LIVRE IL
DEaiS LE PONTIFICAT DE SAINT PAUL !•' JUSQU'A CELUI DE GRÉGOIRE VI f757'1044). - ANARCHIE FÉODALE A ROME ET DANS LE RESTE DE LITALIB. - ÉPREUVES DE LA PAPAUTÉ-
Réflexions générales sur ce livre deuxième. — Pontificats de saint Paul P', Etienne IV, Adrien I*"", saint Léon Ul. — Troubles à Rome, recours à Gharlemagne, couronnement de ce prince comme empereur d'Occident, serment de fidélité du peuple romain. — Coup d'œil rétrospectif sur le vm« siècle. — Etienne V et les élections ecclésiastiques.— Saint Pascal I»**. — Eugène II et Lothaire. — Valentin. — Grégoire IV fait fortifier Rome contre les musulmans ; il est appelé à approuver le partage que Louis-lc-Débonnaire a fait de l'empire. — Sergius II ; les Musulmans pénètrent dans Rome. — Saint Léon IV les refoule loin de Rome et de l'Italie. — Tranquillité du règne de Benoit III. — Energie du pape saint Nicolas I*»" vis-à-vis de Photîus, des évoques d^ h Gaule et de la Lorraine et de Lothaire. — Intervention efficace d'Adrien II en Occident ot en Orient ; le huitième Concile œcuménique. — Le pape
Jeaa YIII ; état de lltalie pendant les guerres de succession des Garlovingiens ; elle est secourue contre les sarrasins par l'empereur grec ; état des affaires religieuses à Constantinople. —Quel était le but do Photius et des empereurs grecs. — Marin I'"", Adrien III. — L'empereur Gharlcs-le-Gros veut casser l'élection d'Etienne VI ; quel était le droit des empereurs dans réloction des souveraias Pontifes. — Quelle fut la domination Toscane en Italie, et comment la Papauté tomba dans une telle servitude. — Leron que renferme l'étude de cette triste époque. — Les papes Formose et Boniface VI. — Le pape Etienne VII profane les restes de son prédécesseur Formose. — Les papes Romain et Théodore II réhabilitent la mémoire tic Formose. — Jean IX et Alfred-le-Grand d'Angleterre. — Goup d'œil rétrospectif sur le ix* siècle. — Benoit IV, Léon V et Ghn^'stophore. — Scrgius III et les calomnies contre ce Pape. — Anastase 111 et la conversion dos Normands. — Le pape Landon et les tentatives de restauration de l'empire par les Italiens. — Jean X et ses détracteurs. — Léon VI, Etienne VIII, Jean XL — Ge qu'il faut penser des désordres de ce dernier pontificat. — L'Église romaine libre et en paix sous les pontificats de Léon VII, Etienne VUl, Marin II, Agapet IL — Jean XII. — La couronne impériale passe aux rois Saxons en la personne d'Othonl**'; divisions entre ceprince et le Pape. — Léoa VIII anti-pape et Benoit V. — Jean XIII, Benoit VI ; commencements de Gerbert ; les sciences et les arts conservés de la vieille civilisation passent des musulmans aux chrétiens. — Donnus II, Benoit VII, Jean XIV et Tanti-pape Boniface VIL — Jean XV. — Jean XVI appelle Othon II contre les Romains. — Elévation sur le siège pontifical d'un saxon, Grégoire V. — Sylvestre II et le premier appel aux Ooisades. — Goup d'œil rétrospectif sur le x« siècle. —
Jean XVII et Tanti-pape Jean XVI. — Jean XVIII ; persécution en Palestine. — Sergius IV. — Benoit VIII ; les Grecs en Italie.— Jean XIX; étatde TEurope.— BenoitIX ; sa retraite volontaire. — Conversion au Christianisme du Danemark, de la Suède, de la Norvège, l'Islande, le Groenland, la Croatie, la Moravie, la Bohême, la Pologne, ^
la Hongrie, la Bulgarie.
Les doDalioiis faites au Saint-Siège par Pépin et Rènexions généra-
les sur ce livide
Charlemagne ont, par leur importance exception- deuxième. nelle, exclusivement occupé les dernières pages du livre précédent ; nous allons, au commencement de celui-ci, reprendre la suite des Papes que ces réflexions nous avaient Tait interrompre.
Deux mots seulement suffiront pour donner au lecleur une idée générale des faits qui vont se dérouler dans ce livre.
La plupart, parmi nos historiens contemporains, s'est plu à reprocher àCharlemagne d'avoir retardé l'œuvre de la civilisation par la création d'un empire unique en Occident, qui, disent-ils, a étouffé pendant longtemps ces germes des diverses nalio- Dalilés.
Le régime féodal ne dépendait ni de Charlemagne ni de personne. Il résultait de leusemble des grandes circonstances historiques au milieu
desquelles il se produisit ; pour eu conlrebalancer les effets de despotisme et d'écrasement, uu pouvoir central était nécessaire. C'est ce qu'essaya Cbarlemague par la création d'un empire universel, c'est ce que réalisa la Providence elle-même par la création des divers royaumes qui se partagèrent sa succession.
Dan^ ce livre, vous allez voir, résumé dans l'histoire de la Papauté, les terribles effets du système féodal livré ù lui-même et sans le contre-poids d'un pouvoir central et domiuateur.
A Etienne III, sous le pontiGcat de qui avait commencé le pouvoir temporel des Papes par le don que lui avait fait Pépin des provinces arrachées à l'usurpation d'AstoIphe, roi des Lombards, ^^^iîfn^/Kiieï^^^^ saint Paul 1" (757-767), Etienne IV
«litLiliiTiir"' (767-772), Adrien 1" (772-795) (1). Ces divers pontificats se trouvent placés sous la pression tout à la fois et du roi des Lombards et de l'empereur de Constantinople.
(l) Le lecteur me permettra de saisir cette occasion, que me prôï^ente le nom du pape Adrien, pour ajouter un nouvel exemple du parti pnîs qu'ont, sans souci de la vérité, lorsqu'il s'agit des Papes, les plus accrédités parmi nos historiens : « La Papauté, à mesure qu'elle grandissait en puis-
La Papauté était pressée de toutes parts, et ^^y^^^ . ^^.^^ comme placée daus un cercle de fer. Déjà la Pales- ^IS^râuronnV.
ment de ce prince
tine était ravagée par les Musulmaus, les églises d^o<ïiden?rM?détniites par eux, et les chrétiens de ce pays re- dlfpèupieromall^ foulés vers Constantinople et jusque dans la Sicile. Vers le mène temps, ce sont les chrétiens des
> sance et en autorité, s'efforçait de reculer la date de cette V autorité et de persuader aux peuples chrétiens, non-seule- » ment que son pouvoir avait toujours été tel qu'on le voyait » au huitième siècle, mais que le malheur des temps lui » avait enlevé une partie de ses droits» légitimes ; elle eut
> recours à ces moyens fort peu honorables pour soutenir • ses prétentions. Vers 785, le pape Adrien remit à Anghel- » rama, évêque de Metz, qu'il avait gratifié » du pallium et » du titre d'archevêque, une collection de canons rassemblés » par un espagnol nommé Isodore Mercator ; à la suite de D ces canons étaient insérées dés lettres décrétales des Papes » des trois premiers siècles, lettres parfaitement inconnues » jusqu'alors, et renfermant des maximes tout-à-fait nou- » velles. » (Henri Martin, //wf. de France^ t. ii, p. 437).
D'abord il n'y a de réputées supposées que ies décrétales antérieures à saint Sirice (année 385). De saint Sirico à Adrien I«', il y a assez de distance pour qu'on ne puisse pas soupçonner ce dernier Pape d'avoir voulu usurper des droits non reconnus avant lui.
Puis il est infiniment plus vraisemblable que'ce fut l'évoque de Metz qui offrit ce recueil à Adrien ; ce dernier en offrit un à Chariemagne, mais tout-à-fait différent, et sur lequel il n'y a pas prise, puisque ce dernier recueil « ne renferme « rieQ des nouveautés d'Isidore, dit Fleury (Hist, eccL, 1. 44,
Espagnes qui se réfugient eu France, où Cbailemagne les reçoit avec la générosité qui convient à ce vrai père de la chrétienté (t).
Dans ce temps de crise sociale, de passage d'un monde à un autre, là où n'est pas Tinvasion étrangère, Ton trouve la guerre civile. C'est elle quichasse de Rome, après de terribles tentatives sur sa personne, le successeur d'xidrien , le pape saint Léon III (795-816). Ce fiit Gharlemagne, ver» qui il s'était réfugié, qui rétablit le Pontife, reçut de ses mains la couronne impériale et punit les séditieux.
no 22, « dont l'opinion, en somhlablc matière, est à remarquer. Telle paraît être celle (le M. Guizot (Histoire de la civil, en France, t. 2). Car il s^exprime ainsi : « C'est dans le Nord 9 et l'Est de la Gaule Franque, dans les diocèses do Mayence, » de Trêves, Metz, Reims, qu'on la rencontre d'abord , » cette collection « qu'on voit paraître tout-à-coup entre les » années* 820 et 849. »
M. Guizot ajoute ce que je recommande à M. Henri Martin : « Elle avait pour patrons non-seulement les Paj^es et » leurs partisans, mais presque tous les évcques. Elle n'était » point rédigée, en elïet, dans l'intérêt exclusif de la PapauU^, )> elle semble mémo à tout prendre, et dans son intention » primitive, plus spécialement desiince à servir les évûques » contre les métropolitains et les souverains temporels. »*
(l) Longueval, tom. vj, p. 405.
siècle.
Nous De nous arrêterons pas à rappeler ce que coup dœii rétrospectif sur le VIII"
Ci) prince fit en faveur des lettres ; c'est connu et dans la mémoire de tous. Nous nous contenterons de deux observations. La première c'est que la plupart des savants et lettrés que le -grand empereur groupe autour de lui viennent de l'Italie, de l'Angleterre et surtout de l'Irlande, et que c'est ainsi qu'il pose les fondements de la fortune littéraire et scIeotiGquo de notre pays ; la seconde c'est qu'en ce temps-là le plus grand éclat de la civilisation sortait de Bagdad, du séjour privilégié de Aaronal-Raschil (785) et d'Almamoun (809). Mais Charlemagne prit les choses par la base : le plain-chant, la grammaire, l'interprétation littérale de l'Ecrilure, la philosophie didactique, et sa civilisation dure encore.
Mais à peine la main de Charlemagne, paralysée par la mort, a laissé tomber les rênes de son vaste empire, qu'il tenait si fermes, que le peuple de Rome, vrai détritus de mille éléments divers toujours en ébuUition, se révolte de nouveau contre le maître que cet empereur lui a rendu. Son fils (1)
(1) G*est celui qai est plus connu dans l'histoire profane sous le nom de Louis-le-Débonnaire.
Loiiis-le-Pfeut envoie le roi Bernard, son lieutenant en Italie, pour les mettre à la raison. C'est à dater de Léon III (1) que les Papes firent ajouter an serment de fidélité qui liait les Romains à la chaire de saint Pierre un autre serment de fidélité à Fempereur, car il ne pouvait guère convenir au pasteur de tous les fidèles de réprimer par les armes les révoltes de ceux-là même qui étaient directement leurs sujets, ce qui d'ailleurs ne leur eut pas été toujours possible, surtout dans Tétat où se trouvait alors toute T Italie. En se révoltant contre les Papes, les Romains se révolteront désormais contre Tempereur lui-même (2), ce qui n'est pas la
(1) On ne voit pas, en effet, que les Pontifes qui avaient précédé saint Léon III depuis les donations Garlovingiennes aient fait prêter ce serment. Ce fut le Pape nouvellement élu qui, de lui-même et spontanément, demanda à Gharlemagne de recevoir ce serment : « En ce temps, dit Eginhard {An- » naUs, an. 790), mourut Tapostole Adrian, en la cité de x> Rome. Après lui tint le siège un autre qui avait nom Lyon » (Léon) ; tantost après qu'il fut sacré envoya au roi les clefs » de ^Église de Rome, et l'enseigne de la cité et mains auttres » présens. Et si lui demanda que lui envoiast aucun de ses » princes qui de par lui receust les serments et obéissance » du peuple de la cité. »
(2) Longueval, tom. 6, p. 413. — Geillier, tom. 18, p. 658. — Rohrbacher, tom. H, p. 393.
même chose pour ceux que la crainte seule peut retenir dans le devoir.
Le pape saint Léon ne survécut que six ans à EUç»nevotieséiec Charlemagne. Sou successeur Etienne V f8i6-17), ques. '''''''*'"''''" qui ne siégea que sept mois (1), fit en France un voyage pendanllequel il obtint de l'empereur Louisle-Pieux un capitulaîre (2) qui aurait rendu durable la bonne entente entre l'empire et la Papauté, s'il avait clé obs2rvé, et qui est conçu en ces termes : « Pour nous conformer aux dispositions » des canons qui nous sont connus, nous consen- » tons, selon la demande du clergé, à ce que
(1) Du 26 juin 816 au 26 janv. 817.
(2) Ce Pontife paraît avoir eu pour préoccupation principale, pendant son règne si court, de régulariser les rapports de Tempire et de l'Eglise. Il paraît que l'opinion générale tendait surtout à provoquer une immixtion dos empereurs dans les élections eeclésiastiques ; c'est ce que laisse clairement entrevoir ce commencement d'un décret de ce Pontife : « Vu que la sainte Église romaine à laquelle nous présidons^ » par la volonté de Dieu, souffre à la mort de son Pontife, » de la part de plusieurs personnes, des violences qui lui sont » faites parce que la consécration de l'élu à lieu sans que » Temporeur le sache.» (Decrctum Gratiani, pars !•, distinct. 43, c. 28). Il conclut non pas ù ce que l'élection, mais la seule consécration soit faite en présence des légats impériaux.
» l'Église jouisse librement de ses droits, et à ce » que les évoques soient choisis du diocèse, selon •» les canons, sur le suffrage du clergé et du )) peuple, sans égard ni à la qualité de la per- » sonne, nia lours présents, mais seulement à leur \ » mérite (1). »
Le successeur d'Etienne, romain comme lui. Saint Pascal i". salut Pascal I" (817-824) (2) jouît, pendant sou règne de sept ans, d'une certaine paix qui ne fut troublée que par une seule sédition contre laquelle Louis-le-Pieux envoya soufllsLolhaîre, que le Pape couronna empereur. C'est dès les premiers jours Eugène. n ei du pontificat d'Eugèuc I1 1[824-827), successeur de Pascal, que l'empereur nouvellement élu, Lothaire,
(1) Geillier, t. 18, p. 618. — Longueval, tom. 6, p. 427.
(2) Dans la Vie de saint Louis-le-Pieux^ qui fait partie des Chroniques de saint Denis (les grandes Chroniques de France, t. 2), il nous est dit que ce Pontife n'envoya son nonce, le nomenclateur Théodore, à l'empereur, pour lui notifier son élection, qu'après « la solennelle consécration. » L'approhation n'était donc pas nécessaire. Ce point est d'autant plus important à établir qu'on dirait l'erreur contraire incurable chez tous nos modernes, a Charlemagne dominait » les^Papes. Et d'abord leur élection n'était complète que » lorsqu'elle avait reçu l'approbation de l'empereur. > (Guizot. Civ, en France^ t. 2).
— lOI —
Gt un voyage à Rome pour s'enquérir de toutes choses, rétablir sur leur véritable fondement les rapports du Pape soit avec ses sujets, soit avec les hauts feudataires dont les fiefs touchaient au domaine de saint Pierre. De cette longue constitution en neuf articles, il n'y a que l'esprit général à remarquer, et il est tout-à-fait le même que celui qui avait présidé à la constitution moins précise de Charlemagne (1 ). Le serment par lequel les Romains, après avoir juré fidélité au Pape, la jurèrent aux empereurs Louis et Lothaire, est remarquable par cette restriction explicite : « sauf la fidélité que » j'ai promise au Seigneur apostolique. )> Ce dernier serment qui liait le Romain au souverain Pontife était donc le principal, celui auquel étaient
({) Longueval, toin. 6, p. 607. Cependant, dans le serment que Lothaire et Eugène d'un commun accord, imposèrent au peuple et au clergé, se trouvent ces mots : « Je ne consen- » tirai pas à ce que ccliû qui aura été élu soit consacré avant ». qu'il ait fait, en présence du peuple et de Fenvoyé de Tem- » pereur, un serment semblal)le à celui que le pape Eugène » a fait, de son plein gré, pour l'intérêt commun. » Ces paroles paraissent attribuer cette innovation d'un serment avant la consécration au pape Eugène, puisqu'il n'est pas question de ses prédécesseurs , et que , d'autre part , ce n'est pas ici l'empereur qui exige ce serment, mais le Pape qui le fait de sa propre initiative.
subordonnés loiis les autres, même celui de fidélité à Tempereur.
