‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 38 sur 146 · NÉGOCIATIONS EN FAVEÜR DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS EN FAVEÜR DE LA FRANCE

el enfin Gonler, comte de Schwarzembourg, qui mourut au bout d'un an (i), tous les suITrages se réunirent sur le roi de Bohême. Ainsi, grâce au bonheur de Clément VI et de Charles IV, se termina la longue querelle de l’Empire avec le Saint-Siège.

I^es affaires de France étaient bien loin de recevoir une pareille solution. Aussitôt après la funeste bataille de Crécy, et pendant que le roi d’Angleterre assiégeait Calais, le pape s’était hâté d’envoyer aux deux monarques des légats pour les exhorter à terminer par la paix une guerre qui ruinait également les deux royaumes. Ces légats étaient Annibal de Ceccano, cardinal-évêque de Tusculum, et Ëtienne Aubert, cardinal du titre de Saint-Jean et de Saint- Paul. Arrivés sur le théâtre des événements, ces deux prélats « se mirent en grand’peine tantôt d’aller de l’un « ost à l’autre, et volontiers eu.ssent vu que le roi d’An- « gleterre eût brisé son siège, » ce qu'ils ne purent jamais obtenir. A force de prières pourtant, ils réussirent à amener entre les deux partis des conférences où figurèrent, du côté de la France, les ducs de Bourbon et d’Athènes, le chancelier de France, le sire d’Offemont et Geoffroy de Charny ; du côté de l’Angleterre, les comtes de Derby et de Northampton, messire Begnault de Cobehen, messire Gauthier de Mauny et Barthélemy Burghersh, chambellan du roi. Mais les prétentions émises par le victorieux Edward étaient trop exorbitantes pour être acceptées de Philippe de Valois, tout vaincu qu’il était. Après trois jours de débats, les plénipotentiaires furent forcés de se séparer; les hostilités recommencèrent, et les cardinaux découragés s’en retournèrent à Saint-Omer, n’ayant

(I) Fflbricius, Origines saxoniex, 1. VI, p. C^. — Murat., Annali d'Ilalia, ann. 1547. — Struvius, Corpus Ilist. gernianicx, t. 1, p. 720 el 721.

no HISTOIRE DE L\ PAPAUTÉ, LIV. Vil.

réussi, par tous leurs bons offices, à procurer® qu’un « répit fût pris entre les deux rois et leurs gens, là étant « au siège et sur les champs seulement (1); » car Edward voulait avoir Calais. Après que cette place eut été rendue, les deux légats revinrent, et, trouvant le monarque anglais plus traitable, ils parvinrent à moyenner entre les deux rois une trêve qui fut signée, le 28 septembre -^.■Î47, sous les murs de Calais, pour durer jusqu’au 24 juin de l’année 1348 (2).

Tandis que les efforts réitérés de Clément VI n’obtenaient en France qu’un si faible résultat, une grande révolution s'accomplissait à Naples et bouleversait de fond en comble cet antique fief du Saint-Siège. Les événements qui amenaient cette subversion remontent jusqu’à l’année 1342. À cette époque, le 19 janvier, le roi Robert était mort après un règne de trente-trois ans, emportant dans la tombe, avec les regrets de son peuple, la réputation du monarque le plus sage et le plus éclairé de sou siècle (3). Mais il n’avait laissé, pour tenir les rênes de l’État, que deux filles, dont l’aînée était à peine âgée de dix-huit ans. 11 est vrai que la prudence du défunt monarque semblait avoir remédié à cet inconvénient ; car, quelques années avant de mourir, inquiet des faibles mains auxquelles il allait confier les destinées de son royaume, il s’était occupé de leur donner un appui. Cet appui, il l'avait cherché dans cette portion de la dynastie angevine que la fortune avait placée sur le trône de Hongrie. Muni des dispenses du pape Jean XXII et accompagné du roi Charles, André, second fils de ce monarque, avait été marié à Jeanne, fille aînée du duc de Calabre,

(1) Froissarl, 1. 1, c. ceexu.

(2) Du Tillel, Recueil des traités, p. 2-27.

