‹ Histoire de la nouvelle hérésie du 19e siècle :; ou, Réfutation complète des ouvrages de l'abbé de La MennaisChapitre 21 sur 24 · T. HI · texte numérisé non relu

T. HI

« qui en sont les chefs feront des lois, des t< ordonnances et des décrets contre le prince t< qui est chef de la société civile, le prince K conservera , indépendamment de ces dé- « crets, tons les droits qu'il avait de goli- « vcrner et de régler la société civile , sans (' pouvoir jamais être déposé par les Pon- « tifes, puisque Dieu même l'a établi pour «f tenir après lui le premier rang dans l'or- V drc politique (1) »

Sur quoi donc porte l'aveu de ces erreurs graves dont on lui demandait la rétractation , et sur lesquelles il reconnaît enfin s'être abandonné aux écarts d'un zèle peu

(1 ) Défense de la Déclaration du clergé de France, (le 1082, liv. i.sect. ii, ohap. v, trad. franc. , p. 181. Féiiclon pense de nièîne ; voyes son Essai sur le Goiivernem. civil, au toiue XXII de ses œuvres générales , et roxcellent écrit de M. l'abbé Afre . intitulé : Essai historique et critique sur la suprématie temporelle du Pape et de l'Eglise, chap. i, p. 43 et suiv., où lauteur discute solidement les propositions • rronée» et séditieuse» avancées par M. de La Menirais dan» ses premiers ouvrages.

réfléchi? Est-ce d'avoir aussi constamment oublié l'oracle du Souverain Législateur : Rendez à César ce qui est à César , comme à Dieu ce gui est à Dieu; faussé par d'infidèles interprétations les paroles de l'Apôtre que toute puissance vient de Dieu, que c'est un imprescriptible devoir d'obéir aux princes même fâcheux ; violé par le langage le plus séditieux les saintes maximes de la tradition et des Pères, et, comme s'en plaint l'Encyclique, rompu tout lien de fidélité et de soumission envers les princes , lançant en tous lieux une torche d'anarchie qui doit précipiter la ruine de l'ordre public , le mépris des magistrats , l'infraction des lois j renversé tous les fondemens de l'ordre civil et religieux ? Non , ce n'est point là ce dont il s'accuse. Loin de revenir sur ses pas, ici encore le dogme des deux puissances n'est pour lui (^\i\\Y\e. fictioîi absurde (1). Tout ce que le génie des Knox , des Bucanan , des

{\) Préface, p. xxxi.

Jurieii lui avuil inspiré dans ses diatribes antérieures, sa Préface le répète, le commente avec le plus furieux emportement.

La déclaration de 168*2 n'avait fait que proclamer solennellement la doctrine chrétienne. Egide des libertés de l'église Gallicane, elle conservait dans son ingrité pratique le principe fondamental de la distinction des deux puissances, et l'indé-. pendance de chacune d'elles dans sa sphère propre d'action ; barrière insurmontable élevée au-devant de toutes les entreprises irrégulières , elle nous défendait également des excès du despotisme et de l'anarchie. M. de La Mennais lui-même n'en peut refuser l'aveu. Abandonnée à elle-même, sans obstacle qui l'arrclàt. In puissance spirituelle aurait tout asservi à sa domination ; rien ne fûtresté libre dans la vie humaine (1 ). — Pourtant quels eft'orts n'a-t-il pas tentés pour la renverser ! que d'outrages contre ses auteurs

(1) Prr^fnci'. ]i. ïvit.

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et ses partisans ! quel oubli de toutes les bienséances ! Lui-même il est forcé d'en rougir. « Ici , nous avouerons que , dans la « chaleur du combat où nous nous enga- « geâmes pour défendre , soit l'Eglise en « général, soit Rome en particulier, nous «f fumes en quelque sorte un peu trop sol- « dat (1). » Maintenant qu'il déclare avoir examiné la question avec un calme que troubla souvent l'ardeur de la controverse (2), à quoi cette palinodie aboutira-telle ? A de nouvelles attaques. « Ce n'est « toujours là qu'une question d'école ; elle « n'offre au fond rien que d'arbitraire en « soi ; et sur quoi aucun des partis ne s'en- « tend de part et d'autre. » On argumente d'après certaines notions fondées sur une longue suite de faits , d'où il résulte que , grâce à la doctrine des quatre articles , le

(1) Préface, p^ xiv. Voyez le cbap. xii du t. II, de celle Hist. de la Nouvelle Hérésie, p. 290 etsuiv.