Le règne de ce Pontife paraît avoir été fort paisible, malgré une reprise, vite avortée, de l'hérésie di^s Iconoclastes eu Occident. Le Concile qu'il tint à Rome en Tannée 826, et auquel assistèrent soixante et douze évèqucs est, par Tensemblc de ses décisions, un remarquable exposé de Tétai de TÉglise sur toute Télendue de Tempire des Francs (1).
vaicniin. /\près Ics quelqucs mois du pontificat de Valcn-
GKpoireivfaitfor-^»" ^ (827) (2) ct dc Tiuterrègue qui suivit, fui "Snris"^ (827-8/ia). Sou pontificat débuta
il ost appelé ù Vi\)-
^''urhÙa^-ïC'uf- P^^ ""^ mesure importante et dont les évéucincnls rempirlZ'^''''*'qui suivirent démontrèrent Topportunité. Les
(1) Ceillier, t. 22, p. 595.
(2) Ce qui prouverait bien que le décret porté par Eugciio IV et Lothaire pour obliger à ne vaquer à la consi^cratiou (lu nouvel élu qu'en présence îles légats impériaux, n était que de circonstance et nullement considéré coniuio loi organique entre les Carlovingieus et la Papauté (ce décret ayant eu probablement pour seul motif les troubles arrivés à l'élection d'Eugène), c'est que tout semble indiquer que les légats impériaux n'assistèrent pas à celle de son successeur immédiat. Le successeur do celui-ci, saint Grégoire IV, fut seul à réclamer cette présence, et cela parce qu'il recherchait tous les moyens de se dérober au Pontificat.
-loas-
Masalmans menaçaient Tlt^lie de si près, sartont de rtle de Crète où ils venaient de se fixer, que le nouveau Pontife fit fortifier Rome et du côté de la mer en relevant le port d^Ostie avec des défenses considérables, et .du côté de la Toscane en élevant d'autres défenses, quMl n*eut pas le temps d'achever, aux abords de Saint-Pierre.
Dès les premières- années du pontificat de Gré* goire IV eut lieu un événement que nous ne devons pas raconter dans tous ses détails, mais duquel nous devoDs déduire les conséquences qui éclairent les rapports de TÉglise en général, et en particulier du Saint-Siégc avec Fempirc.
On sait que Louis-le-Pieux voulut partager son empire avec les enfants qu'il avait eus d'Ermingade, Lotbaire, Pépin et Louis. Or, après qu'il eût soumis cet acte à l'approbation de l'assemblée générale des Francs à Aix-la-Gbapelle, lui et l'assemblée envoyèrent cette charte à Rome pour y recevoir celle du Pape; c'était en 817 (l). 11 est
(1) Quelques années plus tard, lorsque Tempereur, au jugement des grandSf eut déshonoré la pourpre par son aveugle confiance en sa nouvelle épouse Judith et le comte Bernard qui passait pour son amant, ce sont les seigneurs ecclésiastiques qui, après lui avoir fait porter leurs remontrances par
donc constaté qu'à sept années de lajmort de Charlemagne, l'empire, représenté par Temperçur et les pairs électeurs, reconnaissait que la Papauté était la clé de voûte du nouvel empire.
l'abbé Vala, se séparent de lui les premiers et entraînent tout l'empire du côté des enfants d'Ermingade. L'on ne saurait taxer ce mouvement de rébellion, puisque aussitôt que l'empereur a consenti à envoyer dans un couvent son épouse sou;içonnée, le pouvoir lui est rendu. Louis, quelque faible qu'il fût, était très-sincère, et avait môme quelque chose de chevaleresque et presque héroïque dans le caractère. Il reconiiaît lui-môme la légitimité du pouvoir qui vient de le dép sséder, car voici ses propres paroles : a Je promets de » no rien entreprendre à l'avenir sans votre conseil. Cet em- » pire a été réglé et constitué par le concours du prince et » des grands ; aussi je veux qu'il subsiste et se maintienne » par notre concert. »
Lorsque plus tard il est retombé sous l'influence de son ambitieuse épouse, c'est au Pape que s'adresse l'empereur Lothaire. Nous ajouterons que du moment où le Pape ne put dominer l'assemblée passionnée où fut déclarée la déchéance du malheureux empereur, et dut renoncer à la faire aboutir à la conciliation, il s'en tint à l'écart et en fut fort attristé (c'est ce qu'établit un Concile tenu à Troyos en 8G7;. Nous sera-t-il permis d'ajouter que cette dépendrlnce dans laquelle tombait le souverain de ceux qui l'avaient élu, était moins révolutionnaire qu'on ne serait porté à le supposer. L'empire était encore électif, et d'ailleurs l'assemblée des grands, trop facilement entraînée par Lothaire, ne tarda pas à se détourner de lui et revenir à Louis.
Les écrivains contemporains (Gorini, Défense de l'Église,
La malheureuse Italie était, dans ces temps-là, aussi abandonnée par les descendants dégénérés de Charlemagne qu'elle l'avait été par les empereurs de Gonstantinople ; ils l'abandonnaient tour à tour à leurs officiers ou aux Barbares. Les Musulmans y accouraient comme les oiseaux de proie aux victimes abandonnées. En Tannée 687, nous les voyons arriver à la fois de Tl^spagne et de l'ATrique, appelés par deux italiens qui se disputent un duché, celui de Bénévent. Ces traîtres à leur pays, pour les solder, pillent, au mont Cassin, le trésor qui y a été formé par les dons successifs de Pépin , Carloman , Charlemagne , Louis-le- Pieux (1).
t. III, p. 158) qui, continuateurs de l'œuvre du xyiii* siècle, avec quelques adoucissements qui ne touchent guère au fond, ont voulu rejeter sur Grégoire IV tout l'odieux de la déposition de Louis, surtout au profit de Lothaire, font de ce dernier un bien vil scélérat et de son père une âme bien magnanime, car, à quelques années de là, on retrouve Lothaire laissant piller les domaines de saint Pierre, et arrêté dans cette œuvre de lâche condescendance à ses officiers par une action vigoureuse de son père et suzerain menaçant d'aller, de sa personne, mettre lin à cette iniquité (Geillier, t. 19, p. 53j.
(l) Quant aux Normands, qui font aussi leur apparition en Italie, voici leur manière de faire la guerre : l'histoire en
Il y eut cependaat quelque paix à Rome sous le poDlificat de Grégoire IV, car la réparatiou de plusieurs monuments importants, et entre auties d'un aqucfJuc considérable, est attachée à son nom (1). sergiu8ii:iesMn- L'élcction do SOU succcsscur, Sergîus II (8/14-
siilnians[K'nèlront
dans Rome. 847), UG so fit pas sans quelques troubles qui naquirent surtout d'une autre nomination qu'on lui opposa, celle d'un certain diacre appelé Jean. Ce Pape, qui ne régna que trois ans, vécut assez pour voir les Musulmans forcer les défenses dont on avait fortifié Borne, dans la prévision quMls arriveraient jusque-là. Ce furent celles du côté d'Ostie qui furent forcées, car il ne parait pas qu'ils aient pu pénétrer dans celte partie de la ville adossée à
a conservé ce trait qui nous fait remonter aux Grecs d'Homèro. Un de leurs chefs, Hastingue, après avoir feint une maladie pendant laquelle il demande le baptôme, fait répandre le bruit de sa mort. Les Normands lèvent le siège, et prient l'évoque mIc la ville assiégée de faire enterrer leur chef, devenu chrétien, dans son église. Une troupe considérable de guerriers, avec dos armes cachées, accompagnait le cercueil du chef. Golui-ci, au moment où on le descendait dans le caveau, so dégage vivement, met Tépée à la main, et à la tête de ses compagnons qui viennent de dégainer, s'empare de la ville épouvanléc.
(1) Ceillier, tom. 18, p. 663.
Rome et de .'Italie.
Saint -Pierre qu'on appelera bientôt la cité Léouine.
La Dominalion du successeur de Sergius, saint Léon IV (847-855), eut lieu sous l'empire de Tef- s.iDt Léon iv ics
^ ' "^ refoule l. M de
Troî qu'avait laissé cette première invasion âfis Musulmans (1;.
Ce nom parut prédestiné en sa personne, car, ainsi que son prédécesseur de glorieuse mémoire, Léon-le-Grand, avait délivré Tllalie de la présence des Huus, il la délivra de celle des Musulmans. C'est deux ans après son élévation sur le Saint- Siégc, en 8/i9, qu'après avoir animé de son Teu des bandes elTrayécs d'bommes d'Àmalfi, de Naples, de Gaëte, que l'invasion poussait devant eux, il les ramena devant Tcnnemi dont la flotte fut taillée
(l) Cette nomination nous est une nQuve'le preuve de ce ïjuc nous avons déjà avancé, que la part faite par Eugène II au pouvoir impérial, dans les élections des Papes, n'était pas c iusidcrée comme essentielle et organique. En effets les Rumains, pressés par les Musulmans qui ne s'étaient pas encore }»(»aucoup éloignés de Rome, n'attendirent pas le délégué impérial entre les mains de qui le nouvel élu devait, d'après cette décision d'P^ugène II et de Lothaire, déposer le serment ' de fidélité et d'amitié à l'empereur comme protecteur et allié du Saint-Siège. Cependant, l'élection de Léon IV ne fut jamais contestée.
en pièces en vue d'Ostîe (1). Quatre ans plus tard, il peupla la ville de Porto, dout il avait fait une forteresse, avec un grand nombre d'habitants de la Corse qui fuyaient, eux aussi, devant Tinvasion musulmane. C'est cette même année qu'il mit la dernière main aux fortifications du côté de Saint- Pierre, et cr<5a ainsi ce qu'on appela de son nom la cité Léonine. Presque simultanément, il créa, sur la montagne qui dominait Centum-Cellœ, une ville forte qu'il appela encore de son nom, Léopolis, et dans laquelle il recueillit tous les habitante de cette côte si exposée aux Musulmans (2).
(l) Si nous comparions co grand Pontife à Charles Martel, le lecteur trouverait l'éloge disproportionné; cependant ji rendit à l'Italie le même service que ce dernier avait rendu à la France. Le détracteur systématique et passionné de la Papauté, Voltaire n'a pas pu s'empêcher, en présence de cette grande figure, d'une émotion qui le rond juste et éloquent. Ce qu'il dit do saint Léon IV {Essai sur les Mœurs, tom. 1, chap. 28) peut so résumer en ces mots qui sont de lui : « Il » combattit comme un pontife qui exhortait un peuple chré- » tien, et comme un roi qui veillait à la sûreté de ses sujets. »
(l) Plus tard, lorsque le danger eut disparu, cette population de pécheurs redescendit vers la ville abandonnée, qui, à cause de son opposition avec Léopolis , prit le nom de Vieille- Ville, Civita- Vecch la.
Un fait qui montre à quel point l'Italie, et entre autres le
Les effets bienfaisants de la condnite de saint Trananiiité du règne ae Benoit III.
Léon se font remarquer dans le règne de son successeur Benoît III (855-858), qui ne régna que deux ans et demi ; ce Tut le règne d'un Pontife doux, charitable, plein de piété, que les évéoe-
domaine de saint Pierre, se trouvaient abandonnés par les empereurs que leur serment liait à sa défense et protection, c'est celui-ci. Un jour Daniel, maître de la milice, vint trouver l'empereur Louis pour accuser son représentant et gouverneur de Rome d'avoir voulu appeler les fjrecs à la défense de Tltalie, sous prétexte que les Francs ne faisaient rien pour cette défense. Il faut que cette accusation ait paru vraisemblable à l'empereur et l'ait frappé vivement, puisque aussitôt il accourut en grande colère. Crratien se disculpa, et il est en effet assez probable qu'il s'était borné à une plainte d nt on fit un projet de trahison. Ce fait n'en éclaircit pas moins la situation de'cette malheureuse Italie que les Francs abandonnaient, les ducs trahissaient, les Musulmans ravageaient, et qui, défendue par des Papes à peu près désarmés, en était réduite à regretter les Grecs.
Saint Léon IV l'avait vaillamment défendue. Rome crut voir en lui la résurrection d'un des grands hommes de ses plus beaux jours.
Lorsque les Francs «faisaient une rapide apparition, ce n'était pas pour protéger, mais pour troubler. A la mort de saint Léon, ils veulent de vive force imposer pour pape un prêtre interdit du nom d'Anastase. Le clergé et le peuple déployèrent un vrai courage à maintenir leur choix, qui était excellent, et qui porta sur le siège de saint Pierre Benoit III.
C'est ici que se place la fable de la papesse Jeanne. Aucun
imnts ne troublent point dans la paii de ses bonnes œuvres. Celui de son successeur, Nicolas P' (858- 867), eut plus de grandeur, mais Tut plus agité ; et tout d'abord par \ei premiers mouvements de Pholius.
Energie du pape ^^^^^ élcvor cclui-ci sur le siège de Conslanlià-îis'^lrphoihfs" nople, l'empereur Michel avait fait déposer Ignace.
des évêques de la
J;^^^®^}^^^.^^;^'^ Pholius écrivit au Pape pour Taire couGrmer son élection. Sa lettre prouve qu'il reconnaissait la juridiction du Pape, et la réponse de celui-ci qui envoie des légats pour êlre informés et se plaint,
auteur contemporain n'en parle ; elle fut inventée deux siècles plus tard par un irlandais, Marianus Scotus (Voir Bergier, Dict. de iliéoL, tom. 5). Aucun auteur sérieux ne l'adopte Elle a jeté cependant en grande perplexité le grave Moslieim (Histoire ceci., tom. n«, p. 215) qui ne peut pas s'imaginer qu'on ait fait tant de bruit pour rien. Cependant malgré sa haine sans trêve contre la Papauté, il ne peut pas se résoudre à se couvrir de ridicule en admettant la papesse. Pour nous, cette fable ne nous étonne nullement. C'était un morceau de trop haut goût pour ne pas tenter certains écrivains et plaire à certains lecteurs. Cependant, ce qui excuse et explique Moshcim, c'est que Barthélemi Sacchi, plus connu sous le nom de Platina, dans sou Histoire des Papes, entreprise par l'ordre de Sixte IV, constate une tradition qu'il ne peut expliquer et dont il se tire d'une manière singulière : « Erremus etiam hâc in re cum vulgo, • errons donc là*dessus avec la foule.
sam; préjudice de cette enquête» de ce (pie la déposition d'Ignace avait eu lieu saos que le Saint- Siège eût été avisé, établit clairement que la juri- . diction de Rome sur rOrient n'était pas un vain titre, mais pleinement exercée (1),
Vous remarqueriez (2), si vous suiviez toutes les phases de ce début du schisme de TOrient, qu'il n'y a rien de plus humble que l'attitude de Fhotius et même de l'empereur Michel vis-à-vis du Saint- Siège. Vous en concluriez ou que c'est la force de leur convicction qui les entraîne, ou, si l'on doit supposer au lieu d'un sentiment sincère une menée politique, qu'il fallait que la suprématie de Rome fût bien universellement admise en Orient pour que deux personnages aussi habiles et aussi importants aient cru ne pouvoir se tirer du mauvais pas
(1) Nous remarquerons, en outre, dans cette lettre, que Nicolas revendique des possessions en Calabre et en Sicile qui faisaient partie du patrimoine de saint Pierre. Elles ne faisaient pas partie de la donation des empereurs Francs, remontaient probablement aux empereurs Romains, et sont une indication authentique des grandes richesses attribuées à la Papauté du moment qu'avec Constantin Tempire s'était converti au Christianisme.