(3) Bouche, Histoire de Provence, t. I, p. 337 et suir

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aux applaudissements réciproques des deux royaumes, dont celte union cimentait l'amitié (1).

Robert ne s’en était pas tenu là. Comme André n’était guère plus âgé que son épouse, il avait désigné, dans son testament, cinq administrateurs avec le secours desquels Jeanne devait gouverner jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, sous peine de voir ses actes frappés de nullité. Ces cinq administi’atcurs étaient la reine mère Sancia, Philippe de Cabassole, évêque de Cavaillon ; Philippe de Sanguineto, comte d’ Altofiume ; Goffridi de Marsan, comte de Squillace, et Charles .Arlus, comte de Sainte-Agathe. El, comme si ces précautions n’cusscnl pas suffi, il avait encore placé les jeunes époux sous la protection du pape et des cardinaux (2). La sagesse humaine ne pouvait, ce semble, rien faire de plus pour assurer la prospérité du gouvernement futur. Cependant, aux approches du moment suprême, les inquiétudes avaient ressaisi le vieux roi. Un contemporain dit qu’alors il fit appeler auprès de son lit la reine mère Sancia, le prince André, Jeanne sa femme et Marie leur sœur; Philippe, prince de Tarenle, et scs frères, avec Catherine de Valois leur mère ; Charles, duc de Duras, ses frères et Agnes leur mère, avec quelques autres grands seigneurs du royaume, et que là, sur le point de rendre le dernier soupir, il déclara .solennellement qu’au prince André et à la princesse Jeanne sa femme appartenaient les litres augustes de roi et de reine; que tous les autres eussent à les reconnaître pour leurs seigneurs, leur rendissent l'hommage lige, et; satisfaits de leurs droits et titres respectifs, ne songeassent point à les traverser dans

(1) Dominici de Gravina, Chron. de Rebus in Apulia gestis, ap. Murat., t. Xlt, p. 5S0.— Thwroci, Chron. liungaroruni, ap. Script, rerum hungaricarum Schwandlneri, Vindobonæ, 1766, in-4°, 1. 1, p. 206.

(2) Bouche, Hist. de Provence, 1. 1, p. 366. Voir cette pièce, PfelTel, p.8l .

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niSTOlRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Vil.

l’exercice du gouvernement. Le meme témoin ajoute que tous promirent qu’il en serait ainsi. Mais ce grand homme avait à peine fermé les yeux, que ces promesses étaient oubliées et que la cour des jeunes souverains se remplissait d'intrigues (1). Nous allons voir que, si André fut le prétexte de ces intrigues, Jeanne en fut la cause.

A l’époque dont nous parlons, la cour de Naples était, après celle d’Avignon, la cour la plus cultivée et la plus polie de l’Europe. Ajoutons qu’ouverte, sous le dernier règne, à tous ceux qui savaient flatter les goûts brillants du monarque, l’art de jouir y avait fait des progrès étonnants. On y voyait déjà tout le faste, toute la mollesse, toute la galanterie de notre grand monde. La présence du prince hongrois au milieu de cette cour si avancée produisit tout d’abord un contraste désagréable. Ce n’est pas qu’ André ne fût doué de précieuses qualités. « C’était, dit Pétrarque, « le plus doux, le plus candide des hommes, un prince d’une «nature rare, un roi d’une grande espérance (2).» Mais, né sous les sombres cieux de la Germanie, son esprit avait quelque chose de tardif et de lourd, ses manières manquaient d’élégance, ses goûts étaient excentriques, son humeur indolente, son caractère froid et concentré. Fuyant la société, où il brillait peu, il faisait ses délices de la table et du repos (5).

De pareilles mœurs étaient surtout opposées à celles de Jeanne, princesse vive, sémillante, légère, enjouée, et qui, élevée au milieu des pompes et des galanteries d’une so-

(1) Quoi! statim feccrunl, quod in fine minime semverunt. (Dominicide Gravin.i, Chroo., p. o55.)

(2) Milissimus, innocentissimus hominum , raræ indolis puer, magne spei rex. (Fam., I. VI, cp. v.)