(2) Préface, p. xxvni.

pouvoir temporel peut exercer et même exerce nécessairement une véritable autorité spirituelle (1 ) ; que conséquemment le Souverain doit, par ordre de Dieu, être roiprêtre ; ce n'est pas tout : qu'il doit être athée , en tant que Souverain (^).

Aussi M. de La Mennais affirmera-t-il, comme auparavant, que tous les maux dont gémit l'Europe ont leur source dans la doctrine des denx puissances : »f Le Catholicisme « languit et teiad à s'éteindre en Europe. « Les peuples s'en détachent; les Rois ou w l'attaquent d'une manière ouverte, ou le « minent sourdement (2). >■> Qu'avait-il proféré de plus hostile dans ses écrits précédens, depuis \ Essai sur V Indifférence jusqu'à ses Paroles d'un Croyant?

Aux deux autorités temporelle et spirituelle qui régissent le monde , il lui plaît

(1) Préfaeo, p. xxi, xxix.

(2) Ibid., p. XVII. Religion considérée , p. 23S, Progrès de la Révohit., p. 238.

(3) Préface, p. xxxr.

de substituer deux autres ordres, qu'il nomme d'obéissance et de liberté , c'est-kdire, l'autorité divine de la hiérarchie catholique et de la liberté humaine (1). Mais dans quel but ? De mettre en problème le principe de la souveraineté, laquelle réside essentiellement en Dieu seul, ce que personne ne lui conteste; mais qui, transportée par dérivation a un pouvoir humain et temporel, quel qu'il soit, reste soumise dans tous les cas soit a l'autorité de l'Eglise, comme interprète de la morale et du droit, soit à l'arbitraire des peuples essentiellement libres. Ailleurs que sous cet unique point de vue, la souvei'aineté n'est plus qu'une chimère absurde , qu'une simple délégation , toujours révocable 3 le pouvoir, qu'une force brutale (2) ; et c'est toujours là ce dangereux système d'indépendance absolue , masquée sous le nom de liberté , dont la théorie , es-

(1) Préface, p. ïxvi, xxxviii, l.

(2) Ibid., p. xnx, L et xci.

quissée dans son premier ouvrage sur V Indifférence ^ manifest«''e progressivement dans ses productions ultérieures , n'avait pas encore reçu son complet développement, même dans ses Paroles d'un Croyant, puisque cette Préface lui fournit, sous le nom de modifications , de nouveaux accroissemens; système, au reste, également réflité par la théologie , parla politique et par le jugement doctrinal des deux Encycliques. Je le demande a la bonne foi , non plus de nos faux convertis, mais de tout lecteur sensé : en quoi les doctrines de M. de La Mennais ont-elles changé ? Quelles sont-elles, ces graves erreurs où l'auteur des Nouveaux Mélanges convient aujourd'hui s'être laissé entraîner? C'est d'avoir trop bien présumé de ses lecteurs et de son siî'cle ; d'avoir préjugé trop favorablement les dispositions des peuples a l'égard de la Religion , de ses ministres, de l'indépendance nécessaire et absolue dont elle doit jouir par rapport aux

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gouvernemens , et an souverain empire qu'elle exerce sur les consciences de tous les hommes , du potentat comme du dernier des plébéiens. Il a vu que le Christianisme, considéré en soi , dans ses dogmes , son culte , sa morale , étant , sur les points qu'il propose à la croyance des hommes , dans les préceptes qu'il promulgue , dans les sentimens qu'il inspire , la plus haute expression de la vérité et de l'amour, tout ce qui tend à satisfaire ces deux grands besoins de l'humanité , a développer dans tous les ordres de connaissances la vérité qui est ime essentiellement, à élever, a améliorer la condition générale des hommes, ce qui est le but et l'effet de l'amour, tend à dilater le Christianisme (1).