{2) Lire VHistoire de Photius, par l'abbé Jager.
oii les avait jetés la constance d'Ignace, qu'en trompant le Saint-Siège et en s'appuyant sur son autorité. Il devient évident, à cette lecture, que Photius et Michel n'ont niTun ni l'autre, vis-à-vis de l'Ëglise grecque, l'attitude d'un pouvoir souverain.
Si vous voulez le point de départ du schisme daDs lequel fut entraînée l'église d'Orient, il est dans ces partfles d'une des lettres du Pape en réponse à celle qu'il avait reçue de Photius, daîée du 18 mars 1062, et à celle de l'empereur datée du lendemain. Voici des paroles qui résument ces lettres du Pape : « Nous voulons que toutes vos » Eglises sachent qae nous n'avons pas ordonné , » que nous n'avons eu ni l'intention ni la volonté » d'ordonner la déposition du patriarche Ignace » ou la promotion de Photius ; et que, après une )) mûre délibération, nous déclarons ne pas rece- » voir Photius, ne pas condamner Ignace, n'avoir » consenti ni à l'ordination de l'un ni à la déposi- » tion de l'autre, et n'entendre y consentir jamais, » sans qu'il y ait, au préalable, un jugement cano- » nique. Ainsi iipus ne tenons pas et nous ne tien- » drons jamais Ignace pour déposé ; et nous ne )> comptons pas, comme nous ne compterons jamais
» Photias an nombre des étêques (1). » Cette lettre, le Pape ordonna à ton» les évoques d'Orient de la puMier dans toute retendue de leurs diocèses.
En même temps que Nicolas exerçait sa juridiction avec tant de force en Orient, il n'en laissait pas s'affaiblir les prérogatives et les devoirs en Occident. On le voit par la vigueur qu'il mit à rétablir sur son siège Tévêque de Soissons, Rothad (2), qni eu avait appelé au Saint-Siège de la sentence de déposition portée contre lui par un Concile d'évèques des Gaules, en même temps qu'il répri-
(1) Ceillier, t. 12, p. 165.
(2) « C'était méconnaitre et braver toutes les règles cano- » nîqaes, tous les exemples du passé, tous les usages de * rÉglise, » s'écrie M. Guizot {Histoire de la civil, en France^ t. II). Le concile de Troyes lui répond, composé d'évôques français et sous le même Nicolas : « Que pendant votre règne V et à l'avenir aucun évéque ne soit dépouillé de son grade o sans l'avis du Pontife romain, comme il est évidemment » établi par dos décrets multiples et de nombreux privilèges n de vos saints prédécesseurs. » (Sirmond, Conc. auL galL, t. ni, ad ann. 86). Mais il avait fallu cette leçon : c Sachez- » le : ce que nous avons fait en faveur de Rothad, c'a été » pour que les privilèges du Siège apostolique recouvrassent j» l'antique splendeur qui leur appartient. > (Sirmond, Loco citoto. Ep. NicoUAjud Hinc.) ,
mande et bl&me les évêques d'avoir pronoocé dans cette cause réservée, ainsi que toutes les autres causes majeures à la cour romaine (1).
Cependant, en Orient le mal faisait des progrès effrayants, à ce point que Tannée d'après, en 867, Pbotius, pour se venger de ce que Nicolas avait ordonné aux Bulgares, nouvellement convertis, de ne pas considérer comme légitimement consacrés les évêques qui l'avaient été par les intrus, assembla lui-même un concile à Conslantinople, où en présence des légats des trois grands
(1) Voir la réponse que fait Marcheti aux critiques de Fleury sur ce sujet, dans sa Critique de VHistoire eeelétiattique de Fleury, t. ii, p. 61.
Si Ton veut se faire une idée exacte de l'activité et de rétendue de l'administration de saint Nicolas, on n'a qu'à parcourir lés lettres (Geillier^ t. xix, p. 168) que ce Pontife envoya. Tannée suivante, à Gonstantinople, pour y arrêter les suites du mouvement schismatique imprimé aux esprits par Photius et l'empereur Michel. Outre les deux qui sont destinées Tune à l'empereur et l'autre à l'intrus, il y en a une troisième pour le clergé de Gonstantinople et aux évoques soumis à.ce siège; la quatrième à Bardas, dont le Pape ignorait la mort; la cinquième pour le patriarche dépossédé Ignace ; la sixième à l'impératrice Théodora, mère de l'empereur ; la septième à l'impératrice Eudoxie, sa fenune ; la huitième aux sénateurs. Toutes concourent au même but et reproduisent la même pensée.
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sièges d'Orient» des empereurs Michel et Basile et du Sénat, il osa faire déposer le Pape. En même temps qu*il envoyait les actes de ce conciliabule à Femperear Louis, roi d'Italie, écrivant aussi à sa femme Engelberge pour la jeter dans une intrigue tendant à faire déposer le Pape par Tinitiative de Tempereur, il envoyait à tous les évêques orientaux une circulaire, faite d'ailleurs avec beaucoup d'esprit et d'éloquence, pour les engager à se séparer de l'Eglise latine.
Si la mort brisait tous les liens qui nous rattachent à cette terre, Nicolas eût été privé de la récompense que méritait sa conduite dans l'affaire dn schisme, car c'est presque immédiatement après sa mort que Basile, resté seul empereur par la mort de Michel, fil rétablir Ignace et déposer Fhotius. Déjà l'Eglise orientale recevait le châtiment de son schisme, car c'est de la main d'un empereur qu'elle accepaitet la déposition et le rétablissement de ses évêques.
Nous devons remarquer aussi la sagacité et la force avec lesquelles Nicolas déjoua lc& intrigues de Lotliaire qui était parvenu à faire demander le divorce par l'infortunée qu'il sacrifiait aux caprices de n paMion.
Déjà plusieurs Couciles tenus en Lorraine avaient approuvé le divorce. Si jamais la nécessité d'un tribunal supérieur, placé par son indépendance temporelle au-dessus de touteatleintedelaroyanté, avait été visible, c'est bien en ce moment. Le Pape fut obligé de faire condamner les principaux et les plus titrés parmi les complaisants, mais ce ne fut pas d'une manière despotique, ainsi que le Ini ont reproché la plupart des historiens contemporains, puisque ce fut par deux Conciles tenus à Rome. 11 fallait aussi tenir compte des défaillances de Teutberge elle-même, qui déclarait ne pouvoir pas tenir contre les menaces et avoir peur de la mort Cependant Nicolas parvint à réconcilier les deux époux et à éloigner Waldrade (1).
(1) Fleury remarque^ dans la lettre que ce Pontife écrivit à ce sujet à Tévêque de Metz, Adventius, des paroles qui lui paraissent indiquer que la soumission due aux rois est subordonnée à leur propre soumission aux lois de la morale évangélique, et il les rapproche avec amertume de celles par^ lesquelles les Apôtres et leurs successeurs recommandaient une soumission, sans conditions, aux princes païens. Mais il lui eût été^ien difficile de prouver que depuis la constitution chrétienne des royaumes dans lesquels se meut Faction du Pape et des évèques, ceux-ci, ainsi que les fidèles, n'aient pas acquis et ne puissent pas exercer vis-à-vis de leurs princes
A saint Nicolas succéda Adrien II, consacré le 14 décembre 867 (867-872) (1).
Cependant l'affaire du divorce de Tempereur Lothaire n'était pas encore terminée. Ce prince voulut s'aboupher avec le Pape lui-même, et accompagné de rimpératrice Engelberge sa belle-
des droits qui n'existaient pas dans les réalités extérieures des choses, alors que tout était opprimé sous Tempire de la force. D'ailleurs, mieux vaut juger de Nicolas par ses actes que par des paroles que Ton peut/ toujours mal interpréter. Lorsque l'envoyé des évoques Lorrains, Hilduin, entrant à Saint-Pierre, Tépée à la main, ensanglanta cette basilique du sang de plusieurs de ses gardiens, voit-on le Pape sortir de son système de douceur et de modération ? Comment M. Guizot a-t-il pu, allant plus loin que Fleury, qualifier la conduite de Nicolas de « hardie et despotique, contraire aux droits des évèques, des conciles, etc. ? » (Histoire de la civ. en France, t. ii, 1. 27).
(t) Ce Pape, à son avènement^ reçut une lettre de Tempcreur Basile et une autre du patriarche Ignace (G ei Hier, t. 19, p. 1%). Gomme on n'a pas manqué de prétendre que la première attitude de Photius à Tégard du8aint-Siége lui avait été dictée par Tespoir d'entraîner par elle Nicolas dans sa cause, et que c'est ainsi qu'il faut expliquer ce qu'il proclame de la primauté de Home, nous allons reproduire les paroles du vénérable persécuté que rien ne pouvait engager à cette dé- . monstration de soumission entière vis-à-vis d'un Pontife qui n'était pas celui qui l'avait soutenu, et surtout si un tel acte eût été de nature à lui créer de nouveaux embarras, ce
sœur, il se rendit au mont Cassin où ÀdrieD Tatteodait. Ici se place une scène quMl importe de reproduire tout entière (1). Lothaire avait obtenu du Pape qu'il le comuiunierait de sa propre main, afin que ceux qui raccompagnaient pussent s'assurer et répandre le bruit qu'il n'était pas excommunié. Au moment de la communion, le Pape lui adressa ces paroles : « Prince, si vous ne vous re- » co:: naissez pas coupable de l'adultère que le set- )> gnour Nicolas vous avait défendu de commettre ; » et si vous avez une ferme résolution de n'avoir
qui n'eût pas manqué s'il avait été contraire à la doctrine générale de l'Église orientale.
« Pour guérir les plaies et les meurtrissures du corps de » rhomme, Tart fournit bien des médecins; pour guérir » celles du corps mystique de Jésus-Ghrist, le souverain et » tout-puissant Verbe de Dieu n'en a établi qu*un seul, cboisi » entre tous et pour tous, savoir votre sainteté fraternelle et » paternelle, quand il a dit à Pierre : « Tu es Pierre et sur » cette Pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer » ne prévaudront pas contre elle, o Et encore : « Je te don- » nerai les clés du royaume des cieux, et tout ce que tu » lieras sur la terre sera délié dans les cieux, et tout ce que » tu délieras sera délié. 9 Ces bienheureuses paroles, il ne » les a pas adressées exclusivement au seul prince des 9 Apôtres, mais encore par lui et après lui, à tous les Pon- X» tifes de l'ancienne Rome. 9
(1) Longueval, tom. s/p. 54.
» pins de commerce arec Totre concubine Wal- » drade, approchez arec confiance et recevez ce » sacrement de la vie éternelle. Mais si votre » conscience vous reproche ce crime, et si vous êtes » disposé à vous replonger dans vos débauches, » ne soyez pas assez téméraire pour recevoir le i> corps et le sang de Notre-Seigneur. » Lothaire s'approcha. A quelques jours de là, dans une visite qu'il fit à Rome, il put s'assurer que Topinion publique mettait un crime de plus à sa chaîne ; ii mourut à Lucques, dans son trajet de Rome en France (1).
(1) A propos de cette page si émouvante de nos annales, et des plaisanteries impies sous plusieurs rapports que Voltaire fait à ce sujet, M. de Maistre {du Pape, t. I«'^ p. 247) ajoute les réflexions très-hautes et très-sensées que je croit devoir reproduire intégralement :
« Jamais les Papes et l'Église en général ne rendirent de 9 service plus signalé au monde que celui de réprimer chez » les princes, par Tautorité des censures ecclésiastiques^ les 9 accès d'une passion terrible, môme chez les hommes doux, 9 mais qui n*a plus de nom chez les hommes violents, et B qui se jouera constamment des saintes lois du mariage » partout où elle sera à Taise. L'amour, lorsqu'il n'est pas » apprivoisé jusqu'à un certain point par une extrême civi- » lisation, est un animal féroce, capable des plus terribles » excès. Si l'on ne veut pas qu'il dévore tout, il faut qu'il
Intervention effi- Âprès la iiiorl dc LotUairc, les rois Charles et
caco d'Adrien II , n y-v • •» •
en Occident et en Louis sc partagèrent ses Etats. On voit Adricu
Orient ; liuitiome * "
Concile œcumèni- jniervçair plusieurs fois dans celte nouvelle querelle de famille dans la succession de Cbarlemagnc, et toujours dans un but de conciliation, et avec la pensée de soutenir celui qui lui parait sacrifié, d'abord en faveur de Louis lorsqu'il croit que Cliarles s'est attribué la succession de son frère, et pl.is tard eo faveur de Garloman qui lui parait tr::ilé sans Thumanité que Ton doit surtout à son fils. Ce Pape plein de douceur eut le bonheur de voir SCS elTorts couronnés de succès dans les différends des princes de TOccident, ainsi que dans les
» soit enchaîné ; et il ne peut l'être que par la terreur. Mais » que fera-t-on craindre à celui qui ne craint rien sur la » terre ? La sainteté du mariage, base sacrée du bonheur » public, est surtout de la plus haute importance dans les » familles royales, où les désordres d'un certain genre ont » des suites incalculables, ydont on est bien éloigné de se » douter. Si dans la jeunesse des nations septentrionales, » les Papes n'avaient pas eu le moyen d'épouvanter ces » passions souveraines , les princes, do caprices en caprices » et d'abus en abus, auraient fini par établir en loi le divorce, » et peut-être la polygamie ; et le désordre se rejetant, » comme toujours, jusque dans les dernières classes de la » société, aucun œil ne saurait plus apercevoir les bornes où » se serait arrêté un tel débordement. »
divisioDs religieuses de FOrient. C'est par ses légats que fut présidé le huitième concile œcuménique de CoDstantinopie, qui coudamoa de nouveau Pbotius et proclama avec solennité la suprématie pontiflcale (1).
A Adrien H succéda Jean VIII (872-882).
Ce Turent des temps malheureux que ceux de son pontificat. Les descendants de Gbarlemagne, les enfants de Lothaire, ceux de Louis de Germanie avaient i défendre leurs héritages contre les attaques de leur oncle, l'empereur Gharles-le-Chauve. Que devenait Tltalie pendant ces divisions qui ouvraient aux Normands les portes de Paris, ce cœur de la succession de Gharlemagne ? Une lettre de Jean YUI à Tempereur Gharles-le-Chauve, à une date qui flotte entre 876 et 877, nous rapprendra ;
Lo papo Joan VIII ; état de riulic pendant les ferres de snooesaioD des GarloTmgiei}s;eUe est secounte contre les Sarrasins par Temperear n«c; état des affaires religieuses à Gonstanunople.
(1) C'est dans ses décrets que Ton trouve condamnée non la doctrine mais la conduite, en face de l'hérésie, du pape Honorius. Gomme le non) de ce Pontife a été remis en lumière par des controverses récentes^ avec un éclat inaccoutumé, ceux qui voudraient se faire sur ce point des idées exactes et approfondies^ n'ont qu'à consulter Receveur, HUtoire de l'Église, tom. iv ; — Const, hist, de Vinff. des Papes j tom. Il, p. 8, et surtout les articles que M. Dumonta spécialement consacrés à cette question dans une série d'articles, Annales dephil. chrétienne, U 48.
00 croirait eotendre un prophète décrivaDt les plus mauvais temps de Jérusalem : « On répand le sang » des chrétiens ; celui qui évite le feu ou le glaive » est emmené en captivité perpétuelle ; les villes, » les villages, les bourgades périssent, abandonnés » de leurs habitants ; les évèques sont dispersés et » n'ont plus d'autre refuge que Rome ; leurs maisons » cpiscopales restent pour retraite aux bêtes sau- )) vages ; ils sont errants et réduits à mendier an )> lieu de prêcher. Uannée passée, nous sem&mes » et ne recueillîmes rien ; cette année, n'ayant pas » semé, nous n'avons même pas Tespérance de » recueillir. Pourquoi parler des païens (i) ? Les )) chrétiens n'agissent pas mieux; je veux parler » de quelques-uns de nos voisins, de ceux qui » ont le titre de marquis. Ils pillent les biens de » saint Pierre à la ville et à la campagne ; ils nous » font mourir non par le fer, mais par la Taim ; ils » n'emmènent pas en captivité, mais ils réduisent » en servitude. Leur oppression est cause que nous » ne trouvons personne pour combatti e les ennemis. » Vous êtes seul, après Dieu, notre refuge et noire )> consolation (2). »
(1) Il s'agit des Musulmans.
