‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La MennaisChapitre 22 sur 24 · U I118T01UL · texte numérisé non relu

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L'histoire de ce que nous avons vu répondra suffisamment h la question : Si M. de La Mennais fut jamais autre chose qu'un faux prophète?

Autrefois , rindifférencc rehgieuse , répandue dans toutes les classes de la société européenne , lui paraissait le symptôme d'une prochaine et inévitable dissolution. L'athéisme introduit dans le gouvernement, dans les lois , jusques dans la famille , au sein du sanctuaire lui-même, dévorait lentement tout l'oi'drc politique et religieux. Le Christianisme périssait. Chacune d^s pages du livre de la Relif^iori coiiside'rée était un cri d'alarme et une inscription funèbre. La Restauration avait beau faire : pour soutenir l'édifice chancelant, elle employait tour à tour la baïonnette du soldât et le glaive du juge (i) j ses efforts même ne servirent qu'h en accélérer la ruine. Elle avait beau resserrer par des nœuds plus

(1) Préface , p. lx.

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étroits l'alliance entre le pouvoir et le sacerdoce , souder le trône à l'autel , confondre dans un même intérêt la cause religieuse avec la cause monarchique : toutes deux, minées dans leurs bases, n'attendaient que le moment d'expirer ensemble : « Nul « ne blâmerait la Restauration d'avoir été « religieuse et chrétienne , si elle avait été K simplement, si elle avait été réellement ret< ligieuse et chrétienne; au fond, elle ne fut K ni l'un ni l'autre (1 ). » Ces mêmes paroles, que répète ici l'auteur de la Préface, furent écrites en 1826, sous le règne de Charles X, le lendemain du sacre du Monarque, et avec moins encore de ménagement (2).

Survient la Révolution de Juillet, conséquence nécessaire de tout ce qui avait précédé , annonce d'une ère nouvelle ; elle révéla un peuple nouveau, un peuple instruit de ses droits et résolu de les défendre , su-

(1) Pre'/ffCfî,^, Lxm.

(2) Voyez la Religion considérée , etc., où la Restauration est qualifiée enfer légal.

périeiir, sous le rapport moral, à tout ce que le monde avait encore vu. « Car où trouverait-on un second exemple d'une immense population, palpitante de toutes les passions qu'exalte le combat , et pendant l'action comme après , contenant ses ressentimens , s'interdisant la vengeance , respectant la propriété, et maintenant au sein d'une vaste capitale, livrée à elle-même, un ordre plus sévère qu'aucun gouvernement ne le saurait maintenir avec sa police et ses soldats (1)? » Nous avons examiné ailleurs ce qu'il fallait croire des révélations de M. de La Mennais a l'égard de l'événement en luimême (2). Il affirme ici avoir embrassé avec ardeur la Révolution de Juillet; nous ne scrutons pas les consciences. Quelquesuns de ses plus chauds partisans ont porté le scepticisme plus loin. « H avait maudit la « R.évolulion , dit l'un d'eux , il la sert au- « jourd'hui ; il avait déclamé contre la li-

(1) Préface, \). lxvi, lxvii.

(2) Ilist. delà nouvelle Hérésie , t. II, p. 477.

« berté, il parle aujourd'hui pour elle(1). » Nous y vîmes un mouvement social, un pas fait par l'humanité vers les destinées meilleures qu'amène infailliblement le progrès intellectuel et moral (2). Elle avait conquis la liberté : que lui fallait-il de plus ? — On voulait que la liberté fut la conséquence de la souveraineté nationale, loyalement reconnue; l'on comprenait que la liberté renfermait en soi tout ce que la raison peut concevoir sous la notion de droit dans l'ordre politique et civil (5). — Mais puisque la Révolution de Juillet avait été le triomphe de la liberté et de la justice, les fruits qu'il fallait en attendre ne pouvaient être le désordre et l'anarchie. Les vrais amis de la Religion, de la liberté, avaient certes de quoi s'en contenter. Néanmoins, le vœu de M. de La Mennais fut loin d'être satisfait. « La liberté,

(1) M. L'Herininier , Revue des deux Mondes, 1*' septembre, p. 560.

