DE LA NOUVEIXB H£IIE!U
«délivrance (1), » Le mouvement politi que qui a commencé, et que rien n'arrêtera , promet au monde la magnifique alliance du principe d'ordre et du principe progressif, de la foi et de la science, de la Religion et de la liberté. L'heureuse révolution se prépare malgré la lutte opiniâtre des Rois et des Prêtres , malgré toutes les résistances du Sacerdoce, de la majorité de TEpiscopat, et des censures intéressées du Siège romain (2).
La partie la plus considérable de cette Préface a pour objet le récit des événemens sur lesquels se fondent ces prédictions; les mêmes , dans leur dénouement et leurs moyens d'exécution, qui remplissaient les colonnes de son journal VAi^enir, et qu'il a copiées sous d'autres formes dans ses Purôles d*un Croyant.
{i) Prifao^, p. CHU «t Gela viendra, e% pjaa tôt « qa^on ne pense. » Ibid^ p. c.
(2) Ibidf p. Il, VI, Lv, Lxx^vi, .lxu;yu.
948 iiisTOUii;
L'histoire de ce que nous avons vu répondra suffisamment à la gestion : Si M. de La Mennais fut jamais autre chose q^'up faux prophète?
Autrefois I rindifféreace religieuse, répandue dans tot|tes les claies de la sodiét^ çuropéenpeji lui paraissait le symptôme d'une prochaine et inévitaUe dissolytiofi.
L'athéiaime introduit dans lit çouv^rneineut, i^m les \m , ^ttsq^e^ dan^ la £imillf , «n
sein du sanctuaire lui-même i dévorait 16%t^epieni tout, l'ordre poUtique et religif ux. Le Christianisme paissait. Chacune dfs pages du livre de h jfiefigîon çon§id4rée ^tait uç cri d'alarxn^ et uiie io^icription fîilièhrç* L^^ Restauration avait beau Ëiire :
pour soutenir l'édUÊce chancelant^ elle pmplçyait tour à tour la baïonnette du soldat et le glaive du juge (i) j; ses i^fforts même ne servirent qu'a en accélérer la ruine. Elle ifTiât bem g cs s cr fer par dt» Mswds plus
(1) ffifmê9, p, u.
DE LA NOUVStU: nÉRESIE. S43f
4troit;4 l'âdliance^ entre le pouvoir et le sa- QQfà^ce » «ouder le trône à Fautel ^ coi^fon:^ 4r% daQ$ ma même^ intérêt la cause rein gileuse avec la cause monarçhi(|ue : toutei^ d^uxy HLinéea dans leurs b^se;s, n'attendaient; qne k^ BAoïneiLt d'expirer ensendile : k Nul « lifr tilâioer^t la liestauiipation d'avoir ét4 K^reUgiewe ^% clirrétienn^ , si elle avait été ¥ |in]^)^mefiAt 9 s^ elle avait été réellement re^^ ¥ Ugieu(^ ist% f^étienne } au fond, eUeue fqt f ni Fun ni l'antre (i)^ ^ Ce» mêmes parQle^, qnf r^te ici l'auteur d§ la, Prdfi^ejf furent ^^ites eii18^y sQwle règne de jQl\SMr\es !^| M iQndooiaiQi du sac^e du Monarque^ ^ f^Vf ç lULoins encore de^^iaénagement (2),
Survient la Eévolution de Juillet, consé^ ipencQ nécessiaire de toiit ce ^ui avait pr^ oéd.^9 annonce d'une ère noiiv.elle j elle rér f éjn lin peuple nouveau^ un peuples inatruk
4« 9m droits et résolu cle Hs délSsindr^» fUr
(1) Préface, p, Lxni.
(2) Voyez la JRe/f^i»,f^nM^6^, eftpi,^ eà la Restaaif(Ulfi¥ est; qm^lifiée mf^ U§«U.
