‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 15 sur 66 · LE DAUPHINÉ ACQUIS A LA FRANCE. 9S · texte numérisé non relu

LE DAUPHINÉ ACQUIS A LA FRANCE. 9S

gure (1), et sachant au besoin liouver des vertus guerrières. Nature complexe, à la fois ascétique et cbevaleresijae» mais inconstante par-dessus tout; soupirant le cloître, et cherchant des aventures ; parcourant successivement tous les degrés les plus divers de la condition sociale sans s'arrêter à aucun; personnage enfin le plus bizarre de Thistoire, après avoir été le prince le plus singulier de son siècle.

Depuis que Tunique héritier d'Humbert était mort au b^ceau, et. que. tout espoir de le remplacer s'était évanoui^ ce prince, embarrassé de ses Ëtats, cherchait autour de lui à qui il pourrait les remettre. Il jeta d'abord les yeux sur le roi de îNaples, Robert d'Anjou, et envoya en Italie Tête-Grosse, Fun des officiers de son conseil, pour communiquer au monarque les conditions auxquellas il préten(l;!il céder sa couroaue. Mais, soit que les demandes d'Humbert fussent excessives, soit que Robert se défiât du caractère inconstant du dauphin, les négociations n'eurent aucun résultat (2) . On l'apprit à la cour de France» et Ton chercha aussitôt à tourner les intentions d'Humbert au proiit du domaine royal. Pliilippe de Valois réussit à l'attirer à Paris ; le dauphin y vint sans défiance. Mais, lorsqu'il se rendait chez le roi, un affidélui dit à l'oreille : c( Faites tout ce qu'on vous demaudera (5).» Introduit dans le cabinet du monarque : «Mon oncle, lui dit ce dernier, je ce vous donnerai de l'argent, et vous ne vous opposerez <i point à ce que je veux (4). » Humbert comprit aisément

(t) Fadem quasi mnliebrem habens. (Albert Argent., loc. dt.)

(2) VaUtonnays, Histoire da Dauphiné, 1. 1, p. S11 .

(Sj Quidam eum sdutang in transitu dizit ei : Facite quicquîd petetur a Yoltis. (Alb. Argent., p. 130.)

(4) Avoncnle, cuino quod recîpias pecanian, et sis 8èr?iUyr meui, annnens omnibus làclis mds. (Id., loc. dt.) — G*eat là une flatterie. Humbert

OÙ l'on en voulait Tenir; il fit des réponeee ëfasivee» et s'échappa de Paris le plus vile qu'il put. Il croyait s'être mis

à 1 abri des senes du vautour : il se trompait. Avignon allait devenir pour lui plus dangereux que Paris. Soigneux de gagner les bonnes grâces des papes, le dauphin s'était fait une hnhiliide d'aller grossir le lioiiibre de leurs courtisans. Avignon ne tarda pas à le revoir; c était le moment où Pierre Roger devenait Clément VI. Il treniva là et les caresses séduisantes du nouveau pontife, dont le cœur ne Taisait qu'un avec celui du roi (1), et le duc de Normandie» qu'avait attiré la cérémonie du couronnement, et les sollicitations recommencèrent. Hnmbert, si puissamment attaqué, ne fui plus maître de lui-même. D*ailleurs, accablé de dettes et ne pouvant subvenir à ses dépenses, il avait un besoin impérieux d'argent. On lui proposa des avances considérables sur sa succession, et il iinit par accepter. Le roi, informé de l'état des choses, envoya promptement des commissaires pour terminer l'affaire. Ces commissaires étaient l'évèque de Clermont, Guillaume Flotte, chanceUer de France; Pierre de Gugnières, avocat du roi, etBéranger de Monthaut, archidiacre de Lodève. Humb^ en nomma de son côté. Ces commissaires réunis tinrent plusieurs conférences en présence du pape, et la cession du Dauphiné fut résolue en faveur de Philippe, duc d'Orléans, second fils de France» ou de td autre des enfants

n'était point oncle de Philippe de Valois : il n'était que son cousin, étant fils de Béatrix de Hongrie, fille de Charles Martel, oncle du roi de France.

