‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 19 sur 146 · TRÊVE ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

TRÊVE ENTRE LA FRANCE ET L’ANGLETERRE

indigne violation du droit des gens ; en vain Benoît XII en punit-il les auteurs avec une extrême sévérité ; en vain Nicolino Fieschi fut-il reconduit dans Avignon avec honneur, rien ne put ramener la confiance dans le cœur d’Edward (1).

Dans cette circonstance, Benoît XII déploya beaucoup d’activité; il mit tous les chrétiens en prière jwur obtenir du ciel la fin d’une lutte dont gémissait l’Église, dont se réjouissaient les ennemis de la foi. Il s’adressa aux hommes sages qui formaient les conseils des deux monarques, et, les plaçant en vue du Dieu à qui tous les cœurs sont ouverts et toutes les volontés soumises, il les exhorta à prendre pitié des maux des peuples, en persuadant à leurs maîtres la nécessité de la concorde (2). Et toutefois, malgré ces efforts du père des fidèles, malgré ceux des nonces, Guillaume de Norwich et Guillaume Âmici, f animosité réciproque des deux rois semblait redoubler de vivacité. Edward en vint jusqu’à provoquer son rival à vider leur querelle en champ clos. Philippe rejeta avec hauteur cette provocation comme indigne d’un suzerain, et la haine d’Edward s’accrut encore de ce mépris jeté à sa fierté.

Les deux armées ennemies étaient en présence sous les murs de Tournai, et une grande bataille paraissait inévitable, quand tout à coup ce que le pape et ses légats avaient tenté vainement fut accompli par ' une simple femme. Jeanne de Valois, sœur de Philippe, belle-mère d’Edward et veuve du comte de Ilainaut, sortit du monastère de Fontanelle, où elle vivait dans les pratiques de la plus admirable perfection, et eut assez de crédit sur l’esprit des deux monarques pour les amener à conclure

(1) Baluze, Vite, 1. 1, p. 208 et 2t7. — Raynnld, ann. 1340, n"* 16, 17 et 18.

(2) Raynald, anu. 1340, n° 26.

une trêve qui devait durer depuis le mois de novembre 1340 jusqu’au mois de juin 1541. Le succès de Jeanne de Valois fut tel, que les deux partis, d’un commun accord, fixèrent au mois de février suivant la reprise des négociations pour une paix définitive (1).

Tous les obstacles semblèrent s’aplanir. Ce premier rapproebement en amena un second. Soit que Louis de Bavière se trouvât mécontent qu’Edward eût conclu la trêve de Tournai sans le consulter, .soit qu’il eûtlionte, lui, chef de l’Empire, d’être le stipendié d’un roi, soit qu’il ne reçût point le subside convenu, il brisa tout à coup avec l’Anglais, lui retira le vicariat impérial, et ouvrit avec le roi de France des négociations qui aboutirent rapidement à une alliance réelle. La première condition de cette alliance fut que Philippe de Valois serait médiateur entre Louis et l’Église romaine (2). Mais, au moment où les ambassadeurs français interposaient à Avignon leurs bons offices pour amener enfin une réconciliation, Ixiuis les rendait inutiles par uu attentat digne d’un païen.

Marguerite Maullascli, duchesse de Carintliie et comtesse du Tyrol, mariée à Jean Henri, un des fils du roi de Bohême, souffrait, dit-on, depuis longtemps de l’antipathie que son mari avait conçue pour elle. Poussée à bout, et n'écoutant plus que les conseils d’une raison dérangée par l’excès des sévices, elle imagina, en accusant son époux d’impuissance, d’arriver à un divorce, et fit offrir à Louis de Bavière scs États, s’il consentait à l unir à son fils, le marquis de Brandebourg. Une pareille proposition était aussi insensée qu’immorale ; car, quand Marguerite aurait été invalidement unie au prince Jean Henri, com-

(1) Raynald, ann. 1540, n“ 52. — Du Tillcl, Recueil des Irailcs, etc., p. 2t0. — Froissart, 1. I, c. cxim.

(2) All>. Argcnl., p. 128. — Raynald, aiiu. 1541, u°12.

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