(2) Préface, p. Lxvir, Lxvili,

(3) Ihid., p. Lix.

conquise en Juillet, fut perdue le 7 août(i ). >» Ce que nous espérions, ce qui nous lut promis, c'était une liberté pleine, entière, universelle j nous repoussons a cet égard toute restriction , tout privilège (2). Nous réclamons particulièrement ce que, depuis quinze ans , nous n'avons pas cessé d'invoquer a grands cris : la liberté de l'enseignement, la liberté indéfinie de la presse, «r Quel moyen de ravir désormais à la raison humaine la liberté dont elle s'est mise depuis trois siècles en possession, de la refouler dans l'ignorance, de l'enchaîner dans l'inactivité? Et que serait-ce qu'une religion que menacerait le progrès de l'intelligence (5)?» il Mais les lois civiles et religieuses con- «r damnent également l'abus qui s'est fait de « cette liberté illimitée; le Pape a expres- « sèment déclaré qu'on ne saurait assez la « détester (4). »

(1) PrJ/ace, p. Lxxxv III.

(2) Ihid., p. Lxxr.

(3) Ibid., p. Lxxix.

(4) Ibid, p. Lxxxi.

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Dans quelles Yues ? D'empccher les nations de s'associer au mouvement social qui les emporte vers un nouvel avenir , de faire cause commune avec les souverainetés absolues contre les populations qui combattent pour s'aflfranchir du joug que chaque jour elles appesantissent davantage sur elles; de confier la Religion a la garde des soldats chargés de contenir , la baïonnette sur la poitrine, les nations frémissantes (1). Tel est l'accord stipulé entre les deux pouvoirs, ligue dont la condition fondamentale povu'rait être exprimée ainsi : « Moi , pouvoir « spirituel , je vous soutiendrai de mon au- K torité, parce que vous, pouvoir temporel, « vous me soutiendrez de vos armes. Nous « nous sauverons ainsi de concert, et nous K sauverons encore la société , dont l'exis- « tence , attachée a notre double empire , « est gravement menacée par les aveugles <( entreprises des peuples (2). «

(1) Préface, p. Lwxii, LxxxHi.

(2) Ihid., p. Lxxxrir.

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C'était là tout l'esprit des Paroles d'un Croyant. Aussi ne craignons-nous pas d'appeler cette Préface le supplément à ce livre dont un de ses apologistes a dit qu'il n'a rien des proportions humaines ordinaires (1 ). Des paroles menaçantes, émanées de la Cour de Rome, ont donné aux peuples l'éveil sur des doctrines qui les précipiteraient dans les plus affreuses calamités, Le nouveau Luther n'yrépondqueparlacalomnicctl'imposture.

A quoi donc veut en venir enfin M. de La Mennais? Il n'en fait plus mystère. Ce qu'il propose , ce qu'il appelle de tous ses vœux , w c'est la République; oui, certainement, la •f République. Croyez-vous donc qu'aucun « autre genre de gouvernement soit aujour- « d'hui possible en France , y puisse être « autre chose, pendant sa pénible et courte « existence, qu'une guerre civile, organisée « par la loi ? Voyez plutôt : le développe-

(1) Notice biographique sui- M. de La Mennais, l)ar M. Kobiiiet, p. 3. (Paris, 1835.)

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« ment de l'intelligence , de la notion du « droit, du sentiment du juste ^ la division « des propriétés, la diffusion des connais- « sances , ont produit un besoin immense « d'égalité ; et l'égalité réalisée , qu'est-ce , If sinon la liberté politique et civile, syno- « nime du mot République (1 ) ? ^> Pourquoi tous les Français, égaux par nature, égaux devant la loi, ne participeraient-ils pas tous également à la souveraineté naitonale (2) ?

M. de La Mennais n'a plus de secrets à nous confier : nous avons enfin sa pensée toute entière , sa pensée permanente , explicite. « Nos idées, nos vœux d'autrefois, »f sont encore les idées , les vœux d'aujour- « d'hui (3). » Et il se félicite k l'avance de les voir exaucés j un peu plus tôt, un peu plus tard , ce langage produira son effet (4).

Pourtant ce qui trouble encore quelques

(1) Préface, p. xcir,

(2) Ibid.,]).c.

(3) Ihid., p. Lxxxix.

(4) Ibid.,ci.

