‹ Histoire de la papauté. Moyen-âgeChapitre 1 sur 23 · BARBARES · texte numérisé non relu

BARBARES

Par quoi est surtout remarquable la période historique renfermée dans ce livre. — Coup d'oeil général sur les diverses invasions qui ont succédé à TEmpire romain. — Aperçu particulier sur les Francks. — Que faut-il penser de la civilisation celtique qui les avait précédés daus la Gaule. ~ Cette civilisation était-elle sous quelques rapports supérieure à la civilisation chrétienne. — La civilisation celtique n^était qu'une véritable barbarie. — Elle s'était laissé envahir par l'idolâtrie Gréco-Romaine. — Au fond elle n'en avait jamais été essentiellement dilTérente. — Que faut-il penser de la barbarie Germaine qui vient s'ajouter à la b.irbarie celtique — Quelle était l'étendue de l'action de la papauté en Occident. — Quelle eût été cette action en Orient; si le siège de Gonstantinople ne l'avait pas combattue. — Lutte de saint Félix II et de saint Gélase !•»•, contre cette usurpation. — Lettre de saint Auastase II à Giovis. — Coup d'oeil rétrospectif sur le cin-

quième siècle. — Le pape saint Symmaque. — L'empereur grec Anastase étend jusqu'à Rome son annexion dans les affaires de l'Église. — C'est le pape saint Hormisdas qui écrase l'hérésie des Eutychéens, et fait cesser ce premier schisme de l'Église grecque ; c'est lui qui organise l'église des Francks. — Le pape Jean I«f couronne l'empereur de Goustantinople. — Le pape saint Félix III obtient d'Athalaric, roi des Ostrogoths, des garanties pour les chrétiens d'Italie. — Saint Boniface II. — Saint Jean II. Intervention pacifique de saint Agapet I«<^ à Goustantinople. — Conduite de l'impératrice Théodora et du général Bélisaire envers le pape saint Silvère. — Quel fut le vrai caractère du pontificat de Vigile.— Pelage I***. — Jean III. — Benoît I«'. — Les Lombards succèdent aux Goths en Italie ; Exarchat de Ravenne. — Pelage IL — Saint Grégoire-le-Grand et la conversion des Anglo-Saxons. — Coup d'oeil rétrospectif sur le sixième siècle. — La vérité sur la prétendue Église celtique de la Grande-Bretagne. — Babinien, Boniface III, saint Boniface IV, saint Dieudonné. — Charité sublime de ce pontife. — Honorius I" ; doit-il être considéré comme hérétique. — Suite du Monothéisme, saint Séverin, saint Jean IV, saint Théodore, saint Martin !•»•, Eugène I«', saint Vitalien, Adéodat, Domnus. — Saint Agathon et le sixième concile général. — Saint Léon II ; condamnait-il la mémoire de son prédécesseur Honorius. — Saint Benoit II, Jean V, Gonon, saint Sergius I«' : Rome se déclare pour lui contre l'empereur. — Coup d'oeil rétrospectif sur le septième siècle. — Jean VI et l'Exarque de Ravenne. — Jean VII et l'empereur Justin ien IL — Constantin, saint Grégoire II, saint Grégoire III et l'hérésie des iconoclastes. — Pourquoi il convient de rapprocher l'hérésie des iconoclastes de l'invasion musulmane. — Les papes Zacharie, Etienne

n et Etienne UI , et Torigine du pouvoir temporel des papes. — Quelles avaient été les relations du Saint- Siège avec le royaume des Francks jusqu'à cette donation. — Dons faits par les empereurs chrétiens aux diverses églises. — Intervention des évoques dans les causes civiles. — Cette intervention consacrée par le Gode Juslinien. — Elle explique l'intervention de saint Léon auprès d'Attila; paroles de Cassiodore. — Possessions duSaint- Siégeen Gaule et dans toute l'Italie sous saint Grégoire I»'. — Respect des Barbares pour les possessions du Saint- Siège. — Les dangers de cette situation. — Ce n'est qu'en 741 que l'Italie s'adresse aux Francks en la personne de Charles-Martel. — Luitprand traite avec lo seul pape Zacharie des intérêts généraux de l'Italie. — Ce n'est que OQze ans après que le pape a délivré l'Exarque des mains des Lombards que Pépin vient en Italie. — Etendue des deux donations, celle de Pépin et celle de Charlemaçnc. — Le pouvoir souverain que ce dernier attribue au Pape n'est que la consécration du pouvoir féodal qu'il confie aux évoques. — En quoi l'empereur Franck fut supérieur aux empereurs romains qui avaient été les bienfaiteurs de rÉglise.

La période importante de T histoire de la Papauté par quoi est surtout

remarquable la

que nous allons parcourir, doit surtout attirer Tat- Jte'^renfermlê

teotion du lecteur sur la lutte de la Papauté contre la barbarie qui vient de prendre la place de la civilisation gréco-romaine qu elle a renversée. Mais, auparavant, il est nécessaire de lui faire observer qu'à part quelques parties reculées de la Germanie,

ans ce livre.

le Ghristîftdsffle est déjà établi partout, et ne demande qu'à y être consolidé et développé. Coup dœii général Eu Italie, OD 410, les Yisigotbs, conduits par

sar les diTerses o » r

Lû'SidèVî^m- Alaric, prennent et dévastent Rome ; mais ils sont

pire romaÏD.

déjà ariens, c'est à-dire des catboliques ayant eu le temps de devenir bérétiques. Rejetés d*abord dans le midi de la France et plus tard au-delà des Pyrénées, ils y apportent avec eux Tarianisme qui y sert d'introducteur naturel au mabométisme, chassé à son tour par le noyau béroîque des catboliques que n'ont pu écraser ces deux invasions successives.

Nous ne savons rien de la religion des Hérules; il est cependant très-probable qu'ils étaient ariens (1). Quoi qu'il en soit ils n'appuyèrent pas sur notre sol, et on les voit, moins d'un siècle après qu'ils y ont paru, se perdre de nouveau dans la nuit de la Scandinavie d'où ils sont sortis.

Je ne dirai rien ,de la rapide apparition et de la domination de moins d'un demi-siècle des Ostrogotbs en Italie; ils y Turent pulvérisés par Bélisaire et Narsès; ils avaient eu cependant le temps de devenir cbrétiens, et puis ariens. Les Lombards

(1) C'est l'opinion de Ferrari, U h', p. 28.

lear succédèrent , et comme ils y restèrent en maîtres, du moins dans toute la haute Italie, jusqu'à Gbarlemagne, nous aurons plus d'une fois à revenir sur leur compte.

Je dois, d'abord, appeler Tatlenlion du lecteur, d'anc manière toute particulière, sur ce point important, qu'à part quelques tribus qui appartienueot à la race slave, les peuples divers sur lesquels se portèrent l'attention et l'action de la Papauté, sont des braacbes détachées du tronc germanique (l), qui ne nous apparaît que dans un moment fort rapide, dans toute sa force et sa majesté, dans la créatioD de l'empire d'Occident, en la personne de Charles-le-Grand. Les Ostrogoths, les Visigoths, les Hérules, les Lombards, les Francs, les Bourguignons, tous sont venus de cette région incertaine et flottante qui est la haute Germanie et que l'on désigne ordinairement par le nom de Scan* dinavie.

(I) Dans leurs dernières évolutions, car descendus des hauts plateaux de TAsie, ils avaient suivi différentes routes» »'t s'étaient plusieurs fois rejetés d'un autre côté que celui de leur première direction. Leur origine asiatique ne parait fias douteuse, et le savant Bopp prétend qu'en lisant un de leurs auteurs du quatrième siècle de notre ère, Ulphilas, il lui semblait lire du sanscrit.

Ce sont ces nouveUes peuplades, qui presque toutes dans cette dernière invasion sont arrivées par la frontière du Rhin, avec lesquelles Rome va se trouver en contact, car partout elles sont conquérantes et maîtresses. Dans la Gaule, los Francs se substituent non-seulement aux anciennes couches, les Gallo-Romains, mais encore aux nouvelles, les Bourguignons qu'ils refoulent vers TEst, et les Visigoths auxquels ils font passer successivement la Garonne et les Pyrénées, et les rejettent ainsi en Espagne.

C'est ainsi que le point de vue va se simplifier aux yeux du lecteur ; il ne trouve devant lui que des idolâtres Scandinaves ou Germains, et pour se faire une idée exacte des obslacles que dut y trouver l'Évangile pour les convenir, il n'aura qu'à relire ce que Tacite nous apprend de la religion et dos mœurs des Germains.

Cependant se place ici une observation capitale qui mérite toute son attention.

Aperçu particulier Ce sout cu définitivc Ics Francks seuls, convertis à la bataille de Tolbiac, qui représentent l'Église catholique en Occident. Au-delà des Alpes, les Lombards sont Ariens, ainsi qu'au-delà des Pyré-

sur les Francks.

nées les Visigoths. Ce n'est qu'à la Go du sixième siècle que rArianisme cesse de dominer en Espagne, et c'est au commencement du septième qu'il disparait de l'Italie devant l'épée des rois Francks.

C'est donc Rome et la France qui représentent la croyance catholique dans ces deux siècles que l'on peut considérer comme des siècles de formation.

A ce propos, il ne nous appartient pas de nous dérober à une objection qui se présente ici sur notre passage.

Nous avons eu un trop grand soin de mettre en q^q faat>ii penser

. .* 14.. «• . • , de la civiligation

lumière, toutes les fois que loccasion s en est pré- œw^nfe qai »«

^ * avait précédés

seutée dans cet ouvrage et ailleurs, cette vérité ^""«i»*^*^^®que nos origines chrétiennes ne doivent pas être considérées comme ayant leurs racines dans ce qui les a précédées et surtout dans la philosophie et la mythologie gréco-romaines, pour que nous ne considérions pas comme un devoir semblable d'établir la même vérité par rapport aux dogmes druidiques ' qui le précédèrent sur notre sol. Si nous ne parlons pas des croyances des Germains, c'est qu'il n'en est pas queslion.

Il s'était, en effet, produit un lait des plus

importants, non-sealement sar nos côtes, d*où il avait pénétré dans le cœur du pays, mais encore sur celles d'Espagne, d'Irlande et de la Grande-Bretagne, et c'est celui d'une large infiltration de doctrines orientales ou italiques qui sont celles du Druidisme. Faut-il, en effet, chercher leur origine dans le seul fait de la migration des Celles ou Gaulois qui, laissant à droite la ligne suivie jusqu'à nos contrées par les migrations détachées du même tronc primitif, celle delà vallée du Danube et de la Germanie, étaient arrivées eu ligne droite par la Grèce et l'Italie et avaient conservé, par le bénéfice de la rapidité de leur migratiou, plus intactes les principaux dogmes brahamiques ? Ou bien, doit-on supposer que c'est un vaisseau de la Phénicie ou de l'Afrique qui avait déposé sur nos rivages Quelque colonie de celte secte de Pythagore que l'on voit disparaître tout à coup de la grande Grèce où elle avait jeté un si prodigieux éclat ? Ce qui nous attirerait vers cette opinion, c'est la physionomie viaiment pythagoricienne de cette école druidique qui resta toujours parmi les peuples celtiques la plus renommée et le centre de toutes les autres, et

dont parle César, la plaçant dans ia Gi*aiide-Brelagoe (1).

Quoi qu'il en soit, il est nécessaire que le lecteur ait une idée de la part d'influence qu'une certaine école qui parait vouloir dominer notre liisloirc, attribue aux dogmes et croyances druidiques sur notre civilisation occidentale, et même de la supériorité qu'elle lui accorde, sous quelques rapports, sur le Christianisme :

« Que la croyance de Tbomme lui représente cette dviusaiion

" * ctait-clle sous

» donc que la mort, loin de causer dans le courant Su^S^i^T^Ti

- - . , , . , , civilisation chré-

» de sa destinée aucuu changement aussi essentiel tienne. » (celui de faire cesser la vie), n'est en définitive )> qu'un des accidents de la vie... Telle était pré- » cisément la situation dans laquelle le dogme » druidique plaçait nos pères, et il faut avouer que » cette situation était fort supérieure à celle que » le Christianisme a faite, jusqu'ici, au genre )) humain (2). »

(i) A côté de ces deux suppositions s'en place une troisième qui fait du Druidisme une importation phénicienne. Mais les Phéniciens ne se présentent guère à nous comme fies missionnaires d'idées religieuses ; d'ailleurs dans ce cas l'on devrait trouver la même doctrine dans leurs nombreuses colonies^ ce qui n'est pas, à notre connaissance du moins.

(2) Jean ReynauS, Esprit de la Gaule, p. 61.

Savez-Yous quelle est cette immortalité supérieure à rimmortalité du dogme catholique ? C'est la métempsychose pauthéistique. César, Diodore de Sicile, Pomponius Mêla, Lucaîn, Strabon, s'accordent sur ce point : « J'ai été serpent tacheté sur » la montagne, chante un de leurs interprètes, )) Taliesin ; j'ai été étoile chez les chefs supérieurs ; » j'ai été dispensateur du liquide, revêtu des habits » sacres, tenant la coupe. Il s'est écoulé bien du » temps depuis que j'ai été pasteur ; j'ai longtemps » erré sur la terre avant de devenir habile dans la » science ; j'ai erré, j'ai circulé, j'ai dormi dans )> cent îles ; je me suis agité dans cent cercles, » i^'on conviendra du moins qu'il n'y a ni parenté ni ressemblance entre celte doctrine et celle de l'Église romaine.

De cette théologie naissait leur morale. « Chacun » a vécu, dans les commencements, de la vie ins- » tinctive (1) et y a contracté de telles habitudes » que ces habitudes durent encore, et ce n'est qu'à » la condition de rompre avec elles que l'on » s'élève... Toute la morale gravite autour de cette » connaissance capitale, et la demander au prin-

(1) Jean Reynaud, Lot. cet^ p. 80.

» cipe de la condition originelle de l'individu, au » lieu de la demander, comme le Christianisme TU du moyen-âge (?) à celui du péché originel com- » mnn, aest, on peut le dire avec assurance^ que » substituer un flambeau brillant à un flambeau » fumeux. »

Soit, si vous le voulez, C9r une réfutation d'une si incroyable affirmation nous entraînerait trop loin. Mais je tiens à constater que ce n'est pas du dogme druidique qu'est né le dogme chrétien. Pourquoi donc dites-vous, à propos de cette opposition, au moins étrange : « Et ce n'est point une vaine curio- » site de notre part que de chercher à démêler » aiusi ce que nous avons été daus le passé, car » c'est ce qui nous aide le mieux à comprendre n ce que nous sommes dans le présent, et à nous » connaître finalement en entier. » Ou trouverezvous aujourd'hui des traces dans le présent d'une telle doctrine, si ce n'est dans le positivisme, et ce n'est point là ni une philosophie, ni surtout une religion nationale.

D'ailleurs, c'est par des preuves indiscutables La dviiisaiion cci-

' ti<{uenï'Uiitqa'uDe

qu'il convient de montrer que le Druidisme non- '''*"'*'''^ i>ari,arie. seulement n'a pas préparé les voies au Chrislia-

Disme, mais même qu'il n*a pas su empêcher ni la dissolutioQ de la société Celtique ni l'invasion chez elle du Paganisme gréco-romain.

