fut troublée que par quelques légers nuages: lorsque survint d'abord le grand schisme d'Occident, qui déchira la chrétienté au seizième siècle , fléau le plus terrible qui jamais ait pesé sur le genre humain. Son crime , au jugement de M. de La Mennais, fut de détruire la société publique des chrétiens, ou l'Eglise , en niant le pouvoir qui la constitue, en substituant au ministère un et universel, un ministère local, en abolissant tous les liens extérieurs du Christianisme (1 ). Le reproche serait légitime sans doute , s'il tombait sur les provocateurs du schisme, et sur l'hérésie qui en fut la déplorable conséquence j mais il est visible que , dans la pensée de M. de La Mennais, il s'étend plus particulièrement k ceux qu'il accuse d'avoir affaibli le pouvoir pontifical , en agitant la question de son infaillibilité,, en prononçant la supériorité du Concile et la déposition
(1) Page 300.
d'un Pape. Les Pères des assemblées de Constance et de Bâle qui soutinrent cette doctrine , étaient-ils en droit de le faire ? Ont-ils mérité les anathèmes de M. de La Mennais et les censures que se permettent certains Théologiens modernes ? La question ne nous regarde pas ; nous analysons l'ouvrage de l'illustre écrivain ; nous ne préjugeons point ni la conduite de Grégoire VII , ni les controverses agitées entre ses défenseurs et ses adversaires , querelles de famille abandonnées a la liberté des écoles. M. de La Mennais ne s'est pas restreint à ces limites. Non-seulement il absout , mais il canonise ; non-seulement il verse le blâme sur l'opinion contraire a la sienne , mais il la poursuit sans ménagement par les plus odieuses qualifications. Proposer le plus léger doute sur le double dogme de l'infaillibilité du Siège romain et de la supériorité du Concile, c'est encourir le blâme de vouloir attenter aux préroga-
tives de la Chaire Apostolique ; faire inter- Yenir dans la cause d'autres témoianaires que ceux des Décrétales , c'est se déclarer Protestant on Janséniste j c'est, aux termes précis de M. de La Mennais, attaquer par sa base tout l'édifice spirituel^ rompre l'unité de doctrine , de culte et de morale ; c'est renverser le principe de la foi et dé^ truire la société spirituelle , aussi bien que la société visible (i). Toute attaque contre le pouvoir du Souverain Pontife tend là j c'est un crime de lèse-religion pour tout chrétien de bonne foi ; pour l'homme d'état , c'est un crime de *ièse-civilisation , de lèse-société (2)3 et pourquoi? « Parce que, « répond M. de La Mennais , tout pouvoir « qui se partage, s'anéantitj parce que, image « sur la terre du Dieu à qui toute puissance « a été donnée dans le ciel et sur la terre , « il doit le représenter dans la plénitude de
(1) md., p. 30G.
(2) Page 182.
« sa mission (1) j parce qu'étant, de l'aveu « de tous, Monarque souverain de l'Eglise , « investi particulièrement d'une puissance « qui s'élève au-dessus de tous et ne lui laisse « que des subordonnés (2) , nul n'est asso- « cié II Pierre j il est seul , il est un , bien « que Jésus-Cbrist ait également conféré la « même puissance spirituelle au corps des « Pasteurs , en leur disant h eux , ainsi qu'a « Pierre : Tout ce que vous délierez sur la « terre sera délié dans le ciel. » Pourquoi enfin? Parce que, « Sans le Pape point d'E- (f glise, sans Eglise point de Christianisme, « sans Christianisme plus de religion, et par K conséquent point de société. » De sorte, et c'est la conclusion que M. de La Mennais tire, a diverses reprises, de ces propositions longuement discutées (5); ce de sorte que la vie « desnationseuropéennesasa source, son uni- Ci) Page 156.
Cî) Page 157.
(3) Pages 153-175.
