‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La MennaisChapitre 1 sur 24 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

Ce qui commence ce volume devait terminer celui qui précède. L'extension qu'il a reçue de l'importance des matières qui y sont traitées ne nous permettait plus d'y joindre ce chapitre , qui ^n est le corollaire naturel. Dans la pensée de chacun de nos lecteurs, il se liait, par les souvenirs historiques , aux observations exprimées à propos

de l'Acte d'union et de l'Agence générale, organisés par le journal de V Avenir.

Ses premières publications en avaient hautement manifes,té les caractères, les projets et les espérances. Jetées au milieu de l'efFervescenoe générale excitée par les événemens de i850, elles reproduisaient, dans un jour plus éclatant, et sous des formes plus populaires , les questions politiques et religieuses soulevées par l'auteur dans se^pr écédentes productions , et jusque Ta étrangères à la polémique du Sanctuaire , renouvelaient les accusations intentées contre l'oppression sous laquelle l'Eglise, disait-on, géifiissait depuis plusieurs siècles , et signalaient particulièrement les libertés gallicanes et la déclaration de 1682, comme le principal instrument à l'usage du despotisme, pour enchaîner les consciences, et immoler la société religieuse à la société politique. " .

Profitant des inquiétudes et des préventions pour aigrir les mécontentemens , en-

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venimer les défiances, elles y créaient un parti d'opposition , hautement déclaré contre le nouvel ordre de choses, exallant les imaginations ardentes par ces uto°pies, plus faciles a promettre qu'à ratifier, et dont la perspective console un moment la malignité secrète, qui les adopte sans examen.

En tête des moyens nécessaires à l'exécution de ses grands desseins, l'Agence générale comptait principalement les Associations.

Elle ne savait que trop , disait-elle , combien l'isolement nuit aux meilleures causes , aux causes mêmes les plus populaires , tout ce qu'il y avait a craindre de la part d'hommes haineux et rétro grades y de vieillards voisins de la décrépitude , asservis à leurs doctrines routinières et bâtardes , qu'il fallait traîner malgré eux dans les voies de la régénération, de citoyens pusillanimes, que la peur des dangers rendait étrangers les uns aux autres, Catholiques de nom, qui, par leur inertie, facilitent le système d^ exclusion et dHnca-

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pacité politirjue. Il fallait faire entrer dans ces cœurs flétris quelques gouttes du sang qui lit autrefois les.Maccabces.

Dans ce généreux dessein , M. de La Meiinais ne se contentera pas d'adresser au ciel de ferventes prières pour arracher les oppresseurs et les opprimés aux maux incalculables qui résultent de cette* léthargique indifférence^ l'objet, depuis vingt ans, de ses continuelles aggressions. Ce qu'il ambitionne , c'est moins de ranimer dans les âmes les étincelles de la foi chrétienne , de rallumer «ur la terre le feu de la charité que le Sauveur y vint apporter, de déployer contre les vices et les erreurs le glaive de la parole évangélique ; c'est la torche de l'încendie qu'il met dans les mains des Catholiques; c'est le glaive de la puissance temporelle qu'il veut unir au glaive de la puissance spirituelle. Les vices et les erreurs qu'il combat , il les attaque moins dans leurs principes que dans leurs conséquences; ses

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ennemis , ce sont moins les Protestans cl les philosophes que les Gallicans. L'athéisme, que les premiers avaient introduit par leur rupture avec Piome , et les seconds par leur guerre déclarée au Christianisme , avait été, pour la société, une plaie moins profonde et moins vive que l'athéisme enfanté a leur suite par la guerre sourde et bien plus daiii^ereuse (i ) faite à l'unité catholique par l'invasion des. maximes gallicanes. Nulle équivoque dans ses déclarations : dans l'impuissance où l'on est d'anéantir la Religion, « on « comhat son influence, on restreint son acu tion , on la façonne a l'esclavage, pour en « faire, s'il se peut, un instrument du pou- « voir. On redoute, etl'on a raison de redou- « ter, une lutte où l'Eglise, qu'on ne subjugue « point, puiserait un nouveau courage et des '< forces nouvelles. A la place de la violence, <' on emploie contre elle la ruse et la sédur-