II est avéré que les Gaulois étaient incapables de se soumettre non-seulement dans la vie ordinaire à uu gouvernement, mais, même en campagne, à une discipline militaire. Ce mépris stupide de la mort qui se retrouve presque au môme degré chez toutes les peuplades sauvages, ne leur servait qu'à se pré cipilcr, nus et ivres d'une vanité insensée, sur le fer del'épéedcs Romains. Ces indisciplinés ne pouvaient même pas se réunir dans leurs festins sans se provoquer et mêler leur sang au vin de leurs turbulentes agapes. Au fond, la civilisation des peuplades celtiques n'était que la continuation de l'état sauvage ; ce qu'il pouvait se trouver de civilisateur dans les doctrines des Druides, ou ils n'avaient pas pris la peine de l'appliquer par une éducation populaire, ou bien ils avaient été impuissants à le faire. Que dis-je? ces prêtres fanatiques présidèrent, jusqu'au jour où César les rejeta avec indignation hors de la Gaule, à des rites dont la consccralion ordinaire était le sang humain répandu; la civilisation païenne en frémissait, car ces sacriGces

avaient dtH)aru du bassin de la Méditerranée avec la ruine de Cartilage. Ainsi ces superstitieux n'avaient que la terreur et non l'amour de la divinité ; Plutarque avait raison lorsqu'il prétendait que c'était poar eux un malheur d'avoir des croyances religieuses, puisqu'elles étaient aussi exécrables. Diogèoc Laërte constate qu'ils n'avaient non plus aucun amour de l'humanité, et que toute la morale reposait sur le dételoppement de l'égoîsme.

Quant à ce dont ils ont été loués tant de fois, d'ayoir fait une part aux femmes, non-seulement dans leurs assemblées politiques, mais même dans la célébration de leurs mystères, on hésiterait davantage de les en vanter si on voulait bien se rappeler que c'est presque uniquement dans les combats, autour du dolmen du sacrifice et auprès de l'enclos où étaient retenus les prisonniers de guerre, qu'on les retrouve, toujours attirées par la soif du sang qu'elles appellent à grands cris ou qu'elles réclament au nom de leurs prérogatives sacrées.

C'avait donc été, au demeurant, un progrès que EUesctait laissé en. la substitution de l'idolâtrie païenne à l'idolâtrie ^i^i^e """ celtique. J'ai dit idolâtrie, car les forêts étaient

pour eux de trais temples. César et tous les autres historiens nous parlent de leur mythologie, fort semblable à celle de Rome, au point que lorsque le Jupiter du Capitole vint s'établir en dominateur chez les nations celtiques, il n'eut qu'à mettre sa main dans celle du vieil Ésus, qui avait tenu sa place jusque-là auprès du chêne sacré qui n'était lui-même que le souvenir de celui de Dodone. C'est ainsi que les médailles consacrées au maître des dieux, et que l'on retrouve encore aujourd'hui, portent sur une Tace le Jupiter romain , et sur l'autre l'Ésus gaulois. Si l'on osait hasarder une ^avIÎManllSs^é^ coujecturc sur ces deux cultes, c'est qu'au fond d^enw!^"^"' ils furent toujours les mêmes, avec cette différence tout extérieure que tandis que la civilisation grécoromaine avait fait servir à illustrer le sien toutes les richesses de l'univers, la vieille Gaule n'avait pas su remplacer par des autels de marbre la pierre primitive du sacrifice, ni osé introduire les statues de ses dieux dans les froides et humides forêts. Ce que l'on trouve de dissemblable dans les croyances, et qui n'a jamais eu de véritable efficacité, doit être porté au compte de Tinfluence druidique. Ce n'est donc pas la civilisation celtique qui avait

préparé les voies à un établissemeDt pins ferme du Christianisme en Gaule que partout ailleurs. Celte observation est de toute importance ; mais pour la rendre complète, il est nécessaire que nous lui donnions pour complément celle qui suit ; quelques paroles de M. do Montalembert (1) vont servir d*in- Iroductiou à cette nouvelle observation :

« Pour que TÉglise pût sauver la société, il ^ de ^a AJZrtS » fallait dans la société un nouvel élément, et dans vilm^'t^oatL^r à

, la barbarie celti-

» l'Eglise une force nouvelle ; il fallait deux inva- ^"«• 'Sions, celle des Barbares au nord (2)... Les * peuples Gernmins apportèrent avec eux Ténergic " seule qui manquait aux serfs de Tempire. La » vie s'était retirée de partout ; ils en inspirèrent » une nouvelle au sol qu'ils envahissaient, comme » aux hommes qu'ils incorporaient à leur domina- » tîon victorieuse (8). »

En d'autres termes, les Latins gallo-romains, qui avec ceux d'Italie furent les principaux dans la conversion de l'Occident et l'établissement de notre civilisation, trouvèrent-ils dans l'infusion du sang

[ij De son ouvrage intitulé : Les Moines d'Occident, \l) Tom, !•', p. 29.

(3j Tom. U% p. 234.

Gerinaio par les Francs et autres, une force qui !eur aurait manqué sans cela 7

Si vous vouiez une autre Tormuie de cette pensée, la voici : La barbarie germanique fut-elle un aide pour la civilisation, et faut-il cfaercticr dans les mœurs des Germains ce que nous n'avons pas trouvé dans les croyances celtiques, .des aides et des précurseurs de notre civilisation ?

Nous avons la rare fortune d'avoir un témoignage qu'on ne saurait suspecter, celui de M. Littré (1) :

« Je me demande quelle est la grande œuvre de )> répoque comprise entre Auguste et Augustule, )) et quels furent les agents de cette œuvre su- )) prême ? La grande œuvre fut rétablissement du )> Christianisme ; les agcuts en furent les popula- » lions gréco-romaines, ou les Gentils, comme dit » l'Apôtre qui le premier les appela à la couver- » sion. C'est dans leur giron que désormais abon- » dent les prédicateurs, les martyrs et les saints. » C'est de leur giron que partent les polémiques

(l) Dans ra'rticle qu'il a consacré, clans le Journal des Savants (septembre, novembre, décembre 1862, janvier 1863), à l'examen critique de Touvrage de M, le comte de Montalembert.

9 victorieuses et les livres des docteurs sévèi]^ et » éœutés. En tout cela les Barbares m peuvent » rien donner ; ils ne font que recevoir. Nulle » lumière, nulle moralité, nulle sainteté ne vient B d^eux. Devant ce spectacle, toute ma reconnais- » sance philosophique et sociale se tourne vers n ceux qui ayant christianisé le monde ancien, » avant qu'il fût livré aux Barbares, christiani- » sèrent les Barbares eux-mêmes, et du moins jc- » (èrent en eux des germes d'une moralité nou- » voile, » Il faut on flnîr avec ces préliminaires, 'mais ils ^"dùl^dt^^i'lctionê

». • F • • . la papauté en Oc-

étaient nécessaires pour que vous ayez une juste dJént. idée d*oii parlent tous les principes de notre civilisation chrétienne ; c'est de cette civilisation galloromaine, latine, de formation purement chrétienne, puisqu'elle n'a trouve qu'obstacle dans les vieilles choses qui ont survécu de la barbarie celtique, et dans les choses nouvelles que lui apporte l'invasion Germaine. Vous allez voir, en deux mots, que Roioe et la France sont les deux créateurs de la civilisation chrétienne; en dehors de Rome et île la France, il n'y a presque pas de catholicisme, et cependant il n'y a, à cette époque de l'histoire, de

vie, d'expansion, de ressort que dans le catholicisme. L'empire grec succède nominativement ù la civilisation ancienne; remarquez avec soin que sous les Hérules, les Goths, les Lombards, les papes continuent à le considérer comme le maîlre de ritalie ; ceci est incontestable et marqué partout. Cependant il ne peut arracher ni l'Italie aux Lombards, ni T Afrique et T Espagne à Tinvasion musulmane ; en ces deux dernières régions, il a laissé VÂrianisme d'abord tout-puissant et puis toutà-faît désarmé contre l'Islamisme. Chose tout-à-fait digne de remarque, ce n'est qu'au contact de Rome, qui déjà avait désarmé TArianisme Goth et Hérule, queTArianisme Lombard se laisse d'abord pénétrer par la civilisation, et puis tout-à-fait convertir (1).

(1) Ce fait est si remarquable qu'il a frappé un écrivain dont les vues historiques sur la Papauté sont bien difl'ërentes ■des nôtres. « Le fondateur du royaume dltalie, dit M. Arnaud de TAriége (dans son ouvrage sur l'Italie, 1. 1»*", pages 49 et suivantes), « Odoacre et ses Hérules étaient Ariens. » Son successeur, Théodoric-le-Grand, et ses Goths l'étaient » également. Que va-t-il se passer? Rome et l'Italie vont- » elles se constituer en nation, en prenant pour base, ce qui » était dans la logique des choses humaines, l'hérésie du roi » et de la race conquérante ?

» Voyez plutôt la merveille qui va s'accomplir ; Rome et

Partoot ailleurs il est à la fois dévastateur et stérile; en Afrique il ne laisse que des ruines, en Espagne qu'âne place à prendre aux sectateurs dii Coran. Seule, la France catholique arrête le flot universel ; Gonstantinople n'a pu protéger les belles églises de TAsie et de TAfrique. D'où il suit que telle est la position au moment où nous sommes arrivés. Rome a à soutenir TÉglise grecque et l'empire byzantin entraînés à leur ruine par le fait môme de leur séparation d'avec elle ; elle a à civiliser, autant que possible, la barbarie arienne, jusqu'àce qu'elle puisse eo débarrasser l'Italie, alimenter en Espagne la mèche encore fumante de l'orthodoxie ; ainsi dans les trois iles, et porter son action principale sur l'Église de France, ouest après elle le foyer principal de vie ;

» ritalie se servent de Tarien Odoacre pour protéger leur foi » contre l'hérésie d'Eutychès, que Tempereur de Byzance, » Zenon, prétendait imposer aux Romains. Quand survient » Théodose avec ses Goths, rien n'est changé à Tétat reli-

• gieux de Rome et de lltalie. La politique du nouveau roi B Ârien est la môme que celle d'Odoacre. — Ce serait une

• grave erreur d'attribuer la conduite des rois Ariens en Italie « à une certaine indifférence des hordes barbares en matière » religieuse ; la preuve, c'est que partout ailleurs les ortho- » doxes étaient persécutés avec acharnement par les héré- > tiqnes. »

Uigitized by

c'est au point de vue de ces actions diverses, et convergeant cependant toutes à l'unité, que nous allons raconter les divers pontificats qui remplissent cette période liistorique.

Quelle eût été cette ^^^s considéralious qui précèdent peuvent seules

action en Orient, , i » • «

si le liège de mottrc à leur place, et par conséquent redonner

Constantinople ne r » ir t

bîtiue. ^" '^°*" tout leur intérêt et leur grandeur aux longues luttes que soutint le Siège de Rome pour empêcher que celui de Constanslinople ne le remplaçât pas toutà-fiiit en Orient, en lui enlevant ses deux points d'appui principaux, Antioche en Asie, Alexandrie en Afrique. Car tel est le vrai point du débat, ouvert sous Léon-le-Grand, par le vingt-huitième canon du concile de Constance que ce pape avait cassé. Ce canon, en élevant le siège de Constantinople au second rang de TÉglise, annulait en Asie Tinfluence de celui d' Antioche, en Afrique celui d'Alexandrie, en se les soumettant, et se mettait vis-à-vîs d'eux dans la position de supériorité immédiate qui n'avait appartenue jusqu'ici qu'à celui de Rome. Si l'analogie historique existe et permet quelques considérations, n'est-on pas en droit de conclure que si l'Asie par l'intermédiaire du siège d' Antioche, et l'Afrique par celui du siège d' Alexan-

drie, s'étaient troufés, à leur dernier moment, sous rinfluence directe de k chaire de Rome, des résultats auraient été obtenus pour TÂsie et rAftiquc, semblables à ceux qui avaient été acquis en Occident, et que les Vandales en An ique, les Turcs en Asie, au lieu de Tinfluence sénile de Tempiregrec, auraient trouvé celle toute-puissante de la papauté romaine ?

Cette lutte se continua sous le pontificat de saint Lutte do s» fcux h Féli\ II et de saint Gélase ; la question était ^ÎSS.'*''" """" capitale. La prépondérance politique de Constanti- Qople sur Rome, déjà vouée à tous les abandons des empereurs et à toutes les insultes des Barbares, préparait déjà le schisme qui éclata plus tard.

Nous voyons, tout d'abord, Félix II (483-492) forcé de soutenir une lutte sans trêve contre Acace, intrus sur le siège de Constantinople, soutenu de toute la puissance de l'empereur Zenon , pour qui il avait préparé le fameux hénoticon, ou édit d'union entre les Ëutychéens et les catholiques. Les empereurs Byzantins en sont là ; ils publient sous leur propre nom des édits de dogme et de discipline générale. Déjà Tintrus de Constantinople s'était mis à la besogne et avait placé un autre

intrus, Pierre le Foulon (1), sur le siège d'Aotioche ; il Tallut que le Pape les cassât tons deux.

Le successeur de Félix, Gélase I"i(/i92-ft96), excommunia le successeur d'Âcace, Euphénius, parce quMI déniait au siège de Rome la légitimité du pouvoir par lequel, de son propre mouvement, et sans avoir rassemblé de Synode, il avait excommunié Acace.

L'on ne saurait assez admirer le courage de ces Pon tires romains qui, abandonnés au milieu des ruines, élendcnt leur bras non-seulement pour aballre Torgueil des évèques de Conslantinople, appuyés par toute la puissance impériale, mais encore pour soutenir la faiblesse de celui d'Alexandrie et de celui d'Antioche, sièges placés à des points extrêmes de Tempire et qui voyaient, eux aussi, les barbares s'avancer à marches forcées.

(1) Il 80 distingua, nominativement^ des Eutychéens primitifs en prenant pour lui et ses disciples le nom de Théopaschites. On doit les considérer ainsi que les Antomorphites, les Darsanuphites, les Ësaïnistes,comme des variantes purement nominales des Monophysites, et chercher la dilTérencc entre ceux-ci et les Eutychéens, en ce qu'au lieu de prétendre comme ces derniers qu'il n'y avait qu'une nature en Jésus-Christ, ils en reconnaissaient deux, mais n'en formant qu'une^ sans confusion (?)

Cela forme un étrange contraste que cette fer- Lettre de st Anas-

tase U à Gio?i8.

metédes Pontifes romains, la hauteur de leurs vues, leurs efforts poor maintenir partout Tunitë de la foi, et la faiblesse des empereurs de Gonstantinople qui abandonnent tout pour s^occuper de misérables intrigues. Ce sont de vils instruments entre les mains des évèques ambitieux de Gonstantinople qui demandent aujourd'hui la seconde place dans TEglise pour être à portée demain de s'étendre vçrs la première. Jusqu'ici on s'est tenu sur un terrain qui a pu en tromper plusieurs par un certain aspect canonique. On a fait mouvoir les évèques et parler les Conciles, mais vous verrez bientôt tous les emportements et les fourberies de la décadence. Auparavant jetons nos regards sur un spectacle plus consolant. Ânastase, qui n'a fait que passer sur le trône pontifical de /i96 à /i98, a écrit cette lettre au vainqueur de Tolbiac ; je vous la cite tout entière parce que vous y verrez que c'est le langage non de Pontifes cherchant à empiéter, mais s'exprimant dans toute la plénitude de leur autorité : ce Le siège n de Pierre ne peut, en une circonstance aussi » solennelle, refuser de se r^ouir, puisqu'il voit )> accourir à grands pas vers Lui la plénitude des

» Dations, et se remplir à travers les siècles le filet

» que doit jeter dans la haute uicr ce pêcheur

» d'hoiQines qui est en même temps celui qui ouvre

» la porte de la Jérusalem céleste. Pour ajouter à

)) la coDsolatioD du Père commun, croissez en

» bonnes œuvres ; c'est ainsi que vous mettrez le

» comble à notre bonheur et que vous serez notre

» couronne (1). »

Coup «jœii rétros- G'est'là uu bcau langage et digne du pouvoir

pCCllI sur 16 CID"

quièmc siècle, s^juverain- Gcsi à tort, d'ailleurs, que l'on se représente CCS temps où la barbarie a Tait irruption par toutes les frontières ouvertes, comme complètement submergés sous cet Océan. Des lumières brillent sur presque tous les points à la fois, et plusieurs sont éclatantes. La vie a abandonné le Paganisme expirant ; c'est cependant le siècle de Produs, de Claudien, de Macrobe. Les écoles de Constantinople, Alexandrie, Edesse, sont très-suivies, et même celles de Lyon, de Marseille, dcTrèves. Béryte est célèbre par son enseignement du droit, Alexandrie joint à celui de la philosophie et des sciences exactes celui de la médecine. Athènes est encore illustre par ses professeurs d'éloquence et de

(l) Labbe, Anast., ép. 2.

belles-lettres. £n Orient, Tbéodoret, Cyrille d'Alexandrie, Isidore de Peluse, Théophile d'Alexandrie ; eu Occident, sans revenir au pape saint Léon, Orose par son histoire, Gassiea surtout par ses œuvres de spiritualité, Maxime de Turin par ses homélies, Pontius de Noie, Sidoine Appolinaire, l'espagnol Dracontius par leurs poésies; Vincent de Lerins, Prosper d'Aquitaine, Marcus Mercator, par leurs ouvrages de polémique sacrée ; Pierre de Ravcunc, surnommé le Cbrysologuc, par son éloquence ; Salvien par ses traités de morale, Maxime de Turin par ses homélies, jettent un vir éclat sur les diverses parties de l'Église. C'est le temps où le seul rayonnemeut de la sainteté de saint Simon Stylite convertit les idolâtres du Liban et de lanti-Liban, et de plusieurs parties de l'Arabie. C'est celui aussi où le pape Célestin soutient successivement dans les diflicultés d'une mission aussi périlleuse que celle de la conversion de l'Irlande, Palladius et Patrice qu'il y a dirigés lui-même.

