Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe
CaracUrc de Jean XXil. — Son administration. — Son zèle pour b toi. — Scs rérormes. Chancellerie romaine. — Tribunal de la Rota. Finances de la Papauté tous Jean XXll. — Annales, réserves, conimcndcs, grâces expectatives, dc> cimes. — Trésor laissé par Jean XXII. — Ce qui a empeebé le succès d’une partie dos desseins de ce pontire.— Dernières relations de Jean X.XII avec Louis de Bavière. ~ Projet de croisade. Vision béatifique; opinion du pape sur celte question. ~ Profit que Louis de Bavière et les Fr.inci$cains rebelles essayent d’en tirer. ~ Mort de Jean Wll. ^ Premier conclave d’Avignon. — Élection de Benoît XII. — Histoire de ce pontife. — Son caractère, son zèle pour la bonne discipline. — Sa scTcfflé dans l’administration de l'Eglise. — H forme le dessein de retourner en Italie. — Commencement de Pétrarque. — Sa passion pour Loure de Noves. — Il complimente le pape sur son dessein. — Ce dessein écbouc. ~ Benoît XII fait bâtir le palais pontifical. — Il termine les controverses sur la vision béatifique. — ^cs rapports avec Louis de Bavière. Il cherche à gagner ce prince par la modération. — >Ses efTorts n’aboulissenl point. ~ Trêve entre la France et l’Angleterre. — Pertidic et immoralité de Louis do Bavière. — Nouveaux projets de croisade.— Grande victoire d’Alphonse XI, eu Espagne, sur les Maures. — Légation du cardinal Bertrand de Deux en Italie — Tentative pour U réunion des Églises grecque et Latine. — Le moine Barham. — Couronnement de Pétrarque au Capitole. — Finances de BeiioU XII. — Mort de ce pontife.
On ne connaîtrait qu’imparfaitement l’histoire si, après en avoir étudie les événements, on n'étudiait encore la
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mSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. VI.
personnalité des hommes qui y ont été mêlés. Leur caractère, leur génie, leurs vertus et leurs vices, n’exercèrent-ils pas aussi une grande influence sur le siècle où ils vécurent?
Jean XXII avait des mœurs simples, aimait la retraite et fuyait la représentation. Quoiqu’il n’eût jamais été moine, ses habitudes ne différaient pas de celles d’un moine. Sa vie était frugale; on ne servait sur sa table que des mets peu délicats, et il ne faisait qu’y passer. Sa dépense journalière mérite à peine d’être citée. Voici quelle était sa manière de vivre. Chaque nuit il se levait pour réciter l’office, selon l'usage des religieux, puis il se livrait à l'étude. De grand matin il célébrait la messe. Le temps qui suivait était consacré à donner des audiences, pour lesquelles il se montrait d’une extrême facilité. Il mettait une rare exactitude dans l’expéditiondes affaires (t). Quoiqu’il eût un teint pèle, une voix grêle, une taille exiguë, tous les caractères d’une complexion faible et délicate (2), sa santé était forte et ne se démentit jamais (5). A un âge trèsavancé, il travaillait des journées entières sans se fatiguer. D’un tempérament bilieux, il en éprouvait quelquefois les fâcheuses influences (-{) ; mais, le plus souvent, par l’empire que la vertu lui avait fait prendre sur lui-même et parla vigueur de son caractère, il savait maîtriser ces mouvements de vivacité. Du reste, il y avait dans lui une sévérité inflexible, une volonté absolue et qui brisait tous les obstacles.
L’histoire n’offre pas, si ce n’est peut-être dans un roi
(1) Modeslo fu e sobrio in suo vivero, e più aneava vivande grosse che délicate, in sc proprio pocco sprndca. Quasi ogni notte si levava a dire l’ofUcio c studiare e le più matline dicea messa c assai era lalino di dare audienzae assai tosto spidiva. (Giov. Vill., I. Il, c. xx.)
(2) Fuit pallidus, stalura et voce piisillus. (Alb. Argent., p. 125.)
(5) Fu [Tosperoso. (Giov. Vill., loc. cit.)
(4) Fu collerico, e tosto se movea ad ira. (Giov. Vill., loc. cit.)