(I) Religion considcrcc , etc., p. 'J8, 109.

w tion. L'habituer a la servitude, voila tout ce « qu'on cherche (1). »

La haine qu'il a vouée au pouvoir, quel qu'il soit , dissimulée d'abord par de prudentes réticences, bientôt manifestée par les plus violentes explosions, anéantit dans sa pensée le souvenir de tant de siècles unanimes dans leur profession d'un symbole également loin de la servitude et de la licence. S'il faut l'en croire : »< Hypocrite dans « son langage , le pouvoir, pour tromper «( les simples, séparant, contre la nature « même des choses, l'ordre politique de « l'ordre religieux, brisa , l'un après l'autre, '< tous les liens de la subordination; il se f< déclara indépendant de Dieu, de son « Eglise et de son chef. Que n'a point tenté « la puissance séculière pour assujétir l'E- <f glise à ses volontés? quel est le genre d'at- « taque que l'on n'ait pas employé contre « elle? que ne lui a-t-on pas ravi? »

(1) Essai sitr Vl/idiff'ér., \i. 2(). Religion considérée,ji. 98. Avenir, passim

Implacable dans ses rcssentimens , M. de La Mennais ne se souvient que des médians princes , et confond les meilleurs avec eux : Sous les princes , même religieux , la Religion fut captive. 11 pardonnerait plus volontiers aux excès du plus violent despotisme exercé contre les droits de l'humanité. Nous ne calomnions point, par cette assertion , l'écrivain qui a pu dire : « Le Traité de Westi< phalie imagina, entre les Etats européens, « une balance dérangée toujours et toujours 'f cherchée. Jamais peut-être n'y eut -il «. plus de guerre , ni de guerres plus san- « giantes, ni des usurpations plus iniques « et plus audacieuses, que depuis l'inven- « tion de ce système, destiné k les préve- « nir (1). »

Le plus siniple raisonnement eût suffi pour renverser ce paradoxe. 11 est réfuté par la seule dénomination de Rois très- chrétiens

(1) Religion consid., p. 148.

donnée a nos Monarques français, et qui rappelle tout ce qu'ils ont fait , dans tous les temps, pour le soutien de l'Eglise^ et pour l'ornement du Siège- Apostolique en particulier (1 ). Ils ne l'avaient pas oublié , ces saints Evêques des premiers temJDs de la monarchie , qui n'avaient jamais ni assez d'éloges, ni assez de bénédictions k rendre h la piété désintéressée de ces, perpétuels défenseurs de l'Eglise et des pauvres, comme les appelait le saint Apôtre de la France (2) ; ni ceux des âges postérieurs , qui , sous les règnes glorieux des Pépin , des Charlemagne , des saint Louis , ont célébré a l'envi la royale munificence et la piété filiale des Monarques français envers le Siége-Apostolique. Ils ne l'avaient pas oublié davantage, ces illustres Pontifes , les dignes successeurs ' •

(1) Paroles dît pape -Anastase II, {Ep. ii ad regem Clodov. , Conc. t. IV. ) Bossuet, Serm. sur l'Unité, t. V, édit. in-d», p. 504.

(2) Saint Remy, dans son testament ; Voyez Bibliothèque choisie des Pères , t. XXÏII, p. 90.

des Grégoire et des Léon, qui se plaisaient à reconnaître dans nos Rois les fils aînés de l'Eglise , autant au-dessus des autres souverains ^ que les souverains sont au-dessus des particuliers (1 ). Combien ils étaient dans l'erreur! Ce qu'ils appelaient le Royaume chéri et béni de Dieu (2), ce n'était que l'atelier de la ruse et de Irf^séduction , d'où sortaient des chaînes que, depuis , Loviis XIV a rivées plus étroitement!

Comment accréditer une pareille doctrine. Ce n'était point par des voix isolées que l'on pouvait espérer de contrebalancer le poids d'aussi imposans témoignages. Pour opérer la complète régénération du Sacerdoce, il fallait imposer silence a tous les souvenirs, anéantir tous les monumens, faire oublier les Pères j pour associer les jeunes frères au passé et à l'avenir, v C'est dans ce

{\) Saint Grég., lib. v, epist., W.

