LES GUELFES ET LES GIBELINS
presque tout entières gibelines, comme Pisc; mais dans toutes, les deux partis étaient représentés. Ce qu'il y a de particulier, et ce qui ne s'explique que par la nature italienne, nature si impressionnable, et sur laquelle l'amour et la baine exercent un pouvoir si absolu , c'est que ces factions, d'abord exclusivement politiques, étaient devenues nationales et domestiques. On aurait dit qu'elles se rattachaient à l'existence des peuples, et formaient une partie essentielle de leur condition sociale. On naissait Guelfe ou Gibelin, comme on naissait Italien. Aussi l'histoire de la longue période durant laquelle ces factions sévirent est-elle celle de ces factions. Tous les événements qui la remplissent sont liés avec elle, s'ils n'y prennent naissance.
Rome n'avait point échappé à l'empire de ces factions. Au contraire, bien plus que les autres villes, elle les avait vues dès le principe se développer dans son sein, et mêler leur vivacité à l'esprit déjà si révolutionnaire de ses habitants. Au commencement de la dernière moitié du treizième siècle, ces factions avaient atteint leur plus grand développement. Alors une circonstance spéciale vint prêter à leur antagonisme un nouveau degré d'excitation. Parmi les familles illustres de Rome, il y en avait deux qui l'emportaient de beaucoup sur les autres : c'étaient la famille délia Colonna, et la famille degli Orsini. De bonne foi, ou par flatterie, on faisait remonter l'origine de ces deux maisons au temps de l'Empire romain (I). Rien de probable ne justifiait une semblable tradition. La célébrité et la puissance de ces deux familles dataient du dou-
(1) Voir Pietro Crescenzi, Corona délia nobilita d'Italia, 2 e partie, in-**», Bologoa, 1639. — Annali di Ludovico Monaldesco, ap. Murai., Script, rer. ital., t. XII, p. 553.— Hist. des Familles de Rome, à la suite de l'IIist. des conclaves, t. H, Cologne, in-12, .1703.
zième siècle, époque où elles commencèrent à se montrer avec éclat. Les Colonna occupaient les villes de Palestrina, de Capranica, de Pogliano, de Zagarolo, de Santo-Cesareo, de Colonna, et plusieurs autres places de moindre importance. Les Orsini occupaient les forteresses de Sanlo-Angelo, de Monte-Rotondo, de Castel-Marino. A la vérité, leur puissance domaniale le cédait à celle de leurs adversaires; mais la supériorité du crédit compensait chez eux l'infériorité des possessions. Les factions guelfe et gibeline étaient représentées par ces deux familles. Les Orsini tenaient pour la première, les Colonna, pour la seconde. A leur suite venaient les Savelli, les Stefaneschi, les Annibaldeschi, les Conti, les Gaetani, les Paparesclii, et tous les seigneurs romains. Comme la noblesse, le peuple était partagé entre ces deux maisons. Le dévouement des Colonna et des Orsini au parti dont ils avaient épousé les principes était grand; mais les inimitiés qu'engendraient chaque jour entre eux les rivalités d'ambition, les jalousies de crédit, la soif du pouvoir, étaient plus grandes encore. L'on aura la mesure de leur vivacité, si l'on compte parmi leurs sources le besoin si impérieux de venger des injures personnelles.
L'un des buts les plus importants de la politique des papes était d'humilier les Gibelins et de faire triompher les Guelfes ; elle était donc opposée aux Colonna. Ce fut un coup de maître de la part d'Urbain IV d'appeler au trône de Naples Charles d'Anjou. Parce moyen, il ne renversait pas seulement dans le plus beau fief du Saint-Siège la domination hostile des Ilohcnstaufen, il se ménageait encore un énergique appui contre les Gibelins de Rome. Toutefois, il ne ratifia qu'avec peine l'offre du sénatorial que le parti guelfe avait faite au conquérant des Deux-Siciles. Il craignait que la présence d'un prince étranger à Rome