LUTTE DE CHARLES ET DE LOUIS
légal, Charles était empereur ; mais il lui restait à conquérir la réalité du pouvoir qui résidait aux mains de son adversaire. Son premier pas fut une déconvenue. II était d’usage que le prince élu empereur allât recevoir sa première couronne à Aix-la-Chapelle. Charles, en effet, se mit en devoir de se rendre dans cette ville pour celle cérémonie. Mais Louis de Bavière, dont les événements venaient de réveiller l’activité, l’avait prévenu. Suivi d’une armée entière, il parcourait les villes situées sur le Rhin, s’assurant partout de la fidélité des peuples (1), et Charles dut renoncera faire son entrée dans Aix-la-Chapelle. Il ne fut pas plus heureux à Cologne, quoiqu’il eût dans l’archevêque de cette ville un de ses plus dévoués partisans, et il lui fallut se contenter de recevoir la couronne à Bonn, en présence d’un petit nombre de barons, parce que le plus grand nombre suivait encore le parti de son adversaire ('2).
Ce mécompte ne fut pas le seul. Son élection, loin d’être approuvée partout, fut mal accueillie dans la plupart des Étals de la haute Allemagne; on blâmait là ouvertement les procédures du pape contre Louis, et Charles y était appelé, par dérision, Y empereur des prêtres {^). Dans une diète assemblée à Spire, Louis trouva même les esprits disposés à faire en sa faveur les plus grands sacrilices [A). Charles avait d’abord compté sur la France, dont l’influence avait été puissante dans son élection; mais la France, engagée de nouveau dans une guerre désastreuse avec l’Angleterre, venait, après des échecs répétés, de
(1) Ilcnrici RebdorfT Annales, p. 458.
(2) Id., p. 457.— Giov. Vill., 1. XII, c. invii. — Alb. Argent., p. 158. — Mutins, Germ. Chron., 1. XXIV, p. 885.
(5) Giov. Vill., I. Xll, c. cv. — Empereur des prêtres (dtr Pfaffenkayter)
(4) Convocatis civitatibus Spiræ , ipsas concorditer reperit in sua devotione ferventes. (Alb. Argent., p. 159.)
voir, le 29 août, ses forces anéanties à la meurtrière bataille de Crécy ; il avait perdu son père à celte bataille, et lui-même, qui y assistait en chevalier, n’avait dû son salut qu’à une fuite précipitée (1).
Réduit à ses seules ressources, Charles courut en Bohême, y rassembla une armée à laquelle il joignit le contingent du duc de Saxe, et, au commencement de l'année 1547, il essaya de tenter la fortune des armes en se portant sur le Tyrol, qu’il revendiquait justement comme un héritage de famille. Clément VI avait préparé celte expédition en lui assurant, par d'habiles négociations, l’appui de Luchino Visconli, seigneur de Milan ; de Mastino délia Scala, seigneur de Vérone; du patriarche d’Aquilée et du seigneur de Mantoue, qui envoyèrent au camp de Charles un renfort considérable d’infanterie et de cavalerie. Avec ce puissant secours il mil le siège devant Marano. Mais le marquis de Brandebourg, accourant aussitôt avec des forces supérieures, le battit et l’obligea à se replier sur Trente (2). Tout semblait crouler sous les pas de Charles, et Louis de Bavière, profitant de ses premiers succès, se disposait à porter la guerre en Bohême, lorsque tout à coup, le H octobre 1347, au milieu d’une partie de chasse, ce prince tomba frappé d’une attaque d’apoplexie et mourut (3).
Le trépas de Louis fut la vie de Charles, dont la fortune se releva aussitôt. Malgré l’opposition de quelques électeurs qui tentèrent d’élire d’abord Edward d’Angleterre, qui était trop habile pour accepter, puis Frédéric, marquis de Misnie, dont le refus fut acheté à prix d’argent,
(1) Froissart, 1. 1, c. ccixx.vviii.
(2) Murat., Annal! dTtalia, ann. 154T.
(.î) Denrici RebJorS' Annales, p. 437. — AU). Argent., p. 141. — Giov. Vill.,1. XII, c. cv.