(3) Bouche, Hisl. de Provence, t. Il, p. 367. — Gaufridi, Uisl. de Provence, t. I, l. VI, p. 217. — De Sade, t. Il, note 17.

AFFAIRES DE NAPLES

lis

ciété gâtée par tous les vices de la civilisation, fuyait la solitude, haïssait le travail, rêvait de plaisirs, et n’aimait que les soirées, les promenades et les réunions brillantes, où une femme jeune, belle et aimable, peut déployer scs séductions (1). L’effet de cette opposition de caractère et de goûts fut d’inspirer à Jeanne une précoce antipathie pour son époux. Néanmoins, tant qu’elle vécut sous l'inquiète suneillance du vieux roi, la dissimulation, cette première science des cours, ne lui permit pas délaisser éclater cette antipathie. Mais, le roi mort, Jeanne, devenue maîtresse de ses actions, ne se mit plus en peine de la déguiser. Cette antipathie devint bientôt une haine déclarée. De là tous les malheurs de Jeanne et de son royaume.

Quand le souverain manifeste quelque goût ou quelque répugnance, tous ceux qui l’entourent et l’observent se précipitent aussitôt dans le sens de ce goût ou de cette répugnance. La cour de Jeanne était pleine de seigneurs et de dames sans moralité, corrompus par tous les vices qu’entraîne l’habitude des plaisirs. La reine n’eut pas plutôt trahi l’éloignement qu elle ressentait pour le prince André, que tous ces seigneurs et toutes ces dames, ceux-ci par complaisance, ceux-là par ambition, d’autres par des vues plus coupables encore, s’empressèrent à l’envi d’entretenir cet éloignement. On lui persuadait de ne donner à son époux aucune partdans les affaires, d’empêcher surtout qu’il reçût la couronnede peur qu’il ne devint par là le chef de l’État, et que la concession des grâces lui étant attribuée, l’autorité de la reine fût annulée (2). Parmi ces flatteurs intéressés, trois se distinguaient des autres par leurs adulations : c’étaient Louis de Tarente, dont tout le mérite con-

(t) Bouche, lieu cite. — Gaurridi, lieu rite.

{i) Bouche, p. 568.

sistait dans une beauté efféminée ; sa mère, Catherine de Valois, dite l’impératrice de Constantinople, princesse d’une réputation équivoque (1), et Charles de Duras, qui trouva plus tard le moyen d'enlever Marie, sœur de Jeanne, et, après avoir surpris au Saint-Siège, par le crédit du cardinal de Périgord, son oncle, une dispense de l’épouser, dans l’espoir d’arriver par là un jour au trône (2). Entourée de ces courtisans assidus, Jeanne passait les jours dans des amusements et des fêtes dont le prince André était soigneusement écarté, et sur lesquels la légèreté, l’indiscrélion, les mœurs faciles de Jeanne faisaient planer les soupçons les plus désavantageux (ô).

Le mouvement de toutes ces intrigues politiques et galantes était habilement dirigé par une femme de la cour, à laquelle elles ont fait une odieuse célébrité. Cette femme était Philippia, dite la CaUinuise, du nom de la ville où elle avait pris naissance. Le roi Robert l’avait autrefois tirée du métier de laveuse pour en faire la nourrice de son fils Louis. Attachée par cet emploi à la maison royale, elle n’en était plus sortie et avait vu naître tous les enfants et petiLsenfants du roi. Belle, souple, insinuante, consommée dans l’art de la parure et possédant au suprême degré le secret de plaire, elle avait successivement joui de toute la confiance des princesses Yolande et Sancia, femmes de Robert, et de la duchesse de Calabre, mère de Jeanne, qui lui confia l’éducation de sa fille. Son habileté avait fondé

(1) Di corpo suo non havea bona fama. (Giov. Vill., 1. XII. c. l.)

(2) Dominici de Cravina, p. 556. — Dissersi ch'I duca di Durazzo... avea per moglie la siroccliia délia nioglic accioche se la prima morisse sanza redo, a lui succcdcssc il rcamc. (Giov. Vill., 1. Xll, c. l.)

