NUMÉRO
tn r<letttH ée iMibw fin.
àprès te récit qoe nous avons fait de l'abdication de Gélestin V, récit puisé à des sources îrrécasables, nous croyons inutile de réfn*
ter la fable du porte-voix à l'aide duquel, dit Ferreto de Vicence(l), Benedelto Gaetani, simulant une voix céleste, interrompait les nocturnes méditations du saint vieillard pour lui dire qu'il y allait du salut de son àme s'il s'obstinait à rester sur le trône pontifical ; fable si souvent répétée, au mépris de toute critique. Mais ce n'est pas seulement sur l'abdication de Célestin V, c'est encore sur l'électioD de Boniface que des suppositions mensongères ont été publiées. Or, celles-ci ont besoin d'être discutées. Selon le chroniqueur florentin Yillani (2), Benedetto Gaetani se serait rendu, pendant la nuit, auprès du roi de Naples, à qui les circonstances donnaient une si grande influence sur Félection du successeur de Morone. Là, déployant avec un art séduisant les plus brillantes promesses, il aurait obtenu de ce monarque les suffrages des «iouze cardinaux qui étaient ses créatures. Gaetani, on le sait, n'était point l'ami de Charles le Boiteux, dont il avait repoussé avec hauteur, dans le dernier conclave, les reproches. que ce prince adressait au Sacré Collège (3) ; et cette histoire expliquerait merveilleusement comment le
(i) Fenretiis Tieentîniis, t IX, p. 966. >
Giovanni moi, LVIlt, e. vi.
^) Ex iiis.Tatio., ap. Rajiiald, ann. l'Sg?, n* 8.
cardinal e( le roi se trouvèrent réconefliés dans eette occasion : il ne
lui manque que d'être vraie. D'abord ou ne la Irouve que dans Yillani. Or, Villani n'était pointa Napleslors de l'élection deBenedetto Gaetani, et il n'en a écrit la relatioii que beaucoup plus tard, et lorsque les ennemis de Boniface VIU remplissaient le monde de leurs calomnies sur ce pontife (i). Les témoins de cette élection, comme le cardinal Stefaneschi et Ptolcmée de Lucques surtout, qu'on n'accusera point sûrement de faire lapologie de ce pape, ne disent pas. un mot du fait en question. En second lieu, qui ne voit, au premier coup d^œil, les invraisemblances du récit de Villani? D'une part, comment se fait-il que Gaetani, qui venait de faire une blessure si récente et si profonde h Tamour-propre du roi, ait osé, tout ft coup» lui demander une faveur que celui-ci devait avoir intérêt de n'accorder qu'au plus dévoué de ses amis? D'autre part, comment se fait-il que Charles le Boiteux, dont l'histoire relève le caractère fin et rusé, ait préféré pour .pape Gaetani, avec ses promesses vagues et problématiques, à Gélestin Y, de qui il obtenait sans peina tout ce qu il désirait? N'aurailril pas dû plutôt empêcher l'abdication de Célestin que traiter de Télévation de Gaetani (2)? Il est vrai que Yillani va au-devant de cette difficulté, en plaçant Tentrevue nocturne de Gaetani et de Cliarles après la renonciation de Gélestin ; mais cette supposition chronologique emporte avec elle une improbabilité, qoeSismondi lui-même a cru devoir relever, et qui suffit pour la faire réjeter. «Car, outre, « dit-il, qu'il n'est pas probable que le cardinal Cajetan ait provoqué « celte renonciation avant d'être sûr de son élection, comme les car-
dinaux furent sévèrement enfermés dans le conclave, elle ne put « plus avoir lieu après (3). j)
Mats, si Ton rejette le récit de Villani, comment expliquer i'amilié de Charles le Boiteux et de Gaetani ? Ptolemée de Lucques, qui voyait tout de ses yeux, fournit, par son texte même, le moyen de s'en rendre compte sans qu'on ait besoin de recourir aux inventions du chroniqueur florentin. D*abord, il assure que cette amitié se fit à
Âquila (4), avant Tarrivée de Gélestin à Naples, et avant qu'il fût
(i] Laigi To6ti, p. 74.— Rubeo, c. ti, p. 964 et seq. ^) Ce «ont les judideiues réfleiioiis de haip Tbsli, p. 74. (S) Siimoiuli, Hiit des répubtiques itslieanee, t. IV, édit. de 1826, p. 79- (4) Tum Tenit Aquilam^. Bciiedictus Cnjctani... de quo credebatur quod non gfttioi* YÎderetar ibidem, eo quod regem Caroluin Pemsus plorimum eissperasget.
m NOTES ET PIÈGES JOSTlFlGATIVfiS.
gestion sérieusement de renonciation de la part de ce pontife. Ensuite \\ ajoute que cette aniilié fut le fruit des bons offices et de rhabileté du cardinal (1). Nous dirons, nous, qu'elle fut aussi l'effet du bon sens de Charles ; car Beaedetto était alors rbomme le plus puissant de la cour romaine pur la confiance qu'il inspirait àCèlestin Y. Charles, qoi prenait tant de soin de maintenir son eréfit auprès du pape, aurait-il pu commettre la faute d'être mal atecson premier ministre? Le récit do Yillant n*est donc qu^une misérable et maladroite calomnie.
