PROCÉDURES CO>TRE LOUIS DE BAVIÈRE
Mais, dans le temps même que Clément VI et le Sacré Collège recevaient ces protestations du bon vouloir de Louis, il se passait en Allemagne des événements qui en démentaient bien la sincérité. Les ambassadeurs, à leur retour de Paris, avaient remis au monarque l'acte par eux soussigné. Mais celui-ci, au lieu de le ratifier, comme il s’y était engagé par le serment de ses députés, en envoya un exemplaire aux princes, aux électeurs de l’Empire, ainsi qu’à toutes les villes, les convoquant en même temps à une diète générale, dont il fixait l’époque au mois de septembre 1344, Les princes, les électeurs et les villes qui tenaient pour Louis s’empressèrent d’obéir à scs ordres. On SC réunit à Francfort, où devait s’assembler la diète. Louis en fit l’ouverture le 1 7 septembre par ce discours : « Chers amis et compagnons, tous nos travaux, toutes nos « souffrances, ont assez prouvé le désir que nous avons « toujours eu de la paix et de la tranquillité de l'Église, a Nous n’avons presque point fait de guerre qui n’eût pour <( but la conciliation de celle paix, de celle tranquillité, « avec la dignité de l’Empire. Eh bien ! vous avez vu ce c< qu’exige le souverain pontife, et vous connaissez main- « tenant la mesure de ses dispositions relativement à l’Em- « pire. Quelque injustes pourtant que soient les condi- « lions auxquelles il attache notre pardon, comme nous « désirons avant tout donner la paix à l’Église et éviter les « scandales, nous nous en remettons à ce que votre pru- « dence conseillera. Si elle juge à propos que nous dépo- « sions la couronne impériale, nous sommes prêt à la « déposer, car nous ne voulons point qu’on puisse nous « reprocher que notre intérêt personnel nous est plus cher « que le bien public; si au contraire voire prudence déc( eide que nous devions résister à la colère du pape, nous « sommes prêt encore à persévérer dans notre conduite
HISTOIRE DE U PAPAUTÉ, LIV. Vil.
« passée et à braver, pour la dignité de l’Empire, tous les « dangers et toutes les souffrances qui nous attendent. »
L’intention du prince n’était point déguisée dans ce discours ; il voulait mettre sur le compte de la dicte son refus d’accepter les conditions souscrites par ses ambassadeurs. Il espérait que, parmi les membres de cette assemblée, il n’y aurait personne assez puissant ou assez libre pour lui conseiller de résigner l’Empire. Au reste, Louis avait pris scs précautions pour que la réponse de l’assemblée fût telle qu’il la désirait. Wicker, protonotaire de rarebevéque de Trêves, recueillit les opinions des membres assistants; puis, résumant ces opinions : «Gracieux seigneur, dit-il, « nos princes, les électeurs et les autres fidèles sujets de « l’Empire qui composent cette assemblée, après avoir at- « tentivement médité les articles dont le pape réclame « l’exécution, et dans lesquels est exprimée la volonté du « Saint-Siège apostolique, ont décrété, à l’unanimité des « suffrages, que ces articles ne tendant qu’fi la ruine de « l’Empire, ils ne pouvaient être ratifiés ni par eux ni par « vous, malgré votre serment. Leur intention est qu’une « nouvelle ambassade, avec de nouvelles lettres, soit en- « voyée au souverain pontife et au Sacré Collège pour « les supplier de ne point exiger l’accomplissement de « tels articles; et, dans le cas d’un refus de leur part, ils « .sont d’avis de s’assembler de nouveau à Renss, pour exact miner quelle conduite il conviendra à Votre Majesté de <c tenir. — Est-ce bien là le sentiment de tous?» demanda Louis. « De tous ! » répondirent les députés. Làdessus, le prince remercia l’assemblée et la congédia (I).
Une ambassade composée des personnages les plus dis-
(1) Alb. Argent., p. 151. — Mutius, Gerni. Chrou., I. XXIV, p. 882 et 885.