Symmaque (498-514) succéda à Anaslose II; LQpa:)esllntsymmais voici que la main des empereurs Grecs va s'étendre jusque sur la chaire de saint Pierre. L'agent de l'empereur et de l'évêque deConstanti-

Doplc à Rome, le patrice Festus, y suscite un antipape, Tarchiprètre Laurentius. L'arien Tbéodorik se déclare pour Symmaque ; à bien plus forte raison les Lcmperenr grec évêques. L'empcreur entre en scène lui -même, et

Arasiaso étend

\wmxtm''^LTs vient devant un Concile, et de sa personne impériale

affaires de l'Eglise. ., r «^ «j» i . i ^ -i

il mi un ridicule accusateur, car ce dont i! accuse Symmaque c'est de manichéisme, ce pape qui a chassé tous les Manichéens de Rome. Tbéodorik fléchit à Ravenne ; il est vrai que , pour pallier son cbsngement de conduite, pour se décharger du reproche d'avoir fait réunir un Concile pour juger le Pape, il prétend que c'est à rinstigalion de ce dernier. ♦ Les évoques rassemblés constatent « qu'en exprî-

)> mant Tintention de se justiGer, le Pape a Tait )) de lui-même abandon de son droit et de sa » dignité (1). » Deux ans plus tard, 503, dans un Concile tenu à Rome, Ennodius dit ces mots que les évoques fout mettre parmi les actes du Concile : « Saint Pierre a transmis à ses succès- » seurs un avantage perpétuel de mérites avec )) l'avantage de l'innocence... Jésus-Christ élève des » hommes illustres à cette place éminente, on rend » illustres ceux qu'il y élève (2). » Lorsque la

(i) Labbe, ad. ann., 501.

(2) Labbe, ad. ann., 503.

nouvelle du Concile réuni pour juger le Pape était parvenue dans les Gaules, saiut Àvite, métropolitain d'Arles^ avait écrit : « On ne conçoit pas en vertu » de quelle loi le supérieur est jugé par les iofén rieurs... Dans les autres évêques, si quelque chose 9 parait répréhensibie, on peut le réformer ; si 1» Ton conteste sur le Pape, ce n^est plus un év6n que, c'est Tépiscopat lui-même qui menace » ruine (1). »

C'est le pape Hormisdas (51i-52S) qui, la pre- ^'*^f{j,|.'5„fX8 **if niière année du règne de Justin, successeur d*Anas- dtfTaiychétns ,

. et fait cesser ce

lase, eut le bonheur de faire cesser cette lutte qui premier schisme

■ de l Eglise g[rec-

avail pour objet non-seulement la suprématie du S^g^isri^gilse siège de Constantinople, mais encore une protection marquée en faveur des Ëutychéens. Aiusi les Papes avaient à lutter à Constantinople non-seule nient contre une usurpation hiérarchique dangereuse et menaçante pour Tavenir, mais contre le fait actuel d'une hérésie.

La promptitude avec laquelle se dispersèrent les Ëutychéens [2], aussitôt qu'ils furent abandonnés par

(1) s, Aviii opéra, ép. 31.

(2) Nous ne voulons parler que de l'Eustychianisme comme hérésie dominante en Orient; car il se réveilla presque

des Francks.

la prolecliou impériale, ne doit pas être Tobjet d^unc observation isolée ; ainsi il en avait été de l*Ârianisnie, qui n*eût une tendance universelle et une marche progressive que tant que les empereurs eux-mêmes en firent leur aiTaire propre ; ainsi il en sera toujours de tout schisme et de toute hérésie. Celle des Eulycbéens s'étendait en tous lieux. Par les lettres d'Hormisdas à Jean, évoque de Tarragorne (l), à Salluslc, évèque de Scville (2), nous voyons qu'elle avait l'ail de nombreux partisans en Espagne où l'empire grec conservait encore qucl-

aussitùt pour infester, sous le nom de Jacobinisme, du nom de son restaurateur Jacob, diverses parties de l'Egj^ptc, de l'Assyrie, de la Mésopotamie, de TArraénie, de la Nubie, pour y végéter jusqu'à nos jours, sous la protection du grand Seigneur. Cette protection le classe parmi les sectes, impuissantes et dédaignées, car elle n'eut jamais été accordée à une église chrétienne importante. Le lecteur ne s'étonnera pas que nous ne nous croyions pas obligé, dans un ouvrage aussi résumé, à suivre, dans tous leurs imperceptibles détours, des erreurs sans efficacité et sans rôle vraiment historique. La seule chose vraiment importante à constater, et nous l'avons fait, c'est que la main des papes en avait débarrassé presque tout l'Occident, et l'avait rejeté dans quelques cantons stériles de l'Orient.

(1) Labbe, Hormisdœy ép. 24.

(2) Ep. 26.

qaes possessions ; par celles du même à saint Cesaire d'Arles (1), quMl y en avait jusqu'aux frontières de l'empire, en Dardanie et en Illyrîe. Ainsi ne doi(-on pas accuser la Torce avec laquelle les Ponlires romains attaquèrent non-seulement la mémoire d'Acace, l'auteur de ce schisme et le protecteur de celte hérésie, maïs encore les personnes des autres patriarches de Gonstantinople qai ne voulaient pas condamner celte mémoire, et dont le seul défaut, mais il était grave, était de manquer de l'énergie nécessaire à la haute magistrature qu'ils exerçaient.

Ne quiltons pas ce saint Pontife, sans citer de lui les paroles par lesquelles il organisa la nouvelle Église qui venait de lui donner la Conversion de Clovis ; voici ce qu'il écrivait à saint Rémi, évoque de Reims, qu'il venait d'instituer son vicaire chez les Francs : « Tout ce qui sera établi dans ce » royaume pour la foi ou la vérité, ou ordonné par )> la prudence, ou confirmé par l'autorité de voire » personne, vous nous le ferez parvenir par un » rapport détaillé (2). »

(1) Ep. 30.

(2) Labbe, HormUdx, ép. 10.

Le pape Jean I*' Noils remarqaeroDs avec soin, dans le pontificat

Gouranne l'empe-

wj>j^ de constan- dc saiot Jeaiî I" (522-525), que ce fut ce Pontife qni fut choisi par le dominateur de l'Italie, Théodorik, comme intermédiaire entre lui et Temperenr grec. L'objet de cette ambassade nous est peu connu ; si l'on accepte ce que Ton en a écrit, que c'était d'obtenir des faveurs pour les Ostrogoths ariens dont Théodorik était le roi, il faut rapprocher de cette afQrmation le dénouement même de cette entremise, qui fut cette violente colère du Golh contre le saint Pontife qu'il fit jeter dans une prison où il mourut. Sans doute qu'il avait prétendu à plus que sa conscience ne permettait au chef de l'Église catholique. Quoiqu'il en soit, ce voyage du Pape à Constautinople mit fin, momentanément, à cette lutte de l'Eglise de Constautinople contre celle de Rome, car il y fut reçu de telle manière que sa suprématie éclata aux yeux de tout l'Orient, l'empereur Justin ayant voulu être couronné de sa propre mdn, dans l'église patriarcale , où l'on vit le siège du patris^rche placé au-dessous de celui du Pape.

Le pape a» Félix m "^

tecfea^'str. Dans le pontificat de Félix III (526-530), qui tiM^ufiJ'dïrèl succéda au pape Jean i'% nous ne retrouvons plus

tiens d'Italie. r r ^ r

aacnne trace de cette lutte religieuse de TOrient contre l'Occident. Aussi ce dernier Pontife put-il consacrer tous ses efforts à une lutte non point dogmatique, mais que nous appellerions maintenant humanitaire ; elle eut pour résultat d'obtenir en faveur des calholîquesqni n'avaient pas cessé d'être opprinaés en Occident sous la domination des Goths qui étaient ariens, et du roi Àthalaric, de sérieuses garanties.

Après le passage rapide sur le siège de Pierre du saint Boniftce ii. pape Boniface II, qui ne régna que de l'an 530 à fan 532, nous remarquerons à quel point la division entre l'Orient et l'Occident chrétien était apaisée, puisque le très-despotique empereur Justinien écrivait au pape Jean II, successeur de Boni- saim jean ii. face (533-535), en lui donnant le titre de : Caput omnium Dei sacerdotum cunctarumque ecclesiarum. Il le consultait en même temps sur une formule de foi que son prédécesseur Hormesidas avait fait écarter comme dangereuse, villes idées Ëustacbiennes qui dominaient encore.

Ce qui est aussi importante remarquer, quoique peut-être moins inattendu, c'est l'union étroite de l'Église des Gaules avec la chaire romaine. Ce n'est

pas sans la consulter que les évêques de la province ecclésiastique d* Arles, osent suspendre de ses fonctions Contumeliosus, évèque de Riez, malgré la gravité des accusations qui pèsent sur lui. Le Pape envoie un visiteur avec pleins pouvoirs.

L'histoire de la Papauté, en ce temps-là, présente un spectacle que Ton ne saurait assez admirer, tout à la fois de force de gouvernement et de mansuétude tout-à-fait apostolique. Le pape saint

^°?i!Jîe'Sn^tAg^ successeur de Jean, est un

5nopie^^'"'"*°~ exemple de cette admirable et rare alliance. Il va à Constantinople pour s'interposer, par ses prières, entre une guerre qui se lève déjà entre l'empire et le royaume des Goths en Italie, et qnelque temps après on le retrouve arrachant de son siège de Constantinople l'hérésiarque Anthymeque vient d'y élever la main, reconnue jusque-là toute-puissante, de l'impératrice Théodora.

condQîtedenmpé- ^ était réscrvé à ccttc femme d'une obstination

rattice Théodora , , » , • . * i • i r

et eu général Bé- mcroyablc dans ses volontés, de raviver le feu avec

lisaire envers lo ''

papesaintsiivère. |çg étînccllcs qui doruiaicnl encore sous la cendre. C'est elle qui fît arracher de son siège le pape saint Silvère (536-5/40), successeur d'Agapet, par la main de Bélisaire, parce que ce Pontife incorruptible

o*avait pas touIu réintégrer Antbyme cassé par son

prédécesseur, et qui avait refusé de se rétracter.

Lorsqu'on voit le même Bélisoire arrêter sur la

route de Rome, d'où le rappelait Tordre formel de

Jiistinien, le malheureux Pontife et le jeter dans

nie de Puhnéria, où, suivant Libératus, il mourut

de Taim, et où, suivant Procope^ il fut massacré,

et cela pour ne pas s'exposer à la vengeance de

l'altière impératrice qu'il savait ne pas pardonner,

on se demande s'il ne convient pas de voir un juste

ch&liment dans cette infortune de la fin de sa vie,

assez particulièrement dramatique pour avoir,

mieux que ses victoires, immortalisé son nom dans

la mémoire des hommes.

Nous ne rappellerons pas toutes les vicissitudes Quel fat le rr» caractère du ponif-

dn pontificat du pape Vigile (540-555), qui d'abord ^^' *^* v»si»e. intrus pendant que vivait encore le pape légitime * saint Silvère, devint légitime par sa mort et l'assentiment du clergé de Rome. I^ lutte qu'il soutint à propos des trois chapitres et des mouophysistes, n'aurait aucun intérêt aujourd'hui (1). Contentons*

(î) Cette erreur n'était, nous le rappelons, que celle d'Eu- . tycbès. Bon intérêt avait disparu aussitôt qu'elle avait cessé d'avoir pour appui constant les empereurs Byzantins qui jus-

nous de rappeler de lui cette belle réponse : Vous pouvez faire violence 4 ma personne^ vous ne violenterez pas Pierre^ son courage à excommunier Théodoric, qui par la main de Bélisaire Tavait porté sur le siège de Rome, sa résistance absolue, au milieu de choses obscures et incertaines, à ne pas condamner ce qui était indiscutable et à mainlenir toujours cette réserve : Salvâ in omnibus reverentiâ synodi Chalcedonensis. Sa vie fut remplie, depuis son élévation légitime sur la chaire de saint Pierre, de trop d'épreuves et de combats, pour que Fon ait le droit de la considérer comme celle d*un courtisan; si on veut la juger avec impartialité, qu'où la compare avec celle de la plupart des évoques qui se succédèrent sur le siège de Gonslantinople. Personne n'eut, au-dessus de lui, l'accent du pouvoir souverain. En 538, il écrivait à Profatums, évêque de Braga, en Espagne : « Gomme » la sainte Église romaine possède la primalie » de toutes les églises, c'est à elle que doî- » vent être renvoyées, comme au chef de l'Eglise, » le jugement et les plaintes des évêques sur les

que là en avaient fait une question personnelle, ainsi qu'ils ravalent fait précédemment de l'Arianisme.

B grandes questions en matière ecclésiastiqae, car » cette Eglise, qui e$t la première^ en confiant » m fonctions aux églises particulières^ les a » appelées an partage de ses travaux, non k la plé- » Ditude du pouvoir. » Et aux évèques des Gaules en leur annonçant le choix quMl a fait d'Âurélien, pour son vicaire : « Que personne, par hasard, ne D désobéisse à nos ordres. » (4 )

Du ponlificat de Pelage I" (555-560), nous re- pliage i-. ïïkBrqucrons, sans nous arrêter à plusieurs documeots qui montrent son action souveraine en tous lieoi, la continnation de fidélité à la tradition qui lui fit entreprendre et mener à bonne fin la cou* damnation par tons les évêques de l'Afrique, de TAsîe et de TltaliR, des trois chapitres, voile devenu tout-à-fait transparent, sous lequel s'était longtemps dissimulée Thérésie d'Eulychès.

Ses successeurs, Jean III (560-573), Benoit I" '575-578), sont détournés un moment deTattenlion si particulière que tous leurs prédécesseurs accordaient à rOrient par les maux toujours croissants de rilalie, devenue maintenant un véritable

!«) Vig. ép.

Jeoa III.

Benoît W.

champ clos entre les Goths dont la puissance décline, et les Lombards qui les chassent devant eux. i^s Lombards suc- C'cst Ic momcnt OÙ Templre profile du départ en iCîire"r Exilr- dcs Goths, ct dcs falblcs commencements des Lom-

chai de Ravenne.

bards, pour créer l'exarchat de Ravenne ; c'est entre ces deux enclumes que va se trouver désormais la papauté. On sent que l'attention principale de ces deux Pontires est tournée vers la défense de l'Italie. Pourtant leur vigilance continue sur les autres parties de la chrétienté ; on voit Jean III soutenir en Gaule plusieurs évoques contre des abus de pouvoirs (1).