(2) Alex. III, epist. 30, cité par iiossuet, Serm sur l'Unité , suprà, t. V, p. 508. ^ ^

« but que l'Agence générale s'est eflforcée , (( dit-elle , de jeter, dans diverses provinces, « les fondemens d'Associations locales , qui « embrasseraient toutes les classes catholi- « ques , même les plus pauvres , et dont elle i< serait le foyer principal, et le lien récipro- « que(1). Serrés les uns contre les autres, et « disant anathème ait lâche qui se séparerait « de ses frères, nous défendons, dans la cause « de chacun de nous, la cause de tous les « Catholiques (2). »

Son vœu le plus ardent, son refrain journalier, c'est que l'esprit d'Association s'éveille et se fortifie chaque jour parmi les Catholiques , « afin que , se tenant tous en- « semble par la main , ils puissent se résou- <' dre à veiller tons ensemble au maintien (c des droits religieux et civils de chacun « d'eux , et a en poursuivre la moindre vio-

{\) Avenir, h. 345.

(2) Ihid. Compte-rendu des travaux de V Agence gén''ralo. Voyez tome II de cet ouvrag:e , p.* 424 clsliiv.

« lation avec toute l'énergie de l'homme f libre ('l). »

Etaient-elles sans danger, et les dépositaires de l'ordre public ne devaient-ils pas s'en alarmer ? Pour répondre à cette question, il suffisait d'interroger l'histoire. Dans la foule de monumens qu'elle présentait h l'instruction des peuples , l'un des plus mémorables était cette fameuse Ligue , dont le déchaînement contre notre roi Henri IV poussa la France sur les bords d'un abîme.

Un tableau comparé entre l'Association proposée par M. de La Mennais , et celle que le fanatisme delà Ligue réussit à rendre si désastreuse , portera la confrontation au , plus haut point d'identité (2). L'histoire du passé fut toujours la prophétie de l'avenir. Pourquoi faut-il que ses sévères leçons soient-, pour la plupart du temps, en pur© perte?

(\) Avenir et passim.

(2) Nous l'avons annoncé au v(»lumc précédent ^ oage 398, iwev des réflexions a ce sujet^ jusqu'à hv page 404.

12 HISTOUE

Ce n'est pas que nous regardions toute Association comme criminelle. Lorsque la discussion s'est ouverte sur cette matière dans les Chambres , U l'occasion de la Sodé te des Di'oits de L'homme ^ nos Orateurs ont fixé les principes avec une rigoureuse précision , et les ont développés avec un talent qui a rappelé les beaux jours de l'Assemblée Constituante.

Personne, en effet, ne contestera que le droit général d'association ne tienne a tous les élémens de l'homme physique et moral , qu'il ne soit une nécessité ^oxxy toivs les peuples libres et les Etats représentatifs ^ le principe générateur de nos libertés , l'aliment le plus fécond de l'industrie, du commerce et des arts, le foyer où se produisent les inspirations nobles et généreuses , les i nstitutions secourables à l'humanité, ou protectrices de l'émulation. Mais tous les bons esprits ont également senti les funestes conséquences qui suivent de l'abus du principe ,

alors que ces mêmes Associations s'emportent au-delà des limiter où les enferme l'intérêt de la société ; ce qui devient a peu près, inévitable , quand elles ne sont pas soumises a la surveillance du magistrat, ou peuvent impunément en braver l'autorité ; quand . égarées par de perfides instigateurs, par des passions exaspérées ou par un zèle mal entei^du, elle* dégénèrent en foyers d'anarchie ou de conspiration , organisent la révolte ou la propagent, entretiennent un système d'hostilité permanent contre l'ordre de choses établi et sanctionné par la loi.