(5) Consorti reali... guaslano ogni beno colla scelerato vizio délia disordonata lussuria délia muglie, chc palassmente si disse, clie stava in avolterio con me.sscr Luigi di Tarento suo eugino. (Giov Vill., loc. cil.) — Dominici de Gravina. p. 554 cl seq.

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son crédit, et son crédit avait fait la fortune de sa famille. A l’éjwque dont il s’agit, les plus belles charges du royaume étaient entre les mains de son mari et de ses fils. Puissante par ses alliances, par l'iniluence qu’exerçaient les siens, elle l'était surtout par l’ascendant qu’elle avait pris sur la reine (I). Jeanne écoutait son astucieuse gouvernante comme elle aurait écouté une mère, et Philippia, qui flattait les caprices de son élève pour servir les passions des courtisans, lui faisait adopter contre son époux les conseils les plus pervers, conseils dans lesquels trempait le Florentin Nicolas Âcciajoli, gouverneur du prince de Tarente, ministre qui racheta plus tard par une sage administration le funeste emploi qu’il faisait alors de ses grands talents (2).

Le malheureux André, en butte à une cabale aussi puissante, essayait d'y faire tète avec l'appui d’un Frère Mineur, nommé Robert, que son père lui avait donné, à son départ de Hongrie, pour gouverneur (5); homme d’un caractère inflexible, austère, et toutefois d’un esprit fin, délié, souple, et plus propre .à suivre une intrigue de cour qu’on n’aurait pu l’attendre d’un religieux élevé dans l'isolement du cloître, Pétrarque a tracé un portrait hideux de ce moine; il le peint « replet, rubicond, « nu-pieds, tète rase, à moitié couvert d’un manteau sale, « courbé par l’hypocrisie plus que par l’àge, perdu de « débauches, fier de sa pauvreté et plus encore de l’or « qu’il a amassé, l’emportant par sa cruauté et sesdébau- « ches sur Denis, Agathocle etPhalaris.C est un monstre,

(1) Bouche, t. II. p. 3G8. — Gaufridi, l. I, p. 215. — De Sade, t. II, I. III, p. 143 el suiv. — Smnmontc, Ilist. délia citta e regno di Napoli, in-4”, 1675. t. 11, 1. 111, p. 423.

(2) De Sade, lieu cité, p. 148.

(3) Coslanzo, Hist. del regno di Napoli, Aqiiila, 1582, in-lol.. I. VI, p. 152.

MO IIISTOinE T)E L\ PAPAUTÉ, LIV. Vil.

« ajoule-l-il, qu’on ne peut voir sans horreur (1). » 11 y a beaucoup trop de poésie dans celte peinture pour qu’elle soit vraie, et Pétrarque lui-méme, quelques lignes après, indique assez le jugement qu’on en doit porter. « Je me « suis présenté, dit-il, à cet homme ; il m’a écouté du haut « de sa grandeur; il m’a traité avec une impudence qui « ne ressemble à rien (2). » Ainsi, le moine Robert s’était rendu coupable d’avoir méconnu le mérite et la renommée du pocle, et le poète s’en est vengé par une caricature. Malheureusement, la foule des historiens a pris le portrait de Pétrarque au sérieux. Mais, quand on étudie les faits avec attention, on trouve dans le conseiller d’André ou un homme libertin et cruel, ou un ministre despotique, mais un serviteur dévoué à son maître, qui voulait le sauver et qui n’eut pas le bonheur d’y réussir. 11 y avait bien encore à Naples un autre pei sonnage qui faisait ses efforts pour arrêter l'injustice; ce personnage était l'évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassole, un des amis les plus tendrement chéris de Pétrarque, et que le poète aimait à recevoir dans sa riante et solitaire villa de Vaucluse. L’histoire rend hommage aux talents ainsi qu’au caractère de l’é- ' vêque de Cavaillon ; il avait été chancelier sous le dernier règne, et il exerçait encore les fonctions de cette charge. Son nom figurait en tête des conseillers de Jeanne, et Robert lui avait spécialement recommandé son royaume (5). Mais les efforts de Philippe de Cabassole se perdaient inutiles; il ne possédait pas la confiance des Hongrois, qui .avaient des raisons pour le croire dévoué à la reine, et, d’un autre coté, ses remontrances produisaient peu d’ef-

(t) Pulrarch., Fain., I. V, rp, ni.

