‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 116 sur 146 · SAINT ELZÉAR DE SABRAN · texte numérisé non relu

SAINT ELZÉAR DE SABRAN

ché (1), soit que le bon sens d’Urbain lui fît mépriser une précaution qui ne servait qu’à accréditer une fable absurde, soit que déjà le crédit de celte fable fût tombé même aux yeux du vulgaire (2),

Parmi les actes religieux accomplis par Urbain V, nous ne devons pas oublier la canonisation d’Elzéar de Sabran. Nous avons parlé des obligations que le pape avait au serviteur de Dieu. EIzéar de Sabran, baron d’Ausonis, seigneur de Cadenel, comte d’Ariano et grand justicier de Naples sous le roi Robert, montra sous l’armure des chevaliers, et au milieu des délices de la cour, la piété d’un anachorète. Uni de bonne heure à un ange de beauté, Delphine de Signe, il sut inspirer à celte compagne l'esprit qui l’animait et contracta avec elle l’engagement héroïque de garder une chasteté perpétuelle. Pendant les trente-huit ans qu’il vécut sur la terre, le monde put admirer en lui une modestie virginale, une douceur inaltérable, une charité sans bornes. Le jour où il rendit le dernier soupir, personne ne doutait que celle âme sublime n’eût pris son vol vers les cieux .

Depuis 1325, époque de la mort d’Elzéar, son tombeau n’avait pas cessé d’èlre glorilié par des miracles, et le vœu unanime du clergé et du peuple appelait sa canonisation. Les étals de Provence la demandèrent à Clément VI par une députation solennelle. Clément VI céda à un désir si hautement exprimé, et ordonna des procédures qui furent poussées avec activité. Mais ni lui ni son successeur ne décidèrent rien. 11 était réservé au pontife à qui EIzéar avait doublement rendu la dignité humaine de décorer son front

(1) Baluze, p. 380 et seq. — lier ilalicuni, p. 774. — Preuves de l’hisloire des cardinaux français, p. 400.

(2) On ne conçoit pas comment des hommes du mérite de Lenfaut et de Spanheim ont pu consacrer leur talent à raviver ce conte ridicule.

mSTOlBE DE LA PAPAUTÉ, UV. XI.

de la céleste auréole. D’autre part, Urbain V semblait n’avoir retardé un instant ce triomphe que pour le rendre plus solennel en le décernant dans la cite des martyrs. Ce fut le 15 avril 13(i9 que le pape paya à son noble parent ce grand tribut de reconnaissance. Rien ne pouvait être plus touchant que le spectacle d’un chef de l’Église proclamant la sainteté de l'homme auquel il devait luimême le titre de chrétien. Urbain prononça, dans cette circonstance, une chaleureuse allocution qui émut tous les assistants. On dut s’étonner alors que l’angélique Delphine n’eût pas été unie dans ce brillant triomphe à son vertueux époux, carie pape avait déjà rempli la formalité de l'enquête. « Nous scruterions en vain les motifs de « cette omission, dit l'éloquent historien du noble couple. « La glorification de la sainte ne vint que plusieurs an- « nées après, cl son caitc, quoique d’une plus fraîche « date, n’en est pas moins devenu l’heureux rival de celui « de son époux (1). »

Ces soins de sa piété ne faisaient pas perdre de vue à Urbain ceux de l’adminislration. 11 s’occupa d’abord de reconstituer le gouvernement de la capitale. Pour consoler les Romains, qui voyaient avec peine à la tête delà république un sénateur étranger, et en même temps abolir l'innovation injurieuse au Saint-Siège des réformateiii’s, il créa une nouvelle magistrature composée de trois membres qui prirent le nom de conservateurs, et devaient fonctionner sous la dépendance du pape conjointement avec un sénateur d’origine étrangère. Ce dernier s’intitula sénateur par la grâce du Saint-Siège, et ses pouvoirs ne devaient durer que six mois (2).

(1) L’abhé Rose, Éludes sur le quatorzième siècle, p. 579. — Baluze, t. i. p. 585.