Cependant les Goths, avant d'abandonner définitivement l'Italie, avaient vu monter sur le trône de saint Pierre un de leur race, le golh Pelage (578- 590), bénédictin. Les Lombards le tenaient étroitement bloqué dans Rome, et ce ne Tut que son successeur, le grand pape Grégoire I", qui en débarrassa la campagne romaine. Mais les efforts de Pelage n'en restent pas moins comme une nouvelle preuve authentique de ce Tait que les Papes pouvaient seuls, eu Italie, lutter contre les Barbares. On le trouve s'adressant non-seulement aux autres

(1) Voir le liv. 5« de V Histoire de Grégoire de Tours,

Pelage II.

éfêques de Tltalie pour les engager dans un effort commun contre ce nouveau fléau, mais encore à tous ceux de la chrétienté (1). Uadministration des autres parties de rÉ^lise n'est pas négligée par Grégoire bloqué entre les murs de Rome, et dont toutes les communications. paraissent coupées par Tinvasion Lombarde; on voit, entre autres, Aussarius, évêque d*Âutun (2), s'appuyer sur le Pontife sur qui porte tout le premier effort de cette nouvelle invasion de Barbares.

Le point le plus culminant du pontificat de saint saimGrêgoirc-ie-

- , . , Grand et la

uregoire-le-Grand fut sans doute la conversion des convereion des

" * Anglo-Saxons.

nouveaux conquérants de la Graude-Bretagne. Il D'est point nécessaire de rappeler ici ce que nous avons déjà dit de la conversion des premiers habitants des trois îles. Ajoutons à ce qui précède, sur ce sujet, que plusieurs fidèles de ces églises, fondées dans des contrées aussi lointaines, souffrirent le martyre pendant la persécution sous Dioclétien (3). Sous le pontificat de Gélestin, Palladius, envoyé en Irlande, y avait trouvé des églises toutes formées.

(1) Labbe, Pclagis U, ép. 2.

(2) Délai., GoDC. aut. Gall. supplementum.

(3) Bèdc, Hist. eccl. I, chap. 4.

Od doit réduire Teffet de sa mission , et de celle plus efficace encore de saint Patrice, à ce qu'ils y fondèrent l*église d'Irlande sur des Toudenienlsplus durables et plus imposants. C'est un rejeton de cette brillante églised'Erin, Tile des Saints qui, en 565, donna le dernier trait à la conversion de l'Ecosse, commencée (t) vers 412 par l'évcque breton Minien. Nous ne faisons que rappeler ici ce que tout le monde connafl de l^œuvre continuée avec tant de zèle et de prudence par saint Grégoire-le-Grand pour l'acbèvoment et la consolidation de rétablissement du Christianisme dans la Grande-Bretagne.

Tout le monde sait, en effet, que ce fut l'initiative toute personnelle et toute spontanée de ce graud Pontife qui dirigea vers l'Angleterre, que U conquête venait de soumettre aux Anglo-Saxons, le moine saint Augustin avec quarante de ses compagnons qu'il avait préparés de longue main à cette diiBcile mission. Il sei*ait trop long de raconter ici comment l'Église primitive de la Grande-Bretagne

(i) Ce que disent Tertullien et saint Jérôme est trop vague, et ne devrait, en tous cas, être appliqué qu'à la partie méridionale de Pile.

eo était venue à se localiser et se stériliser. Qu'il nous suffise d'affirmer, sur la Toi de documents authentiques, qu'il faut en chercher la cause non dans une séparation scbismatiquc qui l'aurait séparée de l'Église romaine, ni dans un caractère parcfilier que Ton désigne en appelant cette église l'Eglise celtique de la Grande-Bretagne, mais dans ^Jn^ÊgUMcX'

, - . 1. . « 1 . . tique de la Gran-

des Circonstances très-ordinaires, et dont les pnnci- de-Bretagne.

pales furent son relâchement dans la foi et les

mœurs chrétiennes, son isolement au milieu des

autres par l'Océan, et la haine nationale que les

habitants primitifs portaient aux hommes si durs et

si impitoyables de la conquête (i).

(Ij Sans nul doute, parmi les historiens do cette époque reculée, il n'y en a pas de plus grand, de plus véridique et que l'on puisse suivre avec plus de confiance que le bienheureux Bède ; on trouve toujours en lui Texpession exacte de ce que les divei"'ses circonstances historiques révèlent et qui se présente le plus naturellement à la pensée du lecteur attentif.

a Leur historien Gildas, dit-il en parlant des prêtres et » évoques Bretons, ajoutait qu'ils ne voulaient jamais semer » par la prédication la parole de la foi chez les Saxons ou » Anglais fixés avec eux en Bretagne. » (Bède, 1. I, c. xxii.)

C'est donc bien à tort que le plus éminent parmi nos historiens contemporains, va chercher au loin et dans une certaine filiation Druidique qu'il exprime par le nom d'église celtique, Texplication de ce fait. Certes, pour qui surtout l'a connu et vu de près, ainsi que nous en avons eu la bonne fortune, la

Si la cou version des ÂDglo*SaxoDs Tut l'œuvre la plus éclatante du pontificat de saint Grégoire-Ic- Grand, ce ne fut pas la seule.

Jamais Pontife n'était monté sur le siège pontifical dans des temps aussi désastreux, et jamais le

sincérité de M. Augustin Thierry ne saurait être mise en doute, ni son intuition historique. Cependant il est impossible d'être plus inexact qu'il ne Ta été en tout ce qui concerne l'église bretonne et la mémoire de saint Augustin. Celui qui voudrait s'en convaincre, n'aurait qu'à parcourir les critiques fortement appuyées de preuves de M. l'abbé Gorini dans son deuxième volume de la Défense de l'Eglise, Comment donc expliquer tant d'erreurs de la part de M. Thierry ? Pour nous, du moins, il en est deux explications très-plausibles. D'abord, faut-il le dire? un certain levain devoltérianisme, qui persiste môme chez nos historiens les mieux intentionnés et qui se piquent d'avoir ouvert une ère historique non- seulement impartiale, mais encore sympathique aux choses de l'Église ; car, comment expliquer autrement que lorsqu'il s'agit de Rome on explique tout par la soif du pouvoir, et lorsqu'il s'agit de moines par le fanatisme et la violence ? En second lieu, ce sont certaines préoccupations et de véritables obsessions d'esprit. L'Église celtique est de ce genre ; il faut chercher partout les traces celtiques dans la formation de nos sociétés occidentales. M. Thierry, dans son Histoire de la Conquête, M. Michelet dans les premiers volumes de ^son Histoire de France, n'ont fait qu'appliquer aux îles Britanniques ce que M. Jean Reynaud et M. Henri Martin ont appliqué à notre histoire nationale.

Le fait principal sur lequel se sont appuyés ces premiers

jcQ d'une grande âme n'éclata aussi vivement au milieu de tant de ruines de toutes sortes. Les peuples consternés croyaient à la fin du monde ; la Tamine s'ajoutait aux Barbares. Constantinople ne Taisait rien contre ceux-ci ; Grégoire, par plusieurs

écrivains pour conclure à une divergence essentielle entre legUsc de Rome et Téglise primitive de la Grande-Bretagne, est le pélagianisme de cette dernière, car, disent-ils, le dogme pélagien est un dogme druidique. Il est vrai que Pelage était né en Bretagne ; mais il se forma à Rome et a eut plus, après son départ, aucun rapport avec son pays. Jamais d'ailleurs il ne donna son dogme comme venant du druidisme, et certes c'est là une étrang(3 invention de nos historiens contemporains. L'église de Bretagne fut infectée (le cette erreur, mais elle y eut à peu près les mêmes vicissitudes que partout ailleurs.

Un seul point de séparation existait entre Rome et l'église bretonne (je ne parle pas de la forme de la toysurc et autres choses d'égale valeur), et c'est sur la question de la Pâquo ; mais une seule citation sufBra à limiter ce que Ton doit penser de Tobstination bretonne sur cette question, dont jamais Rome ne fît une question capitale, et sur laquelle elle eut la sagesse de ne pas trop insiste) pendant les deux ou trois siècles que dura cette obstination, et montrera que cotte église ne partait pas de là pour aller jusqu'à nier la suprématie pontificale.

C'est en 664. — Une conférence a lieu devant le roi Northunbre Osswi, entre Wilfrid pour Téglise romaine, et Colmaa pour la celtique, a Est-ce vrai, Golman, demande le roi, » que ces choses aient été dites à Pierre par le Seigneur ?

traités successifs , les tient éloignés de Rome ; c'est lui aussi qui Tait venir du blé de la Sicile. En même temps il convertissait T Angleterre, étouffait la Simonie dans les Gaules, réprimait les emportements des patriarches de Constantinople, assemblait de nouveaux Conciles contre TEutychéisme, relevait la discipline ecclésiastique partout, et ce . qui est peut-être non pas plus grand mais plus digne d'étonnement, maintenait par sou attitude pleine de respect et sa soumission, cette ombre de la puissance impériale en Italie, comme dernier rempart de la civilisation contre la barbarie déjà maîtresse en tous lieux.

Je ne m'arrêterai pas, après avoir constaté de

Coup d'oil rétros- , • /« i % . i. • . ^ r

pcciifsuriesixiènie SI grauds cffcts du zclc apostoliquc de saint Gre-

sièclc.

goire, à parler de ses œuvres littéraires. Au lieu de redire ici ce qu'aucun de mes lecteurs n'ignore, il sera plas utile de montrer que dans un siècle de si

» Celui-ci répondit : c'est vrai. Alors le prince lui dit : Pou- » vez-vous montrer une telle puissance accordée à votre co- » lombkil ? Mais Coiraan avoua que non. » (Bède, 1. III, c. XXV.) Il s'agit ici du pouvoir des clefs ; les représentants autorisés de l'église bretonne le reconnaissaient donc.

Quant au prétendu presbytérianisme do l'église celtique de la Grande-Bretagne, nous sommes forcé de renvoyer à l'abbé Gorini, à Tendroit déjà cité.

grande barbarie, ce ne Tut pas la seule lumière de rÉglise romaine. Sans m'arrôler aux œuvres de morale et de spiritualité de Césaire d'Arles, je ferai remarquer que c'est dans ce siècle que Grégoire de Tours posait les assises de notre histoire nationale, en même temps que Gildas inaugurait cette de la Grande-Bretagne. Je ne parlerai ni de Boècc ni de Cassiodore ; il est plus utile de Taire remarquer que la véritable critique historique commençait avec les recherches chronologiques de Denys, que son humilité fit surnommer le petit. En môme temps que Fulgentius Fcrrondus, arricain, il commençait à mettre de Tordre et de la suite dans la collection des canons. Un autre alVicain, Junilius, s\'ippliquait avec ardeur à ce qu*il appelait les diverses parties de la loi divine, c'est-à-dire à l'interprétation de TEcrilure sainte ; il Tant ajouter à . son nom, pour les unir dans la même œuvre, ceuj^ de Cassiodore, Primacius, Isidore de Séviîle, et rappeler celui de saint Grégoire-le-Grand. Plusieurs aussi s'appliquèrent, et Ennodius, Denys le Petit sont de ce nombre, à écrire la vie des saints, et proposer leur exemple aux fidèles. Nous devons aussi mentionner les écoles fondées par les évêques

el les fondateurs d'ordres religieux, et les commencemeuts des travaux pour la conservation des ouvrages anciens, transcription à laquelle Ton appliquait surtout les moines auxquels leur santé ne permettait pas les travaux manuels.

sihinion , Boni- Lcs prcmicrs successeurs de saint Grégoire, Sabi-

IVe III. sailli B«>- * °

li^SjV; ^^'"^ nien (60/i-605 , Boniface lll (606), Boniface IV (607 6lii), i:e flreut que développer el affermir ses œuvres.

Nous remarquerons du pontificat de saint Dieu-

Cliuriu'î sublime de , ^,^^Mn>\

ce pontife, douné (6l5-6i8;, qui leur succéda, 1 ardente charité qu'il déploya pendant la pcsle qui désola Rome et une partie de ritalie. A cette occasion, la tradition rapporte de lui un trait semblable à celui de sainte Elisabeth, reine de Hongrie, car ainsi que celte sublime femme, sa foi lui fit voir si vivement Jésus-Christ lui-même dans la personne d'un lépreux, qu'il le baisa au visage.

Honoriiis I" ; doit- Lc poulifirat du pape Honorius (625-638) nous

il êtro considoré

comme ht ri tique, l'amcue ail spectacle lamentable des divisions de la chrélienié par l'hérésie d'Eutychès, que la grande commotion imprimée à tout TOccident par l'invasion lombarde semblait avoir refoulée (l). Il est vrai

(1) Nous rappelons au lecteur que ce que nous avons dit plus haut, do Tanéantissement de cette hérésie, ne s'applique

que la forme de Thérésie s'était trausrormée, car il De s'agissait pins d'une seule nature en Jésus- Ciirist, mais d'une seule volonté, et par cette transformation l'Eutychianisme était derenu le Monothélisme. Un moment le pape Honorius put croire que par sa sagesse il pourrait arrêter ce nouveau décliircment de la chrétienté, car il écrivit ceci : « Nous » devons rejeter ces mots nouveaux qui scanda- » lisent les églises, de peur que les simples, cho- » qués de l'expression des deux opérations, ne nous » croient Nestoriens, ou ne nous croient Eutyché- » ens, si nous ne reconnaissons en Jésus-Christ » qu'une seule opération. » S'il y eut erreur, ce ne fut pas une erreur de doctrine, mais une erreur de conduite, semblable à celle que saint Paul reproche à saint Pierre. Ce qui doit mettre hors de doute Torthodoxic du pape Honorius, c'est que sa mé-

qu'à ce que lui imprimait d'irrésistible et d'universel, sur toute l'étendue de l'Église grecque, la protection des empereurs. Mais elle persistait et elle a survécu sous la forme de tronçons épars ; et c'est sous cette forme qu'eUe ne cessera de préoccuper l'Église ; ce qu'il importe de remarquer avec soin, c'est que cette recrudescence de l'Eutychéisme, comme d'ailleurs du Neatorianisme, côïnoide avec la protection qu'accordent à l'un et à l'autre les sultans sarrasins.

moire Tat défendue, sous ce rapport, non-seulement ^ par le pape Jean IV, mais encore par saint Maxime, le plus'exact théologien de son temps, et qu'aucune convenance de position ne poussait à cette apologie (1).

„ . ^ „ „ . D'ailleurs, ce qui ne laisse aucun doute sur ce

Suite du Monolhe- ' *

îfn^SlilS'jeaniv" poînt, c'cst quc Ic successeur d'Honorius, Séverîn

suint Théodore ,

Fu"?Miff-^^^^^ (640), qui ayait été pendant tout son pontificat son Dimnuà;^'*''''*'"' confident et sou ami, condamna la profession de foi que coulenaît la formule du Monolliélîsme, malgré les menaces de son promoteur, l'empereur Héraclius, qui avaient entraîné les trois légats pontificaux. Le pape Jean IV (640-642), qu'on peut considérer comme le successeur immédiat d'Honorius, car le pontificat de S^veriu n'avait môme pas duré une année, fit de la lutte contre le Monothélisme son objet principal, et il y mêla toujours et

(l) Il est vrai que le sixième Concile général, troisième de Constantiuople, porte, parmi ses décrets contre le Monothélisme, la condamnation de ce Pape. Mais ce décret y a été évidemment introduit par un faussaire ; et il n*y a rien à cela d'étonnant de la part des scribes de l'église de Gonstantinople. C'avait été jusque-là un fait inouï qu'un Concile se fût jamais arrogé le droit de condamner ou un Pape ou la mémoire d'un Pape ; cela seul devrait suffire à faire conclure à une interpolation.

la condamnation d'Héraclius et Fapologie d'Honorius (1). ^

Les pontificats de saint Théodore I" (642-049), saint Martini"' (2) (649-655), Eugène I" (655-657), saint Vitalien (657-672; , Adéodàt (672-676) , Dominas I" (676-678), c'est-à-dire de l'année 64* à Tannée 679, sont à peu près remplis par cette lutte de la Papauté contre le Monothélisme, cette nouvelle forme de TEutychianisme. Enfin la lutte cessa par la réunion d'un Concile général à Constanti- Dople, sous le pon(ificat de saint Agathon (679- ^'SwèS^e^cSnclilf

gôiëral.