Or, .ce sont la les graves reproches qu'a encourus celle que M. de La Mennais était venu a bout d'organiser par son Jlcte cV union et son Agence générale. La Religion en fut le prétexte; la liberté de conscience, décrétée en faveur de tous les cultes, était, disaitil, un solennel outragea la vérité catholique. Un Etat qui sépare l'ordre religieux de l'ordre politique est un Etat sans Religion ,

sans gouvernement, sans société. Ce n'est pins qu'une aggrégation d'indWidus sans .foi, sans morale, sans humanité, toujours suspendue entre les deux fléaux du despotisme et de l'anarchie ; oii la seule loi qui domine est un athéisme légal, c'est-k-dirc l'absence de toute loi. Rétablir l'unité religieuse dans son indépendance et son intégrité, tel doit être- le vœu àc tous Içs Catholiques; vœu qui ne peut s'accomplir que par une vaste confédération de tous les peuples du monde , à commencer par la France. ^

La Ligue n'avait pas , disait-elle , d'autre dessein. Elle n'était entreprise que pour l'a défense du culte catholique , pour l'extirpation de l'hérésie , pour la sûreté de l'Etat et de la couronne (1).

Son vrai mobile , répondent tous les historiens, fut l'esprit de domination (2). Quand

(1) Mainibourg, Hist. de la Ligue, p, 2. in-4°.

(2) Daniel , Hist. de France , t. IX, in-4, p. 57.

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l'orgueil et la haine du pouvoir, ces deux terribles passions qui, de tout lerAps, ont produit les effets les plus tragiques dans le monde, se joignent à tous les écarts de Vimagination , elles préparent en secret une explosion d'autant plus tert-ible qu'elle a couvé plus long-temps (1). La Ligue a commencé par des Associations, sous prétexte de la conservation de la Religion catholique (2).

Je veux croire que ceux qui les fondèrent étaient animés des intentions les plus louables; ils ne se défiaient pas de l'avenir. Ils aimaient à se reposer sur leurs propres vertus, sur la docilité des adeptes, sur l'espérance de maîtriser les événemens. i< Illusion ! 'f a répondu un de nos plus savans Législa- « teurs; il y a , dans la condition de toute « réunion d'hommes qui n'est pas soumise « à l'autorité de la loi vivante, de rompre « toutes les barrières non-seulement de la

(1) Ferrand , Esprit de l'Hist. , t. ïll, p. 149.

(2) Létoile. Journ. de Henri HT, t. I, p. 439.

IG

'( raison, mais même du possible. » Une force irrésistible vous pousse et vous emporte malgré vous au-delà du but; les circonstances entraînent , les obstacles irritent, l'exemple enflamme et précipite les esprits les moins ardens. 11 faut réussir a tout prix; l'intention absout tous les moyens. On veut des auxiliaires; on s'en crée par de monstrueuses alliances avec les partis les plus extrêmes , par de réciproques concessions , par une complicité, enfin déclarée, avec les doctrines les plus anarcbiques.

Eh î n'est-ce pas là ce que nous voyons être arrivé a la Ligue ? Elle n'avait, à l'en croire, d'autre mobile , d'autre intérêt que le pur zèle de la Religion. Ses premiers Apôtres étaient des hommes recommandables par leTirs lumières, comme par le rang qu'ils • occupaient dans la société. Elle était, dans l'opinion des peuples, la sainte Ligue. Bientôt amenée, par la nature des choses, a recevoir dans son sein des factieux, tou-

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jours habiles a se déguiser, vous n'y découvrez plus qu'une sanguinaire conjuration, où s'aiguise le poignard des Jacques Clément et des Barrierre.

M. l'abbé de La Mennais avait vu , dans la Réforme de Luther, le principe de tous les bouleversemens dont l'Europe est encore aujourd'hui agitée; il a consacré a cette démonstration les plus belles pages de son livre su/' l'Indifférence religieuse. Il ne s'est pas dissimulé qu'un des moyens les plus actifs employés par les Sectaires étaient les Associations. L'histoire atteste que., h pour « opposer une digue aux efforts de leurs ad- (c versaires , les partisans de la Pvéforme »< s'unirent aux savans et aux gens de let- «< tres(1) » par de secrètes confédérations; exemple qui ne tarda pas a devenir conta-

(1) Histoire de la Réformation , par M. W. Meiners^ chap. m. Paris, 1825.

On peut voir dans V Histoire delà Rébellion et des guerres civiles d'Angleterre, par Glarendon ( t.- IV, p. 26, 27 ) , le Manifeste de la Ligue , et convention T. ni. 2

gieux en France , oii le Calvinisme dut ses progrès a ses Associations (1).