îiti IlISTOlllE
« que source, dans le pouvoir pontifical (1). » Nous ne lui demanderons pas comment donc les nations européennes et autres de la communion grecque qui , antérieurement au schisme de Luther, s'étaient détachées de l'obéissance romaine, ont pu subsister si long-temps et avec quelque prospérité. Faisons-lui toutes les concessions possibles au-delà de celles que réclame notre profession de foi catholique. Nous n'hésiterons donc pas un moment a reconnaître les immenses services rendus a la civilisation , aux sciences et aux arts , a tout le genre humain, par la cour de Ptome, toujours , en effet , supérieure a son siècle (2). Nous souscrivons sans réserve h tous les jugemens qu'en ont portés a l'envi les écrivains des Eglises diverses; et nous regrettons que les passions humaines aient fait échouer, qu'elles rendent a jamais inexécutable le magnanime projet de créer au centre de toutesles
(1) Pages 181, 316.
DE h\ NOUVELLE nÉRÉSIE. 20
nations chrétiennes un tribunal suprême, un pouvoir constituant capable de prévenir les guerres et les révolutions, puissance en effet admirable quand elle n'embrasse dans son empire que des œuvres de paix, de bienfaisance et de charité. Qu'elle ait essuyé des éclipses , et que les hommes aient quelquefois mêlé des faiblesses et des toi ts personnels a l'exécution de ce magnifique dessein, comme en convient M. de La Mennals, nous nous abstiendrons de discuter ces matières. Quelles causes l'ont empêché? Quels obstacles , quels événemens , ont triomphé de la courageuse persévérance des Souverains Pontifes ? L'illustre écrivain ne connaît qu'une seule cause qui ait nui à son accomplissement , à savoir la résistance des Princes. C'est eux qu'il charge de l'odieux de l'avoir fait manquer, k Les Princes, dit-il, <f tout en reconnaissant cette loi divine, et « le pouvoir chargé d'en surveiller l'exécu- <f tion, ne laissèrent pas de résister da nsie
« cas particuliers. Leurs flatteurs s'empres- (f sèrent de justifier cette résistance, qui de- « vint peu a peu systématique par l'autorité (( des exemples et par l'introduction du droit « romain , où les jurisconsultes puisèrent (( tout ensemble et des idées républicaines et « des maximes de despotisme qu'ils prirent (f pour la vraie notion de la souveraineté. « Dès-lors, la politique se sépara toujours « davantage de la religion, et l'on put de nou- (( veau la définir la force dirigée par l'intérêt. « La souveraineté, aôranchie du pouvoir spi- « rituel , défenseur suprême de la justice et « des droits de l'iiumanité , affranchie même K de toute doctrine et de tout devoir, puis- <f qu'elle seule créait les devoirs et détermi- « liait les doctrines , n'a eu désormais et n'a (c pu avoir, au dedans comme au deliors, « d'autre règle de conduite, d'autre principe « de gouvernement que l'intérêt (1). On ne
(1) Ihid.,^. 308. Ce reproche , en effet applicable aux rèp:ne8 désastreux de Henri VIII et d'Eliza-
« demanda plus, cela est-il juste? mais, cela (( est-il utile? Les princes furent sans frein, « et les peuples sans protection. De la, cette « iureur des armes qui désola si long-temps « l'Europe transformée en un champ de La- « taille , où toutes les ambitions venaient <' tour à tour se mesurer. On réduisit en te théorie le brigandage, la perfidie, la tra- « hison, l'assassinat. Les rapports de justice « ébranlés , la force substituée au droit, il « était dijfïicile que les maximes par lesw quelles les souverains réglaient leur con- « duite au dehors , ne pénétrassent plus ou « moins dans le gouvernement intérieur ; et (( cela sous des princes même religieux ; V parce que , distinguant deux personnes « diverses dans le monarque, on se persua- K dait que la règle des devoirs était autre w pour l'homme, autre pour le roi, à raison
betli , adressé par l'auteur à tout le Protestantisme, n'admet daus sa g-cnéralité aucune exception , puisqu'il tombe sur tous les rois, même les phi s rclûjieuxj qui se sont trouvés en différend arec les Papes.