Mais depuis quand étaient-ce la des vérités nouvelles? a qui donc avait-il fallu les apprendre? Quel homme assez étranger à l'histoire de l'humanité pour ignorer que

(!) Préface, p. Lxxvrn.

c'étaient là les bienfaits sans cesse renouvelés par le Christianisme? (f Combien, s'é- « crie M. de La Mennais , ne leur fût-elle K pas devenue chère et vénérable cette «Religion céleste, qui, compatissante a « leurs maux, eût ouvert, pour les adoucir, « tous les trésors de sa charité inépuisable, « et béni, au nom du Dieu qui ne init point « d'acception entre ses enfans , les efforts « tentés en faveur du faible, du pauvre, " c'est-a-dire de l'incomparablement plus « grande portion de la famille humaine , « pour l'affranchir de la tyrannie que quel- « ques-uns exercent sur elle, au mépris de « toutes les notions de justice, gravées dans « la conscience universelle (1)! »

Erreur dont bientôt, hélas! il lui a fallu se désabuser. Décevante séduction dont le Clergé français n'était pas digne! M. de La Mennais ne voulait que le régénérer, que le sauver a tout prix : Si Pergama dextrâ de-

(1) Préface, p. lxxviii, i.xxix.

fendi passent , etiam hdc defensa fuissent. Le Clergé finançais, en grande partie du moins , s'est refusé à de si nobles vœux; il a repoussé opinirurement les remèdes qui lui étaient offerts (1). L'erreur de M. de La Mennais fut d'avoir espéré vainement; erreur en effet bien mortifiante pour l'amour-propre d'un Réformateur !

Eh ! qui avait pu lui en faire un reproche ? S'il n'avait eu a encourir que celui-là, non certes, il n'aurait point scandalisé l'Eglise et la société, l'Episcopat et son auguste Chef, contristé si amèrement le cœur du Père commun des Fidèles, compromis, auprès des rois et des peuples , les droits réels , inaliénables de la puissance religieuse, en les exagérant. Le reproche qu'il ne se fait pas, c'est de n'avoir point compris la subordination nécessaire que se doivent les deux puissances; c'est d'avoir confondu opiniâtrement leur nature et leurs h mites respec-

(I) Préface, p. liv, lv.

-tives; c'est de calomnier éternellement la piété elle-même par les imputations les plus déshonorantes. Car enfin, étions-nous encore une fois , étions-nous donc , jusqu'au moment où parut M. de La Mennais , des Barbares ensevelis dans les ombres de l'ignorance et du paganisme , récemment initiés aux mystères de la Ptévélation évangélique? « Du moins , reprend le Régénéra- « teur des intelligences , étions-nous de mi- « sérables esclaves courbés sous l'oppression « la plus abrutissante , complices d'une Re- « ligion officielle , d'une R^eligion bâtarde , K avilie et asservie , que le pouvoir fabriquait « par ses ordonnances, par ses oppressions « et par ses faveurs mêmes (1). Car l'Episf< copat était gallican: il l'était par une suite u de l'enseignement donné autrefois dans « les écoles théologiques , par amour-propre « et préjugé national, par intérêt j il s'était « fait l'auxiliaire dévoué d'un gouvernement

(1) Préface, ip. xvi.

« athée, hyprocrite et persécuteur. Or, le »f Gallicanisme nous choquait , et nous Taf vons assez répété j il nous choquait par « l'esprit de servilité qui lui est inhérent. « Dépouillé , avili , poursuivi sans relâche <f par les attaques du libéralisme, le Catho- « licisme n'ofiFrait plus en réalité que l'appa- (( rence d'une Religion. Deux grandes hai~ « nés croissaient ensemble , et prenaient « chaque jour un caractère plus implacable, « la haine des prêtres et la haine du trône. « Cet état d'asservissement avait pour effet ff d'aflfaiblir la foi dans le cœur des peuples ; f< et quand la Religion, soumise au gouverne nement qui dispose d'elle, sous prétexte « de la protéger, devient l'auxiliaire du « despotisme, ce n'est plus seulement de « l'indifférence, c'est de la haine qu'elle <c inspire , ou , ce qui lui est plus funeste « encore , un inexprimable mépris (1).

