‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La Mennais (volume 4)Chapitre 2 sur 30 · CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIÏ

Constitution donnée à l'Eglise par Jésus-Christ. Du précepte do l'obéissance à l'autorité séculière.

Jésus-Christ, en fondant son Eglise, ne l'a point jetée au hasard sur la mer orageuse du temps; il ne l'a point créée en opposition avec la société dont il est le fondateur. La Constitution qu'il lui a donnée l'a faite indépendante des choses de la terre. On lui voudrait à lui, et plus encore h ses disciples, un empire dont rien ne troublât îa possession, une domination sur la terre,

lellr que celle dont il jouit dans le ciel. M. de La Mennais n'en fait pas encore la demande explicite , bien qu'elle soit la conséquence de son principe d'unité absolue dans la société humaine. Il se contente de l'insinuer par ces paroles du Sauveur à ses Apôtres : Toute puissance ni a été donnée au ciel et sur la terre (1). Bellarmin et les IJltramontains n'en demandent pas davantage pour réclamer, en faveur de l'Eglise et de son Chef, la domination universelle , au moins indirecte, au même titre que celui dont l'une estl'épouse bien-aiinée de Jésus-Christ, l'autre son vicaire, son représentant (2). Que la plénitude de la divine Toute-Puissance résidât en lui comme dans sa source , dans le temps même où l'éclat de sa divinité se cachait sous les voiles de son humanité ; ce n'est pas la la question. Il s'agit seulement

(1) Matth.. xxviir, J8. De la Religion, p. 04.

(2) I)e Roman 0 Pontifice , hh. i, cap. xvi, t. I, p. 146, colonne 1028.

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de savoir si c'est celle-là qu'il a léguée à ses Apôtres. Or la puissance qu'il *leur a transmise , c'est celle dont il avait fait usage pour lui-nicme, de délier les péchés, d'enseigner son Evangile , de conférer ses sacremens , non de gouverner les nations. Rien que de spirituel dans sa domination suprême , toutepuissante par l'efficace de sa grâce. C'est en vertu de son souverain pouvoir dn Roi et de Législateur qu'il a choisi pour les ministres de son royaume ceux qu'il a voulu; au même titre de souverain Législateur qu'il a donné h Pierre la primauté entre les Apôtres , qu'il a déterminé les caractères de leur autorité toute spirituelle.

Vainement le divin Législateur a déclaré que son royaume n était pas de ce monde {\ ) : que si donc il avait une royauté , un empire, c'étaient une royauté , un empire qui ne ressemblaient en rien à ceux de la terre. Et

(]) l^Pijnum 7iie:/vi non est de hoc mundo. ( Joann. ,

pouvait-on s'y méprendre , quand lui , le Maître du ciel et de la terre , se choisissait une étiible pour berceau , pour diadème une couronne d'épines, et pour trône l'arbre de la croix fumante de son san"?

S'adressant a ses Apôtres : / oiis n'ctef: pas de ce monde ^ leur avait-il répété souvent. Votre partage, a vous , c'est celui que je me suis donné à moi-nif^mcj car enfin, le disciple ne vaut pas mieux que h maître ('\) . Vous, c'est la fuite du siècle qui vous est commandée ; non point d'y dominer par les grandeurs et la richesse. Je ne permets a aucun d'entre vous de s'appeler maître ; que le plus grand d'entre vous ne soit que le ministre des autres (^). Ce n'est qu'a cette condition que l'on vous reconnaîtra pour être

(1) De mundo non rsf/.v ( Joaii., x\., J9}. — Non est discipiilus major inagisùro (Matlh., x, î'j).

(2) JScc vocemini mafjistri, quia mayistcr venter unus est Christns (ibid., xxuï, 10). Çtii major est restrum crit minisier vestpr {ihil.^ 11).

iSO HISTOIRE

le sel de la terre et la lumière du monde (1 ) j destinés à le purifier et a l'éclairer, envoyés par Jésus- Christ j comme Jésus- Christ le fut par Dieu son père ^ non pour être seri>iy mais pour servir lui-même (2).'

