‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 35 sur 146 · PROCÉDURES CONTRE LOUIS DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

PROCÉDURES CONTRE LOUIS DE BAVIÈRE

lingues de l’Empire, par leur caractère, leur noblesse, leur éloquence, fut chargée de porter <à Avignon les conclusions de la diète impériale de Francfort Ces conclusions étonnèrent d’autant plus Clément VI, que les lettres de l’empereur, de la même date, ne les lui avaient point fait pressentir. 11 vit là un jeu de cette politique fallacieuse qui distinguait le prince, et demanda aux ambassadeurs s’ils avaient des pouvoirs pour traiter. Sur leur réponse négative, il les renvoya, jugeant que ce n’était plus désormais avec des bulles qu’il fallait agir, mais avec la force des armes (1). Dès ce jour, en effet, il n’y eut plus de négociations, et la déposition de Louis de Bavière fut résolue.

Cependant, à côté des démonstrations sympathiques dont la diète de Francfort avait entouré la cause de Louis, se formait une opposition puissante, qui montrait que l’.Allemagne entière était loin d’y répondre. Le roi de Bohême avait d'abord été l’unique chef de cette opposition; mais elle s’était bientôt recrutée de l’archevêque de Trêves, du comte palatin du Rhin et du duc de Bavière luimême (2). La position du vieil empereur devenait critique. Clément VI sut en profiter avec talent et activité. Il envoya des légats aux électeurs de l’Empire pour leur représenter que Louis de Bavière était un hérétique, un schismatique, un ennemi de l’Église; qu’il fallait l’abandonner, et élire à sa place un autre prince. L’archevêque de Cologne et Rodolphe, duc de Saxe, se laissèrent gagner par des offres d'argent (3). L’archevêque de Mayence,

(1) Pontifex cum cardinalibus, jam non ampliua bullis cum Germants agendum, sed armis inclementer judicaverunt. (Mutins, toc. cil.) — Alb. Argent., toc. cit.

(2) Henrici RebdorCT Annales, p. 454. — Alb. Argent., p. 133.

(3) Pro quo facto prædicti Goloniensis et dm Saxoniæ magna pecunia

104 HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Vil.

Henri de Wirnberg, opposant une insurmontable résistance, Clément VI le déposa de son siège, et lui substitua Gerlac, fils du comte de Nassaw, son chapelain et doyen de l’Église de Mayence. Cet exemple de sévérité entraîna presque tout le haut clergé de rAllcmagne (t).

Il ne restait plus qu’à savoir quel concurrent on donnerait à Louis de Bavière. Le pape avait d’abord jeté ses vues sur Jean, roi de Bohème, et lui en avait fait la proposition. Sans doute, dans la force de l’àgc, ce monarque aurait été capable de tenir vigoureusement les rênes de l’Empire; mais alors, vieux et aveugle, il n’était plus qu’un grand nom inutile. Lui-même le sentit, et offrit à sa place son fils, Charles de Luxembourg, âgé de trente-six ans, et l’un des chevaliers sinon les plus vaillants, du moins les plus aimables et les plus lettrés du siècle. Le pape accepta cet échange d'autant plus volontiers que Charles avait les recommandations de la France. Ce prince se rendit aussitôt, avec son père, à Avignon pour s’entendre avec le souverain pontife et régler les conditions auxquelles il devait être élevé à l’Empire. 11 y arriva au mois d'aoùt de l’année 1345. Le pape le reçut avec sa magnificence ordinaire, et la ville d’Avignon lui donna de brillantes fêtes (2). C’était au milieu du fracas des réjouissances que se préparait une révolution qui pouvait devenir pour l’Allemagne une source de guerres interminables.

Cependant, autour de Clément VI, tous ne voyaient pas

sunl comipti. (Alb. Argent., p. 155 ) — L’archcvêqnc de Cologne reçut, dit-on , 8,000 marcs d'argent , le duc de Saxe 2,000. (Cuspinianus, Carolo IV, p. 382.) Cet argent fut donne p.nr la France. (Mut. ubi infra.)

(1) Quare quidam desciverunt a Ludovico ad pontifleios, inter quos fuerunt raulti episcopi. (Mutins, Gcrm. Chron., 1. XXIV, p. 885.) — Alb. Argent., p. 135.

(2) Giov. Vill., 1. XII, c. ux. — De Sade, t. Il, p. 208.

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