‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 2 sur 66 · CARACTÈRE DE JEAN XXII · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE JEAN XXII

d*Espagii6, Philippe II, d'exemple d'une vie aussi retirée que celle de Jean XXII. Pendant un ponlifîcat de plus de dix-huit ans, on ne dit pas qu'il se soit permis le plus petit voyage, qu il ait même fait une seule promenade dans les environs si attrayants de sa belle résidence. Toute son existence semblait concentrée dans son cabinet. C'était là qu'on le retrouvait toujours quand les devoirs de la Papauté ne l'appelaient point ailleurs. Si l'absence d'actinté extérieure alanguit le corps, en revanche elle favorise le développement de l'aclivité intérieure de 1 âme. On se ferait à peine une idée de celle de Jean XXII. La masse d'affaires qu'il expédiait était immense; tout se décidait par lui ; sa main seule faisait mouvoir les ressorts qui agi^ taient le monde cîn étien. Et ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'en même temps qu'il soutenait sa gigantesque lutte contre Louis de Bavière, combattait les erreurs et le schisme des fratricelles, et écrasait les Gibelins d'Italie, il descendait aux détails les plus minutieux de l'administration» periectionnait les anciens rouages, en créait de nouveaux» suivait des débats sur les questions les plus métaphysiques et les plus épineuses de la théologie et de la jurisprudence ecclésiastique; et, au milieu de ces soins si nombreux et si divers, trouvait encore des loisirs pour lire. Vers la fin de sa vie « lorsque l'affaiblissement des sens, joint à la multitude des occupations, ne lui permirent plus de satisfaire avecia inême facilite son ardeur pour la lecture, il se faisait dresser des tables analytiques des matières contenues dans les livres, afin de trouver .plus facilement ce dont il avait besoin (1). Aussi les connaissances de ce pape étaientrelles immenses : théologie, ju-

(1) Jùàiiiies XXII, liûiiio pei biudiosus et vehemenlioris animi... cum a legendo et senium et curarum Varietas retardaret, gratUsimas eral ilU,

risprudence, histoire, il possédait tout. Les sciences naturelles lui étaient également familières, et Ton a de lui un

traité en latin sur la transformation des métaux (1).

Persuadé que les vrais savants sont la force et la gloire de rËglise, un de ses soins les plus assidus fut de faire fleurir les bonnes études qui forment les saTants. D nous reste de lui un grand nombre de lettres sur ce sujet intéressant. Celle qu'il écrivait, en 151 7 , à l' Université de Paris, est remarquable. Elle roule sur la manière dont les sciences y sont enseignées. H s'y plaint de ce qu'on passe légèrement d'un livre à un autre par inconstance, sans en approiundir aucun; condamne rattachement qu'on alfecte pour les opinions de la philosophie. Car, ditril, cet attachement empêche rintelligence de la sagesse divine, et la manie des subtilités nuit au respect de la foi. II reproche aux maîtres de conférer avec trop de facilité le titre de docteur, de souffrir que des professeurs négligent leur affaire principale, que des ihéologiens abandonnent les études solides pour se livrer à des investigations plus curieuses qu* utiles (2). Sa sollicitude ne s'exerçait pas seulement sur TUniversité de Paris : elle s'étendait encore à toutes les autres. H confirma etaugmenta les privilèges de celles deToulousc, d'Orléans, d'Oxford, de Bologne, de Pérouse (3) et de Uome. Il accorda à celte dernière une faculté que son illustre fondateur Boniface YUI ne lui avait point donnéé : celle de conféier des grades (4). Les universités de Cahors et de

quisquis dclloratos... iibros sub hreviloquio perstringerd, reiîigeretque in cas (juns Uibulas vocaiil, in quibus uiiiiie (|iio(i ex libris qiKTrcrolur fncillimum ess«'i invciilu. (Pelrarca, l. II Reruni nu-morand, édit. Basil., p. 429.)

(1) ^'ole d'Oldoin, dans Ciacc., t. U, p. 404.

(2) Raynald, aim. 1517, n" lo.

(5) Id., ann. 1317, loc. cit., et ann. 1318, n" 26. (4) Benaui, Sloria délia univ. di studi di Roma, 1. 1, p. 92, et aux Pièces JuiÀiflcaCîvet.