(1) Voici d'ailleurs comment Jean IV explique la pensée de son prédécesseur dans la lettre qu'il adressa à cet effet à l'empereur : o Decossor meus, docens de mysterio incarna- B ttoois Ghristi, dicebat non fuisse in eo, sicut in nobis pec-

• catoribus , mentis et carnis contf arias voluntates ; quod » quidam ad.proprium sensum convertentes, humanitatis et

* divinitatis unicam voluntatem docuisse suspicati sunt, >» quod \eritatis omnimodis est contrarium. » D'ailleurs Hunorius avait dit en termes formels, dans sa deuxième lettre : • Duas naturas cum alterius communione opérantes » atque opératrices confiteri debemus. »

(2) On peut considérer ce Pontife comme un confesseur de la fui, car c'est après avoir souffert des tourments de toutes sortes dans la prison où l'avait fait jeter l'empereur, à cause de sa fermeté à condamner son projet de conciliation entre l'Église et les Monothélistes, qu'il mourut en exil dans la Ghersonèse.

682}, GoQcile dont les décisions Turent promulguées en Italie surtout par la réunion de tous ses évoques

Saint Léon II; . . . ■ , »» /^»^ ^««x

condaranait-iuapar les soius de saiHl Léon II (682-683), succes-

mémoire de son ^ ' .

HSaorbT^""^ seur d'Agaliîon. Ceux qui veulent que Léon, sans aucune opportunité et par pur amour du scandale, ait t)risé avec la mémoire de ses prédécesseurs qui avaient défendu la mémoire d'Honorius, n'ont qu'à lire les pages que Baronius a consacrées à rétablir la vérité sur ce point, défense bien inutile, car à qui fera-t-on croire qu'un Pape, et cela à si grande distance, et sans aucun motif appréciable, se sôit mis en contradiction avec ses prédécesseurs pour faire planer sur la chaire de Pierre le soupçon, et pour ses ennemis la certitude de fallibilité ? Du pontificat de saint Léon II, et sans nousarrê-

cpiîlS. sainTser- ter à ccux de saint Benoit II (685), Jean V (655-

gins : Home se \ / \

c*!fmreTe.S^p"re^^^^ 686) ct Conou (687), nous passons à celui de saint Sergiusl" (687-701), pour y constater un indice de plus du dépérissement du pouvoir impérial en Italie. Toujours aussi violent que faible, il avait déchaîné la persécution contre Sergius, mais il était tombé dans un tel mépris que cette fois-ci ce n'est pas répée des Gotbs ou des Lombards qui l'arrête, mais celle déjà depuis si longtemps roaillée du

peaple de Rome, devenu une pauire maltitade qui né retrouve nn peu de cœur qu'en face de pUis misérable qu'elle. Comme on est déjà loin de Béli* saire et de Narsès I Il faut reconnaître, toutefois, que l'état des ^"^uî^r i^Tp-

• lième si^le.

sciences et des lettres n'est pas aussi déplorable que pourrait le faire croire celui des choses civiles et sociales. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que tout le mouvement des esprits est contenu entre les limites des études sacrées. Nous n'en mentionnerons que ce qui est vraiment original et mérite de passer à la postérité. On voit d'abord se produire un vaste mouvement, en tous lieux, pour condenser les diverses connaissances en théologie, en abrégés succincts et précis. Nous devons remarquer, eu ce genre, l'œuvre de Taion, évêque de Saragosse, qui produisit un effet universel d'admiration et d'adhésion dans toute l'Église d'Occident. Nous devons y joindre cet autre abrégé de théologie qu'un autre évêque d'Espagne, Idelphonse, archevêque de Tolède, donna sous le nom de : (Jognitione baptismi, et que Baluse nous a conservé. A ces œuvres, ajoutons le sommaire abrégé de la doctrine sacrée qu'Antiocbus, moine de Pales-

tine, donna sous le nom de : Pandecte des Saintes Ecritures, et Y Exposition du Vieux et du Nouveau Testament de Paterhis, à laquelle les Bénédictins ont fait riionneur de Tinsérer à la suite des œuvres de saint Grégoire-le-Graiid. Une œuvre plus originale encore Tut une nouvelle traduction du Nouveau Testament en langue syriaque par Thomas, évêque d'Héraclée. Ou doit mentionner aussi quelques œuvres dans lesquelles leurs auteurs essayèrent de réunir tout ce qui concerne les diverses hérésies et leurs réfutations qui ont trait à la divinité de Jésus-Chrisl, et parmi eux, entre autres, Tiiéodore, abbé de Raithu, darfs son traité de : V Incarnation du Christ, et Maximus dans sa théologie, et son livre de la Manifestation du Fils dans la chair. Le mouvement principal des esprits se porta» vers les vies de saints, et il serait trop long de rapporter ici tous ceux qui s'y adonnèrent. La poésie ellemême fit entendre ses chants au milieu de tant de ruines et de travaux tumultueux de reconstruction. Âdelhm, prélat anglais, distingué par sa connaissance du grec, du latin, du saxon, par ses travaux de polémique, composa plusieurs poèmes sur la vie chrétienne. Grégoire, surnommé Pésidès, qui avait

écrit rhistoire d'Héraclius, composa, lui aassi, plusieurs poèmes. Nous y ajouterons les Epîtres de Denderius, les Homélies d'Eléglus, les Formes ecclésiastiques du moine Marcuire.

Sous le pomificatde Jean VI (701-705), c'est ^~"J\Ji;?„ÎJr^^^ bien autre chose I c'est l'armée impériale ellemême qui se révolte contre l'exarque de Ravenfic qui, sur l'ordre de l'empereur byzantin, Tibère; veut l'amener contre Rome et le Pape. Cependant, en ces temps, la papauté était si peu forte d'une vraie force militaire, que le même Pape ne put arracher les terres de l'Église aux dévastations d'un simple duc, celui de Bénévent, Gisulfe, qu'en lui payant des sommes énormes.

La conduite violente des empereurs de Constan* tinople envers les Pontifes de Rome est d'autant plus inexplicable que presque tous, parmi ces derniers, pendant cette période historique, sont grecs de naissance et ont été choisis par le peuple et le clergé romain dans un esprit de conciliation. 1/un d'eux, celui qui succéda à Jean VI, Jean VII (705- jean vu et lempe-

wur Justioitn H.

707], poussa la prudence envers ces persécuteurs traditionnels de TÉglise d'Occidentjusqu'au pointoii le vulgaire la confond presque toujours avec la pu-

sillanimité. Mais le refus qtru fit, même de jeter les yeux sur les actes du fameux Concile in trullo, sous le prétexte que ce Goucile avait été tenu en dehors de la présence de ses légats, Tut an acte de Terme courage aulantque de sagesse prévoyante visà-vis d'un homme aussi absolu que Juslinien II et que tout refus devait irriter, et assez perfide pour laisser craindre qu'une sanction , même avec des réserves expresses, serait tournée et amenée à une approbation complète.

Cependant il n'était pas dans la nature des choses que l'attitude de Tltalie et de la papauté en particulier, restât la même envers un pouvoir qui depuis si longtemps déjà les avai t abandonnés aux Barbares, et qui n'intervenait dans leurs affaires que pour y jeter de nouveaux éléments de ruines. Depuis la mort de Constantin, le pouvoir impérial, à Constantinople, n'avait été, à peu d'exceptions près, qu'uD fauteur d'hcrésie. La nature propre de celle des Iconoclastes, qui se traduisait par la destruction des peintures et des sculptures sacrées, devait exciter la résistance armée delà catholique Italie. Cette fois-ci elle eut l'appui de la papauté. Par une conduite qui contraste fort avec celle de tous ses prédécesseurs

envers les empereurs de Gonstantinople, le pape

CoDSlanlin (708-715) avait fait effacer Teffigie des ^êJS^ilTn^iîit

empereurs sur les mouDaies et avait défeudu de rhérési?dU'ic<f-

( noclastcB.

donner ce titre aux souverains de Constantinople. Ceux qui seraient tentés d'accuser le Pontife, doivent auparavant apprécier la gravité de la lutte. Léon risaiiricn, qui s'est pjîs à la tête de cette croisade contre les images, après avoir vainement tenté de faire assassiner le successeur de Constantin, le pape saint Grégoire II (715-731), veut le faire déposer par son exarque Paul. La conduite de Tlsaurien fut telle que Lombards et Italiens prirent le parti du Pape. Grégoire III (73i-7ûl), successeur de saint Grégoire II, est obligé de gouverner Texarchat, taut le mouvement a été décisif en Italie contre l'empereur grec et le représentant de son autorité en Italie.

D'ailleurs le lecteur doit s'arrêter attentivement aux considérations suivantes ; nous croyons qu'il ne leur trouvera rien d'exagéré.

■ En attaquant la divinité de l'Hommc-Dieu, l'Aria- Ponrquoiii convient

* de rapprocher

nisme avait préparé les voies à l'hérésie des Icono- nod^t^ de^nnl

, , , , vasion musai-

clastes ; la coexistence de cette dernière avec le dé- mane. bordementdu Mahométisme en Asie, en Afrique, en

Europe, leu|; parenté évidente, leurs mêmes procédés de destruction, doivent être considérés avec soin si Ton veut se faire une idée exacte du service que les Papes rendirent à la civilisation en luttant avec tant d'énergie contre Léon l'Isaurien, dont les efforts vinrent tendre la main à ceux du Maliométismc pour établir sur la plus grande partie de la terre Tempire de la religion abstraite, du pur déisme, si vous aimez mieux.

Ce Tut par des Juifs et des Musulmans que Tempereur Léon III fut poussé à vouloir extirper du sein (lu Christianisme ce quMIs lui Greut considérer comme une véritable idolâtrie, le culte des images. Il est incontestable aussi qu'il croyait aiusi se rattacher les uns et les autres. Ses prétentions allaientelles jusqu*à espérer faire accepter aussi sa suprématie par riuvasion musulmane? ou se bornait-il à penser qu'il ferait ainsi tomber la vraie cause de cette invasion ? Il est certain que les soldats de Soliman et de son successeur Omar, qui vinrent l'assiéger jusque dans Constautinopie, entraînaient leurs troupes sous prétexte de guerre sainte contre les idolâtres ; mais c'était une étrange naïveté que celle de croire désarmer ainsi cette nouvelle invasion des Barbares.

Ce quMI importe de constater, c'est que si Léon avait réussi dans sa Toile et impie entreprise, la civilisatioQ était complètement submergée par Tinvasion musulmane à laquelle il ouvrait toutes les portes, car il aurait succombé après avoir flécbi, et rJslamisme vainqueur du Christianisme sur un point si important, Taurait, à la fin, complètement absorbé ; c'est dans ce danger imminent et suprême qu'il faut chercher la vraie cause de la lutte soutenue par les Papes contre les Iconoclastes (1).

(1) Ce qui fit la haute et importante originalité du Mahométisme , c'est qu'il renversa les idoles que la superstition avait élevées, à côté des autels du vrai Dieu, chez les descendants xl'Abraham par îsmaôl, la noble race arabe, et qu'il n'y laissa debout que le théisme primitif transmis à tous ses descendants par le père des croyants.

Mais il ne faut pas croire que le culte et la morale du mahométisme soient en rapport avec sa foi théologique, avec son théisme.

Son culte se réduit à une invocation, toujours la même, sous la variété de ses formes, et qui est celle-ci : Dieu est Dieu, c'est-à-dire la volonté de Dieu est inexorable, implacable; il n'y a, pour le croyant, qu'à s'y soumettre. C'est là le culte du panthéisme indien et de tous les peuples panthéistes ; ce ne sera jamais celui du théisme véritable. Les Juifs eux-mêmes, dans toutes leurs prières, ne cherchent qu'à désarmer et à faire fléchir la volonté de Dieu, lorsqu'elle se montre irritée contre eux.

C'est sous son successeur, Constantin Y, dit Copronynie, qui a hérité de toute sa rage iconoclaste, que rilalie se jette dans les bras de Pépin.

Pendant cette douloureuse période, parfois les

Cependant, si ce n'était leur loi qui les tenait par la crainte, Ton ne saurait dire que ces derniers aient fait dériver leur morale de leurs croyances théologiques.

Il n'est aucune comparaison à faire entre la morale du ju laïsme ot du mahométisme. Cette dernière est celle de toutes les religions idolàtriques, dans leur plus grande liceiice. C'est sous ce rapport là, surtout, que nous avons dit que la ri'iigion de Mahomet était purement abstraite, car si elle n'influe pas sur le culte resté panthéistique, elle n'influe pas davantage sur la morale restée idolàtrique.

Que si les Juifs ont eu une morale plus pure et plus élevée, l'on no saurait Tattrihuer à leur théisme pris isolément, car, encore une fois, que produit ce théisme chez les Musulmans philosophes et les Déistes ? Cette morale découlait du théisme interprété et appliqué par les saintes Écritures et surtout l'on doit considérer qu'elle leur était imposée par la loi qu'ils respectaient et à laquelle ils restèrent attachés parce qu'elle leur venait de Dieu lui-môme. Ce sont les prescriptions directes, explicites de leur loi qui les dirigeaient jusque dans les moindres détails de leur vie sociale, politique et privée. Là ou la loi les abandonnait, ils tombaient; jamais leur foi théologique, isolée de tout secours étranger et livrée à l'interprétation de leur cœur charnel, ne parvint à 1ns spiritualiser assez pour leur faire entrevoir un messie sous un autre aspect que celui du conquérant le plus vulgaire.

Il n'en est pas ainsi du Christianisme ; c'est surtout de sa

Lombards ont été respectaeax, et ont même agi en alliés et en amis.

Mais le plus ordinairement ils ont été oppresseurs. Le moment est venu où les Papes, les seuls qui ne désespèrent pas de Tltalie, doitent chercher

foi et de son culte que découle sa morale. Pourquoi cela ? C'est que le Christianisme a non-seulement un côté théoloiçique par lequel il touche à la divinité invisible, ainsi que le judaïsme et le mahométismc, mais aussi un côté sensible, si Ton veut bien me permettre cette expression, par lequel il se trouve en contact avec toutes les choses humaines et sociales, la vie humaine de son fondateur, la collaboration de tous ceux qu'il a vivifiés de son esprit pour en faire les collaborateurs de sou œuvre.

C'est ainsi que le Christianisme a régénéré le monde et par sa foi théologique et par son action civilisatrice.

Le culte des images met les âmes en rapport avec le côté extérieur et visible de la régénération. Puisque Dieu, par Tincarnation, a daigné se rendre visible, palpable, c'est qu'il y avait grand intérêt à cela, et ce serait diminuer étrangement le Christianisme que de le tronquer par une telle amputation.

Pourquoi le mahométisme n'a-t-il eu aucune action civilisatrice? C'est qu'il n'établit aucun rapport entre son Dieu invisible et les choses de ce monde. Pourquoi le judaïsme u'a-t-il eu qu'une action civilisatrice limitée au peuple Juif? C'est que la loi de Moïse était purement locale en ce qui concerne les choses civiles, et que la foi théologique et théiste des Juifs, qui avait un aspect universel, se trouvait confinée dans l'adoration du Dieu pur esprit.

ailleurs leur point d'appui. Déjà, mais ioutilement, Grégoire III avait sollicité le secours de Charles- Martel : l'épée de ce brave capitaine était fatiguée de l'effort qu elle venait de faire, dans les plaines

C'eût donc été ramener lo Christianisme aux proportions du judaïsme et du mahométisme que de lui enlever avec le culte des images un des moyens principaux par lesquels sa foi théologiquo agit sur les mœurs des hommes.

C'est pour obtenir un effet aussi désastreux que Léon 111 dit risaurien, s'y prit avec une rage qui serait vraiment inexplicable si on ne savait, par d'autres exemples aussi frappants, ce que peut un fanatisme d'autant plus ardent qu'il est moins éclairé.

11 débuta par faire renverser par ses propres officiers toutes les statues de saints ot même celles du Christ. L'un d'eux, Jovinius, fut massacré par le peuple.