(1) Cujus et régis Francise unum corerat. (Alb. Argent., p. -151.)^ — Je lis dans le Manuscrit de Fornery, 1. V, p. 407, que Clément VI avait d'abord voulu traiter avec Humbert pour acquérir le Dauphiné au Saint* Siège, mais que, examinant qu'il allait s'attirer bien des affaires, et que ses trésors ne lui foorniraieDt pas la somme sudQsante pour payer le vendeur, il travailla pour la France. Je n'ai pu déGonvrir sur quoi était fondée cette assertion.

LE DAUPHWÉ AGOnS A LA FRANCE. m

du duc de Normandie, h son défaut (1). Cet acte imfiortoot fut accompli au bois de Yincenne», le 23 avril 1543 (â).

Toutefois, le traité définitif de cession ne fut pleinement ratifié que six ans après, au mois de mars 1349, à Romans, où se rendirent de nouveau les commissaires du roi. On changea une partie des dispositions du traité de 1343, notamment celle qui concernait le successeur du dauphin, qui ne dut plus être Philippe, duc d Orldans, mais hien Charles, fils aine du duc de Normandie (3)., Ainsi» grâce ani bons offices de Clément V(» le monarque français, an milien des pert^ que TAngleterre faisait essuyer k ses domaines, acquit, d'un trait de plume, une des plus belles provinces de France. Humbert, qui n'avait eu d'abord en Tue qne d'assurer à la maison de Valois une succession, ne tarda pas à donner son abdication pure et simple, dans une assemblée tenue à Lyon, le 16 juillet 1349 (^); puis, le lendemain, il entra dans le couvent des Frères Prêcheurs. Quelques jours après, le souverain du Dauphiné n'était plus qu'un simple moine (5). Plus tard, Clément VI l'ordonna évèque et le fît patriarche d'Alexandrie, avec l'administration de rarchevécbé de Reims, qu'il garda jusqu'à sa mort (0).

Pendant que le pape servait ainsi les intérêts de la France, li ne perdait point de vue les autres parties de la monarchie chrétienne. Il adressait à Magmis, roi de Suède, pour sa conduite personnelle et la bonne administration de ses ÉlaLb, des avis sages, dont l'oubli attira sur ce mo-

(1) Valbonnap, Bist. fiaapbfaié, 1. 1, p. ZSIS, et l. IT, preuve €uxvi.

(2) Voir la preuve clxxvi.

(3) Id., t. n, preuve oclxxiv.

(4) Id., t. U, preuve caxxv.

(5) Id., preuve ccuxxiz.

(6) Id., 1. 1, preuve gccld.

narque la colère de son peuple et le précipita du Irône (1). D'un autre côté» le cardinal de Rhodez, Bernard d'Albi, se rendait en Espagne pour réconcilier les rois de Castille et d'Aragon (2). Le cardinal Aymeric de Chatelus était déjà dans la Toscane pour y calmer les dissensions (3). Eniia le cardinal Curtil descendait en Lombardie, pour relever, dans cette porlion de la Péninsule, 1 influence pontificale (4). De toutes ks missions, celle du cardinal Curtil était la plus difficile et la plus importante: la plus difficile, car la Lombardie ne renfermait pas seulement les partisans les plus nombreux, les plus puissants, les plus actifs du parti gibelin; comme elle était la porte de l'Italie du côté de r Allemagne, Louis de Bavière la travaillait encore [)ar ses intrigues, afin de s'en faire un point d'appui pour une seconde expédition. 11 s'agissait donc d'y neutraliser l'action de ce prince» d'y éteindre, s'il était possible, toutes les discordes, d*en réunir enfin les souverains et les peuples par les liens d'une même amitié, d'un même intérêt, et d'opposer ainsi une puissante confédération aux entreprises probables du Bavarois. Cette mission était encore la plus importante parce que de son succès dépendait le succès des procédures que Clément VI préparait contre Louis ; li voulait une bonne fois en finir avec ce prince scbismatique ; trouvant intolérable que, depuis trente ans, Louis eût résisté à deux papes et s'apprêtât à en braver un troisième.

En effet, plus que jamais Louis de Bavière donnait au SainirSiége de sérieux motifs de se plaindre de lui* Pour se venger, sans doute, des échecs répétés qu'il avait éprou-

^1) Haynald, ann. 1545, n° 41.

(2) Id., aiin. 1345, n" 28.

(5) H., ann. 1542, n»22.

(4) Id., ann. 1542, n" <9.

Page 1