ÉLECTION D’URBAIN V
légations difficiles et importantes en Italie. Ce fut lui qui, en 1552, conclut, entre l'Église et l'archevôque Giovanni, le traité qui concédait aux Visconti la souveraineté de Bologne pendant douze ans (1). Pendant cette même légation, il termina avec le marquis de Ferrare une autre affaire non moins avantageuse au Saint-Siège (2). Innocent VI l'envoya de nouveau à Milan ; enfin, quand arriva la mort de ce pontife, Guillaume retournait pour la troisième fois en Italie, dirigeant cette fois ses pas vers le royaume de Naples. Sa mission était de présenter à la reine Jeanne les condoléances du souverain pontife à l’occasion du trépas de Louis de Tarente, son époux ; de veille?*, pendant le veuvage de la reine, à ce que le royaume ne souffrît aucun dommage et que rien n’y fût entrepris contre les droits suzerains du Saint-Siège apostolique (5). Il était alors âgé de cinquantetrois ans (4).
La nouvelle de la mort d’innocent VI l’atteignit à Florence (5), mais elle ne l’empêcha point de continuer sa route. Ce fut è Corneto, où il était sur le point de s’embarquer pour le lieu de sa nonciature, que le messager expédié par le conclave lui remit le décret de son élection. Au lieu de faire voile pour Naples, il fit voile sur-le-champ pour la France, prit quelque repos à Gênes (6), et arriva le 28 octobre à Marseille. Le même jour il envoya son consentement aux cardinaux, encore enfermés dans le conclave, et, le 51, il fil secrètement son entréc.dans Avi-
(1) Lcscalc, 1. V, p. 255.
(2) Baluze, t. I , p. 978 cl 979. — Vita Urban! V, ap. Ducheane . t. I. p. 408.
(5) Raynald, ann. tS62, n° 2. — Baluze, ubi supra.
(4) Papyre Masson, p. 500.
(5) Malt. VIII., loc. cil.
(0) Georgii Slellæ Annales Genuenses, Murat., t. XVII.
gnon (i). Le lendemain, l’élection, qui avait été jusquelii tenue cachée, fut solennellement publiée aux applaudissements unanimes du peuple. Le dimanche suivant, 6 novembre, il reçut la consécration épiscopale et la couronne papale des mains du cardinal de Maguclone, Audoin Aubert, et prit le nom d’Urbain V. Un de ses biographes remarque que la cavalcata, usitée au couronnement des souverains pontifes, n’eut point lieu à celui d’Urbain V, quoique tout eût été préparé pour cela. La modestie du nouveau pape lui fit supprimer cette brillante parade (2).
Le choix que l&s cardinaux avaient fait, contre l’usage, d’un sujet étranger au Sacré Collège pour l’élever sur le siège de Pierre, avait d’abord excité quelques murmure.s; mais le mécontentement fit bientôt place à l’opinion que l’élection d Urbain V était 1 effet d’une inspiration divine (ô). « Saint-Père, lui écrivait Pétrarque, ne croyez O pas qu’aucun des cardinaux ait jamais songé, je ne dis « pas à vous faire pape, mais à demander que vous le fus- « siez. C’est Dieu seul qui vous a élu, en mettant votre « nom dans leur bouche (A). » Le mérite personnel de l’élu semblait, en effet, justifier une telle opinion. Urbain V n’avait pas, il est vrai, un génie transcendant, mais il possédait une réunion de qualités peut-être plus rare que la supériorité du génie, ün admirait chez lui de grandes lumières jointes à beaucoup de modestie, une piété scrupuleuse sans la moindre faiblesse d’esprit, de la grandeur
(1) SegrctamenU'. (.Matt. Vill., toc. cil.)
(2) Libro del PolUlore, Murat., Ruruin ital. scrijit., l. XXIV, p. 846. — Raluzc, t. I, p. ItKl cl scq. et 976.
(3) Coiilin. Giillîel. de Nangis. ap. Dachery, Spicileg., t. II, p. 129.
(4) ISemo te fallat, paler, nemo libi persuadeat esse aliquem tuorum cardinalium, qui vel semcl iinquam cogitaveril le ad papatuni, non dicam promoverc, sed poscerc... Deus te profeclo, Deus, inquam, solus et nemo inorlaliuin, le elegil. (Senil., 1. Vit, ep. i.)