Dans un Etat qui jouit de la paix , où la conformité , au moins générale , des intérêts et des affections ne laisse aux esprits que la sphère d'activité nécessaire pour concerter ensemble de pacifiques améliorations , s'exciter a l'émulation du bien , et concourir, par de communs efforts, à d'utiles réformes, à des entreprises désirables , à de bienfaisantes institutions : tout ce qu'il y a de citoyens vertueux applaudira. L'autorité , bien loin d'en prendre ombrage , s'est empressée de

passée entre les Barons du îioyaume et les ministres de l'Evangile , pour la Défense de la Religion : ce fut le premier arrêt de mort de Charles I'^

Voltaire elles philosophes du xviii* siècle avaient bien calculé les effets de ces coalitions pour la g-uerre fpi'ils machinaicjit contre le Christianisme. L'auteur «les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacohinisnie , y démasque habilement (auchap. m) les manœuvres employées pour établir et propager les Associations.

(d) Mém. de la Ligne, t. V. Discours à lire au Conseil sur rétat civil des Protest., p. 39, 47.

tout temps a les seconder 3 et tous les cœurs forment une sainte ligue pour appeler les hommages de la vénération publique sur les noms de ceux qui en ont conçu le magnanime dessein. Mais que, dans un Etat déjà troublé par de violentes dissidences d'opinions, en présence de passions orageuses, il vienne à s'élever des Associations suspectes par le seul nom de leurs auteurs, par la notoriété d'une opposition systématique au gouvernement reconnu : tous les souvenirs du passé se réveillent naturellement pour invoquer la surveillance et l'autorité du magistrat. Elles auront beau se couvrir des noms les plus respectables, ensevelir dans l'ombre du mystère leurs projets et leurs menées , mentir à elles-mêmes et aux autres , gardez-vous bien de leur ouvrir cette porte. Des milliers d'adeptes s'y précipiteront à la fois ; et il n'y aura pas un ennemi qui ne réussisse à se contrefaire pour y obtenir un diplôme, et tramer à loisir sa conjuration.

Qu'il nous soit permis de rappeler ici l'éloquente improvisation du Président de la Chambre , dans la séance du 21 mars de cette année. « J'ai toujours pensé, a dit « M. Dupin , que , dans un Etat policé , en « présence d'une grande société qui a fondé « son gouvernement, des sociétés rivales, « des sociétés ennemies, des sociétés sub- « versives ne peuvent pas échapper aux re- « gards , a la surveillance et à l'autorisation « du gouvernement. Telle est la règle; et, K lorsqu'il s'agit d'exceptions, s'il en fallait « faire , l'exception à laquelle je m'oppose- « rais le plus , celle que je ne conseillerai K jamais d'adopter, ce serait l'exception qui « aurait pour prétexte les causes de Religion . « Plus la cause est sainte , plus il est facile (f d'en abuser. C'est toujours sous le manteau « de la Religion, qu'on a fait les brèches les « plus sensibles a la liberté des personnes, '( et quelquefois a la liberté politique des « Etats. C'est là que des ambitions sacrées ,

« je ne crains pas de leur donner cette épi^ « Ihète, pour montrer jusqu'à quel degré «f d'exaltation elles se sont quelquefois por- « tées , c'est là que des ambitions sacrées se <' sont agitées dans tous les temps. Dans nos « quinze années de Restauration , n'avez- « vous pas vu des Congrégations de toute « espèce se former sous le masque de la «' Religion , étendre en tout sens leurs affi- « hâtions , et pousser le gouvernement dans « les voies qui l'ont perdu. Ainsi, vous voyez « qu'à côté de la chose la plus sainte est « venu se placer l'abus , sous le manteau « de la Rehgion , et par là même avec plus « de moyens d'en abuser- car on a pour soi, ^< en pareil cas, les ignorans, les imbéciles, «les ambitieux et les fanatiques, espèce « nombreuse , qui pullule et renaît sans « cesse au profit e ceux qui veulent en ♦f abuser. »

M. l'abbé de La Mennais, Fondateur d'un club révolutionnaire décoré du titre d'Vnïon

catholique j pouvait-il se méprendre sur les suites inévitables de son institution ? Ce serait demander si la main qui jette dans un brasier des matières inflammables, espère éteindre l'incendie.

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