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esprits , ce sont certains souvenirs qu'il n*a pas encore été possible d'efifacer du souvenir des hommes j c'est la mémoire d'une exécrable tyrannie exercée nag\ière sous le nom de liberté. — Terreurs imaginaires! répond M. de La Mcnnais ; personne en France ne croit à la possibilité de ce régime atroce, dont on essaye de nous faire peur. C'est le rêve des despotismes européens, qui ont évoqué ce fantôme sanglant , pour contenir les peuples par une terreur plus vive que le désir même de secouer l'odieux joug dont ils les écrasent. Mais que les rois s'entendent contre les peuples , les peuples aussi s'entendront contre les rois. Ils auront leur tour. Ce que la Convention même ne fit pas, les Souverains le font sans remords. Les peuples usent de représailles : ils se sont fatigues du 95 des rois (\). La lutte s'est engagée ; et « nulle part ailleurs , dit l'his- V toriographe de M. de La Mennais, cette

(1) Préface, p. cir.

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« lutte ne s'est présentée plus cruelle , plus « acharnée que dans les Paroles d'un « Crojant (1). >* Nous pouvons ajouter. Et dans les dernières pages de la Préface dont nous venons de rendre compte.

Mais la victoire, quelle qu'elle soit, serat-elle sans combats 2 l'insurrection des peuples sera-t-elle toujours pacifique et magnanime? M. de La Mennais, tout en proposant pour modèle la Révolution de Juillet, a-t-il oublié les malheurs qui la souillèrent, lui qui , dans son Avenir ^ ne manqua jamais l'occasion de les rappeler? Peut-il répondre que toutes les révolutions ressembleront à celle-là ? A-t-il oublié que les mouvemens qui eurent lieu si peu de temps après k Paris et à Lyon furent moins des émeutes que des batailles? Les Tjrans abattus, qui sait s'il n'en renaîtra pas d'autres ^\vl% féroces encore ou plus heureux? Les peuples, rentrés en possession de leur indépendance , la

(1) M. Robinet, Etudes et Notice biograp., p. 00.

conserveront-ils, sans que les passions humaines ne se réveillent au milieu d'eux pour y secouer éternellement les flambeaux de l'ambition, de l'envie, de la cupidité, de la vengeance ? Et le ministre de la paix et de la charité peut contempler de sang-froid le sang des peuples, coulant par torrens, pêlemêle avec le sang des Rois et des Pontifes ! 11 est vrai que la régénération universelle promise au genre humain anéantira tout germe d'injustice et d'oppression dans les uns , d'impatience et de capricieuse liberté dans les autres. Un même sentiment d'équité et d'amour confondra tous les cœurs et toutes les volontés. Plus d'impie ni de blasphémateur, plus d'esprits témérairement curieux , plus d'orgueilleux philosophes , plus de méchans qui persécutent la vertu, ni de libertins qui tendent des pièges k l'innocence. Le monde ne sera peuplé que cV honnêtes gensj religieux ou sans religion, isolant les droits communs de toute crojance reli-

gieuse. Autant d'Aristide ^ de Décius et de Camille , immolant leurs aflfections particulières a l'intérêt général : car « chacun s'ai- (f mera dans son frère, et se tiendra heureux « de le servir ; et il n'y aura ni grands ni « petits, a cause de l'amour qui égale tout, (f et toutes les familles ne seront qu'une fa- <f mille , et toutes les nations qu'une na- « tion (1). « La terre, émancipée de l'arrêt fatal qui en fait la vallée des larmes , redevenue comme avant le péché du premier homme un jardin de délices , « refleurira , K et les peuples refleuriront, parce que tous K aurez vaincu les fils de Satan , qui opprime ment les peuples et désolent la terre , les K hommes d'orgueil, les hommes de rapine, « les hommes de meurtre et les hommes de <( peur (1). >»

Cité eji police correctionnelle pour écrits séditieux, (c'étaient les violentes assertions

(1) Paroles d'un Croyant, p. 134.

(2) Ibid.,^. 197.

234 niSTOIKJE DE LA NOLVELLE HÉRÉSIE.

du Mémorial catholiciue et de la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre civil et politique) ^ M. de La Mennais avait eu k se défendre personnellement.

Condamné a une amende , il s'adressa à ses juges, et termina ainsi une courte allocution : — Et vous saurez ce que c'est qu'un prêtre ! — Le prêtre a tenu parole (1 ). »

Le prêtre de la révolte publia son ^venir, ses Paroles d'un Croyant et sa nouvelle

Préface.

Nous terminons tout cet ouvrage par l'Encyclique de notre saint Père le Pape Grégoire XVI, portant condamnation du livre des Paroles d'un Croyant.

(i) Etudes pi Noticf) biographique sur M. de La Mennais , par M. Robinet, p. 48.

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