(2) Gigli, ap. Viul, l. I. p. 502.

nÈÜLEMENTS D'URBAIN V. 385

Cependant, ces reformes d’Urbain, si sages et si importantes qu’elles paraissent, ne portaient pas encore sur le mal. Les souverains pontifes avaient dans Rome un foyer d’insubordination d’où partaient toutes les révolutions qui changeaient la face de la ville. C’était la puissance des bannerets. Ceux-ci, dans le principe, s’appelaient capporioni, ou chefs de quarlirr, parce qu’ils présidaient aux treize régions de Rome. Mais, comme chaque région avait sa bannière, handiera, ils prirent, en 13G2, le nom de bannerets, banderesi. Quoique le pouvoir de ces magistrats eût été de tout temps considérable à cause de leur influence sur la multitude, il ne s’était jamais élevé aussi haut que dans le moment où ils changèrent de nom. Alors l’administration de la république se trouva presque tout entière dans leurs mains ; avec le droit de vie et de mort, ils avaient la garde de la ville, dirigeaient la presque totalité des affaires publiques, et ne laissaient au sénateur que le soin de rendre la justice. Il fallait soumettre ou annihiler cette magistrature. Urbain V choisit ce dernier parti et l'abrogea. Mais nous verrons qu'il ne réussit qu'imparfaitement à en neutraliser la pernicieuse influence (1).

Il rappela ensuite de Bologne, sans que l'iiistoire dise pourquoi, le cardinal Androin de la Roche, cl lui substitua, avec le titre de gouverneur général de l'Klat ecclésiastique, son frère Anglic Grimoard. La discorde ayant éclaté dans le royaume de Naples entre quelques-uns des grands barons, et cette discorde troublant le repos public, il y envoya en qualité de légat le cardinal d’Aigrefeuille l'ancien. Bientôt la reine de Naples elle-même se transporta à Rome pour rendre ses devoirs au pontife. Elle y trouva le roi de

(1) Bonincoiitrius, Murat., l. XXI, p. 18. — Miirat., Anliquit. ital. inedii ævi, t. II, p. 8ü7. — Vital. Storia diplom., l. l, p. 505. — Bzovius, ann. 1570. n° 5.

Chypre, qu’un nouveau projet de croisade avait attiré une seconde fois en Occident. Celte rencontre donna lieu à un incident singulier. On était alors au milieu du carême, époque où le souverain pontife bénit la rose d’or pour en fairehouneur à quelque prince chrétien. Contre ratlcnte générale, Urbain V donna la rose de cette année à la reine de Naples, quoique le roi de Chypre se trouvât présent. Le motif de cette préférence fut la prééminence du royaume de Naples sur celui de Chypre (I). Elle ne laissa pas néanmoins d’exc'iler des murmures. 11 y eut des cardinaux qui blâmèrent ouvertement la conduite du pape, cl l’on alla jusqu'à lui dire en face qu’on n’avait jamais vu une reine recevoir la rose d’or en présence d’un roi. Urbain fil taire ce reproche en répondant avec beaucoup d’esprit: «qu’on n’a-. « vail jamais vu non j bis d’abbé de Saint-Victor de Mar- « seille pape (2).

L’abbaye du Mont-Cassin, ce berceau de l’ordre de Saint- Benoît, attira son attention. Un tremblement de terre avait renversé une grande partie des bâtiments, il en fil relever les ruines. Une suite d’administrations faibles avaient laissé s’introduire le relâchement parmi les religieux, dont un grand nombre avaient adopté une manière de vivre toute séculière ; il éloigna ces moines peu réguliers, et appela à leur place, des monastères voisins, ceux qui se distinguaient par leur piété. 11 ne s’agissait plus que d’entretenir l'esprit de ferveur dans cette communauté ainsi renouvelée, en mettant à la tète un abbé qui donnât par sa vie l’exemple des vertus, et maintînt par la fermeté de son caractère la sévérité de la discipline. Longtemps il le chercha sans le trouver parmi les monastères de l’ordre. A la

(I) Baluze, 1. 1, p. 381.

{ïj Dimitlalis ista verb.t, quia cliam iiun>|uara fuit visum quod abbas Massiliensis fuisset papa. (Itcr ilalicum, p. 771.)

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