52 nisTOiRFi
« de la souveraineté qui légitime tout. » Ces principes funestes, développés de siècle en siècle , ont eu une influence générale et puissante sur les destins de la société. Ils y prévalurent , ils dominèrent à la cour de Louis XIV, où ils donnèrent naissance à la déclaration de 1682. Ainsi donc,K en sé- « parant , contre la nature essentielle des « choses, l'ordre politique de l'ordre reli- « gieux , le monde aussitôt a été menacé « d'une anarchie ou d'un despotisme univer- « sel (i). » Préparées par ces élémens de discorde , les Réformes de Luther et de Henri VIII n'ont fait que les proclamer avec plus de solennité. « Soustraite à l'influence « et à l'autorité des Papes , la société s'est « dissoute (1 ). Née de la révolte , et obligée K d'en maintenir le principe, lors même K qu'elle se fait un appui de l'intolérance « politique , toute secte commence par
(1) Pages 146 151.
(2) Page 152.
w l'usurpation, et finit par l'anarchie (i).» En France même, sous le prétexte d'affranchir l'autorité temporelle de la dépendance dupouvoir spirituel, les Parlemens furent ohligés d'attaquer celui-ci dans son essence. Le Monarque suivit l'impulsion , et sanctionna l'apostasie. Un Episcopat (présidé par Bossuet) lui vendit sa conscience, et les quatre Articles proclamés en 1682, en établissant, d'une part, l'athéisme politique, qui est devenu la base des lois, renversa, d'une autre part , la Constitution de l'Eglise, et l'Eglise même (2); conséquence inévitable du système athée, qui, si rien nen arrête le développement , anéantira la société humaine , et le genre humain même (5). »
« Ce pouvoir divin, seul inhérent essentiellement a l'autorité du Souverain Pontife , déclaré parles Conciles et par tous les Théo-
(1) La Religion y etc., p. 299.
(2) Page 3oo.
(3) Pa^'e3o/i.
iogiens Monarque de l'Eglise , les Prinres ont essaye Je ie transporter k Ic.ir royale prérogative, et ils y ont réussi. Ce que l'on ravit au Pontife, on l'a donné au Prince. Fj! voulant, par une funeste contradiction, que la loi divine demeurât toujours la règle des actions privées , les princes en firent le fondement du droit de commander, et le sceau de leur domination oppressive (i \ C'était Ta renverser la base de la société chrétiejine et de toute société; c'était constituer un despotisme monstrueux, et préparer une anarchie plus monstrueuse encore (2). Car les peuples eux-mêmes, réagissant contre le despotisme royal , ont voulu k leur tour armer ses vengeances d'une autorité sacrée , et donner le droit divin pour appui à leur dogme absurde et impie de souverain o!é populaire (5). »
(i) La Religion, etc., p. 270, 277.
(2) Page 354.
(3) Page 2-32.
DE LA AOUVELLE nÉRÉSIE. 56
Le Protestantisme a consacré l'erreur des tins et des autres; en brisant l'unité religieuse, il a également brisé l'unité politique (1) ; le Gallicanisme, qui en a sucé tous les poisons , a poursuivi cette guerre impie contre le pouvoir un , universel, infaillible du Siège Apostolique (2). Une philosophie hypocrite l'a soutenue par ses écliafauds et par ses sophismes. Tous trois, unissant leurs efforts contre l'antique Constitution de l'Eglise, l'ont contrainte de plier bassement sous le joug que le pouvoir politique lui a imposé, d'enchaîner sa discipline k ses caprices, l'ont réduite à ne respirer qu'autant qu'il plaît à ses tyrans (5).
Et le siècle tout entier a vu avec une stupide indifférence d'aussi exécrables désordres! 11 a vu, sans en être effrayé, les progrès toujours croissans de cet athéisme
(']) La Religion , etc., p. 300.
(d) Pages 9<), 277 (3) Pages 232. 288.
déguisé d'abord sons le masque de l'indlITérence, bientôt se montrant a découvert, pénétrant la société domestique tout entière, et infectant toutes les contrées de l'Europe ! Mais aussi, pour le châtier, la divine Providence a-t-elle dans sa justice multiplié les fléaux et les calamités , comme dans sa miséricorde elle a suscité dans la personne de M. de La Mennais un vengeur (i), et dans la nouvelle génération sacerdotale l'espérance de la régénération universelle.