Il a voulu naître comme le plus vulgaire des hommes , dans l'obscurité et l'indigence, il a vécu dans la retraite et le déimment absolu des délicatesses mondaines , ne se montrant parmi ses concitoyens Q^\e, pour leur faire du bien; guérissant leurs infirmités, exerçant la miséricorde, sans distinction de Juif ni de Samaritain , s'accommodant aux devoirs, aux simples bienséances de la vie civile , se refusant a tous les hommaaes de l'admiration et de la reconnais-

(1) Kos estis sal tsrrœ; vos estis lux mundi ( Matth. ,

v,ia, 14).

(2) Sicut tu me misisti in mundum , et ego wisi cos in mundum (Joann., xvii, 28). — • Filius hominis non venit ministrari , scd ministrare ( Marc , X, 4o).

DE LA NOUVELLE nÉP.ÛSŒ. j^

sance, jusqu'à fuir, quand on le voulait proclamer roi (1).

Appelons M. de La Mennais au jugement de l'un de ces hommes qu'il accuse opiniâtrement d'avoir méconnu l'esprit de notre Constitution catholique par leur servilité envers les puissances de la terre : « Parcout( rez les entretiens de Jésus-Christ soit avec « des gens du peuple , soit avec des per- « sonnes de distinction- vous n'y trouverez « rien qui ait rapport aux intérêts politiques t( de la nation et à la situation de l'Etat. « Chaque fois qu'il ne peut s'empccher d'éc( noncer son opinion sur quelque objet de « cette nature, il se déclare pour le gou- «< vernement établi , exhortant les Juils ;i « se soumettre à l'autorité des Romains. V Jamais il ne prit le ton ni l'extérieur d'un « bruyant démagogue , qui veut opérer une « révolution et changer la constitution de « l'Etat; mais il parla toujours comme un

(1) Joann., vr, 15.

3â HISTOIRE

(c Docleur paisible, qui ne veut qu'info struire ses concitoyens , et réformer leurs « mœurs (1). »

La domination dont il ne veut pas pour lui-même, la permettra-t-il a son Eglise? Pas davantage. L'oracle est formel : Les Rois des nations dominent sur elles, et ceux cjui exercent sur elles le pouvoir , on les appelle les bienfaiteurs des peuples ; mais il n'en est pas ainsi de vous , a-t-il dit à ses x\pôtres(2). Qu'on l'invite a prononcer dans un arbitrage , il répond : Qui m'a constitué juge parmi vous (3)7 Le voyezvous nulle part en opposition avec les puis-

(J) Pvheinart, Essai sur le plan que le Fondateur de la Religion chrétienne s'est proposé ( trad. de l'alleinand par Dumas), i vol. iii-12 (Dresde), p. 61 , et il cite : Malth., xxv, 17-20. — Marc, xii, 13-17. — Luc, XX, 20-2.0.

(2) Reges gcntium dominantur eoriim, et qui potcstatem hahcnt super eos henefici vocantur. Vos auiem non sic (Luc, xxii, 25).

(3) Quis me constltult judiccin aul dicisorem super vos? (Luc^ xii^ 14. ).

DE LA IMOLVELLE IILl'.ÉSIE. S5

sances de la terre ? Il donne constamment l'exemple de l'obéissance la plus soumise, et respecte dans le Gouverneur romain l'autorité du Prince. Que les Pharisiens l'interrogent : Maître ^ est-il permis de payer le tribut à César {V)! — Montrez -moi une pièce de monnaie. Et quand ils l'eurent produite : De qui est cette inscription ? quel nom présente-t-elle ? D^Aujiçuste ou de Tibère? N'importe : — De César ^ ont-ils répondu, de l'Empereur notre roi, notre souA^erain : Dicuntei Cœsaris. L'esprit saint , qui a si évidemment dirigé la plume de nos Evangélistes, ne nous en dit pas davantage.

Quel dommage que les Pharisiens et les Scribes de ce temps-là n'aientpas eu dans leurs conseils tels casuistes de nos jours si habiles à éluder par des subtilités la reconnaissance de César ! — : Mais ses droits sont-ils universellement reconnus? — « Mais Cinna, Albinus « et Niger , mais ces hordes implacables et

(1) Matth. , XXI, 17 etsuiv.