Il faut remarquer que non-seulement le pape Grégoire II s'éleva avec force contre une telle impiété, mais le patriarche de Constantinople lui-même, et toutOs les populations grecques de l'Archipel.

Les savants et les lettrés attachés à la Bibliothèque de Constantinople ayant élevé leur voix contre un tel vandalisme, le furieux empereur les fit brûler avec les manuscrits dont ils avaient la garde.

Il est bien étrange que, sans d'autres raisons que l'horreur du fait lui-même, on refuso de l'admettre. Est-ce que Léon n'avait pas fait assassiner cet empereur Anastase qui Taxait élevé des premiers grades de l'armée jusqu'au commandement en chef de son armée d'Orient?

Ce n'est plus un empereur chrétien, c'est un sultan fanatique de la période la plus barbare de l'islamisme.

pes.

de Poitiers, pour rejeter ao-delà des Pyrénées l'invasion musulmane. Le successeur de Grégoire, le saint et doux Zach'arie (741-752), avait réussi ^^kSoiic ""'

^ ' Etienne III, cil'o-

à tenir un moment dompté sous sa main le ^§1^^" fc» I»monstre Lombard ; mais ce ne pouvait être qu'une influence personnelle, et il était dans la nature même de la barbarie de ne pouvoir vivre que de pillage et à une table servie par d'autres. Le successeur de Zacharie, Etienne III (752-757), car Etienne II (752) ne fit que passer sur le trône pontifical, s'adressa à Pépin qui tenait, en ce moment-là, l'épée des Francs. Tout le monde sait que ce Tut lui qui mit, en Italie, une barrière à la domination Lombarde, et fut le créateur du pouvoir temporel des Papes, du moins dans celte forme qui a traversé les âges.

Nous devons remarquer, pour bien saisir les origines du pouvoir temporel des Papes, que tandis que rOrient était miné par une décomposition incessante, un travail de reconstruction s'agitait en Occident. Nous n'avons pas à nous occuper directement de la formation du second empire d'Occident ; ce qui doit attirer et fixer nos regards, ce sont les origines du pouvoir temporel de la Papauté,

qui est comme la conséqueuce de cette formation de ce nouvel empire chrétien prenant la place de celui dont les destinées étaient si intimement liées à celles de l'idolâtrie.

La création d'un royaume particulier pour amener l'indépendance du souverain Pontife, apparaît dans l'histoire, comme le fait de la pure initiative de Pépin et de Charlemagnc ; elle a cependant ses racines dans des faits d'une action générale dans ce travail de reconstruction qui s'étendait à toutes choses.

Mais avant de jeter ce premier coup d'œil sur les premières origines du pouvoir temporel des Papes, le lecteur nous saura gré de l'avoir mis à môme d appré*cier la. position particulière, vis-à-vis de la papauté, de cette partie de la chrétienté qui vient ainsi à son secours et la met eu mesure de remplir les nouvelles destinées qui lui arrivent.

D'autant plus que le royaume des Francs est déjà en ce moment ce qu'il restera toujours, le cœur de l'Eglise romaine, et sa seule [jartie parfaitement intacte, c^r soit l'hérésie des Icouoclasles, soit les derniers restes de TArianisme, soit le débordement de rislamisme eu couvrent toutes les autres parties.

En 6/i9, nous voyons le pape Martin P' s*adres- Queues avaieut «té

les relations du

ser au roi d'Austrasîe, Sîgîsbert, pour Ini demander f^^'^^ôySîe ''des des légats qu'il puisse envoyer à Conslantînople Sîtedo^nafi porter les décrets du Concile qu'il a tenu à Rome contre l'hérésie des Monothélislcs (1).

Longueval (2) fait remarquer à la date de 649, qne la plupart des monastères en France prenaient pour patron saint Pierre ; cette observation peut s'étendre aux églises bâties dans ce même siècle.

Les rapports entre les rois Francs et les Papes paraisseut empreints d'une bienveillance et d'une courtoisie toutes particulières. En 685, nous voyons le pape alors régnant (était-ce saint Benoit II ou Jean V ?) accorder la primauté sur tous les évêques de la province de Tours à Engilbert, chapelain du roi Thierry III (3) et, en 693, le duc des Francs, Pépin, prendre de lui-même l'initiative d'envoyer à Rome saint Wilibrod, missionnaire chez les Frisons, aûn que sa mission reçût la bénédiction pou- . tificale (4).

(1) SUmond, Cotic. auU gall.y t. W, p. 486. (l\ HisL de VÈgl. gall.

(3) r/iow. DiscipL, prem. part., t. II ; ch. 54, 207.

(4) Surius, vitas, Willicdiy 7 nov., c. 6.

Mais ce qui est plus important encore à remarquer, c'est que ce n'étaient pas là des faits Isolés, de simples procédés de souverain à souverain. Nous aATons un acte authentique de Tesprit absolument hiérarchique de T Église des Gaules au moment de Tavénement des Carlovingieus. Ce sont les paroles suivantes du légat du Saint-Siège, saint Bouirace, rendant compte des travaux de l'Assemblée de Leptines , en 7&2 : « Nous y avons confessé la foi » catholique, Tunion avec TÉglise, ainsi que la » soumission qui lui est due, et que nous avons » promise à saint Pierre et à son vicaire de garder » toute notre vie (1).

Alcuiu fut, comme chacun sait, Tami, le confident et surtout le conseil de Gharlemagnc. Or voici ce qu'il écrivait à ce prince en 799 (2) : « Il y a eu » jusqu'ici dans le monde trois personnes d'un » rang suprême ;-la sublimité du vicaire aposto- » lique qui occupe le siège du bienheureux Pierre, )) prince des Apôtres ; la dignité de l'empereur qui » exerce le pouvoir séculier dans la seconde Rome ; » h troisième est la dignité royale dans laquelle la

(1) 5« Bonifacci, ép. 105.

(2) Dans sa lettre 80«.

» volonté d« Notre-Seigneur Jésus-Gbrist vous a » placé pour gouverner le peuple chrétien. »

Ces citations sont bien restreintes, mais elles suffisent pour Taire entrevoir que le terrain était prêt lorsque l'acte de donation de Pépin et de Charlemagoe vint établir un nouveau lien entre le Saint- Siège et le royaume des Francs ; mais, ainsi que nous nous y sommes engagé, disons quelques mots aussi des origines plus lointaines du pouvoir temporel.

ÂGn de jeter quelque clarté dans ce sujet, nous Dons fûts par les

empereurs chré-

allons ramener à trois les causes qui agirent dans élK"" *^''^^"** ce travail de préparation au pouvoir temporel des Papes ; et ces trois causes sont les donations importantes Taites depuis Constantin aux diverses églises, Textension soit par édits impériaux, soit par Teffet des circonstances des prérogatives épiscopaies accordées aux évoques, et surtout à celui de Rome, l'abandon de l'Italie par ses protecteurs naturels, les empereurs de Constantinople.

Les dons faits aux églises, depuis l'avènement des empereurs chrétiens, n'étaient que la suite des traditions de l'empire sous le Paganisme. Les temples et collèges sacerdotaux étaient richement

dotés en terres, car les reyenus de TEtat D*avaient rien de fiie» chaque empereur en usant à sa guise ; ils ne dépassaient jamais les besoins de Tarmée, les frais de spectacles et d'édilité, et les distributions de vivres. Les églises chrétiennes avaient d'autres besoins que ceux du culte, car depuis le commencement les pauvres étaient restés à la charge des évoques, et cette économie avait de trop grands avantages sociaux pour que les empereurs y portassent la main, lorsque par la conversion en masse de l'empire, ils se trouvèrent ainsi allégés de ce qu'il y avait peut-être de plus lourd dans le Tardeau impérial.

Intervention des D'autrc part, l'usagc immémorial de l'Église qui

éveques dans les r » o o -i

causes civiles, pemoutail aux Apôtres, d'après des passages indiscutables de lettres de saint Paul, avait toujours été que les fidèles, au lieu de porter leurs différends devant les tribunaux, s'adressassent aux fidèles les plus autorisés ; c'était presque toujours les évêques, et quelquefois les prêtres. Lorsque l'histoire éclaire ce point, il n'y a guère que les évêques, si je ne me trompo, qui soient investis d'une magistrature que le temps a consacrée et en a fait un véritable pouvoir judiciaire. Ici encore les empereurs chré-

tiens ne Orent que légaliser et défelopper ce quMIi trouTèreot établi, et les preuves en sont nombreuses.

Il est certain que seuls ils pouvaient assurer Texécution des arrêts rendus par les évèques, car ceux-ci n^avaicnt entre les mains aucuns moyens de les rendre exécutoires.

CTcst ce que fit Constantin, et ainsi la juridiction des cvêques, qui auparavant n*était qifun simple arbitrage appuyé sur les conventions des parties,, passait à Tctat de droit civil.

Ce ne Tut pas saus émotion profonde de la part de la magistrature civile. Aussi les empereurs Arca- (lîus et Houorius révoquèrent-ils celte concession de Constantin (1), et restreignirent rautorité des évèques aux seules causes religieuses; mais ces deux empereurs furent obligés de revenir à Tœuvre deleur'uieul, avec la seule restriction portant sur certaines affaires criminelles qui ne peuvent pas êlre déférées à Tévêque (2).

C'est cette jurisprudence que Justinien consacra cette intenremion

" ■ ■ consacrée par le

déûniti vement, avec cette clause qu'en matière civile ^"^ J«"inî«-

(1) Cod. Theod., liv. XVI, tit. ii, a« 1.

(2) Cod. Just.y liv. I, tit. iv, nw 17.

les clercs, les moines, les rierges, ne pouraient être poursuivis devant le magistrat civil que dans le seul cas d'appel, tandis que, eu matière criminelle, celui qui poursuit peut choisir sa juridiction.

Elle explique lin- ^u voît cc qu'uue tclIc siUiatîou pouvalt donner S°aip"rè8*?rtî de prestige et d'influence effective à uu évêque

tila ; paroles de

caMiodore. commc cclul dc Bomc. Aussi lorsque nous voyons Léon-le-Grand représenter les intérêts de Tltalie au camp d'Attila, nous devons admirer en lui nonseulement cet élan de patriotisme, cet éclat de popularité, mais aussi le résultat merveilleux de Talliance en la personne du j)ouvoir souveraiu dans l'Église, et du pouvoir principal dans la cité romaine.

L'on voit déjà apparaître comme une première lueur de l'extension du pouvoir des Papes dans toutes les affaires temporelles, car voici des paroles textuelles de Cassiodore, en 5âii, au pape Jean. Cassiodore était sénateur, et il venait d'être élevé à la plus haute dignité civile, celle de préfet du prétoire: (( Vous êtes le gardien du peuple chrétien, » et votre qualité de pasteur n'exclut pas le soin » des choses temporelles. Tous les intérêts de

» Punivers sont entre vos mains et vous devez les » défendre avec le zèle et l'affection d'un père. »

Ainsi l'autorité prédomioante da Pape s'exerçait déjà à Rome et commençait à être reconnue pour le reste de la chrétienté ; c'est là un des premiers éléments de son pouvoir temporel que les souverains Francs, Pépin et Charlemagne, ne firent que développer. Poursuivons et saisissons, dans ces siècles de préparation à un ordre de choses tout-à- Tait nouveau, ce qui nous paraîtra de nature à prouver que l'œuvre consommée au viii' siècle, n'était pas le produit d'une révolution subite et violente, mais le résultat de la sage et régulière élaboration des événements.

En l'année 595, par une lettre du pape saint Grégoire à la reine Brunchaut et au roi Childebcrt, nous voyons que non-seulement l'inQucuce politique et sociale de la papauté se faisait sentir jusqu'au Tond des Gaules, mais que même le domaine territorial de saint Pierre s'étendait jusqu'à ces provinces éloignées, puisque le Souverain-Pontire envoie, pour 7 représenter les intérêts de l'Église romaine, un prêtre de cette église (1).

Possessions du Saint-Siège on Gaule et dans toute l'Italie .sous s» Grégoire I•^

(1) UUrês de saint Grégoire, livre vi, lettres 5.

Les mêmes lettres de saint Grégoire (1), nous montrent ie Saint-Siège possédant dans l'Italie méridionale les villes d'Otrante et de Gallipolis (2). Respect des Barba- Parfols ces Barbares eux-mêmcs se montraient

res pour les pos-

|eMKms du Saint- gcrupulcux à l'égard du patrimoine de saint Pierre. En Tannée 707, nous voyons Âubert II, roi des Lombards, lui restituer un domaine important qu'il possédait dans les Alpes cottiennes, aux environs deSuze (3).

(1) Liv. IX, lettres 99 et 100.

(2) Il est de mon devoir, encore une fois, de faire observer au lecteur que malgré cette prédominance de leur pouvoir à Rome, malgré la supériorité encore plus marquée que leur donne leurs immenses possessions dont on trouve encore aujourd'hui la trace, malgré ce tourbillon de poussière impénétrable qui s'élève, de tout l'Occident, pendant ces siècles voués aux invasions des Barbares, les Pontifes de Rome, si maltraités par la cour de Constat! tinople, ne font rien pour supplanter en Italie l'autorité intermittente des Patrices et Exarques, et qu'au contraire, en maintes circonstances, ils les couvrent de leur autorité et les protègent de leur popularité. Nous en voyons un exemple mémorable en le pape Jeaa VI , qui ferme les portes de la ville de Rome aux soldats assemblés de toutes les parties de l'Italie pour se jeter sur Théo phylaste, chambellan de l'empereur, qui a osé quitter la Sicile pour venir sur le continent y replanter ces couleurs de Constantinople qui ont toujours fui devant les Barbares (701).

(3) Nous trouvons, vers ces temps-là (728), un exemple de

Cependant cet esprit de justice n'était que fort<^dangepsde cette

- , -. , - ^ . situation.

uitermiitent chez les Barbares et ne les arrêtait un moment que pour que ce torrent, un instant après, débordât avec plus de force. Vers l'année 741, la situation de Tltalie était devenue intolérable. Une ligue se forma ; le Pape en était le chef ; nous y voyons figurer, entre autres, les ducs de Spolèle et de Bénévcnt. Le Pape écrivit à Charles-Martel pour

la victoire de Tesprit sur la force brutale qui mérite d'être signalé.

Luitprand, chef des Lombards, avait fait don au patrimoine de saint Pierre de la ville de Sutri, dans le duché de Rome. Cet acte de générosité n*avait pu faire oublier au Pape ses devoirs envers l'empereur de Gonstantinople et le détacher des intérêts de son Exarque en Italie, qui se tenait caché à Venise, pendant que Ravenne tombait au pouvoir de Luitprand. Ce barbare, tout d'un premier trait, comme tous ceux qui n'appartiennent pas à une civilisation traditionnelle, se joignit avec le Grec perfide qu'il venait de vaincre, et tous deux vinrent mettre le siège devant Rome. Cette colère d'une part, et cette perfidie de l'autre, s'évanouirent devant saint Grégoire qui vint hardiment trouver Luitprand dans son camp. Ceux qui douteraient encore que la conduite des Papes ait été vis-à-vis de cette ombre de pouvoir qui siégeait à Gonstantinople autre qu'eût été celle des plus grands saints de l'Église primitive, n'ont qu'à s'arrêter un moment à contempler saint Grégoire recevant, sur les instances de Luitprand lui-même, l'exarque Eutychius, avec honneur, dans les mes de Rome.

Ce n'est qu'en 741 îui Offrir Ic patriciat de ritalie ; on conyiendra

qie l'Iittlio s'a-

FraîdStniïper- Q^'il était tCQips. Cc Dc fut quc pliis tard que Pépift sonne^de Charles. ^,^jj^^j^ et puîs Cliariemagoe acceptèrent ce que

Charles-Martel avait refusé à plusieurs reprises, tant il est vrai que les Francs, déjà à celte époque, étaient assez civilisés pour ne pas se jeter, ainsi que le faisaient les Barbares, sur toutes conquêtes qui se présentaient. Si Charles-Marte!, au lieu d'une impossibilité réelle, obéit à des motifs politiques, il nous est difficile aujourd'hui d'en pénétrer le secret.