(2) Longveval^ tom. 8. GeUlier, tom. i9.
Et à la date précise du 2 février 877 : « Ce qui » reste du peuple dans Rome est accablé d^une » extrême pauvreté ; et au dehors tout est ravagé » et réduit en solitude. La campagne est entière- » ment ruinée par les ennemis dé Dieu. Ils passent » déjà à la déroI)ée le fleuve qui vient de Tibur à » Rome, et pillent la Sabine et les lieux voisins. Ils » ont détruit les églises et les autels ; ils ont em- » mené captifs ou tué par divers genres de mort » les prêtres et les religieuses, et fait périr tout le » peuple d'alentour. )>
Le mal en était venu à ce point que les riverains de la Méditerranée les plus exposés aux descentes des Musulmans, ceux d*Âmalfi, Salerne, Naples, Gaête, avaient contracté alliance avec eux afin de n*aToir pas à souffrir de leur passage, à condition de 06 pas s'y opposer. C'étaient les gardiens nés de ritalie qui la livraient ; le péri! était extrême, et l'activité de Jean Yill fut remarquable. Il est vrai qu'après s'être en vain adressé à l'empereur Franck, dans cet abandon de l'Occident, le Pape se tourna vers l'Orient ; d'ailleurs l'empereur Basile n'avait pas attendu son appel, et déjà il était en Italie pour y reprendre la place naturellement due
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aux empereurs de Gonstantinople, et qui ue leur arait échappé que parce qu'ils Ta vaieut abandonnée. Il est incontestable que ses troupes avaient débarqué dans la Lombardie par FAdriatique, au moment où le Pontife venait de les appeler dans le Midi. Cependant par cet appel de secours, dans uo moment de péril suprême, Jean avait si peu cru manquer à la foi jurée à Tempereur Franck (1), qu'on le retrouve dans la même attitude vis-à-vis (te lui et qu'on le voit môme se rendant de sa personne en France, car le danger n'a été écarté qu'un moment, par une capitulation onéreuse, et non par l'épéc de renipercur Grec. Cependant en France débarquent les Normands, et Charles est forcé de leur payer quelques années de répit pour voler au secours de l'Italie et y rétablir l'influence Franque^ non contre les Grecs qui ont disparu, mais contre la compétition de seigneurs italiens. Mais Carloman s'en offusque ; il accourt pour avoir sa part à la
(i) Le lecteur devra remarquor avec attention que le serinent qui liait le Pape aux empereurs n'était pas un serment d*oln^issancc et de subordination, mais un serment a d'amitié ». Ce serment d'obéissance n'était que du peuple romain au Pape; il était de simple fidélité et amitié du peuple et du Pape à Tempereur (Voir Lecointe, Annales),
Corée ; les deux Francks se font pear Tun à Taatre et reviennent sur leur pas, Charles pour mourir daùs ce mouvement de recul. Les affaires de Cons^ tantinople paraissent reprendre, à ce moment de son histoire. Elle esl seule en Italie, et pendagt ce temps le patriarche Ignace, en mourant, laisse la place à Photiusque le Pape Tait légitime en le reconnaissant, à la condition qu'il demande pardon du passé. Loin de là^ il entraîne les légats que Jean a envoyés à Constantinople à laisser passer sans protestation une condamnation des Conciles qui l'ont condamné lui-même, ainsi qu'une formule hérétique de la procession du Saint-Esprit. Le Pape, en découvrant Tembûche, s'élève avec force (1) contre elle, et il ne reste de cette nouvelle phase du schisme de Photius que sa reconnaissance re- Donvelée de la suprématie de Rome, et une lumière
(1) On ne comprend vraiment pas comment Baronius en est venu à s'élever avec tant de force contre le Pape, alors que ses légats seuls avaient été faibles et entraînés. Il suffit que le Pape ait montré de l'énergie lorsqu'il a eii reconnu leur erreur ; ne peut-on pas admettre que, surtout sur une question de personne» le Pape puisse être un moment trompé par les intermédiaires qu'il est si souvent forcé d'employer ?
irrésistible sur les motifs qui Tout fait agir jnsquMd et qui ne sont que Torgueil et TambitioD, et nullement Tamour de Tordre et un sentiment vraiment hiérarchique et épiscopal.
Mais il ne devait pas tarder de mettre dans un jour plus éclatant encore les mobiles de sa conduite par un ensemble d'actes trop coordonnés entre eux pour ne pas être Texpression d'une grande unité de vue et d'une vraie marche politique. Nous nous trouvons portés, en ce moment, au point culminant du schisme grec ; nous n'aurons, désormais, qu'à rappeler, au fur et à mesure, certains nouveaux écarts qui n'ajouteront rien à ce grand mouvement imprimé par Photius, et des mouvements contraires de retour à l'orthodoxie, sans résultat sérieux et appréciable. Nous voici au moment capital, et pour bien comprendre cette phase décisive, il faut revenir en arrière, jusqu'aux premières années de l'empire.
Qoeiéttit le but de Gc qui était tout à Rome, c'était la loi absolue,
Photimeidetem- ^ * t
perean grece. dominaut au même titre et les choses religieuses et les choses civiles, le jta summum ; les Césars n'étaient admis, après leur mort à l'apothéose, que pour avoir personnifié cette loi souveraine, comme
emperears sous le rapport des choses civiles, et comme Pontifes sous le rapport des ciioses religieuses.
Il y eut quelque chose de cette confusion en la ' persoDoa des premiers empereurs chrétiens, et après avoir disparu, en Occident, dans la ruine universelle, elle se trouva persévérer dans Tempire chrétien d*Orient.
C'est là ce qui explique les empiétements de Constantin lui-même et surtout de ses successeurs dans les choses de l'Ë^Iise, et jusque dans la solennité des Conciles œcuméniques.
Les formules païennes : La divinité de César, le très divin César, les lois divines des divins ^mp^ettrs^ reparaissent presque aussitôt à Byzance, et il arrive parfois que le sommeil du sentiment chrétien est si profond qu'on donne à Tempereur le titre de Pontife.
Il était impossible qu'une telle disposition d'esprit, ri influente sur la forme, ne le fût pas sur le fond lui-même ; à ce point que lorsque Justinien fait faire un résumé de toutes les lois antérieures aussi bien que des siennes, l'on se trouve en présence d'une législation qui domine à la fois l'Église et rEtat.
Les deux institutions étaient tellement mises sur le même pied par rapport au pouvoir impérial, que Jean-le-Scholastiqae, un des rédacteurs du code de Justioien par la protection duquel il succéda, non sans quelque violence, à saint Eustjchien, comme patriarche de Gonstantinople, fit marcher de pair son travail sur les lois ecclésiastiques et son autro travail sur les lois civiles, publiant sur les premières ce qu'il appela sa collection des cinquante titres et sur les autres sa collection des quatre-vingts titres.
Le terrain était prêt pour la confusion ; aussi dans un nonuhcanon fort ancien, le plus ancien que nous ayons, on trouve élagués presque tous les canons qui n'ont pas la sanction impériale, et reproduits tous ceux qui ont passé [par la chancellerie du palais.
Cest cette arme de guerre dont se servit fort habilement Photius.
Ainsi que nous Tavons vu dans ce qui précède, en ce temps-là TOccident tombait des mains des successeurs de Charlemagne, L*Œuvre de Photius coïncide avec la tentative que fait Tempereur Grec pour le rétablissement de son pouvoir en Italie.
C'était là soa scnl espoir de vaincre le siège de Rome, par^ cette confusion de l'Eglise grecque et de Fempirc à qui paraissait revenir la fortune, en même temps que TEglise romaine se débattrait sous rélreinledes Musulmans el des Normands, ou serait Torcce', en se reconnaissant vassale de Tenipirc d'Orient, de se soumettre par une nécessité indirecte à rÉglise qui était devenue partie essentielle de cet empire.
Il publia donc son nomo-canon^ de quatorze titres auxquels il ajouta deux cent trente-deux autres titres, groupant sous chacun de ces titres tous les canons qui se rapportent au môme objet, indiquant en même temps les lois de Tempire qui confirilient ces canons de rÉglise, en telle sorte que les lois de Vempire non^seulement appuient et soutiennent les lois disciplinaires de TËglise, mais encore les décretsdes empereurs ayant, eux aussi, autorité pour appuyer les décisions dogmatiques des Conciles et décider des matières de foi.
I) Gt plus, et se sépara absolument de TEglise romaine en biffant le huitième Concile génénil qu'elle reconnaissait, en plaçant à ce rang des conciliabules qu'elle réprouvait et flétrissait, eu
reléguant dans le^ monastères le célibat ecclésiastique imposé à tous les clercs, et surtout en soulevant et en décidant en sens contraire la controverse connue sous le nom de filiogue^ et dont voici le résumé.
Le deuxième concile de Gonstantinople, tenu en 380, avait parlé du Saint-Esprit comme procédant du Père, sans mentionner sa procession du Fils. Le développement normal et régulier de la théologie avait bientôt mis en lumière que le Saint-Esprit procédait du Fils aussi bien que du Père, avec cette seule différence que les pères de TEglise grecque se servaient plus habituellement de cette expression : Le Saint-Esprit procède du Père par le FiU, tandis que les Pères latins se contentaient de dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, énonçant le fait sans exprimer la manière. C'est cette variante que Photius s'attacha à mettre en lumière, en Tinterprétant d*uue Taçon calomnieuse, car il ajoutait que c'était reconnaître deux principesdansla divinité. Photius savait fort bien qu'un ablmQ jeté entre les croyances ne serait pas Tranchi, alors même que cet abime ne serait qu'un simple point dogmatique.
wraiiîs Pontifes.
Cette phase définitive du scliisme d'Orient est M»riDi*% Adrien m. la seule chose que nous ayons à remarquer dans le pontificat de Marin V (882-88/i), qui succéda à Jean VIII» et ne régna qu*cnviron quinze mois.
A Adrien III (88/i-885), dont le pontificat de quelques mois n*eut rien de remarquable, succéda Eiîenne VI (885-891), dont l'élection doit filre remarquée, en ce sens que l'empereur Charles-le- ^^^^^^sle^t^^l Gros voulut la casser, sous le prétexte qu'elle avait uJnhe ^viTqueî
était le droit des
élé faite sans son consentemenL 11 est si peu exact fvîS"cst5S^ que c'étaient les empereurs qui nommaient les Papes, et même que leur consentement était absolument nécessaire qu'il suffit ù Etienne de prouver qu'elle s'était faite en présence de Jean, évèque de Pavie, et délégué de Tempereur. La présence d'un délégué du pouvoir impérial était motivée par la nécessité de maintenir le bon ordre, et aussi pour qu'une élection no se fit pas qui eût été particulièrement désagréable au défenseur du Saint- Siège (1).
(1) Muratori, Histoire d'Italie, an. 885. Les défenseurs les plus outrés des droits impériaux et royaux, Flcury, (livre 56, S 10) ; De Marca (viii conc, cap. 12 et 19, n. 6;, sont forcés davouer que la présence des délégués impériaux n^était né-
Quelle fàtiadomi. G'est au DioiDent de la mort de Gharles-le-Gros,
nation Toscane en
îf pSVauS'ïS ^t*'*près que Eudes, comte de Paris, eut prit le titre
l^nsuneteiie^îr.^ Toi dc Fraocc, taudfs qu'à côté du royaume
d'Aries ou de la Bourgogne Cisjuraunc s'était élevé
le royaume de la Bourgogne Transjuranne, qu'il
faut placer ce que Ton est convenu de désigner sous
le nom de domination Toscane, et qui flotte entre
les ducs de Spolële et les ducs de Friouf. Vous aurez
^une idée exacte de ce qu'était Tltalie dans cette
compétition, lorsque vous saurez que Bérenger,
duc de Frioul, se fit couronner empereur par le
pape Etienne en 891, et que le pape Formose dut,
en 892, couronner comme co-empereur Lambert,
Gis mineur de Guido, duc de Spolète.
La période que nous allons traverser est, sans
cessaire que pour la consécration du Pontife et non pour son élection. De ce qu'ils considèrent comme un droit, ils ne trouvent aucune preuve écrite, et Tavouent ; seulement, comme le fait de cette présence est constatée dans la consécration de plusieurs Pontifes, ils en concluent qu'elle était de droit. Eli bien ! jusqu'à preuve du contraire, nous maintiendrons ce que nous avons déjà avancé, à savoir que cette présence n'avait pas été imposée par les empereurs, mais implorée par les nouveaux élus comme une garantie d'ordre et une protection, qu'elle ne fut jamais revendiquée par les empereurs de tradition carlovingienne, et que plusieurs fois on s'en passa, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer.
cootredit', la plus triste de toutes celles qui par leur enchaînement composent Thisloire de la Papauté. 11 serait fastidieux et inutile de s'arrêter à chaque Pape en particulier. De Formose à Grégoire VU» de 896 à 107â, c'est-à-dire dans Tespace de cent soixantehuit ans, se pressent les règnes de quarante-sept Papes ou anti-papes, la plupart élus fort jeunes. Ce chiffre seul suffirait à montrer que la Papauté ne s'y trouve pas dans des conditions normales. D'ailleurs nous n'avons aucun intérêt à dissimuler ce que certains pontificats présentèrent de spec* tacles lamentables. Tout au contraire, il y a là un enseignement d'un intérêt supérieur, et pour nous servir d'une expression toute moderne, pleine d'actualité.
Pourquoi tant de scandales et de stérilité? C'est Leçon guerenfemïo
^ létude de cette
que l'Église romaine n'était pas libre. triste époque.
L'œuvre du grand empereur n'avait pas été une œuvre chimérique ; .mais il.lui arriva ce qui arrive presque toujours aux choses vraiment grandes et d'un long avenir, c'est que son développement devait être très-lent et ajourné même pendant plus d'un siècle. .
Les cooquéranls, les fondateurs d'empire, les
chefs de dynastie, fout presque toujours une œuvre qui ne leur survit que par le tr«ivail lent et progressif du temps ; elle paraît, pour Tordinaire, détruite entre les mains de leurs successeurs, et lorsqu'elle reprend et paraît se réveiller, c'est par une force qu'ils n'ont pas pu leur communiquer eux-mêmes et qui vient d'un principe étranger qui la continue d'une autre manière qu'ils ne l'avaient voulu euxmênns.
C!;arlemagne avait voulu Tindépendance pleine et entière du Saint-Siège, il avait voulu l'union de Tenipire et de la Papauté, et non la subordination de l'un à l'autre, du moins sous le rapport politique, car des paroles que nous avons citées de lui il ressort que cet esprit si droit cl si élevé n'avait nullement méconnu ce qu'avait de supérieur on soi le pouvoir spirituel, et ce que le pouvoir temporel, dans certains cas, lui devait de respect et môme de subordination.
C^tte indét)endance du Saint-Siège, il n'avait pu l'assurer que par le seul moyen qui fût à sa disposition, en lui octroyant la souveraineté sur Hue partie de l'Italie.
Mais à l'époque féodale et surtout alors, dans ses
commeocemcnts, le pouvoir soit impérial, soit royal, n'était à peu près que nominal lorsqu'il se rencontrait entre les mains d'un homme ordinaire. Tel Teuda taire était bien autrement puissant que le Seigneur de qui il relevait.
H résultait de là deux graves inconvénients pour le Saint-Siège.
Placé par sa magistrature toute spirituelle dans l'impossibilité de faire la guerre par lui-même, le souverain Pontife se trouvait dans un état d'infériorité très-marqué vis-à-vis des grands feudataîres qui Tentouraient, et qui tous étaient des hommes de guerre.