T. ÏI.

(( toujours renaissantes de factieux, ennemis ff du bien public , ne conspirent-elles pas « tout haut contre ce qu'elles appellent un (( pouvoir usurpé? » — Le nom seul de César a répondu à tout. L'ordre de la Providence, voilk la ligne directe de succession c Scribes et Pharisiens , qui nous proposez des questions captieuses, imitez du moins jusqu'au bout ces interrogateurs d'autrefois , qui , frappés de la majestueuse précision de la réplique du Sauveur , ne surent plus que lui répondre , et se renfermèrent dans un modeste silence. Dans toute cause portée au tribunal de la conscience, qui doit prévaloir, des préventions ou des principes?

Le commandement de l'obéissance s'applique à tous , amis ou ennemis , infidèles , apostats même. Auguste, Tibère, une fois ordonnés par la Providence , n'en sont pas moins les Christs du Seigneur. Jésus-Christ n'ignorait pas apparemment quels étaient leurs titres , quels seraient leurs successeurs j

et sa divine prévoyance lisait dans l'avenir les sanguinaires édils qui seraient rendus par les peuples et les rois conjurés contre le Seisfneur et contre sou Christ (i).

Prêtres de Jésus-Christ, organes du divin Législateur, de qui vous tenez la mission auguste que vous avez a remplir auprès des peuples : vous avez dans les mains le Code infaillible de notre doctrine. Après l'Evangile, ce sont les Epîtres des saints Apôtres. C'est vous que je consulte a mon tour. Que nous dit celui dont Jésus-Christ a fait la colonne et le fondement de son Eglise immortelle, son vicaire parmi les hommes, léguant après lui à chacun de ses successeurs la plénitude du pouvoir donné a Jésus-Christ par Dieu son père, dans qui tous nous révérons le Centre de l'unité catholique , le Pasteur, le Père , le Docteur de tous les chrétiens , le premier,

(1) Astiterunt reges et populi , et tiimultuati suiii adversKs Bominum et adverstis Christum ejiis. {Fsalm. H, 2. )

36 nisïODu:

constamment avant tous, par la haute confession de la foi chrétienne : qu'il paraisse ici encore li la tête du collège apostolique et de la tradition. Que nous dit-il? Soyez soumis aux Rois et aux magistrats y parce que c'est la volonté de Dieu, cjui veut que par ce moyenvous fermiez la bouche à ceux qui vous caloninient comme ennemis de V empire {\). Nulle équivoque ni pour l'étendue , ni pour le motif du commandement. Jésus-Christ a-t-il donné a son Apôtre plus qu'il n'avait reçu de Dieu son père? ISon(2). 11 n'a pas laissé ignorer que son royaume n'était pas de ce monde. Recevez, a-t-il dit , les clefs du royaume du ciel. Il n'a pas ajouté : et les clefs des royaumes de la terre.

fl) Stihjccti estote omni hunianoj crcafiirœ propter JJeuin, sice Ji?(/i uuasi prœcdlentl, -sii-c diicihus tan fjuani ah eo missis. Quia sic est Toluntas Dei ut henefnvientes ohaii/lcsccre faciatis.inipnnhntiuin hotninuni ignora ntiam [^V et" . , il, lo-lo}.

!2) 8. Bei'u.. du Consid. %d Euijen. Jlarea, ioiir. lin,p. "t Stt':('yd.. lib. n, cap. m.