Il fallait cependant aviser à une situation dont les ^ulericMni^a^ maux étalent si pressants. Luitprand avait renversé

Zacharie des in-

île ntaife"^"''''' Ic duc de Spolète , Transimond , et l'avait forcé à se tonsurer. Transimond avait trahi la cour de Rome qui s'était mise tout-à-fait à découvert par sa démarche auprès de Charles-Martel. Cependant nous retrouvons son prestige encore debout vis-àvis de ces Barbares, car le pape Zacharie (7/i2) va hardiment au-devant de Luitprand. Celui-ci rendit au Souverain-Pontife toutes les villes appartenant au domaine du Sainl-Sîége, et pour le reste des intérêts de l'Italie traita avec lui comme avec la seule puissance souvjeraine qui fût encore restée debout.

L'année suivante (743) yit un exemple mémorable de ce qu'étaient, dans cette maliieureuse Italie, vis-â-vis les uns des autres, les Lombards et les représentants de Tempire Grec. L'Exarque, le môme Ëustychius qui, les années précédentes, av^iii été rallié de Luitprand, élait serré de près par ce barbare dans les murs de Ravcnnc. Il s'adressa encore de nouveau au Pape, lamentable spectacle s'il en Tût jamais ! Le vieillard Zacbarie quitta Rome pour aller délivrer ce traître, et quoique Luitprand parût cette fois inexorable, il finit par le fléchir.

Ce fut onze ans après, en 75i, que les Francs, à ^^^n^'^'aprêr'Sarîe la suite de Pépin, débouchèrent pour la première Tlxa^qoe dè7''

raaios des Lom-

fois en Italie, par les défilés des Alpes, vers la ^^i^STuIief''' ville forte de Pavie où Astolphe, chef des Lombards, après un désastre complet, courut se réfugier.

Je ne dirai qu'un mot de l'importance des deux donations, celle de Pépin et celle de Charlemagne. ^ dônât1ons?cciiQâo

Pépin et cello de

La première n'a pas l'importance de la seconde, chariemagne. Cette donation de Pépin confirma le pouvoir du Pape sur tout le duché de Rome qui comprenait vingt-trois villes : Rome, Porto, Civita-Vecchîa, Cori, Bléda, Manturano, Sntri, Népe, Gallèse, Orta,

Bomargo, Aroélia, Todi, Perugia, Naroi, Otricoli, Segui, Agnani, Ferenlîno, Alatri, Patrioo, Frosinone, Tivoli, et y ajouta celles deRavenne, Rimiuî, Pesaro, Fano, Gésène, SinagagUa,Jesi, Foiiimpoli, Gastrocaro, Monte-Feltro, Aurragio, Nocera, Servale, San-Marino, Bobio, Urbioi, Coglio, Lucoli, Eogubeo, Comachio et Narni. G*est cette donation que Cbarleoiagne conGrma, en Ikh, en y ajoritant File de Gorse, Parme, Manioue, tout Texarchat de Ravenne, les provinces de Venise et d'Istrie, les duchés de Spolèle et de Bénévent. Gh'u lemagne voulut que cet acto de donation Tût signé par tons les seigneurs de sa suite, laïques et ecclésiastiques.

Gelte dernière donation a un tel caractère, ctelle tranche avec tant de force sur celle de Pépin, quMl est impossible qu^elle ne soit pas le résultat d'un ensemble d'idées, d'un système politique qui , en germe dai^s Fesprit de Pépin, a pris peu à peu dans celui de son successeur ses développements successifs, et est enûn parvenu à toute sa maturité.

Déjà dans les lettres de saint Jérôme, à cette première apparition des Barbares, nous rencontrons des témoignages du découragement que faisait

pouvoir féodal " aux

éprouvera plusieurs de leurs chefs leur iodiscipUue et leur résistance à toute civilisation sérieuse. Ils De croyaient pas à un résultat définitif en ce sens. Ce n'est que peu à peu que dut entrer, danfi Tesprit des plus clairvoyants d'entre eux, comme une perspective lointaine, ta civilisation naissant à la suite de Talliance des deux races, et par Tiniluence de la race latine. Charlcmaguc est le premier qui ait ^raf^rj'ue'crdl?-

Dier attribue au

paru avoir saisi cet aspect avec assez de force pour Pape nest que le

• * ^ consécration du

en faire l'objectif de sa politique. 11 est certain g,?iTcinfie

-.- , ^ . , évêqucs.

qu il s appuya avec confiance sur celte partie de son empire, alors vaincue et sacrifiée qu'on désignait sous le nom générique de Romains. Il donna le plus de fiefs qu'il put et les plus importants, ainsi que des prérogatives d'un pouvoir plus général, aux évoques qui en tous lieux et spécialement dans les villes étaient les représenlanls et les seuls défenseurs des intérêts des Latins. C'est ainsi qu'il en vint peu ù peu à vouloir faire du Pape un souverain indépendant, et un souverain assez puissant pour |)ouvoir tenir tête à chacun des héritiers d'une des fractions de son empire, morcellement qu'il ne pouvait pas ne pas prévoir, et laissant à son influence spirituelle, ainsi appuyée et garantie, le

soin de les dominer tous et d*êtrc ainsi, sous ce dernier rapport, le maître el la clé de voûte (1 }. Il n*est pas contestable qu*il n'ait voulu ainsi pré-

(1) Les Francs, dit Joseph de Maistre (du Pape, discours préliminaire), « eurent l'honneur unique et dont ils n'ont » pas été, à beaucoup près, assez orgueilleux, d'avoir cons- » titué l'Église catholique (le lecteur voit bien que le noble comte ne veut parler ici que de la constitution politique et sociale de l'Église) « dans le monde en élevant son auguste » chef au rang indispensablemcnt dû à ses fonctions divines, » et sans lequel il n'eut été qu'un patriarche de Gonstanti- » nople, déplorable jouet des sultans chrétiens et des auto- » cratcs musulmans. »

C'est à dater de ce moment que la Papauté entre, non plus d'une manière intermittente, ainsi que dans les diverses rencontres avec les Barbares, mais d'une manière suivie et pour ainsi dire normale, dans le mouvement des affaires extérieures et sociales de la chrétienté.

La donation de Charlemagne lui donnait les moyens de le faire d^une manière plus utile et plus libre ; mais, alors même que cette donation n'aurait pas eu lieu, on peut dire que la force elle-même des choses aurait entraîné la Papauté à passer de son premier état de puissance purement spirituelle à une autre d'action à la fois spirituelle et temporelle, car la chrétienté était formée, et la Papauté, ainsi que le reste de l'Église, se trouvaient transportées dans un milieu où les lois, les mœurs générales, les institutions civiles et sociales nées du principe chrétien ne pouvaient plus se dérober à la continuité de son action.

Gomme la religion chrétienne a pardessus toutes les autres un caractère saillant de spiritualité, on s'est plû à dire qu'elle

parer runilé de la chrétienté. Ce chef des Francks En qaoi len .erear

Franck fui supé-

avaît assez de génie pour qu'on lui suppose ce sys- "«ur aux mpe-

^ * * i^* •' rcurs romai is (jui

tème'; la suite parraitemeut ordonnée de ses actes Tenfiuteu!! df

l'Eglise.

n'avait fait que déroger à son essence propre en se jetant dans le tourbillon des affaires de la société civile.

L'on ne réfléchit pas que rien n'est purement spirituel en CG monde, par le seul fait que la nature humaine, partout et en tout, touche à la fois aux choses de l'esprit et à celles du corps. Est-ce que le divin auteur du Christianisme y échappa lui-même, et la prédication de sa doctrine ne le mit-il pas forcément en rapport et en lutte avec tous les pouvoirs constitués de sa nation? Est-ce que tous les premiers évêques chrétiens, les évoques de ces âges que Ton se plaît à opposer à ceux qui les suivirent, ne se plaignaient pas de la surcharge écrasante des affaires purement temporelles de leurs e^glises ?

Que l'on nous pardonne d'insister ; mais une histoire sérieuse de la Papauté ne saurait négliger cette objection, dirigée plutôt contre elle que contre le reste de l'épiscopat, parce que son action temporelle a été toujours plus en vue.

Formez une société dans les conditions qui éloignent le plus l'atteinte des choses matérielles, une communauté religieuse par exemple. Elles y feront irruption aussitôt. Vous aurez beau la reléguer au fond d'une solitude, avec des immunités qui la préservent encore plus efficacement que la solitude contre l'attouchement des choses de la terre. Celui que vous aurez mis à la tôte sera bientôt obligé de déployer autant de qualités politiques et de bon administrateur que do piété et de science surnaturelle, autant d'esprit économique que de désintéressement évangélique, et forcément, un jour ou l'autre, c^tte barrière que l'on nvait élevée contre le cou-

ne laisse aucun* doute sur ce point. C'est certainement à lui, entre tous, que nous devons notre civilisation chrétienne ainsi préparée par Tappui quMi

rant des choses générales de la société cédera sous un poids invisible et mystérieux.

Comment voulez- vous que la Papauté put se séparer de ce monde nouveau qu'il venait d'enfanter? Les institutions qu'il avait vivifiées de son esprit se seraient écroulées ; les lois si fortement imprégnées de sa doctrine se seraient effondrées sans son appui permanent, les pouvoirs qa'il avait sacrés eussent été livrés à toute l'inconstance de populations non encore civilisées, les événements auraient été ceux de la décadence ou ceux de l'enfance sans lendemain.

Que dis-je*^ Est-ce que TÉgliso n'était pas elle-même une institution, une législation, un pouvoir, un événement historique se développant tous les jours ?

Mais serrons cette question de plus près.

Est-ce que les alTaires de ce monde, lois, institutions, mœurs, pouvoirs, ne sont pas le résultat de la volonté humaine ? Et cotte volonté où a-t-elle sa racine si ce n'est dans la conscience ? Mais qui oserait affranchir la conscience du pouvoir spirituel établi surtout pour la diriger?

11 y a des devoirs publics comme il y a des devoirs privés, tous ressortissant également à la conscience. Qui pourrait prouver que la loi de Dieu, la morale sacrée n'ont aucune prise sur les devoirs publics, et que des hommes qui lui appartiennent comme chrétiens lui échappent comme citoyens et comme gouvernements ? Mais pour les atteindre de cette manière il faut que la Papauté interprète de cette loi ait une existence assurée, une indépendance sociale placée au-dessus des orages de ces passions contre lesquelles elle doit lutter.

donna à la puissance spirituelle qui derait la produire*

La position très-nette que prit le grand empereur

Ceux qui prétendent que la Papauté, en tant que pouvoir spirituel, ne devrait s'occuper que des chrétiens pris isolément et entre les limites de leurs devoirs privés, et qu'elle a usurpé le jour où en s'occupant des lois, des institutions, des gouvernements , des mœurs générales , elle a fait irruption au milieu des choses temporelles, seraient hien embarrassés de prouver comment, en dehors d'elle, ces lois, ces mœurs, ces institutions, ces gouvernements pourraient se faire une morale.

Qu'est-ce qu'ifh pouvoir purement spirituel si ce n'est un pouvoir qui ne commande qu'à l'esprit ? Mais trouvez-moi cela, môme dans une communauté réduite à trois individus, alors que vous accumuleriez sur celui qui commande les influences les plus irrésistibles de la supériorité de l'esprit? Il vous faudra toujours des règles ayant une sanction, une organisation arrêtée et dont tous les contours soient visibles, un ensemble de choses extérieures qui lui servent non-seulement de points d'appui, mais encore de traits pour marquer sa physionomie et lui faire sa place à part.

L'Église était donc forcée, par la nature môme des choses, d'avoir une discipline, une organisation, une législation particulière. Avait-elle le droit de se défendre contre ceux qui la menaçaient dans ces conditions nécessaires de son existence ?

Ainsi que tout ce qui a vécu et vivra dans ce monde, elle devait se mouvoir dans un milieu où se renouvellent souvent les guerres, les injustices, les usurpations, les violences de toutes sortes. Est-ce qu'à elle seule on refuserait le droit de flétrir ces choses, et de les empêcher dans la mesure de

est fort digne de remarque, et surtout d'éloges ; car H brisa avec une Torce inouïe tous les liens du passe, et en affiancbissant l'Église surtout par Tîn-

ses moyens? Et n etait-il pas, non-seulement utile, mais même nécessaire, de la placer, au moins en la personne de son clicf, au-dessus de ces guerres, de ces injustices, de ces usurpations, de ces diverses violences.

Devait-elle, lorsque la politique se séparait de la morale» se taire et laisser ainsi se consommer ce divorce dont le vrai nom est d'abord la décadence et plus tard la ruine ? On l'accuse d'avoir laissé périr le monde romain. C'est qu'elle n'avait alors aucun moyen social de se taire entend^ de lui. Pourquoi voudrait-on qu'elle fut aussi désarmée devant le monde moderne ? Ce serait non-seulement un malheur, mais encore une iniquité, car n'est-ce pas elle qui a formé notre civilisation moderne ?

Mais lorsque l'iniquité prévaut, ce n'est pas un devoir mais une vraie lâcheté de ^ taire. Et pourquoi voudrait-on que l'Eglise, qu'on loue de son courage contre l'idolâtrie, se taise ou devant la corruption ou devant l'oppression ? Ce que l'on trouve sublime dansCaton ou Juvénal, on le condamnera dans Grégoire VII ou dans Innocent III ! Et voudrait-on réduire les Papes à l'impuissance qui conduisit Caton au désespoir et lit de Juvénal un pur critique, sans efGcacité ? Heureusement que ce ne sont que des philosophes qui parlent ainsi et que les peuples ne l'ont jamais fait.

Mais la raison d'être de l'Église, c'est de flétrir le mal et d'enseigner le bien ! Qui prouvera que cette mission s'arrête aux individus et ne va pas jusqu'à la société, qu'elle ne regarde que les devoirs privés et ne va pas jusqu'aux devoirs publics ? Et amené là qui prouvera, aussi, que son efficacité, pour

dépeDdance de son chef, il prépara cette lutte de l'esprit contre la force, dont encore une fois sortit, avec raffranchissement des consciences, la vraie cifilisatioD (1).

atteindre aux choses sociales n'a pas besoin d'indépendance temporelle?

Ce sont-là des réflexions qui peuvent paraître trop développées, mais qui sont indispensables au moment où à l'empire de îa Rome idolàtrique va succéder un autre empire, placé au-dessus des diverses fractions de la chrétienté, et qui de cette place souveraine sera vu, par les fidèles comme par ses eanemis, dirigeant tout, se mêlant par conséquent à tout, scellant ses actes du sceau du pêcheur et les lançant dans toutes les directions des affaires humaines.

(1) Il n'en avait pas été ainsi de ses prédécesseurs, même ceux dont on doit bénir le plus la mémoire. Constantin s'était trop immiscé dans les affaires de TÉglise ; Justinien, tout en faisant beaucoup pour régulariser certaines immunités, certains privilèges, tout en tenant la balance assez égale entre les magistrats de l'ordre ecclésiastique et ceux de l'ordre civil, les avait soumis les uns et les autres. C'était de part et d'autre la servitude, au point où il les avait amenés, car les magistratures <)iviles elle-mêmes ont besoin d'une certaine indépendance. Cette servitude devait venir se consommer en la décadence et la ruine complète.