' Charlemagne avait voulu remédier à cette infériorité par l'union étroite de l'empire et de la Papar.té. Vous n'avez qu'à reporter vos souvenirs sur tout ce que nous venons de voir se dérouler sous nos yeux, pour rester convaincus par mille preuves que les Papes firent tout ce qu'ils purent pour rendre plus étroite cette alliance ; ce fiu*ent, à chaque pontificat, de nouvelles tentatives dans ce sens, mais qui n'aboutirent qu'à un résultat éphémère et parfois tout-à-fait nul, surtout à cause de la division des pouvoirs dans la descendance des Garlo- Tiogieos.
Là est rexplicatîon du caractère si Irîsle de celte période que l'on a appelée ajuste titre le siècle de fer de la Papauté.
Les Papes y sont tantôt le jouet des grands feudalaires entre lesquels se jouent les intérêts de l'Italie, tantôt celui de quelques familles importantes de Rome, tantôt des communes qui avaient entn' les mains les pouvoirs municipaux de la cité.
Q:i'y a-t-il d'étonnant qu'un Pape qui était imposé, quelquefois encore adolescent, au clergé et au I ouple de Rome par une grande dame romaine cffrcuée dans ses mœurs, ou par un homme de guerre et souvent de brigandage, ne fût pas un saint? On peut dire qu'à très-peu d'exceptions près, tous les Papes élus dans des conditions régulières ont été des hommes reçommandables, autant par leurs mœurs que par l'intégrité de leur foi, sans qu'il y ait eu nécessité à cela, La Providence l'a permis, et c'est très-consolant. Mais ne paraît-il pas; à l'opposé, naturel qu'elle refuse de rendre recommandable, par une intervention particnlière de son secours, un Pontife dont la promotion est elle-même un crime « et que les fidèles ne subissent que violentés ? M'esl-ce pas là un argument en
faveur de la liberté du Siège apostolique et de son indépendance? (1)
Le premier Pontife que nous rencontrons avec ^^gVKffaîil'vr'*^ des ombres sur sou nom, c'est Formose (891-895) que Jean VIII avait déposé comme évê(iue de
(1) Aussi de si stériles spectacles ne nous amèneront pas à (les dissimulations systématiques ; mais nous ne nous arrêterons pas, au-delà do ce qu'il faut, aux choses inutiles ni aux choses scandaleuses ; jamais nous ne ferous descendre si has cette histoire, la plus élevée entre toutes, d'autant plus que ces déUiils appartiennent presque tous à Luitprand ou à son continuateur, et que tous les deux de honne foi, c'est notre impression du moins, sont d'une étrange crédulité, ramassant tous les hruits sans aucune critique, et d'une t'-'lle ignorance, qu'il leur est arrivé, pas une seule fois, il ne faut pas le croire, de passer plusieurs pontificats sans s'en douter, sans accuser aucune interruption. Nous dirons le mal lorsqu'il y aura utilité à le faire, mais avec une préférence que nous avouons hautement à redresser ce qui n'est que calomnies et à présenter les heaux jours lumineux qui traversent ces deux moitiés du dixième et du onzième siècles que Ton s'est habitué à considérer comme enveloppés d'une nuit absolument ténébreuse.
Il est certain que ces deux moitiés de siècle peuvent être, à juste titre, appelées le siècle do fer ; plus qu'en aucun autre temps, les lois de l'Eglise furent impuissantes, ses lûen»^ volés, ses dignités usurpées ou vendues ; au sommet, l'on trouve parfois des Pontifes qui, au lieu d'être occupés à remédier à ces mœurs, ne font que les aggraver ; dans les affaires de Rome, pendant plusieurs années, on rencontre à
Porlo, et qu'Adrien UI el Etienne Yl avaient réhabililc. Quel qu'eût clé son passé, sa conduite sur la chaire de saint Pierre Tut remarquable. Quoiqu'il eût été amené par le délaissement où le roî de France, Charlcs-lo-Sîmple, avait laissé ritalie d'y
découvert la main d(3 femmes prostituées, quoique dans un rang souverain, ot aussi colle des plus obscurs factieux ; il y a scandale, mais jamais interruption et surtout violation de la vraie doctrine. Mais en somme, c'est la conduite de sept à huit Pontifes qui fléchit sous le poids des mœurs générales qui sont mauvaises dans toute l'Europe. Mais qu'est-ce que cela veut dire? Le Pape est infaillible, mais il n'est pas inapeccable ; il a une assistance particulière de l'Esprit saint pour la direction générale de l'Eglise, et il n'est pas nécessaire que celte assistance s'étende à sa conduite privée. Ce sont de ces vérités qu'i' faut mi)[)oler au moins une fois lorsqu'un traite des affaires de la Papauté, et que nous ne .«^aurions mieux placer qu'à l'ouverture de ce siècle (k fer. D'ailleurs un Pape est un homme, et une des conditions de l'humanité, est la liberté pour le mal comme pour le bien. Si la liberté pour le mal existe dans un homme placé dans les conditions générales de l'infirmité humaine, il faudra bien que de temps à autre cette faiblesse incline cette liberté. Tous les Papes ne sont pas saints, tous ne sont pas placés sur les autels. Pourquoi cela ? si ce n'est pas que tous n'ont pas atteint à cotte perfection à laquelle cependant tous les fidèles sont appelés, et que tous peuvent atteindre. S'il y a parmi eux des imparfaits, ne peut-il pas y avoir des coupables? Mémo dans l'exercice de son infaillibilité^ qui est le vrai caractère surnaturel de la Papauté, le Pape agit non comme l'homme-Dieu qui
appeler Arnoul, qu'il sacra empereur à Borne, eu 895, il ne se désintéressa pas îles affaires de Charles et chercha à le couvrir contre les coups du roi Eudes.
L'élection de son successeur, Boniface VI (896), paraît avoir été un coup de la populace ; mais ce Pape ou anti-Papo, ne resta que quinze jours sur le siège où la violence l'avait placé.
Parmi les plus grands scandales de cette époque, uous devons appeler rallcnlion du lecteur sur celui qui en ouvrit la triste série, cet acte de haine implaaible ou de zèle siiuvage (car rien ne saurait
n'avait qu'à reproduire sa pensée imniédiato pour exprimer la vérité surnaturelle, mais comme un docteur ordinaire qui étudie, consulte, app.^lle â lui les documents de la tradition avec cette prérogative qu'il est infaillible lorsqu'il prononce coainie docteur universel, et, liatons-nous de le dire, il parle en cette qualité toutes les fois qu'il définit un point de doctrine; s'il en était autrement, s'il pouvait se tromper en enseignant le peuple de Dieu, ce serait la ruine de celui-ci, ruiae vraiment irréparable, tandis que toutes les autres le sont et que souvent même elles servent à faire briller davantage la force surnaturelle de la sainteté qui, altérée dans le cceur de tel Pape, parait plus brillante dans celui de son successeur. Est-ce que la force, la sainteté, l'intégrité de Grégoire VII n'en brilleront pas avec plus d'éclat, au sortir de ces ténèbres du siècle obscur ?
mcUre à nu rhitention qui le guida), du pape ^y.Xnfk?"^tIs Etîennc VI 896-897;, faisant déterrer et mutiler
do son prédoces- i i , , , .1
seurFormose. Ic corps dc SOU prcdeccssour lormose, sous ce prclcxtc qu'il avait illégalement occupé le siège de saint Pierre et que les ordinations qu'il avait faites avaient élé viciées par ce vice originel. Il expia son crime ou son affreuse erreur au fond d'un cachot où ses ennemis rétranglèreut.
Le successeur d'Etienne, Romain, qui ne régna
Los papes Ilomaiii » m ^
^Muu^nl^\^('- <I"c quatre mois, et le successeur de celui-ci, Tbéo-
moire de Foruiuse. , , , ..,1.1%.
dore, qui ne resta assis sur le siège dc saint Pierre que viiîgl jours 897 , furent unanimes tous les deux dans leurs efforts pour réparer le scandale dont nous vcîioiis de parler en réliabililant la mémoire de Formose et en faisant reporter dans la sépulture ordinaire des Papes, avec des honneurs solennels, son corps que des pêcheurs avaient retrouvé dans le Tibre Jean IX Cl Anvcd- Sous Ic ponlificat de Jean IX (898-900), l'on trre. voît avcc aduiiraliou Adalbert 11, duc de Toscane,
laisser Gui de Spolète et Bércnger de Frioul se disputer là couronne impériale et se contenter d'assurer la paix et le bonheur dc ses sujets en neutralisant sur ses frontières l'action de ses deux compétiteurs au litre d'empereur.
Vous Toyez que dans les siècles les plus ténébreax, la vcriu ne manque pas. Eu ce teinps-là régnait eu Angleterre un sage des meilleurs époques, Alfred-le-Grand, qui non coulent de colla- Uonner les vieilles lois saxonnes, faisait butin de tout ce qu'il pouvait trouver ailleurs : lois, paraboles, traités entiers de morale qu'il traduisait ; ce Tut plus qu'un sage, ce Tut un saint.
Nous aurons tout dit sur les lumières qui bril- ^^'pPctK/fe'll; lèrent dans ce siècle, en ajoutant au nom d'Alfred "^^^® celui de Raban Maure, archevêque de Mayence, et de Scot Erigène, l'ami de Gbarles-leChauvc, le hardi et téméraire penseur. Il n'est pas déplacé de mentionner, à côté de ces noms immortels, celui d'Hincmar, archevêque de Reims. De plus vives lumières brillaient alors à Bagdad, Gufa, Bassora, qu'avait fondées Almanon, autrement appelé Âbu- Giafar-Abdallah, le célèbre calife de Babylone et d'Egypte.
Nous n'avons pas de documents du pontificat de ^®c"''chr7sio^^^^^ Benoit IV (90Ô-903), dont Fleury dit : « Ge fut un » grand Pape. » (liv. 54, § 38). Malheureusement SCS actes n'ont pu traverser les ténèbres de son siècle. Léon Y, son successeur (903), aurait marché
sur ses traces, si un homme qui lui devait tout ne Pavait pas fait jeter en prison pour prendre sa place. Cet usurpateur, Ciirislopbe (903) fut, après six mois de ponlificat, jelé lui-même dans un cachot par !e Pape que le peuple indigné venait de nommer,
^Smnic" ciulre Sergius III (904-911). Nous ne sommes pas en mesure de nous faire le panégyriste de ce Pontife ronlrc lequel FIcury et Baronius se sont élevés avec force ; mais nous devons, toutefois, foire observer au lecteur que les accusations que Fleury, entre anlrcs, réédile conlro ce Ponlife et qui vionnenl se résumer en celle-ci qu'il aurait été Tamaut de Théodora, dame romaine, que sa haute naissance, ses intrigues et ses mœurs dépravées ont signalée à rattention de la postérité, sont puisées dans une vie de cette princesse que Muratori classe à juste titre parmi les plus vils libelles à effets scandaleux, ou dans Luitpraud, assez mal renseigné sur Sergius pour eu fiiire le successeur immédiat de Formose, dont huit autres Pontifes le séparent.
Anaatasc III et la Quoî ouMl cu soîl, SOU successcur, Auastasc III
conversion des >^ t ^ »
Normands. (gn-gig,^ fut iiTéprochable et même d'une vertu éminente ; le vice ne faisait qu'apparaître sur le
S&iDt-Siége lorsqu'il y était poussé par la violence OH Fintriguo, et aussitôt qu'une élection se faisait dans des conditions régulières, la vertu Ty remplaçait.
C'est sous le pontificat d'ÂnastaselII, successeur de Sergius, qu'il Tant placer un des événements les plus considérables de l'Occident, la conversion des Normands qui devaient balancer la fortune des Francks au-delà du Rhin et soumettre celle des Anglo-Saxons dans leurs trois îles.
A Anastase III succéda Landon (913), qui ûe ^jWe^J;*?^^^^^^
^x • • » j« • A 1 Ê. i restauration de
régna que six mois et dix jours, et dont le passage lempire par les rapide paraît avoir été marqué par des efforts pour faire régner quelque accord entre les divers compétiteurs qui voulaient faire revivre l'empire au profit des Romains,
L'avènement au Saint-Siégedu successeur d'Anaslase, JeanX (914-928), a été flétri parLuitprand, que reproduit Fleury, comme ayaut été lœuvre de Théodora la jeune, sœur de Marozia, dont il eût été l'amant et qu'elle aurait fait nommer pour l'avoir auprès d'elle à Rome. Cependant rien de semblable n'a été dit par les trois autres auteurs contemporains de Jean, qui tous en font le plus grand
Italiens.
Jean X et ses détracteurs.
éloge. Il parait, en outre, fort difficile d'admettre qu'avec de tels comnienceuieols, la réputation de ce Pontife Tût assez imposante pour que de Censtantinoplc on Tait appelé à pacifier les aflaires de rOrient, fort compromises par la révolte des Bulgares. Ce Pape eut aussi assez d'influence pour former une croisade contre les Musulmans et les ( iiasser ainsi d'Italie. Il pérît étouffé par les ordres de Gui, duc de Spolète, qui venait d'épouser Marozia. Si la réputation de ce Pontife eût été aussi gravement entachée que J'admet Fleury, est-ce que Flodoard aurait pu raconter sa mort en ces termes : « Tandis qu'il se rend illustre par la paix, il est » circonvenu par une perfide patricienne, jeté en » prison, resserré dans un noir cachot ; mais son )> esprit ne saurait être retenu dans ces antres » cruels ; il s'élance au-dessus descieux, et monte » sur le trône qui lui était destiné (1 . »
Ce pontificat tranche d'ailleurs sur tous les
autres de la même période par sa durée, qui fut de
quatorze ans.
^vili7eaifxî"°° Quoique le pontificat de Jean XI ne soit séparé
de celui de Jean X '931-936) que par ceux de
(1) CeiUier, t. 19.
Léon VI (928) et d'Elienne VIIl (928-931), et par rintervalle des trois ans que durèrent ces deux poDtiQcals, ces deui règnes doivent attirer notre attention. L*un et l'autre furent ceux dMiommes vraiment vertueux ; Platine dit du premier : « Rap- » peler les citoyens à la concorde, recomposer » les affaires italiennes encore en tumulte à la suite » de la témérité et de la faiblesse dos Pontifes » précédents, écarter de la cité des Italiens les » Barbares, voilà ce qu'essaya Léon. »
Sont-ce ces efforts pour la paix qui furent cause de leur fin prématurée ? Il est certain que même les l)ons Papes ne faisaient pas longue vie sur la chaire de saint Pierre. Faut-il croire qu'un crime c« qnn faut penser
des désordres de
mit fin à leur rapide pontifical ? Quoi qu'il en oe dernier ponusoit d'eux, Jean était le fils d'Alberic, consul de Rome, et passait pour âlre celui de l'impudique Marozia. Quelle qu'ait élé la cause de son avènement au siège pontifical, à l'âge de vingt ans, il est certain qu'un crime l'en fit descendre et le jeta dans un cacliol où il mourut au commencement de janvier 936.
Nous pouvons ranger sous les mêmes cônsidélations les pontificats de Léon VII (936-939),
LEj2^H^..|i KlieunelX 939-9/13;, Marin II (943^9/16;, Agai^e7pon"Erde pct II (946 955^. L'infliiencc (Ic la noblesse romaine
Léon VII, Ktienno
A^â et^lr" "' P^'*^'^'^ ^^^^^ baissé à Rome ; il est ccrlaîn qu'elle n'est plus prépondérante dans l'élection des Pontifes. Aussi ces trois poniiRcats sont-ils exempts de tous reproches. Jusqu'ici, après les ducs de Frioul et ce. IX de Spolète, qui se sont efforcés de faire à leur profil, chacun à son tour, le royaume d'Italie, il y a eu successivement appel, soit par les populations, soit par les Papes, des rois de Provence, de ceux de la Bourgogne Transjnranne, des rois de Germanie. C'est un de ces derniers, Othon', qui, appelé par le pape Agapet, vient recevoir à Milan la couronne de fer du royaume de Lombardie. Nous allons bienlôt revoir eu lui la réLuion à la couronne d' Italie de la couronne impériale.
Cette union eut lieu sous le pontificat de Jean XII 956-96/1), qui doit fixer l'attention du lecteur, soit par les accusations dont il a été chargé par les chroniqueurs du temps et surtout par ceux d'Allemagne, soit par quelques événements importants, dont celui-ci est du nombre.