Que nous dit encore celui qu'un saint Jean Chrysostôme et tous les siècles chrétiens ont proclamé la bouclie de Jésus- Christ , son plus fidèle interprète , ce grand Paul , honoré des plus sublimes révélations? Paul n'aura pas un langage différent :

«On peut vous persuader que la liberté « que Jésus - Christ vous a acquise vous « affranchit de l'obéissance et de la sou- « mission que vous devez aux Princes de « la terre et aux puissances qui y sont éla- « blies; mais je vous déclare, mes frères . <f que , selon la doctrine de Jésus-Christ « même , il faut que tout le monde se sou- « mette aux puissances supérieures ; car il « n'y a point de puissance qui ne vienne de « Dieu , et c'est lui qui a établi toutes celles (f qui sont sur la terre (1). » Ce n'est point Ta, ajoute saint Jean Clirysostùme , un com-

(1) Boni., Mîi, li'iiduclion développée du P. Carrière, Bihh, l. Vill, p. 400. Pour les rétlexions de saint Jea)i Clirysostùme à ce sujet, rorjcz iwtve £ihlioth. choisira fJes Pères , t. XVIIJ, p. 3:1.0.

mandement particulier h telles ou telles personnes. Nulle exception : prêtres, religieux , Apôtres , Evangélistes , Prophètes , si vous voulez, n'importe, qui que vous soyez, soyez tous soumis. Le fondement qu'il donne a cette obligation , ce n'est pas l'intérêt seulement et la nécessité; il creuse plus avant : le trône de l'autorité est placé dans la conscience , où Dieu a le sien ; c'est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique. Le motif essentiel dont il l'appuie s'enchaîne a un ordre de vérités des mieux faits pour le justifier et l'ennoblir , l'autorité de Dieu même , de qui émane toute puissance; car il nj a point de puissance qui ne vienne de Dieu^ et c'est lui qui a établi toutes celles qui sont dans les conseils de sa justice ou de ses miséricordes, comme récompense ou châtiment : là tout le secret de sa Providence. Notre unique devoir, à nous, estd'obéiret de nous soumettre. Point de puissance qui ne soit établie

de Dieu. « Remarquez-le bien » , vous crie saint Vùgustin , « soit qu'il l'ordonne, soit « qu'il le permette (i). Boi de Providencej, « Roi de droit j pouvoir légitime^ pouvoir lé- V gai : n'importe. Du moment oii la volonté « de Dieu s'est fait connaître, c'est la ]a puis- « sance établie. » N'importe la forme de gouvernement ; toutes sont firbitraires. L'Ecriture sainte nous élève sans cesse à la Divinité, pour chercher en elle la véritable , l'unique source de l'autorité. Quel tort cette doctrine fait-elle a la politique humaine? En vérité, je ne vois pas de motif plausible de s'effrayer tant de ce Pouvoir divin , qui n'est pasl'ouvragedeshommes.Qu'est-ce donc que le peuple peut y perdre , quand c'est lui qui exerce la puissance ? Or, les paroles de l'Apôtre s'appliquent a lui-même aussi bien qu'au magistrat qui lui fut donné ou qu'il s'est choisi.

(I) Adr. Faust., t. VIII, édit. Bened , p. 400. Biblioth. choisie, t. XXII, p. 120. Conférences d'Angers, Lois , p. 217 ( édil. Paris, 1755).

60 HISTOIHK

Parcourez les Epîtres de S. Paul j suivezle dans ses courses apostoliques, qui ne s'arrêtent qu'aux extrémités de la terre : s'est-il réservé dans un coin du monde quelque contrée particulière pour en faire une monarchie indépendante des puissances de la terre, lui qui pouvait, s'il l'eût voulu , recevoir les honneurs divins, que lui décernait l'admiration d'un peuple charmé de son éloquence ('! ) ? Quiconque , s'écriera-t-il , viendrait vous apporter un autre Evangile que celui de Jésus- CJirist y fût-il un jlnge , fùtil un autre Paul : qu'il vous soit anathèine (2) ! S'il écrit îi Tite , a Timothée , après leur avoir imposé les mains , est-ce pour les initier dans les secrets de la politique y leur découvrir les intrigues du cabinet et les révolutions des empires? Que Jésus-Christ domine dans les cœurs , voilà l'u-

(']) Act., Mv, n.