ADMIiMSTRÂTION DË JËÂJS XXII. 5

Cambridge doivent leur origine à ce savant pontife (1).

Sop zèle à maintenir la pureté de la foi n'a pu trouver de détracteurs que dans Louis de Bavière et les Franciscains apostats de leur ordre. Mais les accusations de ces schismar tiques sont déjà jugées, les soins de Jean XXII pour extirper du champ de l'Église l'ivraie de Terreur remplirent le cours de son pontificat. U ne condamnait pas seulement les novateurs, il se chargeait de les réfuter ; ses bulles contre eux renferment de véritables traités où les points attaqués sont défendus avec la plus grande supériunté. Disons encore qu aucun des pouLilcs qui T avaient précédé ne travailla avec plus d'ardeur que lui à la propagation du christianisme. Du fond de son modeste palais d'Avignon, son action puissante, comme une main invisible, se faisait sentir aux contrées les plus reculées du monde. Ayant appris qu Usbeck, grand khan des Tartares, traitait favorablement les chréti^s de ses Ëtats, il lui écrivait, en 1318, pour l'en remercier et l'engager à embrasser la religion de Jésus-Christ (2). La même année, il créait un siège archiépiscopal à Sultanieh, nommait à ce nouveau siège François de Pérouse, missionnaire de Tordre de Saint-Dommique, et étendait la juridiction de ce métropolitain sur six évèques suiïragants. Il faisait plus : il fondait en ijménie un collège romain où la jeunesse du pays viendrait apprendre la langue latine, soutenait de ses deniers le monarque de cette contrée dans ses guerres contre les Sarrasins, travaillait, de concert avec lui, à ramener son peuple au giron de TÉglise romaine (3), et créait encore im siège épiscopal à Tiflis { 't). Nous avons des lettres de

(1) Ciacconius, t. II, p. 596. — Raynald, ann. 1518, û° 26.

(2) Raynald, ann. 4518, 2 et 5.

(3) Id,, ann. ms, n^* 4, 16 et 17; ann. 1525, n** 5. (4ild., ann. 1529, n*'94.

fllSTOlRE DE LÂ PâPâUTë , LiV. Yi.

Jean XXII adressées à un Âbuscan, roi des Tarlares; à un Mussaydan, empereur de la même nation ; à un Elchigadan, souverain du Khoraçan, du Turquestan, de Tindoustan, et à d'autres khans moins considérables ; toutes ayant pour but l'extension du royaume de Jésus-Chi isl (1). Une Icllrc encyclique du même pape nous apprend qu'il avait envoyé des ouvriers évangéliques chez les Sarrasins, les Grecs, les Bulgares, les Goths, les Comans, les Ibères, les Alains, les Gazariens, les Ruthéniens, les Jacobites, les Nestoriens, les Nubiens, les Géorgiens, les Arméniens, les Mongols (2). En 1529 , il ouvrit une mission dans rÉthiopie (3) ou Tlnde orientale.

Ces expéditions saintes n'étaient pas accomplies sans succès. Nous pouvons attester que la foi chrétienne croissait de jour en jour en Tartarie, et en général dans tout rOrient. Oderic de Frioul, qui en parcourait alors les régions, affirme que Jean deMontecorvino, ce céîèbi o missionnaire envoyé par Nicolas lY, créé archevêque de Khan- Balikh par Clément Y, et qui avait prolongé sa carrière fort avant sous le règne de notre pontife, convertît à lui seul trente mille infidèles (4). D'oii l'on peut conclure quels progrès faisait TÉglise catholique parmi les nations asiatiques* *

La pensée vint encore à Jean XXII de terminer le

schisme des Grecs, qui continuait toujours malgré la réunion opérée en 1275 dans le concile général de Lyon. Uempereur Ândronic rAncien avait fait, en 1526, au roi de France, Charles le Bel, des ouvertures è cet égard. Par suite de ces ouvertures favorables, le monarque fran-

(1) Raynald, ann. 1321, n*^ i, 2 et 3; aim. ISM, n« 97,

(2) Id., ami. 1318, n" 7.

(3) îd-, ann. 1529, n° 98 mm commun à l'Inde et à TAbyssiaie. (4} id., ann. 1353, n"* 31 et 32.

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