Si vous voulez entendre un témoin non suspect de cette décadence, écoutez Voltaire (Essai sur les mœurs et Vesprit dis ncUiofis, chap. 29) : « Pendant que les frontières de l'cm- » pire étaient toujours ressersées et toujours désolées, la ca- 9 pitale était le théâtre des révolutions et des crimes. Un

Voici, d^allleurs, en résumé et pour en laisser une impression claire et distincte dans Tesprit du lecteur, quelques points sommaires en lesquels Fod

» mélange de Tartifice des Grecs et de la férocité des Thraces » formait le caractère qui régnait à la cour. En effet, quel » spectacle nous présente Gonstantiaople ? Maurice et ses » deux enfants massacrés ; Phocas assassiné pour prix de ses 9 meurtres et de ses incestes ; Constantin empoisonné par » l'impératrice Martine à qui on a arraché la langue, tandis » que Ton coupe le nez à Heracleonos son fils ; Constant qui » fait égorger son frère ; Constant assassiné dans un bain o par ses domestiques ; Constantin Pogonat qui fait crever » les yeux à ses deux frères ; Justinien II prêt à faire i » Constantinople ce que Théodore fit à Thessalonique, sur- » pris, mutilé et enchaîné par Léonce, bientôt traité lai- » même comme il avait traité Justinien II ; ce Justinien » rebelle, faisant couler sous ses yeux dans la place publique » le sang de ses ennemis, et périssant enfin par la main du » bourreau; Philippe Bardaunes détrôné et condamné à » perdre les yeux; Léon l'isslirien et Constantin Gopronymc » mort5, à la vérité, dans lear lit, mais après un règne san- » guinaire, aussi malheureux pour le prince que pour les » sujets ; l'impératrice Irène, la première femme qui monta 9 sur le trône des Césars, et la première qui fit périr son fils » pour régner... C'est ainsi que Tempire est gouverné... » Quelle histoire de brigands obscurs, punis en place publi- » que pour leurs crimes, est plus horrible et plus dégoù- » tante! »

L'empire en était revenu, au moment de disparaître, aux crimes de ses débuts par les douze Césars.

peut résumer rorîgîualité de l'œuvre de Charlemague par rapport au Saiut-Siége.

Il n'est pas douteux, eu premier lieu, qu'afin de préparer le triompiie de la civilisation sur la barbarie, ii n'ait cherché à donner à l'épiscopat, et surtout à la Papauté, la supériorité sur l'élément Franck et saxon ; c'était d'ailleurs préparer des appuis à son empire contre les empiétements de la féodalité (1).

(l) a Carolus Magnus, pro contundendà gentium illarum » ferocià, omnes pêne terras ecclesiis coatulerat, consiliosr » sime perpendens, nolle sacri ordinis homines, tam facile » quam laicos fideiitatem Domini rcjicere ; practerea si laici » rebellarent, illos posse excommunicationis auctoritate et » païnitentiao severitate compescere. » Guillaume de Malmesbury, lib. 5, de Rébus gesiis Regum Angliœ.

La pensée du maître ne se dégage pas avec clarté, aussitôt après sa mort; son éclat ne frappe vivement les yeux que vers la fin du onzième siècle, au moment où le moine Hildehrand, après avoir dirigé, déjà depuis plusieurs années, les affaires de la chrétienté par son influence sur ses deux prédécesseurs, monte lui-môme sur le siège de saint Pierre. Mais on voit Taurore de ce plein jour poindre dès la constitution de la souveraineté papale par Charlemagne, et cette lueur ébauchée briller même sous les ténèbres épaisses que le malheur des temps accumula sur la fin du dixième siècle et la première moitié du onzième.

Ce sont ces traits d une lumière qui se lève qui nous appa-

QuantaucaractèredesesdonationSytes indices successirs qui se présenteront an lecteur, surtout dans le livre qui va suivre, ne lui laisseront aucun doute sur Tindépendance absolue quMI voulut attribuer au pouvoir du souverain Pontife (1). D'autre part, ce qu'on a déjà vu, soit dans le premier livre de ce volume, soit dans les derniers de celui qui précède, laisse supposer que jusque-là le caractère de ces

raisseat au fur et à mesure, épars, tels qu'ils se présenteront dans les livres suivants.

Ajoutons à la citation qui précède, la suivante, qui montrera avec quelle force le grand empereur, dans ses Gapitulaires (Longueval, Hist, de VÉgl, galL, t. vi, p. 295), avait scellé d'une manière indissoluble Tunion de Tempire à la Papauté par un respect et une fidélité que rien, d'après lui, ne devait rompre, pas môme les torts possibles des Papes : « En » mémoire du prince des Apôtres, y esWil dit, honorons la » sainte Église romaine et le Siège apostolique, afin que celle » qui est la mère de la dignité sacerdotale soit aussi notre 9 maîtresse dans les choses ecclésiastiques. 11 faut pour cela » conserver à son égard l'humilité et la douceur, pour suppor- » ter avec des sentiments de piété le joug que ce Siège nous » imposerait, fùt-il en quelque soi*te intolérable, »

(1) Il est nécessaire de remarquer que Muratori ayant avancé dans son ouvrage : Droits de Vempire sur l'Etal ecclésiastique (chap. 6, p. 102) que le Pape ne faisait qu'exercer à Rome et dans le reste de ses Etats le pouvoir d'Exarque ou de délégué, a été sévèrement relevé de cette erreur par e pape Clément XI.

possessions d' avait pas été souverain et royal, quoique avec toute l'étendue et l'indépendance que comportaient les circonstances (1). Rien n'annonce

(1) Après avoir essayé, dans le texte, de bien préciser le vrai caractère de la donation de Gharlemagne, on nous permettra , dans cette note , d'essayer quelque chose de semblable sur celle de Constantin.

Non pas qu'il y ait à cela nécessité, ou môme haute convenance historique. Non , les origines du pouvoir temporel des papes n'ont pas besoin de cette nouvelle confirmation ; ce que nous en avons dit doit suffire, et au-delà ; notre but est différent. Nous voulons saisir l'occasion de montrer, par * une nouvelle preuve , combien est grande la légèreté de la plupart des préjugés que Ton rencontre , répandus partout , contre tout ce qui a rapport à l'histoire do la Papauté.

La donation de Constantin ! Quel est celui, parmi les historiens de la libre pensée, qui daignerait même s'arrêter un instant pour la discuter ! qui, parmi les critiques jansénistes et surtout protestants, et ménie d'une certaine école catholique, ne sourît à l'entendre simplement énoncer ! Voici, d'après nous, lecteur, les points principaux auxquels l'on peut ramener ce proîilème historique ; nous pensons que vous resterez convaincu que ce sujet n'aurait pas été traité avec autant de légèreté dédaigneuse, s'il ne s'était pas trouvé attaché à une cause qui a l'honorable privilège de susciter contre elle tant de passions diverses.

lo Qu'il y ait eu une donation réelle, considérable, digne, et du pouvoir souverain qui l'avait faite et du pouvoir s(juverain auquel elle était faite, cela est prouvé, non-seulement par les preuves indirectes f[ui nous ont apparu dans ce volume et dans le précédent, mais encore par tout le carac-

uDe telle organisation du pouvoir temporel de la part de Constantin et de ses successeurs ; la prérogative royale n'est jamais invoquée par les Papes,

tère général des événements historiques que vous avez vus se dérouler jusqu'ici.

2* Qu'il y ait eu de cette donation un titre authentique, écrit, scellé du sceau impérial, cela me semble indiscutable, et seul digne do la gravité de l'administration impériale romaine et de la dignité de la chaire pontificale.

30 Nous pensons que, jusqu'à preuve du contraire, personne, quelque libre penseur ou critique transcendant qu'il . soit, n'a le droit de révoquer en doute le témoignage du pape Léon IX qui, dans sa Lettre première, chap. 13, affirme avoir vu Pacte de donation ; ce n'était cependant pas un ambitieux, ni un faussaire, ni un monteur que ce Pape dont Fleury (livre 59) , dit : « En une diète ou assemblée des sei- » gneurs que l'empereur tint à Worms, on élut pour Pape, » tout d'une voix, Brunon, évéque de Toul, qui était présent » mais qui ne pensait à rien vioins. Il refusa longtemps cette » dignité. »

40 Comme Léon vivait moins de trois siècles après Adrien, nous pensons que l'on doit étendre à la donation de Constantin ce que ce dernier Pontife, dans sa lettre à Charlemagne que nous citons dans le texte et ici, dit, en général, de toutes les donations qui ont précédé celles des deux souverains Francs, à savoir que l'original en est déposé dans les archives de Latran, et qu'il le tient à la disposition de l'empereur auquel il écrit.

5« Nous soutenons que Gibbon n'a été que calomniateur lorsque, sans aucune preuve à l'appui, il s'est exprimé comme il suit sur la lettre d'Adrien : « Cette donation mémorable

vis-à-vis des empereurs grecs, comoie elle le sera plus tard par leurs successeurs vis-à-vis des successeurs de Gharlemagne ; il faut donc recoanailre

» fut meotionnée pour la première fois dans uno lettre » d'Adrien I«'... Cette fiction produisit les effets les plus avan- » tageux. 1 (Ghap. 49).

6» Il y a de la donation de Constantin deux versions qui ne diffèrent point' quant à ce qui nous occupe, le pouvoir temporel* La version grecque, au rapport d'Hincmar, archevêque de Reims, était, en 868, connue de toutes les églises de France qui en avaient chacune un ou plusieurs exemplaires dans leurs archives. Le texte latin est cité par Ives de Char- • très, saint Adon de Vienne, Hervée de Reims, eji Franco, par saint Pierre Damien et Godefroi de Viterbe en Italie. Ceci ajoute au reproche de légèreté et de calomnie que l'on doit adresser à Gibbon, et à ses copistes. Quant à des paroles comme celles-ci : « Le Vatican et le^palais de Latran étaient » un arsenal et une manufacture qui, selon les occasions, » produisaient ou recelaient une nombreuse collection d'actes » vrais ou faux, corrompus ou suspects, favorables aux inté- » rets de l'Eglise romaine... » (Loc. cit.), nous croyons que pour s'adresser à des Papes dont plusieurs furent des saints, et tous des personnages respectables, elles ne perdent rien de leur caractère odieux et criminel. Qu'aurait pensé Gibbon, si Ton avait accusé les souverains de son pays de n'offrir qu'une succession de faussaires ?

70 Nous croyons qu'en réduisant la donation de Constantin à n'être que celle d'un pouvoir principal, mais non souverain, comme le fut celle de Charlemagne, au lieu d'en être démentie elle Qst confirmée et éclairée par toute la succession des faits qui composent l'histoire politique et sociale do a Papauté.

dans cette indépendance souveraine et royale un des caractères originaux de l*œuvre du grand empereur.

C'est là où il faut cborcher le véritable caractère

8'» Loin (l'admeLlre que la donation de Constantin fût celle d'un pouvoir souverain, nous ajouterons, comme une preuve dOcisive de notre manière de penser à ce sujet, telle que nous l'avons développée dans le texte, dans eo volume et celui qui précède, que vers le commencement du huitième sii' jle, quelques années avant la donation de Gharlcmague, les Roaiains pressèrent vivement le pape Grégoire II de se décl.rcr comme leur souverain indépendant. Démonstration qui est inexplicable dans riiypotliêsc qu'un tel pouvoir eût rc.nonté à un acte authentique et indiscutable de celui qui avait créé la ])Osition des Papes vis-à-vis de ces mêmes Romains.

O'» Quant à Vala, ce brouillon dont Gibbon fait fort plaisamment et un critique cloquent et un romain plein de « patriotisme » et son traité, et qu'il a intitulé : « De falso crédita et ementUa Donationc Comlantini,n et cela parce qu'il n'avait pas j,u trouver le texte de la donation dans les archives du Vatican, nous répondrons seulement qu'un siècle après, Bartliolomeus Sicernus, étant plus heureux, trouvait ce texte, le traduisait du latin en grec ; plus tard, devant le concile de Trente, le cardinal Polus soutenait l'authenticité de la donation.

10*» L'acte de donation, qui fait partie des actes de saint Sylvcijtre, établit très-clairement deux choses ; la première qu'il attribue aux Papes tous les insignes extérieurs de la dignité impériale, et la seconde que l'autorité papale a des

de cène donation, plutôt que dans son étendue, car nous restons assurés, par la lettre que nous venons de citer dans la note précédente, que ia plupart des villes et pays attribués au Saint-Siège lui avaient été déjà donnés, et que les actes de ces dona-. tions, qu'avaient usurpées les Lombards, avaient été déposés dans les archives de Saint-Jean-de- Latran ; le Pratife ajoute qu'il les envoie à rem* pereur par ses légats.

droits aux respects et à la vénération du public supérieurs à ceoK de la dignité impériale ; mais rien ne nous y a apparu comme l'expression de l'action d'un pouvoir souverain et indépendant du pouvoir impérial. Or quant aux honneurs qu'il attribue au souverain Pontife , bien loin qu'il y ait à s'en étonner et à les rejeter dédaigneusement, signe de haute et saine critique, il n'y a qu'indice d'ignorance historique. Le souverain Pontificat ayant toujours été chez les Romains entouré des honneurs souverains, il est naturel de penser que Constantin transporta cette manière de l'envisager dans le Christianisme, et sa conduite, en ce sens, n'est que la suite nécessaire de sa conversion : Opter pour le Christianisme, c'était reconnaître (^e pour le moins le souverain Pontife de cette religion était digne d'autant d'honneurs que celui du culte païen, et les lui transporter n'était pas plus difQcile que de se convertir publiquement, officiellement à la nouvelle religion.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'en cette matière, comme en tout le reste, nos appréciations sont absolument soumises à cette autorité, sous laquelle nous sommes placé,

Après ce que nous venons de dire, le lecteur ne sera pps étonné que , comme témoignage de notre reconnaissance envers ce bienfaUeur de TEglise, nous disions un mot du seul reproche que la plupart des historiens font à sa mémoire.

Ce qu'ils reprochent à ce grand homme, ce sont ses rigueurs impitoyables à l'égard des Saxons. On ne civilise pas avec une épée impitoyable. Cependant il reslo acquis à Thistoire que c'est du temps de cet empereur, et au milieu de tous les malheurs de la conquête, que les arts, les lois, la vie sédentaire succédant à la vie nomade, les villes construites,

et que nous chérissons autant que. nous la respectons, nous contentant de faire observer que nous avons mis toute notre attention à découvrir le vrai. 11 nous a jiaru que les paroles qui vont suivre, et qui sont celles môme du pape Adrien à Gharlemagne, n'ajoutant pas à : 2^olcstatemfVé\nihèie rcgiam, en parlant de la donation de Constantin, ouvraient par cela môme la voie à l'hypothèse que nous avons émise dans le livre vu du premier volume de cet ouvrage, et qui consiste à montrer Constantin abandonnant Rome à l'influence papale avec tous les pouvoirs, toutes les prérogatives que devaient y établir sa suprématie actuelle, et y préparer pour plus tard sa souveraineté absolue, sans essayer de lui transmettre cette dernière souveraineté qu'il lui eût été impossible d'exercer dans une contrée où le Paganisme était encore ni puissant. Voici, d'ailleurs, les paroles du pape Adrien : « Deprecamur

les champs cultivés pénétrèreot jusqu'à TEIbe (1;, que là fut reculé le rempart de la civilisalioD qui s'arrêtait auparavant au Rhiu. A. peiue s'est consommé le déclin rapide de la race de Charlemagne, que de cette Saxe, hier encore barbare, sortent les coniinuateurs, et quelquefois aussi, il faut le reconnaître, sans en faire monter la respousabilité ^usqu'à lui, les adversaires de son œuvre.

» vcstrain Excellentiam, pro Dei amore et ipsius clavigcri • D rcgiii cœlorum, ut sccundum promissîoaein quam pollicitî » estis eidem Dci apostolo pro animjB vestrac merccde, et » stabilitate regni vestri, omnia nostri» temporibus adim- » plere jubeatis ; et sicut temporibus beati Sylvcstri Romani B pontificîs, a sanctaj recordationis piissimo Constantino M. » Imperatore, per cjus largitatem, sancta Dci catholica et ^ » apostolica Romana ecclesia elcvata atque exaltata est, et » potestatem in his IIes])eriaB partibus largiri digaatus est, ita » clin his vestrisfelicissimis temporibus atque nostris sancta » Dei ecclesia gerrainet — et amplius alqUe amplius exaltata » permaneat. * — (Muratori, Rerum Ilalicarum scriptorcs^ t. m, pars 11», p. 194).

(!) Sismondi, Histoire des Français, tom. ii, p. 361.

Page 1