544 HISTOIBE
périeur, sous le rapport moral, à tout ce que le monde avait encore tu. « Car où trouverait^on un second exemple d'une immense population, palpitante de toutes les passions qu'exalte le combat , et pendant l'action comme après , contenant ses ressentimens , s'interdisant la yengeance, respectant la propriété, et maintenant au sein d'une vaste capitale, livrée à elle-même, un ordre plus sévère qu'aucun gouvernement ne le saurait maintenir avec sa police et ses soldats (4)? » Nous avons examiné ailleurs ce qu'il fallait croire des révélations de M. de Lit Mennais à l'égard de l'événement en luimême (â). Il affirme ici avoir embrassé avec ardeur la Révolution de Juillet ; nous ne scrutons pas les consciences. Quelquesuns de ses plus chauds partisans ont porté le scepticisme plus loin. « Il avait maudit la « Révolution , dit l'un d'eux , il la sert au- K jourd'hui ; il avait déclamé contre la li-
(1) Préface, p. lxvi, lxvii.
(2) Ifist. de la nouvelle Beréêie , \. II, p. 477.
D£ LA NOUVELLE HÉRÉSIE. 34tt
« berté, il parle aujourd'hui pour elle(1). » Nous y vîmes un mouvement social, un pas fait par l'humanité vers les destinées meiU leures qu'amène infailliblement le progrès intellectuel et moral (2). Elle avait concpus la liberté : que lui fallait-il de plus ? — On voulait que la liberté fût la conséquence de la souveraineté nationale ^ loyalement reconnue ; l'on comprenait que la liberté renfermait en soi tout ce que la raison peut concevoir sous la notion de droit dans l'ordre politique et civil (3). — Mais puisque la Révolution de Juillet avait été le triomphe de la liberté et de la justice, les fruits qu'il allait en attendre ne pouvaient être le désordre et l'anarchie. Les vrais amis de la Religion, de la liberté, avaient certes de quoi s'en contenter. Néanmoins, le vœu de M. de La Mennais fiit loin d'être satisfait. « La liberté,
(1) M. L'Herminier , Revue des deux Mondes, 1*' septembre^ p. 560.
(2) Préface, p. lxvii, Lxviii.
(3) Ibid.j f.Lix,
çonqi^se en Juillet, fut perdue le 7 août (1 ). « Ce que hqus espéiioos^ ce qui nous fut pro^ m»^ c'était^ une liberté pleine, entière^ un»* vwfteUe i nqu» repoussons à cet égard toutf {restriction » tout pmilége (2)* Nous récla-» mons particulièrement oe que^ depuis qutn;((| ans , noua n'avons pas cessé d'invoquiif ^ {^an4s çtî^ : la liberté do l'«isoign«])ft^tr, la liberté indéfinie de U pre^sQ. « Q^el piayen de r^tir désormais à la rai^oiv M* 9iai»e la liberté doiU elle s'fst shim defifiîs tr«i^ si^es i»mias&e3ston, de U refenlœ 4a«sl'igi|Qrax|cf^ df V^i^obpMr da w l'imA" tti^ité? ^ qm «era^troe qu'une v^ipjd; qijif HMUMcerait le prog^ de l'intslUg^ce ^3^J^h #f ly^Uis^ les lois çiyiles e;^ religieuses qon^ « 49ianeiA éfiidenient V^^bu^ qui ^>$t fait 4? « celte fiti^riér illimité^:) W P^^ ^ ^fpyi^f^
« dét^ter (4). »
(1) Préface^ p. Lxxxyiii. .
(2) Ibid., p. Lxxii
(3) Ji6«l., p. Lxxix, (&) iïû{, p. LXXXI.
DE LA NOIÎirsaULB HÉRÉSIE. MT
Dans quelles vues ? lyempédiev les nations «^e sHisQooier aa mourçment secial qt^i les •mpovte Yers un noaTel avenir ^ de ùipe caiûe tçonunune avec liss souTerainetés absb- |ii^8 contre lea piqpmlationi qui cmnbatteflit poiip s'-affininohic dtt joog que chaque jour eMes appetaatMf nt davantage aur eUes ; de «bnfier ht Rellgîoh k la ^rde des soldais ehiHrgéa de oentank, la fasaoniielte swr )a peiti«i|ev lei isationafréunisf nl^(4). Tel est l%»oofd tiàpnlé mtre ks deim poiivoirs , i^e doat la oanditsofei ftindamentale pMir- MKi é«M eaf rittée mfoi : • Moi ^ pauMir k ipîrîUMil , ja vom satttîéndpai de bieiî aa- ■m fearlléy paeèe que vma, pouvoir tèMparel, « vrais Me acwliendre» de^ vos oppiM. Tioas V iftoiia aamverodm ainsi de eoneerl , et noas r awYwanà eni^we la soeiétlé , dont Fesise tofiie» ^adkée à moèrm, double empire , # f^t fra^^esnenfc mèiiMée par ks avcufles « entreprises des peuples (2). »
(1) Préface, ^uxxir, as^piiiK
(2) /iiJ.^ p. Lxxxiii.