Jean était patrice de Rome lorsque le peuple et
Jean XII.
le clergé que séduisirent celte position de patrice qui leur parut un rempart contre les ennemis du dehors, Tentralnèrent à unir dans sa personne les deux pouvoirs. Ce Pape ne se trouvait donc pas dans les conditions normales des autres Papes qui, pris au sein du clergé, avaient été plus on moins préparés aux devoirs redoutables de leur charge. Ce fut plutôt une élection politique qu'une élection ecclésiastique, et il y avait à cela quelque excuse.
Gela posé, et avant de raconter comment la couronne impériale fut décernée par le Pape à un roi saxon que son prédécesseur venait de faire roi d'Italie, disons quelques mots de Tétat politique de la Germanie.
Depuis que la couronne impériale avait échappé aux mains des descendants de Gharlemagne, ce quMls avaient possédé en Allemagne s'était Traclionné en plusieurs Etats, dont quatre duchés dominant les autres flcrs. Ges duchés en étaient revenus à la constitution Germanique antérieure à l'empire Franck, et les quatre ducs avaient, comme pairs, élu uu d'entre eux pour empereur (1). On avait vu
(t) Nous ne les considérons comme empereurs que lorsqu'ils sont sacrés par le Pape ; c'est pour cela que nous avons
alors un des spectacles les plus propres à consoler ceux que n'attriste que trop souvent cette série de crimes et de malheurs que Ton appelle l'histoire de Thumanité. Othon de Saxe avait été élu et avait refusé en désignant Conrad de Francouie, comme plus digue d'occuper le irôue impérial. Mais après un règne de six ans, Conrad, à son tour, considérant Henri l'Oiseleur, de la maison de Saxe, comme seul capable de porter ce fardeau, l'avait désigné comme son successeur, sans aucun égard pour ses propres liens de famille. C'est le fils d'Othon l'Oise- La couronne impé- Jcur, sumommé Othou I", qiic nous avons déjà vu rols^sa^enu couronné roi d'Italie par Agapet, et que nous
personne d'Othon
twœ'Ji?n?S'euc*'^''^°^^®^^ ^^^^ cmpcreur par son successeur, ^*^^ vis-à-vis de qui nous allons nous trouver en pré-
sence.
Ce fut lui, en effet, que Jean rappela en Italie. Ce qui va suivre vous prouvera que le Pape ne faisait en cela que répondre aux nécessités impérieuses de la situation, car, aussitôt que le saxon approcha, les feudataires de Bérenger déclarèrent
(lésigûé comme roi de Germaaie Othon, tant qu'il n'a reçu que la couronne de fer des mains du pape Agapet, et qu'il n'a pas reçu de celles de son successeur l'onction impériale. .
quMIs ue combattraient sous les enseignes de sa maison que sMI abdiquait en Faveur de son fils. Comme Bérenger s'y reftisa, Otbon ne trouva plus personne à combattre en Italie.
Si je vous cite les paroles par lesquelles avant de partir il se lia vis-à-vis du Satni-Siége, c'est pour vous montrer par son témoignage comment il comprenait son rôle de défenseur du Saint-Siège, et lasituation vis-à-vis de lui que non-seulement il se fît à lui-même, mais quMl transmit à ses successeurs; vous coucluerez que telle était l'opinion générale à cet égard, car il n'est pas croyable qn'Otbon ait i^oulu se lier au-delà du nécessaire (1).
n A VOUS, seigneur Jean, pape, moi, Otbou, roi, » je vais promettre et jurer par le Père, et le Fils » et le Saint-Esprit, par le bois sacré .de la croijc » et par ces reliques de saints, que, si Dieu le per- » mettant, j'arrive à Rome, j'exalterai» selon mon » pouvoir, l'Eglise romaine et vous son chef; que, » de ma volonté, de mon conseil ou de mon con- » sentcmcnt, vous ne perdrez ni la vie, ni les mem- » bres, pi la dignité. Je ne ferai dans la ville de
(1) Muratori, Histoire de l'Italie^ an. 862.
» Rome, sans votre participation, aucune ordon- » nancc sur rien de ce qui concerne les Romains » ou voire personne. Tout ce qui de la terre de » saint Pierre viendra en notre puissance, je vous » le rendrai. El celui auquel jn commettrai le » royaume d'Italie, je le ferai jurer de vous aider » à défendre la terre de saint Pierre selon mon » pouvoir. Ainsi, que Dieu me soit en aide et ses » falnts Évangiles. )>
(l'est après cet engagement qu'Othon-le-Grand, deux ans probablement après, reçut à Rome, des mains du pape Jean XII, la couronne impériale vacante depuis trenlc-huit ans, d'après grand nombre dliistoriens qui ne tiennent compte ni de ces intrus ridicules, qui comme Bé.'^euger, d*uu simple duché croyaient passer sans transition au trône de Gharlemagne, ni de ceux qu'avaient portés à cette place la simple élection de leurs pairs, sans aucune consécration religieuse.
Sacré empereur, Otiion signa un diplôme qui ne fui qu'une reproduction à peu près textuelle de la donation de Louis-le-Pieux.
Cependant, moins de deux ans après, le nouvel empereur, après avoir résisté quelque temps, pré-
sida lui-même un coociliabulc oii Jean Tut déclaré déchu du souverain ponliGcat, et un autre Pape nommé à sa place. Saus vouloir décharger Jean de toutes les accusations formidables qui Turent accumulées contre lui, nous devons faire remarquer que le même peuple de Rome qui avait entraîne » Olhon à cet acte si étrange d'un empereur déposant UD Pape, rouvrit quelque temps après les portes de Rome à Jean, chassa Tanti-Pape, insulta Olhon, et que, dans le Concile que le Pape présida pour condamner son compétiteur, il s*y montra d'une douceur, du moins d'une modération qui contraste fort avec la rigueur que l'on avait déployée contre lui-même. Si Ton osait se prononcer sur des temps aussi ténébreux, on comparerait Othon à un autre empereur qui a reçu comme lui de la postérité le litre de grand. Théodose, droit, religieux, héroïque, mais souvent emporté par sa fougue, et tout en reconnaissant que Jean porta sur le siège de Pierre les mœurs plus que profanes des seigneurs italienG de cette triste époque, on laisserait la plus grande part de responsabilité à cette populace de Rome qui n'avait su retrouver , depuis qu'elle avait été réduite en poussière sous les pas de toutes
les iovaBious, ni coosistance politique ni solidité morale.
Mais ce qiiMl importe de remarquer, avec plus de soin encore, c'est que décidément Othon voulait gouverner Tlilglise. Après l<i mort de Jean XII, les Romains lui ayant donné pour successeur Benoit Y (972-973), Tempereur assiégea Rome, emmena Ic^ nouvel élu captif en Allemagne et replaça de sou ^"eSiio*îv:''"''° volonté propre sur le Saint-Sîcgc Léon VIII, cel anti-Pape qu'il avait opposé à Jean. Si ce que Flcury déchire authentique était exact, à savoir que le peuple Romain, sur rexcltatlon de Tanti-Pape, livra à rempereur Othon et à ses successeurs rinstallatiou des Papes, riuvcsiilure des évêques, ce que nous venons de dire de cette populace ne serait pas sévère (1), et la grandeur de la Papauté édifiée
(1) Dans la relation de son ambassade à Gonstantinople où il avait été envoyé par Tcmpereur Saxon pour demander à Tempereur Grec la main de sa fille pour son fils, Luitprand nous apprend quelle opinion on avait dans tout le reste de l'empire sur les Romains : « Nous autres Lombards, Saxons "» et Francs, nous n'avons pas de plus grande injure à dire à » un homme que de l'appeler Romain, ce nom signifie parmi » nous tout ce que Ton peut imaginer de bassesse, de lâcheté, » d'avarice, d'impureté et de fourberie. »
sur le roc n'en ressortirait que davantage à côté de ce sable mouvaDt.
Pendant que de tels évéuements occupaient la scène politique de Tt^urope, il se passait, dans une demi-lumière qui ne se révèle qu'à ceux qui ne se laissent pas absorberpar les événements tumultueux de rhistoîre, un Tait qui devait avoir Tinfluence la plus salutaire sur notre civilisation et lui transporter un liérilagc que n'aurait pas su conserver Tlslamisme déjà entièrement tourné aux choses de la conquête et de la barbarie.
Une élection régulière avait à peine fait monter sur la chaire de saint Pierre le pape Jean XIII (9d5-97"2), qu'un jour, parmi les pèlerins qui affluaient à Rome, il distingua un jeune religieux qui lui avait été présenté parmi ceux qui composaient la suite de Borel, duc de TËspagne citérienne et d'Halton, évèque de Vie en Catalogne. Jean en écrivitàOthon-le-Grand, et appuyé de son suffrage il retint auprès de lui ce jeune moine qui n'était autre que Gcrbert, élevé dès sa plus tendre enrauce dans le monastère fondé à Aurillac par saint Gerand, et puis plus tard confié au duc qui l'avait emmené eu Espagne afin qu'il pût ajouter à ce que l'ou
Jeun xni. Denoit VI : commeoccments de Gcrbert; les sciences et les arts conservés de la vieille civilisation passent des musulmans aux chrétiens.
apprenait dans les écoles Trançaises, ce que celtes d'Espagne empruntaient aux universités arabes, par le bénéDce du voisinage et des rapports fréquents. Gerl)ert ouvrit une école à Reiuis, sous le patronage de rarchidiacre de celle église, fort exercé lui-même dans reuscîguemcnt de ce que Ton savait de ce côté des Pyrénées (1 \
(l) Riclier nous a conservé le programme de cet euseigiicment dont nous allons emprunter l'analyse à M. Lenormaiit (questions historiques), car malgré l'aridité de cotte nomenclature, il faut bien que l'on sache une fois pour toutes quelles étaient les lumières qui s'allumaient au milieu de ces ténèbres du dixième siècle qu'on se représente trop aisément comme une nuit contre laquelle aucun astre no lutte.
Gerbert enseignait déjà, à cette^ époque, la dialectique d'Aristote et en e)Lpli([uait longuement les propositions. A Aristote il ajoutait Porphyre dont il développait VIsagogé, sur les traductions latines, celles de Victorin et celles de Moulins. Gerbert avait en outre, entre les mains, Iqs Topiques d'Aristote, traduites par Cicéron, et il en faisait entrer l'explication dans son enseignement, ainsi que celle des catégories. A cet enseignement philosophique, il en ajoutait un purement littéraire, et qui embrassait Virgile, Stacc, Térence, Juvénal, Perse, Horaco, Lucain. Il ajoutait aux commentaires sur ces poètes un traité complet de rhétorique, et à ceux sur les philosophes un traité do controverse. Son enseignement des mathématiques commençait par l'arithmétique qui en est la base, et il faisait cet enseignement de la manière la plus lumineuse et la plus élémentaire. Aux notions
Gcrberl Tut donc chez Dons riinporlaleur des richesses de la civilisation arabe. Rien de plus insiruclirque de comparer la rapide existence de cette civilisation dont nous voyons poindre la première lueur en 800, dans la personne d'AIkendide Bosra, médecin et philosophe, et qui s'éteint presque aussitôt qu'elle a atteint son apogép! en la personne d'Averroës, mort à Maroc en 1206. Elle avait été le résultat du rapide passage des Arabes au milieu de tout ce qui restait des civilisations antérieures, et avait reçu de chacune une rapide empreinte. Ce
de p*ain-chanl, seules répandues dans les Gaules, il ajouta renseignement de la musique, distinguant et distribuant les tons, demi-tons, détons et dièses. Quant à l'astronomie, il s'étudia surtout à la rendre tangible par la construction d'appareils très-compliqués destinés à faire mouvoir sous les yeux de ses élèves les divers phénomènes célestes. Il fit fabriquer, en bois solide et rond, dit son élève Richer, une sphère, image en raccourci du grand univers. La description qu'il nous donne de ces divers instruments nous entraînerait trop loin ; nous nour. contenterons de faire remarquer qu'ils révèlent non-seulement une science approfondie, mais beaucoup d'invention et surtout la passion de tout faire comprendre aux esprits même les plus grossiers. Richer parle, en outre, en ce qui concerne les mathématiques, d'une table numérale à vingt-sept cases, où les neuf chiffres représentaient tous les nombres, et produisaient à l'infini toutes les multiplications et les divisions.
rurent eux qui découvrirent les plus précieux manuscrits dans les bibliotlièques les plus célèbres de TAsie et de TAfrique, el mirent à les traduire cette vivacité dMulelIigence qui est comme !e caractère de leur impressionnable nature. La Ghaldée leur livra les trésors de ses découvertes astronomiques, riudc CCS cliiffrcs qui ont conserve leur nom el dont les Tacilcs combinaisons aidèrent tant au dévcloppemenldos sciences mathématiques; l'Egypte et lu Chine, Talchimic, mère de la chimie. Mais la loi religieuse qu'ils avaient adoptée laissait toujours planer sur celle civilisation naissante celte épée de Mnhomet qui avail décrété de morl les sciences et les arls libéraux. Le Tanatisme d'origine l'emporta à la fin contre les écarts des Abassides en Tavcur des arls el des sciences. Maïs l'Occident chrétien en iiVait reçu le dépôt, et ce dépôt apparteuait désormais au progrès de l'humanité (1).
(l) Cette civilisation n'avait étô, à tout prendre, qu*uae pure repro'luclion de plusieurs autres, mêlées ensemble. Sa seule originalité parait devoir se réduire à la création de cette architecture connue chez nous sous le nom de gothique. Si on peut la rattacher à une architecture antérieure, c'est à la seule architecture byzantine dont l'arcade sur colonnes, son principal élément, aurait inspiré l'idée de l'ogive. La mes*
Après la mort du successeur de Jean, Beooit YI 97î-97â), qui fut étranglé dans sa prison par les ordres d'un fils de Théodora-la-Jeune, et le ponlî- Don"»» ". Benoit
' ' VII, Jean XIV et
fjcat, sur lequel nous ne savons rien de Donnus II \lcèVff^ ^°"*" ^973), à qui on avait opposé un certain Francon,
quée de Cordoue, Tua de leur plus anciens monuments, laisse voir le prolongement des extrémités inférieures de la demi-circonférence génératrice de l'arcade, jusqu'à ce que ces extrémités viennent rencontrer celles du chapiteau. Mais Togive se voit dans toute sa pureté au tombeau de Mahomet à la Mecque, dans la salle de Saladin au Caire. Elle a été obtenue, sans aucun doute, d'abord par la surélévation de la voûte elle-même, par la suré'évation des extrémités de Tare au-dessus de la corniche, et ensuite, toujours par la poursuite d'une plus grande élévation de la voûte en formant l'arcade par la rencontre de deux arcs de cercle. L'ogive était trouvée, et elle entrait dans notre Occident chrétien presque en môme temps que les autres produits de la civilisation arabe, car à Reims, à côté de la chaire de Gerbert, nous voyons le prêtre Humalde bâtir, en style ogival, l'église métropolitaine de cette cité.
