COUR DB CLÉMENT VI
songeait qu'à faire des heureux? Du reste, Clément YI remplissait exactement tous les devoirs d'un chef de TÉglise. n tenait les consistoires aux époques réglées, disait la messe, célébrait les saints offices avec gravité, et prêchait lui-même son peuple (1). Il est vrai qu'on trouve dans sa vie publique des espaces remplis par des délassements et des fêtes, mais son étonnante facilité à expédier les affaires lui ménageait des loisirs que les autres ignorent.
La cour romaine partageait admirablement l'esprit et les goûts de Clément Yl. Jamais elle n'avait été plus noble et plus magnifique. On y voyait Giovanni Golonna, le protecteur des lettres, dont la maison était une académie. On y voyait Jean Raymond, de Tilluslre maison de Comminges ; Guillaume d'Âure, dont la généalogie comptait des rois; Bernard de la Tour, lils de Bernard TIU, comte d' Auvergne ; on y voyait surtout Elie de Talleyrand et Guy de Boulogne: entre tant do hauts personnages, c'étaient les plus grands (2). Élie de Talleyrand appartenait à la maison de Périgord ; il était fils do la célèbre Brunissen de Foix, On disait de lui qu'il trouvait plus beau de don ner le souverain pontificat que de l'obtenir (5). Guy de Boulogne tenait par son père à la maison d'Auvergne, ef par sa mère à celle de Flandre (4). Ces deux prélats étaient unis par lesang ou l'amitié avec toutes les têtes couronnées de l'Europe.
les Romains n'eurent pas plutôt appris l'élévation de Clément YI, qu'ils crurent l'occasion favorable pour soUi-
(1) Baluze, hVîta, p. 265.
(2) Fronsart, 1. 1, c. ccxvi.
(5) Âliquanto tiàm aUins vîdfitur iiapas facere qmm papam esse, (^e • trarcb., Pamfl.» 1. XIY, ep. n.) — Baliue, Vitte pap., 1. 1, ad notas, p. 770 et teqw
(4) Baluze, HUtoife de la maison d* Auvergne, C. I, p. ISO.
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citer de nouveau la restauration du Saint-Sicge à Rome.
Le caractère clcvé du pape, son amour pour tout ce qui était grand, leur faisaient espérer que Clément VI, plus que ses prédécesseurs, aurait à cœur de résider dans la ville étemelle, et ils lui envoyèrent une ambassade plus solennelle que toutes celles qu'on avait encore vues. Elle cinit composée de dix-huit membres, pris dans les trois ordres de la république. A leur tète envoyait figurer le vieux Stefano Colonna, Tun des sénateurs de l'année, Francesco Vico, que les chroniques appellent un personnage vénérable (1), et Lelio, fils de Pietro Stefano de* Cosecchi, syn- , die de la ville. Pétrarque, qui, depuis son couronnement au Gapitole, éCait devenu citoyen romain» faisait partie de la députation.
Outre la restauration du Saint-Siége à Rome, ces envoyés étaient chargés de faire à Clément VI deux autres propositions : la première, d'accepter les titres de séna^ leur, de capitaine de la ville, non comme pape, mais comme seigneur Roger ; la seconde, de vouloir bien réduire de cent ans à cinquante le temps du jubilé institué par Boniface VIII. Ce furent Stefano Colonna, Francesco Vico, Lelio et Pétrarque qui exprimèrent au pape ces trois .souhaits du peuple romain. Nous avons la harangue que Pétrarque prononça. C*est un discours en vers latins, où le poète fait de nouveau un usagé brillant de sa figure favorite d'une femme abîmée de douleur qui vient se jeter aux pieds de son époux (2). Clément VI reçut et entendit les ambassadeurs avec cette politesse et cette grâce qu'il déployait avec tant de supériorité dans les occasions d'éclat. Mais leurs demandes exigeaient de sérieuses réflexions, et il
(1) Venerabileiu virum. (Baluze, Ul* Vito, p.' 287.)
(2) Garm., 1. H, ep. v.