S4& msTODis
C'était là tout l'esprit des Paroles d^wi Croyant. Aussi ne craignons-nous p» d'appeler cette Pré&ce le supplément à ce livre dont un de ses apolo^tes a dit qu'il n'a rien des proportions humaines ordinaires (1). Des paroles menaçantes, émanées de laCour de. Rome, ont donné aux peuples l'éveil sur des doctrines qui les précipiteraient dans les plus afireuses calamités. Le nouveau Luther . n'yrépond que par la calomnie etrimpoffture. , . A quoi donc veut en venir enfin M. de La Mennais? Il n'en £iit plus mystère. Ce qu'il . propose j ce qu'il appelle de tous ses vœux , « c'est la République ; oui, certainement, la , V R^uhlique. Croyez*vous donc qu'aucun « autre genre de gouvernement soit aujour- « d'hui possible en France , y puisse être « autre chose, pendant sa pénible et courte , « existence, qu'une guerre civile, organisée « par la loi ? Voyez plutôt : le développe-
(1) Notice hiogrmphique sur M, de La Mennais, par M. Robinet, p« ^, (Paria, 1835. )
DB LA NairVBLI.1 HEflBSlE. SHO
«ment de TinteUigehce , de la notion du Y droit, du sentiment du juste ^ la division « des propriétés, la diffusion des connais* « sances , ont produit un besoin immense tf d'égalité ; et l'égalité réalisée , qu'est*ce , «r sinon la liberté politi<{ue et civile, syno* « nime du mot République (1 ) ? j» Pourquoi tous les Français, égaux par nature, égaux devant la loi, ne participeraient*ils pas tous également 3i la souveraineté naitonale (2) ?
M. de La Mennais n'a plus de secrets a nous confier : nous avons enfin sa pensée toute entière , sa pensée permanente , ex** plicite. « Nos idées , nos vœux d'autrefois , « sont encore les idées , les voeux d^aujourff d'hui (3). » Et il se félicite a l'avance de les voir exaucés ; un peu plus tôt , un peu plus tard , ce langage produira son effet (A).
Pourtant ce qui trouble encore quelques
(1) Préface, p. xcii.
(2) iJirf.,p. c.
(3) Und., p. Lxxxix.
(4) Ibid,, CI,
esprits, ce sont certains soiiretiin qu'il n'a pas encore été possible d'el&cer du se^iter nir des hommes } c'est la mémoire d'une •Kécrable tyrannie exercée naguère sons le nom de liberté. *«^Terreuf^ imaginaires! ré^ pond M* de La Monnus ; personne eli f ra&ce ne croit k la possibilité de ce régisM fttrO^et dont on essaye de nous faire pewt. Qeêl If rêye des despolasmes européens9<{id.ontéT0-' que ce fiint&me sanglant ^ pour . conlOMT kl peuples par une terreur plus tIto tpib lé désir même de secouer Todieux. joug dont ,Us les écrasent. Mai^ que les rois s'entendestf; contre les peuples ^ les peuples aussi s'eli* tendront contre les rois. Ils anronft leur tour. Ce que la Conrention même ne . fit pas, les SouYorains le font sans remordi.
Les peuples usent de représailles : ils se wmX, fatigués du 93 des rois {A )* La lutte s'est engagée ; et « nulle part ailleurs , dit l'his- <r toriographe de M. de La Mennais» cette
(1) Préface^ p. cii.
