LES GUELFES ET LES GIBELINS
presque tout entières gibelines^ comme Pise ; mais dans toutes, les deux partis étaient représentés. Ce qu'il y a de particulier, et ce qui ne s'explique que par la nature italienne, nature si impressionnable, et sur laquelle l'amour et la haine exercent un pouvoir si absolu, c'est que ces factions, d'abord exclusivement politiques, étaient devenues nationales et domestiques. On aurait dît qu'elles se rattachaient à Texistence des peuples, et formaient une partie essentielle de leur condition sociale. On naissait Guelfe ou Gibelin, comme on naissait Italien. Aussi Thistoire de la longue période durant laquelle ces factions sévirent est-elle celle de ces factions. Tous les événements qui la remplissent sont liés avec elle, s'ils ny prennent naissance.
Rome n'avait point échappé à Vempîre de ces factions. Au cojiUaire, bien plus que les autres villes, elle les avait vues dès le principe se développer dans son sein, et mêlerleur vivacité à Fesprit déjà si révolutionnaire de ses habitants. Au commencement de la dernière moitié du treizième siècle , ces factions avaient atteint leur plus grand développement. Alors une circonstance spéciale vint prêter à leur antagonisme un nouveau degré d'excitation. Parmi les familles illustres de Rome, il y en avait deux qui remporluieul de beaucoup sur les autres : c'étaient la famille délia Golonna, et la famille degli Orsini. * De bonne foi, ou par flatterie, on faisait remonter Torigine de ces deux maisons au temps de FEmpire romain (4). Rien de probable ne justifiait une semblable tradition. La célébrité et la puissance de ces deux familles dataient du dou-
H) Toir Pietro Grescensi, Corona délia nobilita d'Italia, V punie, io^*, lologila, 1650.^Aiiiia]i di Ludovioo Monaldeico, ap. Hurat., Seript. rer. ital., t. Xn, p. «85.— Hist. des Familles de Borne, i la snile de l'Hist. des conelavei, t. II, Golosne, iiH2, 1705.
zième siècle, époque oû elles commencèrent è se montrer
avec éclat. Les Colonna occupaient les villes de Palestrina, de Capranjca, de Pogliano, de Zagarolo, de Santo-Cesareo, de Colonna, et plusieurs autres places de moindre importance. Les Orsîni occupaient les forteresses de Santo-Ângelo, de Monte-Rotondo, de Castel-Mariiio. A la vérité, leur puissance domaniale le cédait à celle de leurs adversaires; mais la supériorité du crédit compensait chez eux Tinfériorîté des possessions. Les factions guelfe et gibeline étaient représentées par ces deux familles. Les Orsini tenaient pour la première, les Colonna, pour la seconde. A leur suite venaient les Savelli, les Stefaneschi, les Annihaideschi, les Conti, les Gaetani, les Papareschi, et tous les seigneurs romains. Gomme la noblesse, le peuple était partagé entre ces deux maisons. Le dévouement des Colonna et des Orsini au parti dont ils avaient épousé les principes était grand ; mais les inimitiés qu'engendraient chaque jour entre eux les rivalités d'ambition, les jalousies de crédit,» la soif du pouvoir, étaicnl j)liis «^raiules encore. L'on aura la mesure de leur vivacité, si l'on compte parmi leurs sources le besoin si impérieux de venger des injures pei^ sonnelles.
L'un des buts les' plus importants de la politique des papes était d'humilier les Gibelins et de faii*e triompher les Guelfes ; elle était donc opposée aux Colonna. Ce fut un coup de maître de la part d'Urbain lY d'appeler au trône de Naples Charles d'Anjou. Parce moyen, il ne renversait pas seulement dans le plus beau fief du Saint-Siège la domination hostile des Hohenstaufen, il se ménageait encore un énergique appui contre les Gibelins de Rome. Toutefois, il ne ratifia qu'avec peine Toffro du sénatoriat que le parti guelfe avait faite au conquéi^ant des Beux-Siciles. Il craignait que la présence d'un prince étranger à Rome
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