(2) Licet nos aut Angélus de cœlo cvangdiiet prœterquàm evavgelizarimvs^ vohis anathema sit (Gai., I, 8).

nique ambition du grand Apôlre (I). Ce qu'il défend le plus expressément au Prêtre, c'est de s'embarrasser dans les affaires du siècle (2). L'un des premiers devoirs qu'il prescrit aux Ministres du sanctuaire , c'est d'adresser à Dieu des prières , des supplications ^ des vœux ; est-ce assez? non , des actions DE GRACES , pour ccux qui commandent aux peuples (3). Ce n'est point là une simple exhortation , c'est un précepte formel , une loi impérative , une règle de conduite invariable , contre laquelle rien ne saurait prescrire. « Priez pour les rois, pour les « princes et les puissans, » écrivait aux Chrétiens d'Asie le saint évêque de Smyrne , le disciple de saint Jean l'Evangéliste , si plein

(1) I Cor., XV, 25.

(2) Nemo militans Deo impîicat se negotiis sœcitlaribHs{lTit., ii, 10).

(3) Ohsecro igitur priinum omnium jicri obsecialioncs , orationes, postulationos, cRATrAiiL:\i actiones pro regibus et hia qui in sublimitate sunt (I Tim., n, 4,2),

62 HiSTomE

de la doctrine de son divin Maître (i). Et à quel moment? A celui oii il vient de les quitter pour aller servir de pâture aux lions, qui l'attendaient dans l'Ampliithéàtre. Partout les édits persécuteurs font ruisseler le sang chrétien ; partout nous voyons les saints Evêques exhorter les Fidèles a la soumission envers les puissances , et leur recommander non- seulement urne obéissance passive^ mais im filial attachement et des prières ferventes. Saint Denys d'Alexandrie donne k l'Empereur sous lequel il vivait les titres magnifiques de très-religieux et trèsfavorisé de Dieu : religiosissimus Dei atque amantissimus imper ator ; il parle de l'empereur Gallien; ajoutant que les Chrétiens se disposaient a célébrer la neuvième année de son règne par une fête solennelle (2) ;

(1) S. Ignat. Epist. ad Philadelph, ,\\. xii, j». 179, ecltt. Isaae. Vossii , Amstelod., 164G.

(2) Epitre à Heimannon , dans Eusètie , Histficelés. ,\xY, VII, chap. xxiir.

et, dans une autre de ses Epîtres , il reconnaît que c'est Dieu qui a mis l'empire entre les mains des très-augustes Valérien et Gailien : Qui Valeriano et Galliano^ sacratissimis augustis, imperium tradidit (1). Est-ce dans ces termes que certains journaux français proclament le nom de notre Monarque , eux qui se croient encore généreux envers lui , quand ils en parlent sans l'accompagner d'épithètes injurieuses ? Ce n'est pas tout; le saint évêque ajoute que l'Eglise chrétienne tout entière faisait des prières continuelles pour la prospérité et la tranquillité de leur règne : Huic continuas pièces ojfèrimus pro iniperio illorum yUt stahile et inconcussum permaneat (2).

L'usage de ces prières publiques pour la personne des Empereurs se continua sans interruption dans toutes les Eglises du monde , tant en l'honneur des Princes que

(1) Ibid., Hist.Eccl., c. XI. Ruynart,Y^cf. Mait., p. 173.

(2) Ibid.

pour les magistrats dépositaires de leur puissance. Une lettre de saint Ambroise nous en fournit la preuve (1). Saint Sabas intercédait auprès de l'empereur Anastase , persécuteur, en lui affirmant que l'Eglise catholique priait jour et nuit pour la tranquillité de son empire (2). Nous verrons dans les siècles postérieurs Clovis , encore païen , recevoir de saint Rémi , évêque de Pveims, des l'élicitations sur son avènement h la couronne , avant qu'elles n'eussent été sollicitées par l'autorité ci\ile. Le pieux Pontife écrivait a l'illustre seigneur Cloi>is^ célèbre par ses vertus (5). Le pape Anastase correspondait avec lui par des lettres animées du même sentiment. A cette époque ,

(1) Tom. Il, édlt. Hénéd., Col., ?o8.

(2) Butler et Godescard , J ies des Saints , 6 dél'embre. Fleury et Racine. Hisf. écoles, ^t. II, in-12, p. 590.