(2) Id , toc. cil.

(5) Film., 1. V, op. III.

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fet sur des esprits aussi corrompus que ceux desprinc îs de la cour.

Grâce à l’impuissance des uns et à la licence des autres, le désordre le plus complet régnait à Naples. La nouvelle ne tarda pas d'en être portée à Avignon. Justement irrite qu’on abusât de la jeunesse des souverains pour troubler le royaume, et invoquant les privilèges de suzeraineté qui donnaient au pape l’administration de l’État dans le cas de minorité, Clément VI cassa le testament du roi Robert, frappa de nullité les actes buts par Jeanne depuis la mort de son aïeul, et envoya l’ordre au cardinal Aymcric de Cliàtelus, légat en Toscane, de passer à Naples et d’y saisir, au nom du Saint-Siège apostolique, les rênes du gouvernement (1). Forcée de subir la volonté pontilicale, la reine ne réclama point; elle accueillit le cardinal avec les honneurs dus à son rang, reçut de lui l’investiture du royaume, lui rendit l’hommage lige et prêta entre ses mains serment de fidélité à l'Église romaine (2). Mais, lorsque ce prélat voulut prendre le maniementdcs affaires, il éprouva tant de tracasseries, on opposa une telle résistance à ses volontés, qu’il sollicita son rappel, quitta Naples avant la fin de l’année 1344, et revint à Avignon porter son mécontentement (3).

Clément VI vit avec raison dans les procédés de Jeanne et de son conseil un mépris formel de l’autorité du Saint- Siège, et il allait ordonner une enquête sévère sur leur conduite envers son légat, lorsque le cardinal de Périgord s’interposa. Ce prélat avait reçu de Naples de secrètes instructions. 11 représenta au souverain pontife que, si la

(1) Raynald, aim. 1345, ii"* 73 et sci|.

(2) Id., ami. 15-14, n~ 17 et 18.

(3) Baluze, I* Vila Clemcutrs VI, p. 246, cl ad uulas, p. 842.

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reine et son conseil avaient fait essuyer quelques mortifications au cardinal Aymcric, il ne fallait point l’attribuer à aucun mépris de l’aulorité apostolique, mais bien au peu de sympathie qu’avait inspirée la personnede ce légat, et, pour le prouver, il ajouta que la reine reverrait avec plaisir l’évêque de Cavaillon, Philippe de Cabassole (1).

Cette explication suffit pour adoucir le pape, qui, laissant là tout projet d’information juridique et cédant au désir réel ou prétendu de la reine, chargea l’évêque de Cavaillon, au commencement de l’année 15-15, d’aller remplacer à Naples le cardinal Aymeric. Pour effacer dans l’esprit du pape ce qu’il pouvait y rester d’impression fâcheuse, Jeanne reyut le nouveau légat avec des honneurs extraordinaires. Elle lui envoya, à Senes, le duc de Duras et le comte d’Avcllino. Elle-même vint à sa rencontre à son entrée dans Naples, et le conduisit jusqu’au Château-Neuf, qui lui fut donné pour logement (2). Cabassole prit, sans aucune opposition, le maniement des affaires. Mais, malgré son habileté et la pureté de scs intentions, soit que la cabale sût dérobera scs regards les intrigues dont le prince André était l’objet, soit qu'il n’y vît que la noble ambition d’une jeune reine qui voulait être quelque chose dans ses États, on ne découvre nulle part que le légat ait travaillé à y mettre un terme ni qu’il ait employé son crédit à la cour d’Avignon pour accélérer le couronnement du jeune prince hongrois. L’administration de Cabassole ne changea donc rien à la position d’André. Elle devenait de plus en plus critique, et le malheureux prince en était à ce point de serviti-de et d’impuissance qu’il ne pouvait se

(1) Bouche, llist. de Provence, l. t, p. 569.

(2) Nostradamus, Uist. de Provence, in-fol., p. 386.

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