Singulière coïncidence ! au moment où se créait, parmi nous, ia véritable architecture chrétienne, car par les développements qu*elie y reçut et la direction sublime qui lui fut donnée, ce fut une véritable création, Jean XIII, au rapport deliaronius, faisait la première bénédiction de cloches. Elles avaient été inventées au sixième siècle, mais leur adoption par 1 Éiglise coïncide avec cette autre adçption de l'arcbitecture ogivale dont elles sont le dernier trait, car, dit avec >auGOup d'éloquence et de vérité M. de Lamennais : « S'il
lin vrai scélérat, qui sons le nom de Bonirace Yil, pilla le Vatican, se sauva en Orient, et en revint en 985 pour porter les mains sur le Pontire alors régnant, Jean XIV, le jeter en prison où il mourut, et Tut Oappé lui-même do mort subite, abandonné par les sicaires qu'il avait à sa solde, et son corps livré à tous les outrages. Dans rintervalle ;975- 983), Benoit Vil avait fait briller sur la chaire de saint Pierre les vertus les plus pure» ! preuve à ajouter à tant d'autres pour établir que, même dans ces malheureux temps, les élections légitimes aboutissaient toujours à de vertueux Pontifes. C'est à ce moment que nous nous trouvons en face
» était possible de s'élever à une hauteur où tous les bruits » de la terre, sans cesser d'être perçus, se confondissent en » un seul bruit, on entendrait comme un son unique, et 2» dans ce son une multitude prodigieuse d'autres sons. Ce » serait vraiment la voix de la nature indi''finiment variée, » rigoureusement une. A notre égard, la cloche est cette » v.iix... L'orgue décompose et ramène, sous l'empire des » lois musicales, le son infiniment complexe de la cloche; » pour l'étendue, l'éclat, la puissance, il n'a point de rival. » 11 est la voix de l'Église chrétienne, et comme l'écho du » monde invisible qu'elle manifeste symboliquement ; trans- » portez-le dans un temple grec, dans une pagode, dans une » mosquée, il y restera muet ou ne parlera qu'une lanf^e » inintelligible. « (Esquisse d'un phil., tom. 3, liv. 9).
d*un témoignage irrécusable de rcffroi que Rome causait dans toute la chrétienté. Othon II avait Tait prier saint Mayeul d'accepter la charge redoulable (Ifî la gouverner comme Ponlirc : « Les Romains » el moi, répondit le saint homme, nous sommes » aussi éloignés de mœurs que de pays. » A Rome et dans les environs, toute maison tant soit peu importante était devenue une Torteresse (1).
Cependant la craicte y fit ce que de plus nobles sentiments n'auraient pu obtenir. A Benoit VII avait succédé Jean XIV (983-984), et à ce dernier Joanxiv. Jean XV (985-995) ; celui-ci, fatigué d'errer en jean xv appeiio
Otbon II contre
exil, appela à son secours l'empereur Othon II. les Romains. Rome trembla et ouvrit les portes au Pape. Il est
(l) Ceux qui s*iuaagiucnt que les croisades n'ont été que le résultat d'un enthousiasme instantané, d'une folie sublime, et qui n'auraient pas été frappés de ce que devait préparer aux Musulmans leurs attaques constantes sur tous les points par lesquels ils touchaient à la chrétienté, n'ont qu'à s'arrêter à ce fait qu'à cette époque où nous sommes arrivés, l'empereur d'Orient, Zimiscès, ayant préparé contre eux une guerre formidable pour les refouler au-delà de la Syrie et de la Palestine^ guerre sur le seuil de laquelle l'arrêta le poison d'un assassin, les Vénitiens, les seuls intermédiaires du commerce entre l'Orient et l'Occident, défendirent sous peine de mort de fournir à ces ennemis de la chrétienté rien qui pùi les aider dans cetto guerre
très-remarquable que cette vie errante n*eût rien enlevé au prestige du Saint-Siège. De France, où Hugues était monté sur le trône au détriment du dernier des Carlovingiens, les seigneurs, les évêques, appelaient ù grands cris le Pape pour apaiser leurs divisions (1). Celui-ci attendit, car il n'y avait rien de bien clair dans ces affaires des Gaules. Pendant ce temps-là, sa main suspendait le Qot normand qui menaçait les côtes d'Angleterre (2).
(1) Longueval, t. IX.
(2) Ce spectacle est trop consolant et montre trop bien que, môme au dixième siècle, la Papauté ne perdit jamais son influence sur le monde chrétien, pour que nous ne nous arrêtions pas à le considérer. C'est Jean lui-môme qui va parler dans une lettre adressée à toute la chrétienié (Geiilier, t. 19) : « Jean XV, de nom, pape de la sainte Église romaine, à » tous les fidèles, salut.
» Tous les enfants de la sainte mère l'Église, de Fun et de » Tautre ordre, répandus sous les divers climats du monde, » doivent savoir que nous avons été informé, par plusieurs » personnes, d'une inimitié entre Ëtlielred, roi des Saxons » occidentaux, et le marquis Richard (Richard était duc el marquis de Normandie). Nous en avons été très-attristés, » attendu qu'ils sont nos fils spirituels. Enfin, ayant pris un » salutaire conseil, nous avons fait venir Léon, un de nos » apocrissaires, évoque suffragant de la sainte Église de » Trêves, et nous l'avons envoyé avec nos lettres d'exhorta- » lion, pour qu'ils eussent à se réconcilier. Traversant donc les
En l'année 996, le pape Jean XY étant mort, EiéTaUon tor le
siège p< d'un saxi goireV.
Othon III qui occupait alors le trône impérial, prit dufsal^nlGrê
une résolution importante ; il fit nommer au Siège pontifical un allemand, le premier qui ait occapé ce-^siége, un homme du sang impérial, le petit-fils
» terres et la mer : le jour de la Nativité de Notre-Seigneur, » en la présence du roi, et l'ayant salué de notre part, iî lui » remit nos lettres. Le roi ayant convoqué les hommes les » plus sages de son royaume, de l'un et de l'autre ordre, et B agissant pour Tamour et la crainte du Dieu tout-puissant, » ainsi que de saint Pierre, prince des Apôtres, et à cause o de notre admonition paternelle, accorda une paix très- » solide avec tous ses fils et filles, présents et à venir, et avec n tous ses fidèles, sans aucun dol. C'est pourquoi il envoya > EdeUin, évoque de la sainte église de Shirbun, Loftan, fils » d'Alfwold, et Edeluoth, fils de Wulstatf, qui passèrent la » mer et arrivèrent auprès du marquis Richard. Celui-ci, à » son tour, ayant reçu pacifiquement nos remontrances et » entendu le décrat du roi, confirma de grand cœur la même 9 paix avec ses fils et ses filles, présents et à venir, et avec » tous ses fidèles, en stipulant, que si l'un d'eux ou eux- 0 mêmes faisait quelque chose d'injuste contre l'autre, il le » réparerait par une satisfaction convenable, de telle sorte » qae la paix subsistât à jamais inébranlable, confirmé)» par » les serments de part et d'autre. »
Nous plaçons ici un autre document qui est un des titres les plus glorieux de notre église gallicane. Hélas ! il montrera aussi que la division était non-seulement sur les frontières des £tats, mais les armait à l'intérieur ! Cette citation servira du moins à montrer que partout c'était l'autorité
d'Othon-le-Grandpar Oljioii, marquis deVéronne, et cela, sans aucuu doute, pour mettre un terme aux maux dont Rome, depuis plus d'un siècle, n'avait pas cessé d'être accablée. C'est ici le lieu de s'arrêter un moment sur la vraie cause de ces maux.
Sans aucun doute, ainsi que nous l'avons déjà Tait remarquer, la population de Rome avait, plus que toutes les autres en Italie, subi, dans son
ccelésiastique, soit pontificale, soit' épiscopale, qui seule pouvait guérir les maux du siècle :
« Gui, par la grâce de Dieu, évéque du Puy, salut et paix » à ceux qui attendent la miséricorde du Seigneur. •
« Nous notifions à tous les fidèles que puisque les maux » dont nous nous plaignons croissent tous les jours, nous » assemblons les évoques Pierre du Vivarais, Wigan de » Valence, Begon d'Auvergne, Raimond de Toulouse, Deus- » dédit de Rodez, Fredelon d'Ëlne, Fulchran de Lodève et » Wigan de Glandève, avec plusieurs autres prélats, princes » et seigneurs laïques ; et comme nous savons que personne » ne verra Dieu sans la paix, nous avertissons les mômes » fidèles de se montrer enfants de la paix, de ne faire aucune » violence aux églises, de n'enlever aucun bétail dans Téteu- » due de ces diocèses et comtés, ete. » (Longueval, t. 9).
Ce sont là les commencements de la Ligue de la paix, convention toute volontaire entre les puissants du jour «'engageant à protéger le faible, le laboureur, le commerçant, rÉglise et le cloître, éloignés de tout secours.
caractère général, et dans ses mœurs publiques surtout, le contre-coup des événements douloureux dont ce pays n'avait pas cessé d'être le théâtre. Tandis que les autres villes importantes de la Péninsule souffraient moins du despotisme féodal que les cités des autres pays, celles des Gaules, entre autres, et cela parce que ce système avait plus de peine à s'y acclimater par suite de ce rendez- vous de tous les conquérants qui semblent, pendant cette période, avoir pris pour cbamp-clos cette ancienne dominatrice du monde, et que déjà s'élaboraient dans l'ombre tous les éléments des républiques de Pîse, Florence, Gênes, Venise, Rome était livrée à UD travail tout particulier, fruit de sa grandeur unique, la lutte entre la Papauté qui appartient au monde entier et le régime municipal local. Les empereurs ne pouvaient se désintéresser des affaires de Borne comme de celles de Florence, de Pîsc, de Gênes, de Venise. La Papauté y était devenue comme son fondateur, dont elle perpétuait l'action, un signe de contradiction. Sans aucun doute qu*OthoDllI crut mettre fln à ces déchirements en usant de son influence pour rattacher encore plus étroitement la Papauté à l'empire, en faisant
nommer Pape un membre de la faraille impériale. L'esprit qui animait encore plus certaines ramilles patriciennes que le peuple de Rome, jeta un cri d'effroi, et comme on était impuissant en présence d'une telle éventualité, on fit un appel désespéré à Constantioople ; mieux valait à leurs yeux ce reste du vieil empire romain que ce nouvel empire tudesque à peine sorti de la barbarie (1).
(1) Ce fut, malheureusement pour la moralité d'une telle tentative, un ancien favori de l'empereur, un homme qui était parti pour Gonstantinople comme son ambassadeur et pour une affaire de confiance, car il allait demander pour le César saxon la main de la fille de l'empereur grec, Philadelphe? que ce prince avait fait archevêque de Ravenne, qui fut chargé de cette ténébreuse intrigue. Il advint ce que Ton aurait dû prévoir. Rome qui avait nommé Philogathe pape pour l'opposer au pape saxon, Grégoire V, ne put tenir contre Othon, et il paraît que ce n'est pas à ce prince mais à ses serviteurs, se défiant de sa clémence, qu'il faut imputer les traitements qu'eut à subir cet anti-pape à qui ceux-ci coupèrent la langue, le nez, et arrachèrent les yeux, et qu'ils jetèrent en prison après ces horribles mutilations. Alors on voit passer, sur cette scène sanglante, une figure qu'il faut conserver à l'histoire afin qu'elle s'incline à jamais devant elle.
Philogathe était compatriote de saint Nil, abbé d'un couvent de Bénédictins, situé à Serpens, sur le bord de la mer. Le saint homme, malgré ses infirmités et son grand âge, se rendit à Rome dès qu'il eut vent de ce qui était arrivé à son malheureux compatriote,qu'il n'avait cependant pas vu depuis
Cet appel désespéré n'eut aacuo succès, et les Romains furent obligés de se tenir en paix sous ce Pape saxon dont le rapide pontificat (995-999), fut d'ailleurs réellement illustré par les vertus, la science, surtout rimmense chaHté qu'il fit briller daos sa nouvelle patrie.
que les faveurs de la cour étaient venues l'arracher à son couvent. Il arrive précédé du prestige de sa sainteté , à ce point que Tempereur et le Pape accourent au-devant de lui. Ces deux souverains du monde offrirent leur bras au saint, le conduisirent ainsi au palais papal, et lui baisèrent les mains. Voici ce que dit celui-ci : « Epargnez-moi, pour Dieu ! > je suis le plus grand pécheur parmi tous, un vieillard un » pied déjà dans la tombe, qu'accablent ces respects ; ce » serait plutôt à moi à me prosterner devant vous et à m'in- 0 dîner devant vos dignités souveraines. Mais ce n'est ni » désir de gloire ni appétit de fortune qui m'amène vers 9 vous. Je viens pour celui qui a été, en tant de manières, » votre serviteur et que vous avez abandonné à de tels trai- » tements. Lui qui vous a lavés de l'eau du baptême, vous » l'avez laissé sans défense entre les mains de ceux qui lui » ont crevé les yeux. Donnez-le moi, et ensemble nous irons y» pleurer nos péchés. » L'empereur promit, mais il n'était pas maître de la populace de Rome, cette indigne populace qui quelques jours auparavant avait acclamé Philogathe comme son pontife, et qui l'arracha de sa prison pour lo promener dans toute la cité, mutilé, les vêtements sacerdotaux déchirés sur lui, monté à rebours sur un âne dont il tenait la queue entre les mains. Saint Nil en fut si affligé que l'empereur^ n'osant pas se présenter devant lui, lui envoya
Sylvestre II et le C'est Grégoii'e V qui avait élevé sur le sîége de
premier appel aux >^ , , ,,.v *,
fcroisades. RaveiHie Gerbert, dont nous avons déjà parle, et qui lui succéda sous le nom de Sylvestre II (999- 1003}.
Ce grand Poulife eut un trop court pontiGcat
ua archevêque de sa suite sur réloqueiice duquel il comptait ; mais le saint lui dit : c< Allez dire à Tempereur et au » Papt^ : ainsi parle ce vieillard. Vous m'avez accordé cet » aveu ;lo, non p:ircc que vous me craigniez ou me redoutiez, » mais parce que j'ai invoqué le nom de Dieu en sa faveur. » Par conséquent, ce que vous lui avez fait souffrir de plus, » ce li'est pas à lui, mais c'est à moi que vous Tavez fait, ou » plulùt à Dieu lui-même. Sachez donc qu'ainsi que vous » n'avez pas eu pitié de celui que Dieu vous avait livré entre » les mains, votre Père n'aura pas pitié de vos péchés. » L'archevêque continuant à excuser l'empereur et le Pape, le vieillard baissa ta tète et feignit de s'endormir. Aussitôt saint Nil monta à cheval avec les frères qui Pavaient accompagné, et marchant toute la nuit, il retourna à son monastère.
Vous voyez quelles lumières traversent ce siècle que l'on s'est plu à appeler le siècle obscur, le siècle ténébreux, quels courants de charité dans celui que Ton a appelé le siècle de fer. On se surprend à se demander si de tels temps ne valaient pas mieux que les nôtres. En ces temps-là, l'humble enfant d'une chaumière des environs d'AurilIac devenait l'àmc, le conseil, l'hôte habituel du jeune empereur OthonllI. tie voudrais, mais les limites que je me suis imposées ne me le permettent pas, vous citer la lettre admirable (pour tout ce qui regarde le pape Sylvestre II, voyez sa vie par Hock) par laquelle Grerbert, déjà archevêque de Reims, répond à
pour que ses émineates qualités aient pu y laisser uoe trace digne de lui. Si les bornes de cet ouvrage me le permettaient, je voudrais vous citer la lettre qu'il adressa à toute la chrétienté pour rappeler au secours des Lieux-Saints ; ce feu de charité vaut encore mieux que toute sa lumière de science. Ce fut le premier appel aux croisades, et qu'on ne Toublie pas, parti non d'un cœur tout entier à l'enthousiasme , mais d'un cœur profondément sérieux, d'une âme aussi éclairée qu'ardente, d'un homme non dans l'ardeur de sa jeunesse mais dans la profonde maturité de cette vieillesse forte, nullement diminuée, qui parait être le partage des seuls grands hommes. Cet appel fut entendu, car les Pisans armèrent plusieurs vaisseaux pour venir au secours de la Terre-Sainte. C'est donc bien à cette année, la millième de notre ère, qu'il faut rattacher l'origine des croisades.
Ce dixième siècle passe généralement pour le^^^^p/^fj^'^^'®*; siècle le plus ténébreux de notre histoire : Leibnilz
sou royal ami qu'il accepte et accourt auprès de lui ; cela est plus haut, plus attendri, plus fier et en même temps plus respectueux que les billets d'Horace à l'empereur Auguste ; il n'y a que les grands siècles des origines pour produire de tels documents.
siècle.
cepeodant (1) est d'un autre avis et le place assez haut. Ce que rou peut dire de plus iocoutestabie, c*est qu'il y eut uu sérieux effort pour trausporler chez nous les seieuees qui brillaient chez les Arabes, et un sérieux effort aussi à composer des ouvrages d'ensemble sur T Écriture et le droit canou ; sous ce dernier rapport Ton doit surtout remarquer Barcbard, évêque de Worms, et Daustan, archevêque de Gantorbery, et sur le premier Olyniplodore et OËcumenius.