DB LA NOmitm HÉRÉSIE. feltl
« ItttM nt «*€»! pf^séiitée plm cruelle ^ pim « ftchftmée tfM d&ns le» Paroleê if un » ChifiinC (^)« * ^<^* pimvoiis ajouter. Et deiie les demièMs pages de la PréfkeiB dont Yiôus venons de rendre compte.
Mate la tict<^re^ ifuelle t^u^elle sett, «eriK ««elle ians combats 7 Hneurreçtion des péish jpleë serait-elle teujouri pàcifiq«i« et magn*- Yikhe? M. de La Mennak^ tdut en proposant pour modèle la Révolution de Juillet» a^^^ « oublié les malbeurs qui la souillèrent , lui ^i, dans %bn^9enir^ ne maifiqua jamate Vocda^on de les rappeler? Peut-il répondre ipie toutes les révolutions ressembleront k eeile4k ? A-tp-il oublié que les mouveménis qui eurent lieu si peu de temps après k Pa^ ris et k Lyon furent moins des émeutes qtife des batailles? Les Tyrans abattus , qui sait s'il n'en renaîtra pas d'autres fhv^J^irocés encore ou plus heureux ? Les peuples , rentrés en possession de leur indépendance , la
(1) M. Robinet, Etudes «t Notice biograp., p. 99.
co]i0erveront-ils , sans que les pasatcms humaines ne se réveillent au milieu d'eux pour y secouer éternellement les flambeaux de Tambition, de l'envie, de la cupidité, de la vengeance ? Et le ministre de la paix et de la charité peut contempler de aang-froid le sang des peuples, coulant par totrrens, pel^ mêle avec ^le sang des Rois et des Pontifes I 11 est vrai que la régénération' universelle promise au genre humain anéantira tout germe d'injustice et d'oppression dans les uns , d'impatience et de capricieuse liberté dans les autres. Un même sentiment d'équité et d'amour confondra tous les cœurs et toutes les volontés. Plus d'impie ni de blasphémateur, plus d'esprits témérairement cur rieux , plus d'orgueilleux philosophes , plus de méchans qui persécutent la vertu, ni de libertins qui tendent des pièges a l'innocence. Le monde ne sera peuplé que d^honnêtes gensj religieux ou sans religion, isolant les droits communs de toute croyance reli*
gieme. Autant d'Aristide^ de Dé^iw et de Camille , immolant leur» affections {^rtieiH lières h l'intérêt général ; car « chacun s'ai* K( i»era dans &o«i frère 5 et se tiendra heuteux <r de le servir ; et il n'y aura ni grands ni 4r petits, k cause de l'amour qui égale t«iut , r et toutes les fsuniUes ne seront qu'une fa- « mille , et toutes les nations qu'une na^ « tion (1). » Lia terre, émancipée de l'arrêt fatal qui en fait la vallée des larmes , rade^ venue comme avant le péché du premier homme un jardin de délices , « refleurira »
te et les peuples refleuriront, parce qaç rous « aure£ vaincu les fils de Satan , qui oppri-i* t( mient les peuples et désolent la terre , les « hoqfiines d'orgueil, les hopimes de rapine, (( les hommes de mearlxe et les hojipiniQa.de « peur (1). »
Cité en police correctionnelle pour écrits séditieux , ( c'étaient les violentes assertions
(i) Paroles d'un Croyant, p.* 131.
(2) Ibid., p. 197.
*W Vn^ ^itfeVELLB HfeÉSIE.
conaerveront-il*^ .yJiaUque al an la Religion
marnes ne *• ^^ ^ ses • rapports avec l'or-
j secor ^^-^jfolitigue)^ M. de La Mennais
l'air' y^ ' à se défendre personnellement.
'^ i^0né à une amende , il s'adressa à ses
. et termina ainsi une courte allocu-
.^ : — Et vous saurez ce que c'est qu'un
pfêif^ ' — ^^ prêtre a tenu parole (1). »
Le prêtre de la révolte publia son jàifenirj ses Paroles (tun Croyant et sa nouvelle
Préface.
Nous- terminons tout cet ouvrage par
l'Encyclique de notre saint Père le Pape
Grégoire XYI, portant condaomation du