De cette doctrine , que nous avons vue déjà énoncée dans les livres de l'auteur sur V Indifférence en matière de Religion j, manifestée clairement dans celui-ci, et qui le sera plus ouvertement encore dans le journal de V Avenir ^T^QxiY recevoir sa dernière révélation dans les Paroles d'unCroyanty il résulte premièrement que la Constitution donnée par Jésus-Christ à son Eglise a été ignorée ou méconnue durant nos dix-huit siècles chré-
(l) M. Lacordaire , Consi'ln-at. ,^. 37.
tiens , jusqu'aux jours oîi nous sommes. Secondement, que la croyance des deux juridictions également souveraines par les- (|uelles le monde est gouverné, est une erreur. Troisièmement, qu'il n'existe essentiellement qu'un seul pouvoir un, universel , source unique et garantie de tous les autres. Quatrièmement , que la puissance royale n'est que secondaire , dépendante , subordonnée. Cinquièmement que l'oubli et la violation de ces maximes a établi dans la société chrétienne un athéisme universel. Sixièmement, que les libertés gallicanes, et la Déclaration dei 682 qui les asanclionnées, ne sont qu'un acte de schisme , d'apostasie et d'athéisme.
A ces assertions nous opposons les principes suivans : qu'il y a une Constitution divine établie par Jésus-Christ , .garantie par son infaillible promesse pour régir son l'.glisc jusqu'à la consommation des siècles; que la puissance royale csl souveraine , indé-
58 inSTOlUE DE LA NOUVELLE IIÉUÉSIE
pendante , comme la puissance spirituelle ? qu'il lui est dû respect , soumission , obéissance , non seulement par crainte , mais par devoir de conscience; que l'accusation d'athéisme imputée a la France et a toute la société chrétienne dans l'Europe, est démentie hautement par une prescription générale et par tous les monumens; que nos libertés gallicanes ne méritent aucune des qualifications qui leur sont prodiguées par M. de La Mennais et son école.
CHAPITKE If.
(Juustitution donnée par Jésus-Christ à son Eglise.
Que Jésus-Christ ait donné k son Eglise une Constitution , il n'estpersonne qui l'ignore ou le conteste. Après sa glorieuse Résurrection, près de retourner a Dieu son père , il rassemble ses Apôtres pour leur dire : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre : comme j'ai été envoyé, je vous envoie : allez, enseignez toutes les nations, les baptisant eu mon nom , comme au nom de mon
40 iîî;;TOir.E
Père et de mon Esprit saint ; voila que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (1). Voilà donc une société chrétienne. Toute société a des lois. Jésus-Christ lui a donné son code : c'est l'Evangile. Ceux qui l'ont embrassé, on les nomme fidèlesjdonc l'Eglise est une société , c'est donc un point de foi. L'Eglise est l'épouse de Jésus-Christ. Elle a donc un contrat. Or, qui est-ce qui a pu en dicter les conditions, sinon l'homme- Dieu, qui l'a rachetée de l'esclavage et de la mort, pour la couronner, pour la faire asseoir sur son trône , pour l'associer à sa puissance royale par cette glorieuse union dans laquelle il donne tout et se donne luimême sans rien recevoir? Jésus^Christ est Roi. Quiconque se dit chrétiçn lui doit obéissance. Point fie société sans une distribution de pouyoy:s qui ont nécessairement leur étendue et leurs limites, leurs gradations et leurs rapports respectifs. Sa Constitution
(1) Matth., xxviir^ 48, J9.
DE LA iXOlVELLE UÊUÉslL. 41
doit donc nécessairemçnt fixer des bases iondamentales , invariables, qui la régissent. Je le demande k M. de La Mennais : A quelle autre plus sage qu'elle la Sagesse incréée pouvait-elle confier cette importante organisation? et quel Ange ou quel homme, a moins que ce ne soit M. de La Mennais, aurait osé venir s'asseoir à côté de Jésus- Christ, sur son trône, pour dicter des lois dans son empire? Et fût-il un Ange, saint Paul m'apprend que quiconque viendrait nous apporter un autre évangile que celui de Jésus-Christ, nous ne lui devons que des anathèmes (1).