Giiiilo de HiHitereUro.
G*est un fait que les «historiens ennemis de TÉglise sont en possession de donner comme incontestable, que Bonifaee Vni, embarrassé pour réduire Palestrine, fit prier le célèbre général Goido de Nontefeltro, qoi s* était fait religieux dans le couvent des Frères Mineurs d'Ancône (2) en 1296, de venir prendre le coramandeinentde l armée pontificale, et, sur son refus, lui denianUa les moyens de faire tomber en son pouvoir la ville rebelle, promettant l'absolution de tout ce qu'il y aurait en cela de contraire à la conscience: q'ie Guido de Montefeliro, cédant aux sollicitations du souverain poatife, se transporta dans le camp de l*armée assiégeante, et apr^ avoir inspecté la force de la place, conseilla de promettre besocoup et de tenir peu.
Avouons que, si Ton suppose Bonifaee Capable d* avoir pu suivre im tel conseil, on peut tout aussi bien le supposer capable de Favoir conçu. Ce conseil est, en effet, d'une perfidie si simple, disons mieux, si commune, qu il ne valait pas la peine d'arracher à son cloître un vieux militaire pénitent pourTen faire auteur. La solennité ridicule dont on entoure cette déloyauté triviale en rend déjà le fait ^
Qui slalim faclus est dominus curia et amicus régis. (Ptol. Luceiu«f !•
(1) Suis ministeriis et astuiiis [Ibidem.) •
(2) Francisci Pipim LlironicoU; 1. IV, c. xuv.
pect. Mais il le deviendia bien dîiviluiage si nous considérons la source où ou l'a puisé. Cette source est celle de Dante Âlighieri, qui, au XXVH« chant de son Enfer, le met dans la bouche de Guido de Montefeltro lui-même, lequel attribue à ce fait sa damnation éternelle. C'est de là que Tont tiré les deux seuls historiens contemporains qui en parlent, Ferreto de Vieence, et Francesco Pi* pino (1). Sans doute le chantre de la Divma Commedia est un grand poète, nais il est nn faible historien. On sait qu*il a jeté dans son Enfer tous les personnages de son temps qu'il n*aimait pas on dont il avait eu à se plaindre, à peu près comme Raphaël a donné dans ses tableaux des places ou des figures ridicules aux cardinaux auxquels il voulait jouer un mauvais tour. Serait-on assez simple pour voir une réalité dans le délit, quand on ne voit qu'une fiction dans le châtiment? Est-il juste d'accuser qui que ce soit sur la foi d'une vengeance d'artiste? Quant à Pipino et à Ferreto, Gibelins comme Dsnte, et ennemis de Bonifàce, sont-ils plus dignes de croyance? Ces trois témoins sont donc, k bon droit, récusables. G*est la remarque de lluratori : Prtibrosi kujus fadnons narroiiom fidem adjunfferememo probusveUt, quod canfixeruM Bomfadi œmuli, qui sane non pauci fucrc, cdiaque de co commenta sparsere (2).
M:iis il y a bien auire chose, c'est que le fait en question n'a pu avoir lion. Il est certain que Palestrine fui rendue dans le mois de septembre 1298, bien que l'on ne sache pas la date précise de celte reddition (3). Or, à cette époque, le biographe des saints et des bienheureux de rOmbrie va nous dire ce que faisait Guido de Montefeltro : Quetto prese ^abitOMgro dâ Minori per mono del mmutro prmnndate^deUa Marca m detia àtta di Anecna a diil d^agosto 1296. Visse in conHnua arazione, umtta et esempio : dopa n trasferi nella citta di Assisi, a prendere tindttlffenxa délia portiunr cilla... fermaiosi nel convento di S. Francisco dentro Assisi, et ne passo al Sua signore santamentea ^^settembre 1298 (4). Ainsi, lorsque Guido de Montefeltro aurait dû se rtmli'e sous les murs de Palestrine, appelé par Boniface, il allait à Aucône pour y gagner 1 in-
(1) Ferreti Vicentini Uisi., 1. 11, p. 970. — FMOcisci Pipiai Cbronicoa, l. JV,