(3) Dubos , Iflst. de la Monarchie franc., t. III , p. il9. Biblioth. choisie, t. XXIII, p. 87. Bérault- Bercast., Nist. de VE(j.,i. IV, p. 10o.(édit. Besanc.)

DE LA NOUVELLE nÉRÉSIE. (i6

parmi les princes de l'Occident, pas un n'était catholique. Tous adoraient les idoles, ou étaient infectés d'Arianisme, TKéodoric, roi desOstrogoths , et Alaric, roi des Visigoths, qui tenait presque toute l'Espagne et le tiers des Gaules, étaient Ariens. Les rois des Bourguignons et le roi des Vandales d'Afrique étaient de la même communion. Enfin, les rois des Francs établis dans les Gaules professaient encore le paganisme. Voyez-vous un seul évêque qui ait refusé a ces princes divers l'hommage de la soumission et de la prière ? Interrogeons nos propres souvenirs. Napoléon, persécuteur, nous dit-on aujourd'hui, de l'Eglise et de son Chef, M5Mrjoa^eM/' souillé du sang le plus pur, tyj^aîi et bourreau de l'humanité tout entière, futil moins honoré par les mêmes hommes qui insultent aujourd'hui à sa mémoire , quand ils lui ont dû le retour dans leur patrie, et le rétablissement dans les chaires épiscopales? Tous lui avaient prêté serment d'obéis-

66 iiiSTOinE

sance, et iic l'auraient pas fait, s'ils eussent

craint de prévariquer. 11 est dit a la page 56

du Catéchisme national j publié sous l'Empire , pour tous les diocèses de France : (( Honorer et servir notre Empereur , c'est (( honorer et servir Dieu lui-même. Ceux

V qui manqueraient a ce devoir envers lui « et ses successeurs se rendraient dignes de

V la damnation éternelle. » Les évêques de France , sous la domination de Henri P' , s'écriaient que c'était aux premiers Pasteurs à commander l'obéissance que l'on doit aux Rois : Episcoporuni est semper Regum obedieniiam prœcipere (1),

Telle est la foi de notre Eglise chrétienne. Pas une liturgie, pas un siècle, pas une Eglise qui ne s'accorde sur ce point. Pas d'autre commentaire légitime des paroles de l'Apôtre. Les Communions dissidentes ellesmêmes ne permettent pas d'autre enseignement dans leurs écoles, et se sont élevées

{\) Collect. des procès-rerh fhtClergc Jp France ^ t. V, p. oSl.

avec force contre les opinions contrctires(1 ). Et, quoique ce soient là de ces maximes surannées qui fondent le principe du droit divin , aujourd'hui si fort décrié dans les théories nouvelles, et jusque dans l'école de M. de La Mennais , je ne vois pas que l'on courre le risque de se tromper, quand on a pour soi le grand parlement de l Eglise catholique (^^.

Pour éluder la force des paroles de l'Apôtre et de la doctrine des temps apostoliques sur le précepte de l'obéissance , les Théologiens du dix-neuvième siècle nous objectent la différence des temps. «Bon, répondent-ils, « pour les circonstances d'alors, où l'Eglise, « encore a son berceau, ne pouvait opposer t< que les pleurs aux fureurs de la persécution

(1) Décret de l'université d'Oxfort^ dans Querbeiif, Principes du Goitver?ieme7it , p. 316 et suiv. 1 vol. in-8°, Paris, 1797.

('4) Mot de Thomas Morus, chanceliei* d'Angleterre. Sanders, Schisme d'Angleterre ,\>. '128; trad. de Maucroix.

G8 . nîsroïP.E

(f arml^ô de la toute-puissance des Césars, en « sorte que la patience tant vanice des Mar- « tjrs était un effet de leur crainte plutôt <( que de lew vertu. » C'était le subterfuge imaginé par Jurieu et par Bucanan , réfuté par les ministres de Charenton eux-mêmes, foudroyé par Bossuet , dans son cinquième avertissement (i). Cependant cette mensongère assertion \ient d'être renouvelée par les écrivains du parti de M. de La Mennais. « C'est lui qui leur a appris que les conseils V (non les préceptes rigoureux de l'obéis- « sance ) n'étaient bons que pour les temps « oii les Apolres écrivaient, mais qu'ils ne « conviennent plus k une civilisation aussi « avancée que la notre j cjue les plaintes oc- « cultes et les gémissemens solitaires n'ap- (f partiennent qu'a des troupeaux d'esclaves. K Les premiers chrétiens n' attendaient pas , (c ils combattaient (2).