Prenons acte de son aveu : « Tout l'édifice « du Christianisme , ses dogmes, son culte , « sa morale reposait, depuis quinze siècles , a et dans les principes catholiques doit recc poser toujours, selon l'institution de Jésus- « Christ (2), sur l'enseigTiement d'une auto- Ci) Galat., I, 8.
(2) La Religion considérée , etc.^ p. 304.
42 IIISTOIKE
ff rite divinement infaillible, y^ Depuis quinze siècles^ dit-il! Nous, nous en comptons bien davantage. Car un oracle bien plus sûr que lui nous montre son berceau antérieurement a tous les siècles, dans les jours de l'éternité (i ) . Divine par son institution , indépendante par sa nature , l'Eglise catholique subsiste par elle-même; elle n'implore ni ne redoute la puissance séculière ; elle jouit avec reconnaissance de ses bienfaits, ou s'en passe sans se plaindre. Sa destinée n'est point de posséder la terre et de la gouverner avec un de ces sceptres que les révolutions humaines bx'isent ou transportent en d'autres mains : un plus haut empire et bien plus durable que toutes les royautés de la terre lui est réservé (2). Les trésors auxquels elle aspire sont ceux qui ne craignent ni le temps ni les voleurs (5). Ce qui lui fut promispour lesjours
(1) Egrc^sus ejus à diebus œternitatis . Micli.^ v, 2.
(2) La Rdigion , etc. . p. 111.
(3) Matth., VI-, 19.
de son pèlerinage, ce ne sont ni les joies et les commodilés de la vie , ni les richesses du siècle, pour qui l'on sait bien quç Jésus-Christ n'eut que des anatlièmes (1); mais les tribulations et les pleurs de l'exil , les combats au dedans, les craintes au deliors. Pourquoi donc se plaindre éternellement des persécutions qui l'assiègent, des injustices qu'elle subit, des spoliations dont elle est victime? Ce qui lui est commandé, c'est de pardonner à l'exemple de Jésus-Christ. Est-ce l'imiter, que de nous parler sans cesse d'un passé qui n'est plus , pour nous effrayer d'un avenir que l'on suppose pire encore? ' M. de LaMennais reconnaît dans ce même ouvrage que la vraie dignité , la force véritable du Sacerdoce dépend aujourd'hui plus que jamais de son éloignement des affaires publiques. On n'est pas obligé de plaire ; îîiais est-ce un devoir d'irriter son ennemi ([uand il ne vous demande que ce que vous (1) Luc, VI, 24.
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lui devez, la résignalion? — Mais il s'agil de la foi. — Pourquoi donc faire intervenir dans cette noble cause le souvenir de l'ancienne prééminence qu'il occupait autrefois, et des propriétés €{ue l'iniquité lui a ravies (1 )? Saint Ambroise n'approuvait pas plus que M. de LaMennais, ni les menaces insolentes de l'Arianisme, ni lesspoliationsdontl'Eglisc avait eu k gémir. Son éloquente voix savait bien confondre les sopliismes de Symmaque en faveur de la tolérance. « Qui peut , de- « mandait-il avec uiîc sainte assurance, m'ac* fi cuser d'avoir oublié la soumission due h (( César , même en défendant l'Eglise de « Dieu (2)? » Je propose le même défi à la conscience de M. de La Mennais et de ses lecteurs.
Si nous sommes obligés de revenir sur les premiers principes de la Théologie , pour combattre ceux de l'illustre auteur , nous
'. ) La Religion consiclérêe , \i. G3, 09. (2) .BaiiiS Jiihlioth . choisie des Pères , î. IX, p. 10-
DB LA NOU\nELLE HÉRÉSIE. 4o
n'avons assurément pas la prétention de les apprendre à M. de La Mennais. Mais csl-ce a son école qu'U nous faut les aller chercher?
Une discussion franche, dégagée de tout esprit de parti , réduira à leur juste yaleur les éternelles déclamations de l'écrivain contre des doctrines que les hommes n'ont point faites, et qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de détruire.