Jean xvn en;anti- A Sylvcstrc II succéda Jean XVII (2), qui ne régna que quelques mois, et à celui-ci Jeaa XVIIl,
JeanXyin;persé-
cuuon en i»aic8- dont fe pouiificat va dc 1004 à 1009, Les commencements de son règne Turent signalés pai* un redoublement de cette persécution contre les chrétiens de la Terre-Sainte que Sylvestre H avait dénoncée à rÉglise universelle. Elle parait avoir eu pour exci-
II) Dan» sa préface à son Code du droit des nations, il le place sous ce rapport, avant ceux qui le suivent, et même le xiu« et le XIX* siècles.
(2) Entre Jean XV et celui-ci qui prend le nom de Jean XVII, s'était placé un anti-Pape dont nous avons déjà parlé, ce Jean Philogatho contre lequel Grégoire V avait invoqué l'enapereur Othon II et qui avait pris le nom de Jean XVI.
tant surtout te concours des pèlerins aux Saints- Lieux. Afin d'enlever tout motif à ces pèlerinages, et sur le conseil des Juifs, dit -on, Halcem, calife fatimite d*Égypte, fit détruire Téglise du Saint- Sépulcre (1).
Il y avait plus que des ambitieux à monter sur le trône de saint Pierre, en ces temps-là, puisque nous voyons le pape Jean XYIIl abdiquer, après^uo règne de cinq ans, pour se retirer dans un mouastère aux environs de Rome (2j.
Après le court pontificat de son successeur, Ser- sergius iv. gius lY (1009-1012), la chaire pontificale fut occupée pendant près de douze ans par Benoit Vlil (1012- ^^teniuiie!''. i02/i). Nous n'avons à y remarquer qu'un nouvel effort des Grecs pour arracher Tltalie au Pape et à L'empereur d'Occident, effort qui fut considérable puisqu'il ue put être vaincu que par Tempereur saint Henri, en personne, et à la tête de troupes considérables. Déjà les Normands avaient fait une apparition rapide dans la Péninsule. Le Pontife sut
fl) Longueval, t. IX, Ceiliier, tom. XX.
{2> L'abbaye de saint Paul. Nous no savons pas sur quoi se sont appuyés quelques critiques modernes pour nier ce fait que raconte Platine, et que ne repoussent ni Baronius, ni Fleury, ni Ducbône, dans son Histoire des Papes,
Jean XLX ; clal il.
rEiintpc.
— noies utiliser contre les Grecs; les actions de ce Pape ont toutes de la grandeur i).
Ce fut le frère de Benoit VIII qui lui succéda sous le nom de Jean XIX (1024-1033).
Le courant des pèlerinages aux Saluts-Lieux, un moment interrompu par la persécution contre les chrétiens et la destruction des monuments religieux, avait repris avec plus dMntensité. En Tannée 1026, nous voyons un abbé de Saint-Vannes, du nom de Richard, aborder aux rivages de la Palestine à la têlede sept cents pèlerins. C'était déjà une véritable troupe de guerre, capable de se défendre, et que défrayait Richard, duc de Normandie. Cela valait mieux que de guerroyer chez soi, car eu ces temps-lù, les guerres de château à château et de clocher à clocher avaient repris avec une telle violence, qu'en Tannée 1027, le pacte formé pour maintenir la paix était débordé à ce point que les évèques étalent obligés de lui substituer celui de la
(Ij Ce Pontife eut à soull'rir d'un anti-Pape, du nom de (irégoire, que les Romains lui opposèrent ; ce dernier parvint même à le chasser de Rome, et il fallut que l'empereur vint en personne pour Ty replacer sur son trône.
trève-Dieii, réduisant à certains jaurs la suspension des hostilités (1).
Ce désordre nuiversel donna lieu à une des créations les plus saisissantes, et cette fois-ci absolu-
l) Ou u'aurait poiat une idée exacte de l'état de désolation dans lequel la guerre avait jeté les contrées dans lesquelles les efforts des évoques n'avaient pas réussi à établir le pacte de la paix ou celui de la trève-Dieu, si ou ne s'arrêtait pas à écouter la voix de (juelques-uns des Conciles qui furent tenus dans ce dixième siècle, sur presque tous les points de l'Occident et surtout des Gaules, sous la pression prédominante de cette préoccupation. Voici comment l'abbé Odolric s'exprime dans un Concile tenu à Limoges en 1031 (Ceillier, tom. 23, Longucval, lom. 9) : « Si les seigneurs ne s'accordent pas à » faire une bonne paix, jetez un interdit sur tout le Limousin. » Qu'on ne donne la sépulture à personne, excepté aux clercs, » aux pauvres mendiants, et aux petits enfants de l'à^o de » deux ans et au-dessous. Que roflice divin se fasse secrète- » ment dans toutes les églises ; qu'on accorde cependant le B baptême à tous ceux qui le demanderont ; que vers neuf » heures du matin on sonne les cloches dans toutes les » églises, et que tous les habitants, prosternés la face contre » terre, fassent des prières pour la paix ; qu'on donne seulen ment la pénitence et le viatique à la mort ; que les autels » soient dépouillés comme le vendredi saint ; rju'on voile les » croix et les autres ornements en signe do tristesse et de n fleuil publics ; qu'on no couvre les autels que durant les » messes, que les prêtres disent à voix basse et à huis-clos ; » que, durant cet interdit, nul ne se marie, nul ne donne le » baiser à un autre ; que nul, soit clerc soit laïque, môme
ment originale, de la civilisation chrétienne, celle de la chevalerie 1 1}.
La Gn du pontifical de Jean XiX entre naturellement dans le cadre lugubre des circonstances générales qui dominent en Occident. En 1033, le jour de la fête de saint Pierre, quelques-uns des
1) le voyageur, ne mange de chair dans l'étendue du Limousin » et n*use que des aliments permis en carême. De plus, que » nul, soit clerc soit laïque, ne se fasse couper les cheveux » ou raser la barbe, jusqu'à ce que les seigneurs, qui sont » les chefs du peuple, rendent une entière obéissance au » Concile. »
Il n'est pas dit que le Concile ait statué selon tous les conseils d'Olric ; mais do telles paroles de la part d'un homme sage et important, dévoilent avec énergie l'étendue du mal. C'est là une fie ces situations qui vont rapidement à la ruine lorsqu'elles ne sont pas promptement régénérées par des remôdes proportionnés aux maux.
(l) 11 est si vrai que son origine est religieuse, et que le chevalier se considérait comme le prêtre du dehors, ainsi que l'empereur se considérait comme l'évoque du dehors, que le jour qui précédait celui où il était armé chevalier, il s'y disposait par le jeûne, la veille, la prière, le bain, symbole de la pureté intérieure, la confession et la communion, et que par le serment par lequel il se liait il s'engageait à la défense de la foi catholique, des églises, des veuves, des orphelins, des faibles, et en général de tous ceux qu opprimait une société toujours en guerre et dans laquelle celui qui était sans défense était nécessairement destiné à être tôt ou tard victime.
principaux parmi les habitants de Rome cherchèrent à Tassassincr, et n'ayant pas pu y réussir ils le chassèrent de Rome. Conrad quMl avait sacré luimême empereur, et auprès duquel il se réfugia, le ramena lui-même à Rome où il mourut Tannée suivante. Un de ses propres neveux, comte de Tusculnm, fit élever son fils âgé de dix ou douze ans (1), sous le nom de Benoit IX (1033-1044). ^tïS^evoiinSre'* C'est là, sans contredit, une des injures les plus sanglantes faites à la chaire de saint Pierra Ceci se passait en Tannée J033 ; en 1038, les Romains ayant chassé cet enfant à qui Ton avait donné le nom de Benoit IX, l'empereur Conrad accourut pour le rétablir. Enfin, en Tannée 1045 (2), il consentit à se retirer, tant il est vrai que, p'rir le seul effet de la force même des choses, un mauvais pape serait forcé, tôt ou tard, à descendre du siège redoutable où un de ces événements, auquel Dieu ne s'oppose pas toujours, serait parvenu à le faire monter.
(i) Novaês pense cependant qu'il avait dix-huit ou vingt ans ; mais il n'en donne pas de preuves.
(2) En Tannée 1044 disent les autres ; cela parait plus probable, puisque géitéralement on s'accorde à placer en cette amiée Tavènement de Grégoire YI.
C'était un moine d'un monastère situé sur le uiont Aventin, à Rome, qui avait été chargé de négocier auprès de Benoit l'acte de son abdication, et pour l'y déterminer il s'était engagé à lui faire assurer une pension de quinze cents livres de deniers. Ce Tut lui que le peuple et le clergé nommèrent à la place de Jean, et il échangea son nom de Jean Gratien pour celui de Grégoire VI (lOftft- 10&6). L'année suivante, dans un Concile ténu à Sutri pour régler les affaires de l'Église romaine, il lui Tut suggéré que sa nomination, faite après une convention d'argent conclue par lui avec son prédécesseur, pourrait être considérée par quelquesuns comme entachée de simonie. Certes, cette appréciation n'eût pas été fondée, car il n'était pas rare que l'ou attribuât aux évoques ou clercs démissionnaires des pensions, et ce n'était presque toujours que justice. Cependant, Grégoire descendit pour cette seule crainte du trône pontifical, pour rentrer dans sa cellule de moine, et un tel héroïsme d'humilité et de simplicité chrétiennes font bien oublier les douze années de pontificat de Jean XIX.
Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans l'histoire de la Papauté à cette époque, en prenaot
depuis la mort de Gbarlemagne jusqu'à ravéncment conversion tuchris
tianisme du Danc-
de Grégoire VII, afin d'avoir uue vue d'ensemble, de*'''iï*®Norvfg^^^^ c'est que son action dans la conversion des Barbares ëo!L?d!uGro^u'e~
la Moravie, la B(%-
ne fui nullement empêchée par les maux qui l'acca- uSoi^i^Xt blaient au centre même de son action. ^"^
Nous voyons d'abord, dès 822, le pape Pascbal envoyer comme arbitres, d'abord en faveur d'un roi de Danemark du nom d'Herald que ses sujets avaient chassé, et surtout comme missionnaire de rÉvangile, Ebbon, évéque de Reims, et le moine Halitigar. C'est par eux et avec eux que le ChristiaDismc franchit les frontières de l'antique Scandinavie. Mais le véritable missionnaire de l'Évangile dans ces contrées fut Anschaire, qui fut aidé dans cette œuvre par ce même Herald qui était part' avec lui après avoir été baptisé à Mayence. Ce grand apôtre travailla avec tant de succès à cette oeuvre immense que, s'appuyan t sur l'évêché d'Hambourg que le Pape venait de créer comme centre des opérations évangéliriucs dans le Nord, il put être nommé son légat non- seulement pour le Danemark, mais encore pour la Suède et la Norvège. Quelques années plus tard (8&9], un de ces mou- Yemenls qui signalent en tous lieux les origines
évaDgéliques ayant chassé Anscbaire de Hambourg, le pape Nicolas P' réunît cet évêcbé à celui de Brème et y transporta Tapôtre de la Scandinavie. Avant de mourir (865), il avait fait plier sous sa parole évangélique les rois Erith et Oiof, et imprimé ainsi aux assises du Christianisme en Suède et en Danemark, cette solidité que peut seule leur communiquer l'adhésion des pouvoirs politiques. Ce fut vers le milieu du onzième siècle que rétablissement du Christianisme dans ces régions, après maintes vicissitudes, devint définitif, quoique Tancienne superstition y conservât encore quelques idoles, par les soins de Canut-le-Grand, dont tous les efforts tendaient à réunir les deux royaumes de Norvège et de Danemark , et qui donna pour sanction principale à cette œuvre la consolidation de la foi en Danemark, et à cet effet, rattacha cette* nouvelle Église à celle de Rome par des liens encore plus étroits qu'auparavant. C'est dans ce but qu'il vint plusieurs fois à Rome avec l'humilité d'un pèlerin.
Lorsque Cauut-le-Grand avait entrepris cette réunion de la Norvège au Danemark sur la base de l'unité de foi, déjà, et à partir des preniières années
du dixième siècle, la Norvège avait eu des missionnaires étrangers et, même, fort ardents à sa conrerston, ses propres rois nationaux. La réunion n'eut pas Ijeu, et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ce fut le plus ardent ennemi de celte réunion, qui d'ailleurs succomtia dans une croisade dirigée contre elle, le roi Olor-le-Gros ou le saint, qui travailla le plus activement à sa conversion en y employant surtout des onissionnaires anglais et allemands. La foi ne Tut pas ébranlée dans les évècliés de Bergen, Stavanger et Hammer, qui remontaient à cette époque.
LMsIande avait été découverte en 861 par les Normands ; en l'an 1000, le Christianisme y fut reçu par acclamation dans une assraiblée populaire. Cette même année, les Islandais découvraient et convertissaient le Groenland.
Après la race Germanique, et plus nombreuse que la race Saxonne, l'on trouve les Slaves qui s'étendent de la Baltique à l'Adriatique, et de la Saal à l'Oural. L'empreinte asiatique y est très*fortement raarqnée : mépris de la remme, obéissance passive aux supérieurs, galté légère, tout le contraire des Germains que des Temmes conduisent au combat,
électeurs de leurs souverains et toujours indépeudants, dUme humeur sereine mais grave, et avec un penchant marqué à la mélancolie. Même influence des poètes chez les Slaves que chez les Asialiques, même idolâtrie bizarre et cooApliquée, même courant des diverses nationalités vers quelques sanctuaires privilégiés.
Ceux qui étaient riverains de l'Adriatique, les GtxMtes, demandèrent des missionnaires à Gonstantinople. L'empereur Constantin Pogonat les adressa au Pape comme faisant partie du domaine de l'Église romaine. Dès 879, l'on troave des évoques chez eux.
De tous les Slaves, ceux qui habitaient la Garintbie, la Carniole et la Styrie, furent les premiers convertis par leur contact avec les Francs. Dès 870, leurs églises furent réunies à l'évécbé de Salzbourg.
La Moravie avait été convertie par des missionnaires de l'Église grecque, Cyrille et Métliodius. Ils se bâtèrent de la rattacher à l'Église de Rome, en obtenant de Jean YIII la permission de conserver la langue slave dans la liturgie.
La conversion de la Bohême fut le contre^coup
de celle de la Moravie. Maislorsqu'en 967 Jean XIII autorisa la création de révêché de Prague, ce fut à la condition qu'on 8*y servirait du rit latin.
Ce fut par l'entremise de Teinpereur Othon I*', que le pape Jean XII 1 fonda Tévèché de Posen, le premier monument authentique d*un établissement solide du Gliristianisme en Pologne.
La Hongrie avait été convertie par des missionnaire^ de Constantiuople. Quelques années après, son souverain, le duc Geisa, Tunit parles liens les plus étroits à TÉglise de Rome et à Tempire d'Occident. Dès ses premiers jours, celte église eut le bonheur d'avoir un saint en la personne du duc Etienne. Déjà le courant était si prononcé vers Rome qu'Etienne obtint du pape Sylvestre II d'y bâtir on hôpital pour les pèlerins.
Gharlemagne avait arrêté, à l'Orient et an Mord, une invasion de ces mêmes barbares qui, sous le Dom de Turcs, devaient, surtout au Midi, le menacer quelques années plus tard et même y pénétrer par de nombreuses et profondes infiltrations. C'étaient les barbares de la mer Caspienne, du Volga et du Caucase, connus dans cette invasion sous le nom d'Avares, deChazares et de Bulgares. Ces barbares,
rcrotilés dans la Bulgarie et dans les coïKrées qui Tormenl aujourd'hui la Russie d'Euit){H3, furent convertis nu Chrisiianisme par des missionnaires Grecs, mais se rattachèrent, dès le commencement, à la suprématie de Rome. Ce n'est qu'au xv* siècle, et longtemps après que le schisme de Photius eut été consommé par Michel Cerniarius, que la Russie se sépara de l'Église romaine.