(1) N. XIV, et dans ?on Ui^t. des Variât., liv. x, n. XXXV, t. lil, \nA°, f. 39o.

(2) Ave:j.ir, f. 99.

DE LA r^OUVELLE HÉRÉSIE. GO

Laissez seulement ces lionceaux devenir lions, et vous ycitcz s'ils consentent U se laisser égorger comme de timides agneaux.

M. de La Mennais n'en fait mystère , et donne à ce qu'il appelle son ennemi y c'està-dire au pouvoir , le charitable avis de se tenir sur ses gardes : ff Le gouvernement i< se tromperait, dit-il, étrangement, s'il X « s'attendait a retrouver en nous les super- « stitions de l'obéissance passii^e Ci). »

Nous examinerons dans un chapitre exprès la doctrine politique de M. de La Mennais, toujours dans ses rapports avec la foi chrétienne. Il nous suffit a présent de faire voir combien elle s'éloigne de celle qui fut constamment professée par l'Eglise (2).

Les faits viendraient ici en foule a l'appui de notre assertion. Mais qu'est-il besoin de multiplier les témoignages , quand un seul

(1) Avenir ,n. 6.

(2) J oy. Tertul)., Juns BiUioth. choisie , p. 3SS. Origène , ibid.,^^. 2. S. Grég:.-le-Gr. , ihid., t. XXV, p. 12. Pic VI , Bref du 10 mars. Coll., t. I , p. J28.

nous donne la réponse la plus décisive à toutes les difficultés?

L'empereur Maurice avait rendu un édit contraire à Ija loi de Dieu. Le pape saint Grégoire-le-Grand l'avait jugé tel. Il s'empressa d'écrire au Prince, que, préliminairement a toute discussion a ce*sujet, il a commencé par faire publier l'édit par toute rEglise,par respect pour l'autorité du Prince, à qui il se déclare soumis en tout en vertu de l'obéissance ordonnée par le souverain Législateur (1). Pi.efusait-il de prier pour Maurice , convaincu d'infraction à la loi divine? Vint-il dans la pensée de personne de croire que le sage et magnanime Pontife voulût faire de la Pieiigion l'Apôtre de la servitude j la complice des Rois contre les peuples, le piédestal d'un trône vermoulu {ly.

(1) E(]o quidem jussioni snlijectus, eamdemlegem per divcrsas terrarum partes transmitti feci, lib. ir , epist. Lxir.

(2) M. de La Mennais , journ. de V Avenir, n. 30.

DE LA ^OUVELLE HÉRÉSIE. 7i

Ce n'est pas tout,« Maurice avait mécontenté l'armée et le sénat. Il est obligé de fuir, et son successeur est proclamé. Le patriarche de Constantinople, Cyriaque, se hâte de couronner le nouvel empereur. Bien loin de blâmer sa conduite , saint Grégoire , encore du vivant de Maurice, écrit à Phocas pour lui rendre hommage. 11 ordonne que les images de Phocas et de son épouse Léontia, apportées a Rome, au milieu des acclamations publiques, y soient déposées dans la chapelle dvi martyr Césaire, darisl'intérieur dupaîais (i ). Il écrit a Phocas èt'à l'impératrice pour leur adresser ses félieîtalions en des tei^mes trop applicables a nos circonstances actuelles pour ne laisser qu'une impression médiocre dans tous les cœurs amis de la Religion et de la paix publique. « Gloire « à Dieu; dans le ciel, au Dieu tout-puis- «• sant qui change a son gré les temps ,

j (1) S. Greg. Epist.j lib. xi, indict., vi. Dans Conc.^ Labbc. t. V^ col. 1509.

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