‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificativesChapitre 3 sur 66 · ADHINISIBATION DE JEAN XXII. Y · texte numérisé non relu

ADHINISIBATION DE JEAN XXII. Y

çais envoya h Comiantinople un frère prêcheur, nommé

Benoît de Cunis, pour s'assurer des bonnes intentions de Fempereur; Ce môme Benoît de Cunis avait aussi une mission du pape (1). Ce n'étaient là que des préliminaires. En A 554, Jean XXÏI crut les projets d'Andronic assez sérieux pour lui écrire d'en hâter Texécution, et faire suivre sa lettre de deux nonces chargés de concourir, avec les ambassadeurs du roi de France, à faire aboutir la chose. Hais les intentions d'Andronic manquaient de sincérité. La politique seule l'avait engagé à proposer une pacification» la politique la lui fit abandonner. Des controverses enire les nonces et les théologiens grecs furent l'unique résultat de l'ambassade pontificale (2).

Jean XXII porta ses vues sur la discipline. Une des plaies de l'époque était la pluralité des bénéfices. Grand nombre d'ecclésiastiques mettaient leur ambition à euniuler des dignités, des prébendes, des prieurés, attentifs à en percevoir les revenus sans se soucier d'en remplir les charges. Le pape , dès les premiers jours de son pontificat, lança contre ce détestable abus la décrétale£â^ crabilis (3). Tout porte à croire que la conspiration qui menaça sa vie dans ces entrefaites fut provoquée par les rigueurs qu'il déployait contre le relâchement. Jean punit les conspirateurs, et n'en continua pas moins son œuvre.

Il essaya d'une autre réforme : ce fut de multiplier les diocèses en divisant ceux qui étaient trop considérables. Son premier but en cela était d'amoindrir la puissance de certains prâats en diminuant leurs richesses, de rendre plus faciles et plus fréquentes les relations du troupeau avec le pasteur et du pasteur avec son troupeau, et la surveillance

(t) Raynald, ann. 1326, n"" 26 et 27.

(2) Id., ann. 1354, n"' 2, 5 et 5.

(5) Eitrav., de Prœbendis, tit. lU. — Baluze, Yitœ, 1. 1, p. iâ7.

8 HISTOIRE m U PAPAUTÉ, UV. Yl

de celui-ci plus efficace en offrant à son activité une sphère moins étendue. Son second but était de favoriser le développëmeni du culte divin, de rétablir les bonnes œuvres, de procurer aux peuples plus de secours et au roi plus de prié* res (i). Il fit. avec le consentement de Philippe le Long, le premier essai de ce système sur le diocèse de Toulouse, qu'il partagea en six diocèses, après avoir érigé en métropole l'église mère. Les provinces deNarbonne etd'Âlbi subirent ensuite un démembrement semblable, et donnèrent chacune deux nouveaux évêchés. Les diocèses d'Agenetde Périgueux furent également divisés. Poursuivant toujours son plan, il trouva trois évéchés dans celui de Poitiers. Ceux de Limoges et de Clermont en fournirent chacun deux. I! fit en d'autres lieux des changements plus ou moins notables» et son pontificat est remarquable par rinstitution d'un grand nombre de nouveaux ardievéques etévéques (2).

Jean XXII n'avait pas seulement ce génie vaste qui conçoit les choses grandes et utiles, il possédait encore cet esprit pratique qui sait les appliquer aux moindres détails du système administratif. La chancellerie romaine lui doit sa première organisation. La chancellerie est le lieu où les clercs pontificaux expédient les lettres apostoliques, sous la direction d'un chef suprême» nommé vioediancelier. Sans doute avant Jean XXII il y avait une chancellerie dans la cour papale. Nous en Iruuvons des vestiges très-distincts dès 1181, sous le pontificat de Lucius IL Hais les éléments de cette institution étaient épars, flottants, incertains. Aucun des papes précédents ne s'était mis en peine de les réunir, d'en faire un système har-

(1) Voir les deux lotf rcs du pape au roi Philippe le Loog, dans P. de Marca, De Goncordia saccrd. el imp., p. 424.

(2) Baluze, Vil», 1. 1, p. — Histoire du Languedoc, t. IV, p. 168 et 160.