A tous ces maux dont le poids ou la per-

(1) Préface, p. lïx.

spective îiccablait le cœur^i compatissant de M. de La Mennais, il n'avait cessé ^ depuis quinze ans ^ de demander, pour remèdes infaillibles , d'abord la séparation absolue de l'Eglise avec l'Etat, sans doute pour calmer les violentes dissensions existantes entre l'une et l'autre , pour guérir les iniques préventions qu'un Etat athée avait conçues contre une Religion déclarée son ennemie; ensuite la suppression volontaire de tout traitement alloué a l'entretien du Culte catholique et de ses ministres , trafic honteux entre le despotisme et l'avarice (1). L'exécution de ce plan impliquait le concours du Clergé. 11 était , k la vérité , naturel d'espérer ce concours; car mille motifs semblaient en faire un devoir et une nécessité. Ainsi le pensèrent, en effet, une foule de prêtres généreux, désintéressés , et leur dévouement émut de nombreuses et puissantes sympa-

(1) Préface, p. nv, lv, t xiv, l\v.

(2) Ihid., p. LXYV.

thies non-seulement en France, mais dans toute l'Europe et au-delà (1). Cependant il est vrai de dire aussi qu'il rencontra des multitudes d'oppositions diverses. Moins confians en la Providence, ceux-ci craignirent que , n'ayant plus l'appui du budjet, ils ne fussent condamnés k mourir de faim (2); et n'osèrent pas, en secouant les chaînes du pouvoir civil, reconquérir la liberté du Sacerdoce et la faveur des peuples. « Conve- (f nons que ceux-là ont eu raison : presque « partout c'est beaucoup que le prêtre , qui <( ne coûte jien , réussisse à se faire tolérer; (( que serait-ce s'il lui fallait qu'on le dé- ^< frayât {'5)7 Aveugles qui n'ont pas su pré- « voir l'époque prochaine oii le Clergé , « qui aurait pu se faire une si belle et si t: haute position, sera reformé comme un « laquais (4). »

(\) Préface, p. Lxix.

(2) Ibid., p. Lxviii.

(3) Ibid., p. Lxxv.

(4) Ibid., p. Lxxiv.

De pareilles expressions nous donnent le secret de l'écrivain : c'est l'hypocrisie du sarcasme unie à l'oi^geuil de l'esprit de secte. Cette critique apparente qu'il fait de ses actes et de ses pensées (1), sous le masque de la franchise , n'est que le dépit de sa défaite. Qu'il vienne nous dire aujourd'hui qu'il a eu tort de remuer ces hautes et délicates questions; qu'il reconnaît enfin que ce n'étaient là que des brandons de discorde jetés dans la société; qu'elles devaient être déférées exclusivement au jugement ecclésiastique ; que la solution en appartenait toute entière a l'épiscopat ; que l'autorité hiérarchique les ayant décidées, tout le monde devait s'y soumettre. Pourquoi n'en donne-t-il pas l'exemple ? il l'avait si solennellement promis (2) ! N'avalt-il pas promis également la soumission la plus aveugle aux oracles du Siège Apostolique ? On a vu

(4) Préface, p. lxix.

(2) Ibid., p. Lxvi.

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comme il avait tenu parole. Ce qui l'étonnc, ce qui l'afflige si amèrement, ce n'est pas que son projet ait échoué, c'est qu'il ait élé arrêté par les sonnnités de la hiérarchie. Ln si noble sacrifice sauvait la Religion , relevait le clergé aux yeux des peuples (1) ; mais pouvait-on l'attendre d'un Episcopat acheté à prix d'argent et d'honneurs (2) ? Il a donc fallu que le Sacerdoce, placé dans une position dépendante (5) , qui l'enchaînait a la servitude , se résignât a la désaffection des peuples, en guerre dans toute l'Europe avec ces souverainetés usurpatrices de l'autorité spirituelle , et par conséquent acceptât les chances qui peuvent résulter, pour le Catholicisme , de la victoire des peuples aigris contre une institution alliée avec ceux qu'ils regardent comme leurs oppresseurs (4).

(J) Préface, p. Lxx.

(2) Paroles d'un Croyant ,]). 10, Vï.

(3) Préface, y. lxix.

