COMMENCEMENTS DE PIERRE ROGER
ner à l’Église, dans l’espace de trente années, deux papes et huit cardinaux (1). L’an 1 291 , au château de Maumonl, dans le diocèse de Limoges, naquit à Pierre Roger, seigneur de Rosières, et à sa femme. Marie de Cha^nbon, un enfant qui fut baptisé dans l’église de Rosières, et auquel on donna le prénom de .son père, présage, dit un biographe contemporain, de la grandeur future de l’enfant (2). Le goût de la vie religieuse se manifesta dans Pierre Roger dès l’âge de dix ans, et il ne tarda pas d’entrer au monastère de la Chaise-Dieu, où il fit profession de la règle des moines noirs de l’ordre de Saint-Benoît (3). Sa piété ne se fit remarquer par rien d’extraordinaire, elle était celle d’un bon religieux ; mais il annonça pour les sciences des dispositions qui l’élevèrent bientôt au-dessus de ses étnules. Pierre Roger avait, en effet, de ces rares talents qui permettent à un même homme de s’exercer avec succès dans plusieurs genres différents. Une mémoire prodigieuse et qui ne perdait rien de ce qu’elle avait une fois reçu (4); une perspicacité et un jugement à l’égal de la’ mémoire; enfin une facilité surprenante pour rendre ses idées avec suite, intérêt et clarté. L’abbé de la Chaise-Dieu et l’évêque du Puy, également charmés des talents du jeune moine, résolurent de les produire sur un théâtre plus éclatant, et l’envoyèrent à Paris continuer ses études. 11 y fit, dans les sciences ecclésiastiques, de si rapides progrès, qu’il fut jugé, à trente ans, digne d’être proclamé docteur en théologie, distinction inusitée, remarquent ses biogra-
(t) Voir Baluze, ad notas, l. I, p. 83t.
(2) Ncc sine felici forsilan eventus prxsagio ab ipso fonte baptismatis vocatus est Petrus. (Baluze, lit' Vita Clcm., p. 279.)
(3) Id., p. 835.
(4) Tarn potentis et inviclæ meraoriæ traditus, ut quic((uid vel serael
legeril oblivisci nuu posait. (Pelrarcha, Rerura memorand., I. 1.)
niSTOlRE DE LA TAPAITÉ, LIV. VII.
phes, qu’il dut tout entière à son mérite. Sa renommée en fut singulièrement agrandie (1), et on le nomma proviseur de Sorbonne (ii). Pendant son séjour à Paris, il s’adonna h l'éloquence de la chaire, et y déploya une telle supériorité, qu'il passait pour le premier orateur de son siècle, et qu’un concours de loule la capitale se faisait pour l’entendre, chaque fois qu’il devait prêcher ou disputer (ô).
Son premier pas dans les dignités ecclésiastiques fut le prieuré de Saint-Panlaléon, au diocèse de Limoges. Le cardinal de Morlemart, son compatriote, qui l’aimait comme un lils, l’attira è Avignon. Pierre Roger parut à la cour pontificale ; il n’y démentit point la renommée qui l’avait précédé. A la demande de son protecteur, Jean XXII le transféra du prieuré de Saint-Pantaléon à celui de Saint- Baudil, près de Nîmes, bénéfice plus honorable et plus rapproché de la cour. Bientôt, sur de nouvelles sollicitations du cardinal de Mortemart, auxquelles plusieurs autres cardinaux joignirent les leurs, il fut fait successive- •ment abbé de Fécamp, de la Chaise-Dieu, et évêque d’Arras. Il échangea prqsque aussitôt cet évêché contre l’archevêché de Sens, d’où il passa avec la même rapidité à celui de Rouen (-i). Il aurait été dès lors promu aii cardinalat, si Philippe de Valois, qui l'avait admis dans son conseil et fort avant dans son intimité, n’eùt craint par là d’être privé d’un favori sage, éclairé, et dans le commerce duquel il trouvait un charme infini. Mais Benoît XII, succes-
(1) Baluze, lit* Vila, p. 280.
(2) Papyrc Masson, p. 290.
(3) üraiissimus fuil scrmocinalor. Cum cathedram coocionatiirus aut dispuiaturus ascendebal, lola Parisiorum civitas ul cum audirelaccurrebal. (Ilisl. rom. Fragmenta, 1. I, c. xii.) Tous les historiens du temps parlent avec admiration du talent de ce poutife pour la chaire.
(4) Baluze, 11' et IIP Vita