CLÉMENT VI
sear de Jean XXII, apd snrait à cœur de s'entourer d'hommes supérieurs, lui donnft la pourpre avec le titre de
SS. Nérée et Achillt^e, dans sa promotion du 15 décembre 1338, sans consulter le roi (1). Une dignité plus éminente encore l'attendait, car ce fut sur le cardinal Pierre Roger que se rëftnirent les suffrages du conclave assemblé pour donner un successeur h 1h noît XII. Il prit le nom de Clément VI. Le Saint-Siège ne vaqua que treize jours*
La rapidité de cette Section, Tabsence de brigues qu'on y remarqua, sa spontanéité, le personnage sur lequel elle tombait, donneraient à penser qu'elle avait été comme instinctivement arrêtée d'avance. Les cardinaux n'avaient supporté qu'avec peine le gouYcmement austère du feu pape, ils aimaient tous le caractère aimable de Pierre Ro» ger. Sa douceur leur faisait espérer une administration moins sévère (2). D'ailleurs, la Papauté, comme puissance temporelle, avait considérablement flécbi sous le dernier règne, et ils sentaient le besoin de la confier h une main capable de la relever. S il est vrai que les cardinaux se soient laissé guider par ces vues, leur choix y répondit merveilleusement. Pierre Roger, par ses talents et son ca* ractère, était bien Thomme qu'il fallait à la Papauté et au Sacré-CoUége, dans les circonstances où l on se trouvait.
S'il faut en croire une chronique du temps, la haute fortune à laquelle parvint notre brillant bénédictin lui avait été prédite d une manière assez singulière. N'étant encore que simple moine, comme il se rendait à son monastère de la Chaise-Dieu, il fut attaqué au milieu de la forêt de Randan par des bandits, qui le laissèrent en chemise. Dans ce triste état, Roger alla frapper à la porte du
(1) Baluzc, m»Tita, p. 284.
(2) Papyre Masson, 1. VI, p. 288.
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presbytère du village de Turet. Celui qui riiabitait avait nom Ètienne Aldebrand ; il eut pitié du pauvre moine» le recueillit et pourvut généreusement à ses besoins. « Quand « pourrai-je vous recompenser?» dit Roger à son hôte charitable, en prenant congé de lui. «Quand vous serez ce papel » repartit ce dernier (1). Une autre, fois^ il était alors cardinal de SS. Nérée et Achillée, le marquis de Ho* ravie, qui fut depuis l'empereur Cbarles IV, et lui, s'entretenaient ensemble avec le laissera-aller de la familiarité : a Croyez-moi, dit gaiement le cardinal au prince, vous sea rez un jour roi des Romains. — A la bonne heure, ré- « pondit Charles sur le même ton, mais vous serez pape a avant cela (2). w Ce n'est pas la première fois que l'histoire signale de semblables anecdotes comme un préluda aux grandes destinées. Il y a plus de sérieux qu'on ne pense dans ces sortes do prédictions; c'est par elles souvent que Topinion publique commence à se former sur les hommes, et c'est l'opinion publique qui fraye la route aux suprêmes dignités.
Le couronnement de Clément VI eut lieu le 10 mai, jour de la Pentecôte, dans l'église des Frères Prêcheurs d'Avignon, avec une pompe que Ton n'avait point encore vue. La cavakata surtout fut magnifique. Le pape y éblouit les yeux parla richesse et l'éclat de sa tiare, que terminait un diamant semblable a une Homme. Jean, iiis ainé du roi de France, les ducs de Bourbon, de Bourgogne, Humbert, dauphin de Vienne, lui servirent d'éeuyei s ; une suite prodigieuse de barons, accourus de toutes parts, ornèrent cette marche triomphale, que termina un somp*
(1) Papyre Masson, l. VI, p. 291.— Clément VI, defeim pape, fitEUeDoe Aldebrand archevêque de Toulouse. (GaUl. Cattel, Mémoires de l'histoire
• de Languedoc, p. 92i .)
(2) Viu GaroU Lucemburgi, ap. Freher, Rer. bohemicarom scriplores.
