‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 34 sur 60 · CONCILE DE VIENNE · texte numérisé non relu

CONCILE DE VIENNE

. savoir qu'on s'en occupa sérieusement (t). Ce que le pape avait prévu arriva : la mémoire du grand pontife obtint un triomphe signalé. Les accusations d'hérésie et d'intrusion furent victorieusement réfutées par Gentile de Montefiore, docteur en droit canon, Jean de Murro, docteur en théologie, par les cardinaux Francesco Gaetani, Pierre d'Espagne et Riecardo de Sienne surtout, qui, dans cette occasion, répara noblement une grande erreur. Quant au ramassis de hideuses imputations, œuvre de Guillaume Plasian , où la calomnie et la haine semblaient s'être épuisées, il fut couvert du mépris universel des Pères. Tous déclarèrent que Boniface VIII avait été un pape légitime et orthodoxe. L'indépendance généreuse que manifesta le concile fut l'heureuse conséquence de la politique éclairée du cardinal de Prato. Un fait étranger à la discussion compléta le triomphe du pontife défunt. Deux braves chevaliers catalans, nommés, l'un Caroccio et l'autre Guillaume Debolo, vinrent offrir au roi de soutenir en champ clos, et les armes à la main, l'innocence de Boniface VIII contre deux des plus vaillants chevaliers de la noblesse française (1). Cette provocation inattendue et l'assurance des deux champions ne contribuèrent pas peu à ramener Philippe le Bel au sentiment du concile. Mais il fallait accorder quelque chose à ce monarque superbe, dont l'orgueil froissé aurait été à craindre. Clément V, à la suite des procédures d'Avignon, avait donné, le 23 avril 1541, une bulle dans laquelle il cassait et révoquait toutes les sentences, constitutions non insérées dans le texte des décréta les, en tant que ces sentences et ces con-

(1) Giov. Vill.. I. IX, c. km. — Francisci Pipini Chronlcon, — Ex ms. Vatic, ap. Raynald, ann. 1312, n° 10.

(2) Rubeus, p. 234. — Haynald, ann. 1312, n°* 11 et seq.— Giovanni VUlanij I. IX, c. xxh.

stitutions portaient préjudice a l'honneur, aux droits et libertés du royaume de France : déclarait que, dans ses poursuites contre Boniface VIII, le zèle de Philippe le Bel avait été bon et juste, bien qu'égaré par l'erreur; décrétait que ni lui ni aucun de ses successeurs ne pourraient être inquiétés sur ce point. Et, pour étouffer à cet égard toute semence de discorde, non-seulement il révoquait les constitutions et sentences précitées, il voulait encore qu'elles fussent effacées des registres ou livrées aux flammes (I). Le concile apposa sa sanction solennelle à ces concessions gracieuses. Le roi accepta à ce prix la sentence du concile. Ainsi se termina ce démêlé fameux dans nos annales. La Papauté en sortit pure, il est vrai, mais singulièrement affaiblie dans sa puissance d'opinion.

Un des points principaux qui devaient fixer l'attention du concile était le passage général dans la Terre Sainte, projeté d'abord à Lyon, puis à Poitiers. Les Pères manifestèrent sur cet article leur zèle, el décrétèrent qu'enfin une expédition, telle que tous la désiraient, irait arracher une bonne fois le tombeau du Sauveur aux profanes mains des

(1) Preuves du différend, p. 592 et seij.— Simon Vigor, dans les Preuves du différend, p. 606, cile un mémoire détaillé dis bulles qui, par l'ordre de Clément V, devaient êlre corrigées ou rayées dans les registres pontiûcaux. M. Raynouard,dans ses Monuments historiques relatifs à la condamnation des chevalurs du Temple,\>. 190 et 191 , dit que cette abolition eut lieu pendant le concile de Vienne. Un procès-verbal de l'opération se trouve à la lin du registre, et atteste qu'elle fut faite par ordre d'un évèque et d'un cardinal, qui disaient en avoir reçu plusieurs fois le mandat du Sainl-Péie. Tout dernièrement, le P. Luigi Tosti. dans le deuxième tome de la Vie du pape Boniface Mil, a publié ce procès- verbal, copié sur le registre même. I Voyez Documento U.) C»t écrivain se récrie vivement contre celte abolition. Nous en gémissons sine rement avec lui; niais, comme elle fut incontestablement approuvée par le concile, nous y voyons ' une de e. s néecs^ités contr. lesquelles les meilleures volontés sont impuissantes.

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