(4) Ibid., [). Lxvi.

T. ni. 22

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Ce dont il s'accuse aujourd'hui, c'est donc uniquement d'avoir méconnu la force des circonstances, et trop présumé des vertus du Clergé. « Nous aurions dû prévoir au moins cf la possibilité de cette opposition , et com- « prendre en même temps qu'il n'est point de %( faute plus graue que de se hasarder dans ¥ une vaste entreprise dont on n'est pas K absolument rwailre, et qu'on ne peut pas « conduire a son gré. Il nous avait semblé *t que , s'il était une voie pour ramener le « monde au Catholicisme, c'était celle- « la (i). »

Ces questions , qui fermentent encore sourdement dans les esprits, qui les agitent et les inquiètent (2), nous les avons disculées dans cet ouvrage avec assez d'étendue pour n'avoir plus k y revenir (5).

Les conséquences auxquelles s'arrcte le

(1) Préface, p. Lxxix, Lxxx.

(2) md., p. LXXVI.

(2) Hist. de la nouvelle Hérésie du xix' siècle, t. ll,cliap. IX, p. 13o-41)0.

DE I,A NOUVELLE HlCRÉSIE. 1^39

moderne Jérémie sont les plus sinistres prégages pour l'avenir.

Quel dommage que M. de La Mennais n'ait pas été absolument le maître; qu'il n'ait pas trouvé dans le Clergé français le concours nécessaire pour assurer le triomphe de sa vaste entreprise y et les moyens de conduire à son gré le vaisseau de l'Eglise à travers les écueils et les tempêtes nouvelles qui la menacent !

S'il fallait en croire h ses lugubres pressentimens, le Catholicisme, ébranlé dans la foi des peuples, chancelé et croule de toutes parts ; la Religion de Jésus-Christ, bien que soutenue par l'inviolable promesse de son tout-puissant fondateur, ne pouvait subsister que sous le patronage du prêtre de la Vendée. Le sacerdoce français s'est suicidé de ses propres mains ; les trésors de son inépuisable charité sont taris. Désormais, plus de Charles Borromée, plus de François de Sales, plus deVincent de Paul, de Fénélon, qui fassent retentir sous les voûtes de nos

temples, ou dans les solitudes des consciences, les notioJîS de iustice gravées si profon-% dément dans la conscience universelle ; plus de Chrysostôme ni de Bosssuet qui fassent entendre au cœur du pauvre et du faible ces douces , ces ineffables consolations qui se prodiguaient a toutes les infortunes , ni ces accens redoutables à l'oreille même qui refuse de les entendre. La tyrannie a repoussé pour jamais tous les efforts tentés en faveur de l'humanité asservie par la ligue des Prêtres et des Rois. L'autorité hiérarchique a jclé l'interdit sur le génie du Réformateur du dix-neuvième siècle !

Cependant , faut-il tout à fait désespérer du salut public? Non. M. de La Mennais luimême est loin de renoncer a l'espoir de cette régénération universelle , objet de tous ses vœux. Il a tourné ses regards vers l'avenir j et ses voiles, se repliant à ses yeux , lui ont découvert une perspective bien plus consolante : « L'Europe, s'écrie-t-il, touche a de w grands événemens , et les nations à leur

(( délivrance (1). > Le mouvement polili que qui a commencé , et que rien n'arrêtera, promet au monde la magnifique alliance du principe d'ordre et du principe progressif, de la foi et de la science, de la Reliffion et de la liberté. L'heureuse révolution se prépare malgré la lutte opiniâtre des Rois et des Prêtres , malgré toutes les résistances du Sacerdoce, de la majorité de TEpiscopat, et des censures intéressées du Siège romain (2).

La par^e la plus considérable de cette Préface a pour objet le récit des événemens sur lesquels se fondent ces prédictions; les mêmes , dans leur dénouement et leurs moyens d'exécution , qui remplissaient les colonnes de son journal VAveniry et qu'il a copiées sous d'autres formes dans ses Puroles d'un Croyant.

(1) Préface, p. cm. << Gela viendra, et plus tôt « qu'on ne pense. »> Ihid , p. c.

(2) Ihid, p. II, VI, LV, Lxxxvi, lxxxvii.

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