ADMNISTRATIOM DB JEAN XXH. 9

monieux et précis. Jean XXII tira, pour ainsi dire, ces. éléments du chaos, leur donna une forme, flxa les attributions du vice-chancelier, dont la dignité devint dès lors la plus haute de la cour romaine, institua les abré^ viateurs, dressa enfin les premiers règlements de la chancellerie (1). Pour ne rien laisser à l'arbitraire et prévenir les exactions, il détermina le taux auquel devait s'élever l'expédition des lettres apostoliques. Les commentateurs des règles de la chancellerie parlent en effet de deux rep:istres de tarifs très-anciens, dont le premier taxe la rétribution des officiaux chargés d'expédier les lettres apostoliques, et dont le second établit la valeur respective des bénéfices consîstoriaux. Personne ne doute que le premier de ces deux registres ne soit du [lapo Jean XXII, car il désigne dans les taxes un genre de monnaie étranger à fiome avant la translation du SaintrSiége au delà des monts. Quant au second, on conjecture, avec assez de probabilité, que notre pontife seul a pu en être Tantcur; car, dans ce registre, la valeur des bénclices est estimée par florins, et Ton sait que Jean XXU est le premier pape qui ait fait frapper une semblable monnaie (d).

C'est encot o sous le règne de Jean que commença à se montrer avec éclat le tribunal célèbre connu sous le nom de ifoto, ainsi nommé parce que chaque membre de ce tribunal exerce son office à tour de rôle. Cette dernière institution, née du besoui que les papes ressentirent de bonne heure de se décharger sur des auxiliaires du soin fetigant d'expédier les affaires courantes de la justice,

(1) Jacobi Gohelu Rotitia cardinalalus, in-fol., c. xx et xxh.» Thomas* sÎD, Ancienne et nouvelle DiiidpUne de l'Église, t. II, p. 271.

(2) Ludovici Gomez Comment, in refj^las Gaoeell., Lugd., 1575, in-8', p. 434. — Papa Giovanni fece baclarea monela a simiglianza di fior^ni d'oro. (GhroD. ap. fialuM, Miscell., t. IV, p. iiO de Tappendice, édU. Hanai.)

iO HISTOmE DE U PAPAUTE, LIV. VI.

cette mstitution, dis^e, Ail tellemeiit modifiée par Jean XXD,

que plus d'un écrivain l'en a cru le premier auteur (i). En eiTety il faut les recherches les plus laborieuses de i'é* rudition pour en découvrir les traces dans les siècles anté^ rieurs, tant elle est obscure! Elle existait néanmoins d'une manière confuse, comme tout le reste; maiselle ne se dessine avec précision qu'au moment où parut la décrétale Hatio jum mgUf qui renferme sa première organisation. Les paroles du préambule sont remarquables : «t Le droit et la « religion, dit le pape, exisrent de tons ceux qui président a à la justice et aux jugements une vigilance studieuse,

une modestie exemplaire, un cœur pur, des mains nettes, « dos conseils puisés aux sources de la sagesse, et de ceux « qui sont appelés à écrire les actes judiciaires, une capa- « cité suffisante, une vie irréprochable, du désintéresse-

ment, une bieuTeillance compatissante envers les paa« oc vres . » Suivent les règles , au nombre de quarante. Elles ne sont que le développement des belles maximes énoncées dans le préambule. On devait les lire toutes les années, et chaque auditeur et chaque notaire devaient en avoir une copie

Cette décrétale ne fixe point le nombre des auditeurs. Il varia beaucoup dans la suite. On trouve quelquefois jusqu'à vingt auditeurs et plus. Ce fut Sixte IV , vers la fin du siècle suivant, qui les réduisit à douce (5). Dans le fait, la constitution que Jean XXIl donna à la chancellerie était encore bien imparfaite. Cette dernière n atteignit sa pleine organisation et sa forme définitive que longtemps après. Chaque pontife devait y ajouter selon les circonstances et les besoins. Un bon système d'administration ne saurait être T ouvrage d'un seul homme.

{]) Cohelii Notitia card., c. xix.

(2) Bullar. Magn., cd. Liicemburg, i727, 1. 1, p*

(3) Cohelii NoUtia card., loc. cit.