CABAGTÈRE DE GliHBNT VI. êb
tueux lestm. Le pontifical tout entier du nobie bénédictin s'annonçait dans ce début splendide (1).
Entre Benoit XII et Clément VI, il y avait tout un siècle de (iislanco. Le [ireinier, né pauvre, et accoulmné dès ses premiers ans aux observances rigoureuses du plus austère des ordres monastiques, avait porté sur le trôue pontifical la simplicité de son origine et la sévérité de son éducalion. Le second, né grand seigneur, habitué dans son enfance au luxe de la ricbesse, gâté plus tard par les applaudissements que lui valaient ses triomphes oratoires» porté en quelques années» comme par enchantement, de dignité en dignité, fréquentant les palais des rois, où il avait ces rois mêmes pour amis et pour iiatteurs; le second» dis-je» aimait Téclat, la magnificence, et en déploya toutes les pompes sur le siège pontifical. La cour romaine prit aussitôt sous ce royal pontife une face nouvelle. Le luxe des ameublements, des équipages, un ton de grandeur et de politesse remplacèrent la simplicité et la gravité anciennes (2).
Cette splendeur qui, dans notre siècle, soulèverait la critique, n'avait pas le même inconvénient au quatorzième» où dominaient les idées et les goûts aristocratiques. On trouvait naturel qu'un grand seigneur dans le monde le fût aussi dans l'Église, et Ton n'exigeait point qu'il fit a la sévérité de sa profession le sacrifice de ses habitudes. D'ailleurs, le grand cœur de Clément VI, sa générosité, sa douceur, sa liliéralilé et ses autres qualités aimables, effaçaient encore la pompe extérieure dont il s'entourait. 11 répétait souvent cette maxime d'un célèbre empereur : « que personne ne doit se retirer mécontent de la présence
(1)Baluieim*Vita»p.38S.
(3) KatU. Vm., 1. m, c. xLm.— Alb. Arg., ap. Urliz., p. ISS.
m flisToiAfi m u PAPAUTÉ» liv. vu.
c< du priDce;» et celte autre : a qu'il ii'élait pontife (|ue pour faire le bonheur.de ses sigets (1). » 11 fut consUm* ment fidèle à ces deux maximes. Personne n'implora en Yain son appui ; rarement les solliciteurs s'en allaient sans avoir obtenu ce qu'ils avaient demandé; et, quand la nécessité T obligeait à leur refuser, il savait les consoler, paria douceur de son refus, du refus lui-même. La première année de son pontificat, il publia une bulle par laquelle il invitait tous les clercs sans bénclices à se rendre en cour de Rome pour en recevoir. L'espace de temps ûxé dans la bulle pour les sollicitations était de deux mois. Les solliciteurs affluèrent à Avignon, et aucun ne se retira sans avoir obtenu quelques grâces (2).
Jean XXll par son savoir-faire, et Benoît XII par son économie, avaient enricbi le trésor pontifical; quelques mois suffirent à Clément VI pour Tépuiser. Ses largesses atteignaient tout le monde. Il ne voyait autour de son trône que des sujets qu'il devait associer à sa félicité. Pour fournir à sa libéralité, il se réserva les nominations aux abbayes cl aux prclatures, déclarant nulles les élections conventuelles et capitulaires. Gomme on lui objectait que ces sortes de nominations étaient abusives et que ses prédécesseurs se les étaient toujours interdites : ce Ah I répondail» « ii en par rn* de ses largesses, mes prédécesseurs ne saft vaient prs être papes (5) ! » Comment n'aurail-on point pardcnné quelques réserves inusitées à un pape qui* ne
{i) Gassurîaaum Ulud memortbUe verbum coram semper habebat, ijuein* pUm non decèro vulelicet de pnesentia priacipis dod contentum abire. Habebat insoper doetrinam îllam.,. quod vîdelicet dura tempus habemna, ad amnea et inaiîme ad domeilîcos fidei bonnm opaiari tenenmr. (Bali]a6,ni*Vita.p.m)
(2) Baluze, W Vite, p, 284, et V* Vito, p. 511.
(ô) Praedeoesaores nostri nescivarmit esse papa. (BaluM, V* Vita,