AFFAIRE DE LOUIS DE BAVIÈRE. CI
.souverain pontife qu'on pouvait désormais se passer de lui. Dans l’audience qu'il donna à Albert, Benoit parla sévèrement du prince bavarois, et lorsque l'envoyé, pour le calmer, rappela que Sa Sainteté avait naguère tenu un langage plus doux sur son maître, le pape se prit à sourire et repartit qu’ apparemment ce prince voulait rendre le mal pour le bien (t). Benoit ne fit pas d'autre réponse à l'insolent message de la diète. Mais il envoya en Allemagne Arnaud de Verdala, en qualité d'internonce, pour rechercher les causes de l’inconstance de Louis, lui montrer qu’il cédait à de pernicieux conseils, et attirait sur sa personne la rigueur des jugements divins. Verdala s’acquitta de sa mission avec zèle, mais ses efforts n’aboutirent <à tirer de Louis que ces deux propositions banales : 1° qu’il laissaitle Saint- Siège arbitre de tous les différends qui exi.staient ou pourraient s’élever entre le roi de France et lui ; 2° que dans le démêlé qui divisait la France et l’Angleterre, si Philippe de Valois choisissait le pape pour arbitre, Edward consentirait volontiers à prendre Louis, pourvu qu’on le rendit à la communion des fidèles. Ces deux propositions, ayant été discutées dans le conseil des cardinaux, furent jugées inadmissibles : la première parce qu’elle était sans but, la seconde parce qu’elle était peu honorable auSaint-Siége (2). Ainsi tout échouait.
Cependant on avait compris à Avignon que le plus grand obstacle à la pacification de l’Allemagne, comme au succès de bien d’autres affaires importantes, était l'inimitié de la France et de l’Angleterre, et l’on y poursuivait activement la réconciliation de ces deux puissances. Quelque animés que leurs chefs fussent l’un contre l’autre, il n’é-
(1) O Tult ergo pro bénéficie malum reddere. (Alb. Argent., p. 129.)
(2) Raynald, ann. 1558, n" 17, et aiin. 1559, n° 6.
tait pas impossible de faire comprendre à Edward que ses prélentionsà la couronne de France n’étaient point raisonnables; qu'une collision sanglante et inutile en serait l’unique résultat : que la fierté française ne souffrirait jamais de se voir soumise à un prince étranger. D’un autre côté, on pouvait amener Philippe de Valois à faire des concessions sur quelques points. Pierre Cornez, cardinal de Sainle-Praxède, et Bertrand de Montfavet, cardinal de Sainte-Marie in Aquiro, envoyés dés l'année 1337 pour faire valoir ces considérations auprès des deux monarques, avaient toute l'habileté et toute la modération qu’on pouvait désirer pour l'accomplissement d’une telle mission. Mais, de l’autre côté de la Manche, on soupçonnait Benoit XII de partialité envers la France. Ce préjugé exerça une influence fâcheuse, et neutralisa l’action pontificale. Après heaucoiip de négociations, les légats n’avançaient point. Philippe se montrait bien disposé à la paix, mais Edward, fort de l’alliance qu’il avait contractée avec Louis de Bavière, et appuyé, dans son agression, par la révolte' de la Flandre contre son ennemi, ne voulait entendre à rien. 11 défendit même aux légats l’entrée de son royaume, et ne voulut communiquer avec eux que sur le continent (1), A la fin, pourtant, il consentit:! admettre l’arbitrage du pape, et les négociations furent transportées à Avignon, mais elles s’y |)oursuivirent sans succès, et un événement déplorable ne tarda pas ;i les rompre tout à fait. Dans la nuit du jeudi au vendredi saint 1340, le plénipotentiaire anglais Nicolino Fieschi se vit assailli dans sou hôtel, enlevé et transporté de l’autre côté du Rhône par des hommes armés, qui voulaient faire leur cour au roi de France. En vain Philippe de Valois désavoua-t-il cette
(1) Baluze, Vilæ, 1. 1, p. 202.