ÂDMmiSÏRÂTION DE J£AN XXU, i\

Les financés sont un des points les plus remarquables

du pontiticat de Jean XXII, et aussi un de ceux qui ont été le moins compris. En examinant les monuments anciens, on trouve que la Papauté» pour soutenir les charges du gouvernement ecclésiastique, avah plusieurs sources de revenus qu'on peut réduire à quatre principales : les offrandes des fidèles, les tributs des royaumes qui s'étaient mis sous la protection de saint Pierre, les droits £éodaux, les biens domaniaux.

i** Les offrandes des lidèles. Il s'en faisait une grande quantité à iiome sur l'autel, à la confession de Saint-Pierre, au palais et à la personne du pape, en monnaies, cire, calices, croix, encensoirs, bassins d'or ou d^argent, linges ; pendant les messes, les offices divins, aux jours de fêtes solennelles (1). Il y a un don fait par le pape Victor li au cardinal Humbert des offrandes du Jeudi et du Samedi saints, dans lequel toutes ces richesses sont énumérées. Quelle ne devait pas être la somme de telles offrandes réunies quand celles de deux jours seulement sufiisaient à monter une église particulière (2) !

3* Les tributs des royaumes qui s'étaient mis sous la protection de saint Pierre. Ces royaumes étaient au nombre de sept, savoir :1a Suède, laNorwége, le Danemark, la Pologne, le Portugal, t'Âragon, PAngleterre. L' Aragon payait annuellement 250 massemutins ou oboles d'or (5) ; le Portugal, 2 marcs d'or (4); la Pologne, 100 marcs d'argent (5); l'Angleterre payait 4 ,000 marcs d'argent pour elle et pour l'Irlande ; outre cela, le denier de saint Pierre qu'on y

(4) Murat., Anliquitates italict'c maedii aevi, t. V, diss. lx, p. 80o.

(2) Thomassin, Ancienne et nouveUe Discipime, t. III, p. \Q6.

(3) Raynald, ann. 1204, 73.

(4) Thomassin, t. ni, p. 251.

(3) Id., p. Î57.

12 fiiSTOIRË m U PAPAUTÉ, LIY. YI.

percerait produisait 299 marcs (1). On conjecture que le

denier du Danemark, de la Suède et de la Norwége pouvait être évalué à cette dernière somme.

3** Les droits féodaux. Il n'y avait d'États proprement dits fiefs du Saint-Siège que Naples» la Sicile, les îles de Sardaigne et de Corse. Or, Naples payait par année 8,000 onces d'or, qui, évaluées à 5 florins par once, donnaient une somme de 40,000 florins (2), La Sicile était taxée à 5,000 onces dW (3). Les rois d* Aragon, à qui avaient été inféodées la Sardaigne et la Corse, devaient pour ces deux îles 2,000 marcs. Il faut ajouter aux revenus des droits féodaux ceux que les papes retiraient en accordant la seigneurie de certaines villes pour un nombre déterminé d'années, et qui n'étaient pas la moindre ressource de la chambre apostolique.

4* Les biens domaniaux. Le Saint-Siège possédait de nombreux domaines dans les États de l'Église. Pourtant les seuls dont les revenus soient positivement connus sont le duché de Spolete, le comté de Narni et d'Amelia, et la Sabine. Le duché de Spolete rendait annudlement ^ ,080 livres, 1 ,058 solidi, "10 besants, et quelques autres valeurs en nature; le comté de Narni et d'Arnelia, 49 livres et 548 solidi nets, la portion qui revenait aux collecteurs défalquée ; la Sabine, 154 livres et iO solidi (4). Le Comtat-Venaissin , depuis son acquisition définitive, pouvait rapporter 10,000 florins, d'après l'évaluation approximative, que nous fait supposer une pièce officielle» qui nous apprend que les habitants de Halemont payaient 60 sous tournois, ceux de Saint-Didier 50, et autant ceux

(1) Liber censiium. (Mural., Antiquit., t. V, p. 891 et 892.)

(2) Raynald, ann. 4545, n' Si.

(5) Id., ann. 1518, n'*54.

(4) Murât., Antiquil. ilal., t. V, p. 800 et seq.

Page 1